‹ Le maréchal DavoutChapitre 23 sur 52 · IV · texte numérisé non relu

IV

État nominatif

Au banc des ducs :

M. le duc d*Avaray ;

M. de Jumilhac, duc de Richelieu;

M. le duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmûhl.

Au banc des barons :

M. le comte Chaptal ; M. le comte de Lagarde.

Âpres une digression qui nous a, pour ainsi dire, forcée à marcher en avant, revenant à février 1816, nous irons .à Louviers retrouver le maréchal prince d^Eckmûhl. Séparé do sa femme par la santé do sa fille Joséphine, Texilé cherche à tromper son ennui par une active correspondance.

CORRESPONDANCE

DO

lARÉCHÀL PRINCE D'ECKMUHL

AVEC LA MARÉCHALE

CORRESPONDANCE

DU

MARÉCHAL PRINCE D'ECKMÛHL

AVEC LA MARÉCHALE

ANNÉE i8i6

LonTiert, 22 février 4816.

Mille caresses à nos chères petites, assure-les bien de ma tendresse : fais sauter notre Louise et embrasse-la poor moi. Je sens bien^ mon Aimée, ton absence; les quinze jours qui vont s'écouler vont me paraître longs, et j'ai besoin de me dire que notre séparation est nécessaire pour les intérêts de nos enfants pour me faire une raison.

Fais -moi donner des nouvelles de mon excellent beaa-frère et de ma sœur. Ce qu'en a dit mon parent n'était rien moins que rassurant, puisque la goutte, qui jnsque-là avait toujours été dans le même endroit, n*y était plus fixée.

Le maréchal, inquiet de la moindre souffrance de ceux qu'il aime, ne parle jamais de sa propre santé ; cependant, on le voit sans cesse, conune au hasard^

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I ^«11 part

CORRESPONDANCE AVEC LA MARÉCHALE. 3ii

des entrailles, et tout grand amour implique force et noblesse.

LouTiers, ce 24 février.

J'attendais le courrier d'aujourd'hui avec une bien vive impatience, ma bien chère Aimée; il est arrivé sans m'apporter aucunes lettres, juge de ma situation. Je ne me tourmente pas facilement, je n'aime pas voir les choses en noir ; ce silence m'y oblige ; de quelque manière que je cherche à l'interpréter, je ne vois que des raisons d'inquiétude. Laforest me fait part du commencement de la maladie de notre Joséphine en me faisant espérer que ce ne sera rien. Dans la seconde lettfe, il m'annonce qu'elle fait une maladie caractérisée. Il est exact, et, d'un autre côté, tu as dû arriver à Paris le 22, il y avait un double motif de m'écrire : celui de ton arrivée et comment tu avais trouvé notre chère Joséphine. . . Je ne peux m'expliquer ce silence. . . Aussi j'ai été sur le point de partir, car, ainsi que je te récrivais hier, nulle' puissance humaine ne m'empêchera d*aller donner mes soins à un de nos enfants qui serait malade. Toutefois, je n'ai pas cédé à cette première idée, aimant à croire que la lettre n'aura pas été remise à temps. Le courrier de demain est vivement désiré. Reçois, mon Aimée, le sentiment de mon amour; ce sentiment ne finira qu'avec ma vie.

Quelle angoisse, quelle passion de père vibrent dans cette page, et comme on sent le maréchal prêt à tout briser» à tout braver pour courir où l'appelle son cœur !

312 LE MÂHÉCHAL DAVOUT.

Le 24, la maréchale rassure son mari en lui disife^^a^t que leur Joséphine est assez bien pour qu^eHe ait "^pmi aller chez son beau-frère ; elle a manqué, à &. ^on grand regret, le duc de Doudeauviile qui en scz^irtait.

Ma belle-sœur Ta beaucoup entretenu de nous ; ^lle lui a dit que bientôt je serais placée entre la crainte de me séparer de ma fille atnéequi aura longtemps besoin de mes soins et le devoir d'aller adoucir ton exil z il sent notre situation et il en est d*autant plus peiné qu^il ne trouve aucun motif à la rigueur de cette mesure . H croit qu'elle sera bientôt rapportée. Il a dit au général de Beaumont qu'il verrait incessamment le ministre <1^ la guerre et qu'il ferait uattre Toccasion de lui dire ^^ qu'il pense à cet égard ^

1 Monsieur le duo de DondeanviUe venait souvent le toir ma mère quand j'étais jeune âUe; petit, frdle, très âgé déjà, Ta^ ble et excellent duc était un vrai grand seigneur par la ùiM^ ^ cité de ses manières et par son exquise politesse. Doux, g9>-" goûtant In causerie, il parlait d'autrefois, de son mariage prér turé, racontant en riant comment il dut être exhaussé par plusi< coussins le jour de son dîner de noces; mais il se plaisait tout à redire comment sa famille avait dû la conservation de biens à la mère de mon père, qui avait feint d*acheter les te: des Larochefoucauld à titre de biens d'émigrés, pour les conserver, et pour en toucher les revenus qu'elle trouvait moj non sans courir de grands dangers, de f^ire passer à Tel gor. Madame Davout eût payé de la vie ce généreux dé?ouei sans la présence d*esprit de son fils. Dénoncée par un inféri^ qui affirmait, d'ailleurs justement, qu'elle correspondait a— den émigrés, elle fut arrêtée et les scellés furent apposés c elle. Son Hls accourut pour la suivre en prison; dans le trajet trouva moyen de lui dire qu'elle était perdue, si on ouvrait le flocrétairc do bois de rose qui était dan» sa chambre. L'i étant fatiguée, on dut coucher en route : à peine le sommeil eC--

Je ne pense pas qu'il soit convenable de faire la démarche que tu aurais souhaité que je fisse, si Tétat de notre Joséphine eût offert quelque danger : le général de Beaumont et Julie jugent comme moi, Jo Vembrasse mille fois, je t*enYoie les caresses de nos petites, Theurc me presse : notre Louise est charmante, elle nous sera d'une grande ressource. Toute à toi jusqu'à mon dernier soupir.

Ton Aimée.

J'oubliais de te dire que je viens de vendre seize douzaines d'assiettes d'argent à 54 francs le marc.

LouTiers, le 25 février.

Je reçois, ma bien bonne Aimée, tes deux lettres du 23 et du 24; elles dissipent toutes mes inquiétudes sur

TÎn que leur avait fait largement distribuer le futur maréchal eorent-ils triomphé de la vigilance des gardiens que le jeune Louis. Davout sortit sans bruit ; un de ses amis, qui habitait le voisinage, lai prêta un cheval et bientôt il était à Ravières. Laissant son cheval dans un bois, il pénétra dans le jardin à l'aide d'une clet qu'il portait toujours sur lui, puis appela doucement Julie Davout, demeurée seule dans le manoir maternel et qui dormait peu, on le eomprendra ! Elle entendit son frère, ouvrit sans bruit la fenêtre et il put entrer dans la maison sans être aucunement vu par les domestiques. Pénétrant dans la chambre de sa mère ])ar une porte de communication intérieure sur laquelle on avait négligé d'apposer les sceUés, Louis Davout, qui s'était muni en chemin des outils nécessaires, respectant soigneusement les cachets républicains^ t'empara de tous les papiers compromettants, puis replaçant les planches de fond du meuble, il le remit en place et regagna son ejieval : tout en cheminant, il détruisit les pièces accusatrices, et de retour avant l'heure du départ, en embrassant la main de sa mère, Louis Davout put lui dire rapidement qu'elle n'avait plus rien à craindre. Ce charmant trait d'adresse et d'audace ne rappelle-t-il pas certaines hardies expéditions attribuées au chevalier d'Aitagnan 'ptœ ttn très inventif conteur?

OAVOUT.

iiiC^ ^L'^oàm^. Ta :r*i!!:!îiLiiiali<>n snr mon exagération X -tssfL u? jusa . j£ ^ 2Xt:iL£rtfai les lettres de Laforest et ÂL IL i7';iuf:n&^ PL iîIâit^ i':;A2ait de nature à me donner tÈi Tz^'t^ ^iiniiifGxià*:^ !ïiErL:<ct êlant resté deux jours sans 2i.ii:^-ru*^r hi.1:^ ^icLe koXrd circonstance, j*eusse iLZr^^iti jf âlifac^ i £:s :aBS«s natarelles, à une lettre i^LT^ji '^.Q uj-£^ iir:gc~:«rcii|ation, mais ma tendresse 3«.«xr :^ làtic foiix; x kisaeitait pas ces raisons. Elle a e^if znxt srkr-t uÀL^zitt^ — que Big:ot et Dieu soient

y* ±iL M* rroi^^î*, 2tt:ci Aimée, ce que tu me ixax*î*t< âix-> Il f;i^çk::>ct>i>a ^-à la maladie de notre J^ >*;g*inf* axtl.; rct;* ;i:i cxractèn? grare, tu n'aurais pas :à«». rs-ci. îf otiXfîer qae je vienne : ma sœur et son x.Ln phLT^jLçeojea: w^a oftînioii à cet égard. Voilà ce que je zie coa^ofii^ pa5; je te répète que, si cela était arrrte* r^ilie pci>siï>.-e humaine ne m*eût empêché d'accvmrtr pcè!> ôe c«:te diène^ petite. Je sais me résigner k^r^u'il s T a qœ okh qui soaffre, mais je n'écouterai nulle o>:-a52<ièraùcA lorsqu^îlj sera question de mon Air:iee ei de n*>$ enlianls.

On s«iit« en effet, que nulle p^âssance humaine n^aurait pu n^tenir le père loin d*un enfant bienaimé: une lettre de la maréchale, datée du 25, revient sur les difficultés que rencontre cette autorisation tant désirée.

Le général de Beaumont qui m*est venu voir, à peu près quitte delà goutte, m*a redit qu'il m'aurait détournée de demander une autorisation à M. de Gazes, si je n'eusse senti moi-même que, l'état de notre José-

CORRESPONDANCE AVEC LA MARÉCHALE. 3i5

phine n'ayant rien d'inquiétant, je devais attendre reflet des promesses faites au général, qui m'a encore répété qu'on ne pouvait en attendre l'effet avant un mois : ce qu'a dit le duc de Doudeauville rentre dans cette assertion. Notre bon cousin qui vient de quitter son fils est tout à fait tranquille sur son état. Je lui ai communiqué tes craintes sur la maladie de ta fille que tu crois grave ; comme il voit le contraire , il trouve qu'il y aurait un grand inconvénient à demander au ministre de la police de t'autoriser à venir : il pense, d'ailleurs, qu'il ne dépendrait pas de lui do Kaccorder, cette décision ayant été prise au conseil des ministres.

Louviers, le 26.

Je reconnais avec plaisir que mes craintes sur Joséphine étaient exagérées, puisque cette chère petite est déjà en convalescence. Tout ce que j'ai éprouvé d'inquiétude à l'annonce de sa maladie me prouve ma tendresse pour elle : assure-la de ce sentiment en lui faisant mille caresses.

Ta lettre était pleine de bonnes nouvelles : notre petit cousin parait hors de danger, Beaumont débarrassé de sa goutte. Assure Davout de la part que je prends à sa joie. Le terme que tu prétends que durera encore mon exil me parait bien long ; malgré toutes les autorités que tu me cites, je ne vois pas pourquoi tu ne demanderais pas l'autorisation quejefusseàSavigny passer une quinzaine : au surplus fais ce que tu jugeras convenable, tu as la certitudeque je trouverai tout bon. Puisque nous sommes sur Savigny, recommande que l*on épine les arbres : dans ma promenade d'hier, j'en

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désirerais lui écrire, tu feras demander aussi son adresse.

Bfille amitiés à mon beau-frère et à ma sœur : dis à Beaumont combien je désire qu*il soit tout à fait quitte de sa goutte et embrasse mes neveux et ma petite nièce.

Le prince d'Eckmiihl savait vraiment aimer, non seulement sa famille, mais encore ses amis.

De Paris, ce môme jour, la maréchale écrit à son mari :

Notre Joséphine s*est levée hier; la nuit a été excel* lente. Cette chère petite est bien reconnaissante des sentiments de son bon père, elle t'embrasse mille fois. Je suis contente de Louis, il n*a pas mal lu hier. Louise embellit chaque jour.

J*ai été diner hier chez Julie, M. de Larochefoucauld qui devait diner s'est excusé, il n*y avait que mon frère et ma belle-sœur. J'ai vu hier TAméricain qui se propose de louer notre hôtel pour un de ses amis : le prix que j'ai demandé lui a paru modéré . Nous louerons pour trois ans, cette ressource nous est bien nécessaire : on me demande de l'argent de tous côtés. Quoique notre hôtel soit en non-valeur, je viens de recevoir la décision du préfet qui fait connaître qu'il n'y a pas lieu à dégrèvement. Je me propose de lui demander une audience, si tu Tappprouves, pour lui faire connaître notre position qu'il ignore sans doute. Je suis affligée de te quitter, je ne te parle pas dô mes sentiments, tu sais qu'ils te sont acquis pour toujours.

ai TU que les moutons avaient abîmé faute de cette précaution.

Tu ne me parles plus de la vente de notre hôtel. C'est aujourd'hui le sixième jour que nous nous sommes quittés, il me semble que les huit ou dix jours qui te restent encore h être éloignée ne finiront jamais.

On a raison de dire qu'un grand et durable amour est un témoignage de force morale. L'éternelle formule qui termine les lettres du maréchal : Ton bon et fidèle Louis j prend, de par son invariabilité même, un je ne sais quoi de saisissant et qui peint merveilleusement le caractère d'un des hommes les moins justement jugés parmi tous ceux qui ont imprimé ici-bas une ineffaçable trace de leur passage.

Louviers, ce 27 février 1S16.

Je n*ai point reçu de tes nouvelles aujourd'hui, ma chère Aimée ; du reste, je suis s^ns inquiétude.

J'ai fait hier une très grande promenade de près de quatre lieues : je ne pourrai me procurer aujourd'hui ce plaisir, le temps étant mauvais. Ces promenades me font beaucoup de bien, elles me prouvent que je suis plus ingambe que je ne le pensais.

J'ai oublié de te recommander, mon Aimée, d'envoyer chez M. de La Ville, de ma part, pour savoir des nouvelles de ses fils, particulièrement de César. Est-il tranquille ? Ekifln des détails sur sa situation actuelle : l'amitié que je lui porte me les fait vivement déairer. Je

désirerais lui écrire, tu feras demander aussi son adresse.

Mille amitiés à mon beau-frère et à ma sœur : dis à Beaumont combien je désire qu*il soit tout à fait quitte de sa goutte et embrasse mes neveux et ma petite nièce.

Le prince d'Eckmiihl savait vraiment aimer, non seulement sa famille, mais encore ses amis.

De Paris, ce même jour, la maréchale écrit à son mari :

Notre Joséphine s*est levée hier; la nuit a été cxcel* lente. Cette chère petite est bien reconnaissante des sentiments de son bon père, elle t*embrasse mille fois. Je suis contente de Louis, il n*a pas mal lu hier. Louise embellit chaque jour.

J'ai été diner hier chez Julie, M. de Larochefoucauld qui devait diner s'est excusé, il n*y avait que mon frère et ma belle-sœur. J*ai vu hier l'Américain qui se propose de louer notre hôtel pour un de ses amis : le prix qoej'ai demandé lui a paru modéré. Nous louerons pour trois ans, cette ressource nous est bien nécessaire : on me demande de Targent de tous côtés. Quoique notre hôtel soit en non-valeur, je viens de Recevoir la décision du préfet qui fait connaître qu'il n'y a pas lieu à dégrèvement. Je me propose de lui demander une audience, si tu l'appprouves, pour lui faire connaître notre position qu'il ignore sans doute. Je suis affligée de te quitter, je ne te parle pas dé mes sentiments, tu sais qu'ils te sont acquis pour toujours.

3i8 LE MARÉCHAL DAVOÛT.

LoQviers, ce 29 février.

J*ai lu aujourd'hui un arrêté de Tempereur d'Autriche sur le Mont Napoléon ; il ordonne le payement des intérêts à ceux qui soAt ses sujets à dater du 1*' janvier 1816 *.Par cet édit, il n'entend pas préjudicier aux droits des autres créanciers^ ces droits dépendant des négociations avec les autres puissances d'Italie. Je trouve cet article copié dans le Constitutionnel, du 28. Consulte M. No6l et écris-en à M. Bresson, notre fondé de pouvoirs.

Donne- moi des détails sur Savigny, sur ce que l'on y a fait ?

Boissy ' a-t-il arrangé la plantation près du moulin ? Y a-l-il planté des rosiers, des violettes, a-t-il approprié tous les églantiers du bas de la grande terrasse ? Quel parti prends-tu sur la grande pièce de terre vis-à-vis du salon ? La mettras-tu en pré ? Quel beau jour, mon Aimée, que celui où nous irons dans ce lieu et où on nous y laissera tranquilles !

J'ai mis à profit tes recommandations en faisant d'assez longues promenades dans l'après-midi : les plus courtes étaient de deux lieues. Nous n'aurons pas be« soin de guide pour faire nos promenades ; je connais mieux que la plupart des habitants les environs de Lou* viers à deux ou trois lieues.

Nous aimons à voir le maréchal songer surtout £^ux fleurs, recommander de soigner les églantiers

* Voir à Tappendice lettre F.

* Jardinier en chef du maréchal.

qu'il se plaisait extrêmement à grcfTer lui-même. Vivre à Savigny entre sa femme et ses enfants était devenu son plus cher rêve.

Louviers, ce 1®' mars.

H. Guerrier parait avoir des affaires à Paris, il ne m'en a pas parlé cependant, mais j*ai cru observer qu'il ne serait pas fâché d'apprendre ton prochain retour. Écris, mon Aimée, Tépoque oii tu crois pouvoir venir me joindre ; si elle était trop éloignée, je l'engagerais à aller vaquer à ses affaires. Je préférerais être seul que d'avoir à supposer que les intérêts de Guerrier pussent souffrir de son absence.

Le secrétaire n*a pas parlé y mais, dans son souci des autres, le maréchal a cru observer quil sonhaùait aller à Paris, et dès lors sa présence Tinquiète. Jamais cette bonté absolue ne se dément un moment, nous dirons même que cette bonté était tellement inhérente à la nature du prince d'EckmùhU qu il n'en a pas conscience.

Une lettre de la maréchale, dont la fin ne s'est pas retrouvée, datée de Paris ce même jour, on donnant la note de Tesprit du temps, nous a paru très digne d'intérêt.

Jeneconçois pas, mon Louis, que tu aies pu avoirTidéc de te rendre près de ta Joséphine, si tes inquiétudes ne 8*élaient pas aussi promptement dissipées. Prcmièrenient, tu aurais manqué ton but, car l'état de surveil-

320 LE MAHÉCHAL DAVOUT.

lance dans lequel tu es Saurait mis dans le cas d'être arrêté. Dieu sait la satisfaction que cet événement aurait causée à tes ennemis qui n'auraient pas manqué de prêtera cette démarche des intentions coupables, malgré révidence toute pour toi. Enfin, je tremble encore par ridée des dangers auxquels une conscience tranquille peut nous exposer, car il est certain que Thomme qui méditerait ou qui espérerait quelque révolution ne se livrerait pas, comme il te serait arrivé, en n'écoutant que ton amour pour ta fille. La Providence nous a préservés : le danger de notre cher enfant n'a été que d'un moment I

J'ai vu le général de Beaumont hier ; il m'a rapporté ce que l'ami du duc de Feltre lui a dit : Za Chambre a résolu que le ministère sauterait ou bien elle; pas de doute que vous ne soyez les moins forts ; il importe à vos propres intérêts de faire lever la surveillance de M. le prince dCEckmûhl, de suite/ Cette mesu)^ qu'on est fondé à vous attribuer vous fait le plus grand tort, le maréchal ayant échappé aux catégories qui ont été rejetées napu échapper à votre haine personnelle : c'est ce que tout le monde dit. Le duc, frappé de ces vérités, a promis de saisir la première occasion ou même de la faire naître.

Le duc de Doudeauville ne lui a pas encore parlé, ainsi qu'il l'avait promis au général de Beaumont qui Ta vu hier. Tu vois que les choses ne sont pas bien avancées pour notre retour à Savigny. Patience, mon Louis, déjoue tes ennemis qui espèrent bien te la faire perdre. Ton exil, qui paraît sans objet d'après la conduite que tu as tenue, est évidemment pour te fatiguer et te faire tenir des discours qui, au sens des esprits justes, paraîtraient naturels, mais les gens passionnés les appelleraient propos de mécontents et, comme ils

reniendent, cela veut dire propos coupables,car ils n*admelient pas qu*on puisse se plaindre personnellement lorsqu'on est traité avec une rigueur qu*on ne devait pas redouter. Le monsieur^, avec lequel je devais diner chez Julie, a dit au général qu*il s*était trouvé dans une maison ob Ton a parlé de toi, de tes promenades depuis mon départ. On a ajouté qu*il existe des mécontents dans ce pays qui finiraient par chercher àse rattacher, mais que, dans tous les cas, on aurait bientôt la mesure de la tranquillité que Ton remarque en toi ; aussi je ne doute pas que Ton ne fasse auprès de toi des démarches perfides et, par suite, si on Tose, des insinuations; mais, dans ce cas, ils trouveront un homme dégagé de lui-môme, ennemi des révolutions et ne voulant que la tranquillité do sa malheureuse patrie ; il faudrait, d'ailleurs, admettre que tu les visses et je pense que tu persisteras dans ta résolution de ne voir personne ; c'est ce qu*il y a de mieux en ce moment. On croit toujours que le ministère sera renouvelé à l'exception de M. de Richelieu et du duc de Feltre. Le général de Beaumont pense qu*il sera renouvelé en entier ou qu'il tiendra. On a prétendu que M. le prince de Bénévent allait rentrer au ministère, mais cela n'est point. Je sais qu'il lutte de toutes ses forces et qu'il remplit les fonctions de sa charge de grand chambellan contre vents et marée. On dit que M. Alexis de Noailles est remercié de la charge qu'il occupait auprès de Monsieur; il n'en a pas parlé à M. de Castries qui l'a vu il y a deux jours : il n'a pas d'idées assises sur un changement de ministère.

Le second feuillet manque et nous le regrettons,

' M. le duc de Doudeauville.

tv. 21

car cette lettre a un attrait d'actualité rétrospective, qui rapproche du lecteur un temps encore si près et cependant si loin de nous. Une phrase de cette charmante causerie nous a émue comme le plus vivant portrait de cet époux si tendrement aimé : ils trouveront un homme dégagé de lui-mêtne, eyinenii des révolutions, et ne voulant que la tranquillité de sa malheureuse patrie. Quelle certitude dans cette parole et pourquoi toujours la France a-t-elle laissé calomnier ses grands hommes ? La correspondance intime, donc rapide et incorrecte, du maréchal et de la princesse d*Ëckmùhl nous semble la plus triomphante des réponses aux pamphlets signés : Bourrienne, Marmont, Yaulabelle, et même chose plus regrettable, — car Tétranger aurait le devoir de rimpartiaUté, surtout quand il a l'autorité d'un Gantù, d'un AUison, — nous dirons donc signés : ÂilisonetCantù.

Louviers, le 2 mars.

Toutes tes réflexions sur les conséquences qu'au* raient pu avoir mon arrivée près de notre Joséphine sont très justes, mon amie ; mais il aurait été au-dessus de mes forces de ne pas aller près de ce cher enfant, si je Tavais su dangereusement malade : ce que jô dis pour elle s'applique à toi et à nos autres enfants. ... « « .

» Sois sans inquiétude , mon amie, je

mènerai toujours la même vie retirée. Je n'ai vu âme qui vive depuis ton départ, sauf une seule fois la per-

sonne dont je ne me souviens plus du nom et qui a la complaisance de retirer nos lettres do la poste. A propos de cela, le Moniteur, hier, n'est pas arrivé, je n'ai vu que le Constiiulîonnekqm donne un extrait des Mémoires de Masséna que je te prie de m'apporter. En prenant des eaux que tu m'as envoyées, j'échapperai à ces crises que j'ai presque tous les ans au commencement de la belle saison.

Nous signalons cette dernière phrase : le maréchal no peut plus tromper sa femme pour la tranquilliser comme il le faisait de loin, en vantant toujours sa santé, il songe à se soigner, à éviter la crise du printemps, dont il convient, parce qu'il no peut plus la dissimuler. Cette lettre du prince d'Eckmiihl est encore en apparente contradiction avec son amour de la discipline; nous ferons, cependant, observer qu'il laisse parler son cœur uniquement parce qu'il no so sent point en face de la loi militaire, ni d'une rëgio nécessaire, mais bien en présence d*uno disgrAce imméritée, d'une coupable injustice, fruit de l'esprit de parti.

Loiiviers, lo 3 mars.

C'est aujourd'hui le dousiëme jour, ma chère Aimée, que tu as quitté ton Louis. Je t'assure que je compte non seulement les jours, mais aussi les heures, mOme *u piquet î Je vois donc arriver avec un grand plaisir le rooment de notre réunion. Je dois espérer par la derrière lettre qu'il aura lieu à la fin de la semaine ; mande-'

3U LE lABECHAL DAVOCT.

moi juste le jour, afin que j'aille aa-<ieTanl de loi aussi loin que mes jambes pi>uiTont me porter.

i'er^père que tu auras pu terminer aTant ton départ et TalTaire de M. Lenoir et la l«jcation de notre hôtel. Je n'entends plus parler des ré«:lamations de Brûhl... Tu connais, mon Aimée* l'amour que je t'ai voué, îl ne finira qu'arec la vie de ton bon et fidèle Louis qui t'en- Toie mille baisers.

« A Monsieur le maréchal prince d'Eckmûhl, rue Rovale, à Louviers. » Ce même 3 mars, à l'adresse que voici, la maréchale écrit à son mari que, si M. Guerrier ne peut Tattendre. elle avancera son départ ne voulant pas le laisser seul. Elle ajoute :

On m*a dit qu*il a été fortement question d'un chan* gement de ministère : on m*a dit aussi que Ton n*y croit plus : mais voilà, mon Louis, que, contre mon habitude, je te parle d'autre chose que de nos affaires et de mes sentiments. Je partage le déplaisir que tu éprouves de ne pouvoir être à ta campagne et je suis à coup sûr moins résignée que toi à la chétive existence que nous menons à Louviers, sans compter que nos intérêts souffrent on ne peut davantage de notre absence et que mon cœur souff^re bien autrement'. Je ne peux penser à ma nouvelle séparation d*avec nos filles ; Tespérance que le gouvernement reviendra à des idées plus justes sur ton compte peut seule me soutenir. En attendant, crois, mon Louis, que je ne négligerai aucune occasion

* Ceux quiont eu le bonheur de cotinaitre la princesse d*Eckmûh! peQTent rendre témoignage du culte passionné qu'elle a gardé à la mémoire du maréchal jusqu'à son dernier jour.

de te prouver les sentimonts que je te porte et te conscn-erai jusqu'à mon dernier soupir,

Louviers, lô 4 mars.

Fais ton possible, mon Aimée, pour partir de Paris samedi prochain, c'est-à-dire, le 9 ; tu serais le 10 ici ; alors tu auras été séparée de ton Louis dix-neuf jours. Au surplus^ je sais combien tu désires toi-même notre réunion, aussi j'aurais tort de t'exprimer mon désir, si je n'avais la certitude que tu n'y accéderas que dans le cas où cela te sera possible.

Je crains bien, mon amie, que tu ne puisses encore terminer la location de notre hôtel.

Recommande à mon cousin ou à Laforest de m'écrire le jour de ton départ, une heure après, et de porter la lettre à la grande poste pour me prévenir que tu es partie à telle heure, afin que je reçoive l'avis avant ton arrivée et que je puisse aller au-devant de toi aussi loin que mes jambes pourront me porter.

Comment se portent Beaumont et ma sœur? La goutte a-t-elle abandonné le premier ? Parle-leur de mon attachement.

Adieu, mon Aimée, les jours de cette semaine vont me paraître longs.

Le lendemain, le maréchal demande mille détails sur Savigny, recommande les faisans, les travaux de Boissy et ajoute :

Mon éloignement va bien nuire à nos intérêts; pourquoi ne ferais-tu pas, à ton retour de Savigny, faire des

démarches près du ministre de la police. Vois H. le duc de Doudeauville. Enfin ! tu feras pour le mieux.

Je reprends aujourd'hui mes promenades, elles me font du bien. J'envoie mille caresses à nos enfants. Assure ta bonne mère de ma tendresse. Pour toi, mon Aimée, tu connais mon aniour, il irait en augmentant si la chose était possible, il est étemel, il est fondé sur tes excellentes qualités.

On voit l'ennui montrer sa face pâle entre les lignes d'une lettre datée du 6 mars, et terminée par ce cri parti du cœur : « Le beau jour, mon Aimée, que celui où nous serons réunis avec notre famille à Savigny ! »

Louviers, le 7 mars.

Je reçois, ma chère Aimée, ta lettre sans date, écrite à ton retour de Savigny : ce que tu me mandes ne peut qu'augmenter le désir que j'ai de nous y voir réunis. J'adopte avec facilité les espérances que tu me donnes. C'est donc demain que je saurai le jour de ton départ; puisse-t-il être aussi prochain que je le désire I Je compte les jours de notre séparation ; nous sommes aujourd'hui le seizième; maintenant je vais compter les heures qui doivent encore s'écouler d'ici à notre réunion.

J'ai lu avec bien de l'intérêt les détails que tu me donnes sur Savigny. Je vois avec plaisir que Boissy a arrangé la partie du parc près du moulin, ce sera là une de nos promenades habituelles. Il faut faire quelque chose pour fixer les faisans que nous allons avoir : il

me semble, ma bonne Aimée, que tu pourrais ordonner que Ton laboure le grand rond du saut-deloup pour y semer du sarrasin cette année : si tu entres dans ces idées, il faut en écrire.

A-t-on raccommodé le piano et Ta-t-on placé dans la pension. Recommande bien à nos petites de cultiver ce talent et d'y acquérir assez d'habileté pour pouvoir m accompagner. Je te vois rire, mon Aimée ; je te le pardonne, parce que tu n'es pas assez musicienne pour admirer mon genre de musique vocale qui est bien — mien, — puisqu'il ne me faut pas le tiers des notes.

La gaieté du maréchal renaît à Tidée do voir bientôt arriver sa femme.

Ce même 7 mars, de Paris, la princesse d'Eckmiihl écrit :

J'ai vu hier quelqu'un * chez mon bcau-frèn; qui prend la plus grande part à nos désagréments ; il pense que sous un mois nous serons à Savigny. Il est inutile de faire des démarches ; on est occupé en ce moment du budget et tout autre intérêt disparaît, mais on pense que le moment où il sera terminé sera celui de notre retour.

Encore quelques mots de Savigny, nous avons perdu quatre jeunes essaims* sur six. Les petites poules écossaises font très bien ; ma mère nous en donnera pour que nous en ayons assez pour couver les œufs de per-

* M. le duc de DoudeauviUe.

* Le maréchal se plaisait à observer les mœurs dos abeilles et ne se lassait pas d'en faire apporter à Savigny où, parait- il, elles ne pouvaient s'acclimater.

drix qu*on trouve en faisant les foins. II faut que je 16 fasse part d'une exclamation de ton gros Louis en voyant une table couverte de plats do son goût : « Ah ! que j'aime les tables embarrassées ! » Puis, quand on a remplacé ce service par le dessert : « Ah! voilà qu'on rembarrasse la table. » Je défie aucun gourmet de se mieux signaler que ton Louis. Je t'envoie les caresses de tés filles et l'assurance qu'elles feront tous leurs efforts pour nous satisfaire et contribuer à notre bonheur. Tu auras bien du plaisir à revoir Louise, elle est charmante.

Louviers, le 8 mars.

Ta lettre me donne une bien vive satisfaction, puisqu'elle m'apprend que tu pars décidément dimanche. Ainsi^ lundi, au plus tard à trois heures, je presserai mon Aimée dans mes bras, avec l'espérance que nous ne nous séparerons plus! . . . Ne vas pas changer d'idée, mon Aimée!

Je partage ton espoir sur l'époque où nous serons à Savigny : il me tarde d'apprendre que la discussion du budget est terminée, puisque ce sera l'époque où la personne dont tu me parles présume que l'on réalisera les promesses qui me concernent.

Hélas ! une longue lettre du maréchal, dès le 31 mars de nouveau séparé de sa femme, nous montre que cet espoir était vain ! Après lui avoir envoyé de longs détails sur Savigny d'après une lettre d'un de ses aides de camp qui avait bien voulu se charger de surveiller ce domaine, le prince d'Eckmuhl ajoute :

Maintenant j'ai encore des questions à faire pour pouYoir répondre à Hayer ^ Ce bon et fidèle domestique croit que je partirai prochainement pour Savigny, il m*a demandé s*ii est nécessaire d'acheter du cidre pour Toffice: il y a du vin pour un mois.

Parle de tout mon attachement à ma sœur et à son eicellent mari : j*embrasse leurs enfants.

La toute petite est bien enrhumée du cerveau, j'espère qu'elle en sera débarrassée demain. J'ai été satisfait de Louis hier, la journée se présente bien. La santé de tes deux gros Louis est excellente. Je suis dans les Mèdes, les Babyloniens, les Assyriens, c'est une vraie ^tour de Babel I II y avait longtemps que je n'avais lu Rollin, il m'intéresse beaucoup plus maintenant : que de comparaisons Ton pourrait faire!

De Paris, ce même 31 mars, la maréchale écrivait à son mari :

Mon bien bon ami, j'ai écrit au ministre de la police pour lui demander une audience : j'attends sa réponse. Us choses que l'on juge les plus pressées ne finissent pas dans ce pays. J'en souffre ne pouvant prévoir mon retour près de toi. Je t'ai laissé dans un isolement qui ine peine. Je recommande à ma Louise' de conserver ^ belle humeur et de faire bien des frais pour distraire

* Mayer était un Pratsien qui avait fui les mauvais traitements aaa chef ivrogne et brutal. Recueiilif soigné par les ordres du ''^^'^hal, en 1806, il 8*était passionnément dévoué à lui et Ta ^^ pendant de longues années.

Je ne saurais dire avec quel tendre orgueil je vois mes huit "^ chargés de distraire des ennuis de Texil le grand maréchal ^ ftvait tant de fois fait trembler Tennemi.

son bon père. Je ne doute pas que Louis ne tienne ses promesses.

J*ai vu le général de Beaumont et ma sœur, je leur ai parlé de ton désir de venir à Savigny et du besoin que nous éprouvons d*ètre plus à portée de suivre nos affaires d'intérêt qui souffrent de notre éloignement. J*ai ajouté que je prendrais mon parti si, par ricochet, nos pauvres fournisseurs n'en souffraient extrêmement.

Le général est d*avis qu'il faut attendre la session des Chambres : Julie croit, et c'est aussi mon avis, qu'elles resteront constituées jusqu'au mariage du duc deBerri; je suis donc déterminée à faire la demande d'une permission de six semaines pour vaquer à tes affaires de Savigny, où tu te fixerais : je ne pense pas que cela soit refusé.

Le général Travot a eu commutation de peine : cela fait un très bon effet dans le public, m'a-t-on dit, et je le crois facilement.

Je t'envoie les caresses de nos chères filles et les embrassements de ton Aimée. Pais, je t'en prie, mes caresses à ma toute petite et à mon Louis que je crois gentil et appliqué à ses leçons de lecture.

Louvien, le 1 avril 1816.

Je viens de recevoir, ma chère Aimée, ta lettre du 31 mars ; elle m'a bien désappointé; je m'attendais à y trouver des certitudes sur mon retour à Savigny. Je vois avec plaisir que tu n'as tenu compte des observations de Beaumont et que tu feras la demande au ministre de la police. En effet, qu'a de commun l'époque de la session des Chambres avec ma demande?

Le rhume de cerveau de notre toute petite est

GORRESPONOAMGE AVEC LA MARECHALE. 33i

presque fini; elle a bien domii cette nuit, elle est très gaie. Louis tient jusqu'à présent ses promesses; j'espère qu'il continuera, malgré qu'il observât hier à la nourrice que l'on lui demandait de la sagesse pour bien longtemps. Je l'ai fait lire hier trois fois une demiheure chaque fois dans différents livres, il fait des progrès sensibles.

Je t'ai promis, mon Aimée, de t'entretenir de l'objet de la lettre de Guerrier sur la réclamation de 1 ,140 litres de vin. S'ils n'ont pas été portés dans les comptes de l'administration, cette irrégularité ne me regarde pas. Le fait est que partout j'ai payé avec la plus grande exactitude la dépense de ma table et, en particulier, celle du vin; on peut compulser les livres de compte de mon maître d'hôtel, on y verra que j'ai payé de grandes quantités de vin et plus à moi seul que tous les généraux étrangers n'en ont payé ensemble dans notre pauvreFrance. Jamais je n'ai voulu prendre ce que l'on appelait des frais de table. Toute ma dépense a été acquittée avec les traitements et la fortune que je tenais de mon gouvernement. Enfin il est de notoriété que ce Tin dont on réclame le payement a été employé à des gratifications extraordinaires de vin pour des compagnies de réserve, pour des convalescents que je faisais soigner dans mon quartier général. Jamais je ne croirai que le ministre de la guerre, malgré ses petites passions*, ait pu me renvoyer cette réclamation pour y

* Le ministre de la guerre nous apparaît peu au fait des affaires pabliques dans le journal de Sa Majesté Louis-Philippe à propos des éTënements de 1815, mais il s*entendait en taquineries et ce vin a fini par rester au compte du maréchal Dnvout, qui ne touchait pas ses traitements et, comme nous le verrons bientôt, vivait de privations. Les partis politiques, n*importe lesquels, sont misérables et odieux.

faire droit, si elle lui eût été soumise. II se fût empressé . de donner des ordres pour qu*elle subisse le sort de toutes celles de cette nature : lui, mieux que qui que ce soity connaissant Texactitude de tout ce que je te mande. Au surplus, que M. de Glerq communique une déclaration écrite et signée du ministre qui rejette sa réclamation et me la renvoie, alors je verrai ce que j^aurai à faire. Enfin, ma bonne amie, fais ce que tu jugeras convenable : crois que s'il y avait eu l'ombre de justice dans cette réclamation, malgré notre embarras de fortune, il y a longtemps que j'y eusse fait droit.

Si Boileau a dit justement en répétant que ce que Fon conçoit bien s'énonce clairement, la lettre que voilà pourrait servir d*exemple. Aucun mémoire, aucune pièce judiciaire ne saurait mieux réduire à néant toute réclamation à propos de ce vin distribué à Hambourg; sans phrases, sans accusations, le maréchal reste fidèle à la devise qu^on aurait dû retracer en lettres d'or sur son drapeau personnel : « Honneur et Délicatesse! »

Dans une lettre toute vibrante d'affection et qui porte la date du 2 avril, la maréchale déplore d'avoir quitté brusquement son mari et ses enfants et dit :

J'ai reçu la réponse du ministre; ce n'est que demain qu'il me recevra. Il semblait que je n'arriverais pas assez tôt pour conclure la location de mon hôtel; le ministre avait envoyé deux fois en un jour chez M. NoGl ; on lui a demandé de m'écrire, tandis qu'on était chez

Iai;lepréfet a également envoyé deux fois; depuis deux jours que je suis ici, on a discontinué toutes démarches. • . En ce pays, les choses restent longtemps dans le même état.

Cette correspondance témoigne des bouleversements particuliers qui suivent les crises gouvernementales, et des difficultés d*existence qui succèdent à une vie large, facile, avec d*autant plus d'éloquence, que les personnages de ce drame intime sont plus noblement résignés aux ennuis personnels, — pour eux noyés dans le malheur de la France.

LonvierS) le 2 avril.

Je reçois ta lettre du 1*', ma chère Aimée ; je commencerai parte tranquilliser tout à fait sur notre toute petite : son rhume de cerveau est totalement passé, on lui a donné dans les premiers jours du sirop de guimauve dans de Teau de violette: ainsi on a prévenu tes intentions. J'ai eu sa visite ce matin, elle est très gaie. Hier, elle, Louis et moi, avons eu une conversation de près de deux heures; il serait assez difficile de te la rendre : Bry bas, pa, ma, aboua, do, ont été la base de nos discours. Nous ne sçavions tous ce que nous disions; la moins insensée, je crois, était notre toute petite ^uise. Je t'envoie ses caresses. La nourrice désirerait bien avoir la seconde robe de laine que tu destinais à ce cher enfant.

«'ai toujours les meilleurs témoignages à te rendre ^e Louis, il fait des progrès sensibles dans la lecture et

il est très gentil : il n*a pas eu un moment de maussaderie depuis ton départ.

Je vois, mon amie, par le contenu de ta lettre, que je ne sçaurai pas encore demain à quoi m*en tenir sur la vente de notre hôtel et sur le résultat de la demande que tu dois faire sur mon retour à Savigny. Je ne regarderai pas comme un malheur qu'un quartier général n'habite pas notre hôtel, qui en serait bien détérioré, surtout si tu peux louer à Tanglaise. Je désire, mon amie, si tu loues passablement, que tu me fasses faire une bibliothèque à Savigny, très propre et très simple. Il me semble qu*un endroit bien agréable serait dans la tourelle des bains au-dessus de la salle de bain. On pourrit, il me semble, bien approprier cet endroit pour moins de 600 francs. J'y comprends la dépense de la bibliothèque, les fenêtres, les jalousies, etc., en nous servant de tout ce que nous avons.

Si c'est toi qui viens me rejoindre et non pas moi qui aille te trouver, il me semble, mon Aimée, que tu ferais bien de venir avec tes deux chevaux pour pouvoir faire de petites courses ou promenades dans les envi-^ rons; cela distraira notre toute petite et tout le monde. Les deux ou trois chevaux qui restent à Savigny seront suffisants) puisque tu n'y fais point faire de travaux.

Ai-je besoin de dire que cette lettre a été particulièrement douce à mon cœur : le récit plein de gaieté, de tendresse, de notre longue et intéressante conver^ sation m'a vivement touchée, ainsi que les promenades en voiture souhaitées pour distraire la toute petite I

Enfin ce rèvo de bibliothèque à édifier dans la jolie tourelle tant de fois contemplée de la fcnùtre de mon cabinet de travail au travers des beaux peupliers qui tremblaient tout le jour sous mon regard, a été aussi mon rive et certes je ne savais point me rencontrer avec mon père dans cette fantaisie do songeur et de poète, inspirée peut-être au maréchal par la chambre isolée où Montaigne se plaisait à travailler ?

Que de fois mon frère m'a répété : « Quand Savigny sera à moi, je te ferai bien arranger la tourelle, tu seras là chez toi, et personne n'ira te trouver que si tu tires une cloche que je ferai poser, .afin qu'elle nous dise que Ton peut aller te voir sans te déranger. »

Louviers, ce 3 avril.

Je viens de recevoir, ma chère Aimée, ta lettre du â. n est fâcheux que Ton n'ait pas conclu avec Tambassadeur de Prusse. Ce que tu feras sera bien fait.

Parlons maintenant de choses d'un bien plus grand prix pour nous, de nos enfants. Ta Louise est bien portante, son rhume de cerveau est passé; son petit nez e8t encore un peu sensible; de temps à autre on voit que les dents la font souffrir ; mais sa gaieté, sa vivacité est toujours la môme. Ton gros Louis continue à être gentil et à bien prendre ses lc(;ons; je lui en donne pour mon compte deux ou trois par jour qui durent *û moins une demi-heure chaque. Louis me prie rha- ^e fois de te bien faire connaître qu'il prend bien ses

leçpns, qu'il est bien gentil : il tient beaucoup à Être agréable à sa petite maman. Je lui fais bien exactement tes commissions ainsi qu'à Louise. Il t'embrasse de tout son cœur; j'ai demandé à Louise si elle voulait t'embrasser, elle m'a répondu : babua, accompagné d'un sourire. Ainsi la réponse est claire, elle t'embrasse de toutes ses forces.

Je dîne aujourd'hui avec Louis chez ta cousine ; invite, si tu en as le temps, à diner chez toi son mari et son beau-frère.

Le 3 avril, la princesse d^Eckmîihl écrit à son mari qu'elle croit son isolement nécessaire. Le ministre de la police a reçu des rapports qui accusent le maréchal d'entretenir des relations avec un homme, — chef de mécaniques, — hostile au gouver-' nement et lui recommande le silence.

Pardonne, mon Louis, cette observation que je reconnais inutile. N'est-ce pas de toi que je prends chaque jour des exemples de mesure et de modération, que j'admire plus que je ne les imite, car je ne peux nier que je souffre très impatiemment de vivre séparée de mes deux filles, de l'administration de Savigny. On m'a dit qu'on ne me conseillait pas de demander à ce que tu y viennes en ce moment, et ce conseil me vient d'une part^ qui ne me permet pas de faire de demande. J'éprouve de la peine à détruire l'espérance justement fondée sur la sagesse de tes opinions et de ta conduite. Plus tard, les passions des alentours du Roi se calme-

^ M. le duc de Doudeauville.

COKRËSPONUANCE AVEC LA MAUKCIIALH:. 337

ront; on n'ira plus chercher midi à quatorze heures; de ce moment on te rendra justice, et Ton conviendra que tii as évité tout le mal qui pouvait encore être fait sous Paris et derrière la Loire, au lieu de te blâmer ainsi qu'il arrive.

J'irai te voir aussitôt que je serai libre. J'engagerai M. Guerrier à t aller joindre ; il t'a été de ressource pour le promener, et j'étais moins malheureuse d'ôtrc séparée do toi sachant que tu avais à qui parler. Je recommande au bon Mayer de ne laisser entrer aucun importun. Mes amitiés h la bonne madame Langlois ; tu aimes tant à la gagner au piquet que je te souhaite ce plaisir. Toute à toi jusqu'à mon dernier soupir. »

On respire une atmosphère calmante et saine en lisant cette correspondance si intime, si noblement alTcctueuse et confiante ; mais la colère du maréchal, qui n'est que la protestation d*un honnête homme indigné de se voir méconnu, en éclatant dans la réponse que voici, fait également bien et plaisir.

Louviera, ce 4 avril.

Je reçois, ma chère Aimée, ta lettre du 3. La personne quiaécrit au ministre de la police que je voyais un chef de mécaniques mal disposé pour le gouvernement ^i un misérable. Je n*ai vu que deux à trois personnes depuis que je suis ici et que tu as reçues comme les pi*oches parents de ta cousine; ces deux ou trois personnes ne sont venues que deux fois au plus pendant fl^e lu étais ici et jamais en ton absence. Je puis jurer sur mon honneur que j'ignore leurs opinions politiques

rv. 22

et religieuses : ce sont deux objets que je ne laisse jamais lieu à traiter. Pourquoi, mon Aimée, ne prieraistu pas le ministre d'envoyer secrètement un homme de probité prendre des renseignements : il pourra apprécier les rapports et leurs vils auteurs. Tout ce que je puis répondre, c'est que les rapports mauvais seront calomnieux, mais je ne puis empêcher la calomnie. Je ne vois pas de fin, mon Aimée, à ma persécution, puisque, à mon égard, on fait le mal pour le mal. Si on me méconnaît assez pour me croire susceptible d'être surveillé, ne peut-on pas se donner ce plaisir bien plus facilement à Savigny ? Que je sois au moins là, je serais au milieu de ma famille, tu pourrais t'occuper de nos intérêts qui souffrent tant de ton absence ; ce sont les motifs qui me rendent bien pénible mon exil, car, pour ce qui me concerne, je ne suis pas facile à toucher. Je ne vois paS; dis-je, de fin à ces petites passions. Où irons-nous le mois prochain ? Il faut y penser, mon amie, puisque nous n'avons plus de maison que jusqu'au mois de mai. Demande au ministre de la police si à cette époque je serai toujours dans la même position et éloigné de Savigny, afin que tu puisses nous chercher un asile : le plus isolé sera le meilleur, il prêtera moins à la calomnie qui est tout ce que j'ai à redouter.

Je vois, mon Aimée, que tu ne pourras pas quitter Paris d'ici à longtemps pour pouvoir terminer nos afiaires de l'hôtel; alors engage Guerrier à venir le plus tôt possible, et pour toi, quelque besoin que j'aie de te voir, arrange nos affaires, il y va de l'intérêt de nos enfants, je sçaurai toujours tout sacrifier à ce motif. Je désirerais que Guerrier m'appoilàt le catalogue de notre bibliothèque ; Laforest pourrait en prendre un«

CORRESPONDANCE AVEC LA MARÉCHALE. 33i)

copie. Je t*ai priée hier, mon Aimée, de me faire arranger an emplacement pour notre bibliothèque à Sa^igny, n'aie égard à ma demande que dans Thypothèse admise, celle où tu aurais assez bien loué notre hôtel pour me faire ce sacrifice, et où remplacement que je t*ai indiqué serait convenable et que le tout ne dépasserait pas la somme de 600 francs.

J*ai toujours les meilleurs témoignages à te rendre de notre Louis, il est gentil* ; dans peu il lira couramment. Il te fait mille caresses. Ta Louise ne se ressent plus de son rhume, elle a de temps en temps des petites crises de dents, j'espère qu'elle ne tardera pas ù en

* Hélas! ce fils, objet de tant d'amour, privé du nol)le et ferme

appui de son père, resté orphelin dans son adolescence, reçu à

rÉcole polytechnique, ne put y entrer par des raisons de santé.

Après 1830, croyant en la guerre, il s'engagea comme simple soldat

et fut un bon soldat. Au siège d'Anvers, le maréchal Oérard, inquiet

de. la responsabilité que lui donnait le bouillant sous^officier attaclié

i son état-major, le tenait un peu à l'écart des balles : le jeune

prince s'avisa de donner un déjeuner à quatre ou cin(( braves

camarades sur un bastion démantelé, en but au tir de la place.

Les boulets et les bouchons de vin de Champagne luttaient de verve

en ce singulier repas et, cependant, nul ne fut blcî»së. Le maréchal

Gérard comprit alors qu*il ne pouvait tenir à l'abri du danger

celui qui croyait devoir à son nom de le mépris$er. Plus tard, le

prince Louis d'Eckmûhl donna sa démission^ fit un lon^^ séjour

dans l'Inde, puis se consacra aux travaux de la Chambre des pairs.

Passionné de littérature, il lisait beaucoup : quelques fraginentH

d'une traduction de Heine témoignent d'une intelligence réelle du

^te; il savait l'allemand, l'anglais et se plaisait dans la compagnie

des lettrés. Alfred de Musset, Henri Heine, M. Loewe W'eimars,

qui nous le rappelait aux Eaux-Bonnes ])eu avant de mourir, étaient

fortliés avec lui. Une douloureuse maladie (jui vint le frapper en 1847

^contre laquelle la force de sa constitution le Ht lutter jusqu'au

13 août 1853, finit par Tenlever à sa famille et aux amis de son

P^fe, jaloux de voir perpétuer le nom glorieux du maréchal Davout

P^ nu aimable et vaillant jeune homme, dont le dangereux, mais

Nuisant tort, était d'avoir trop de bonté;

faire. Je lui ai montré ton portrait pour qu'elle le caresse, elle Ta battu. Mande-moi le prix de la location, les principales conditions, etc., etc.

Ce même jour, la maréchale écrivait à son mari sa tristesse de le sentir seul et ajoutait :

« On m*a dit hier que le maire de Louviers fait chaque jours des rapports : ils doivent être bien insignifiants; je le crois homme à ne pas inventer. »

Louviers, le 5 avril.

Je reçois ta toute petite lettre du 4. Quelque désir et besoin que j'aie de te voir, l'intérêt de nos enfants me porte à te prier de rester le temps nécessaire pour terminer la location de Thôtel ; seulement je te prierai d'engager Guerrier à partir de suite. Charge-le du Robinson que tu as promis à LfOuis, envoie-moi aussi pour lui des ardoises et des bâtons de craie pour lui faire commencer des barbouillages ; je continue à en être très satisfait ; il se porte très bien ainsi que la toute petite, avec qui j'ai jasé ce matin assez longtemps. Lorsque tu iras à Savigny, je te recommande les pleurs de vignes *, de faire greffer les rosiers, etc. . .

Te connaissant, j'éviterai tout préambule pour l'entretenir d'une lettre que j'ai reçu de M. de Va.... {nom illisible) sur notre dotation d'Italie : elle est du 23 mars. Il m'annonce qu'il y a eu chez l'Empereur un conseil des ministres composé du prince de Metternich, des comtes de Stadion, Sauran et Lazinski, que

1 On disait cette eau souveraine pour les maux des yeux.

CORRESPONDANCE AVEC LA MARÉCHALE. 34i

le principe qui consacre les dotations avait été rejeté h l'unanimité, que depuis il avait vu en particulier tous ces ministres qui le lui avaient confirme: qu'il allait réclamer le payement des arriérés, il ne dit pas si c'est avec quelque espoir de réussite. Voilà, ma chère Aimée, les faibles espérances que nous avions totalement déçues. Ainsi il ne nous reste plus do fortune; nous continuerons à vivre d'économie pour faire face à nos engagements de bienfaisance, contractés à Tépoque où nous en avions, et pour laisser du pain à nos enfants. Notre attachement réciproque, notre bonne conscience nous feront jouir de beaucoup plus de bonheur que n*en éprouveront mes persécuteurs.

J'ai reçu ce matin une lettre de Julie, j'y répondrai aujourd'hui ou au plus tard demain ; assure-la de mon attachement ainsi que son mari : leur société, lorsqu'ils seront établis à Viry et que nous serons de retour à Savigny, nous rendra ce dernier séjour encore bien plus agréable.

On voit avec quelle hauteur tranquille le maréchal envisageait la ruine et un avenir de privations; la pensée de rompre des cngag^emonts qu'un changement de situation semblait devoir annuler do droit, n effleure même pas son esprit !

De son côté la princesse d'Eckmiihl écrivait à son mari ne parvenir à rien terminer, et attristée de la solitude du maréchal, dit cependant :

J'ai été étonnée du parti que tu as pris d^aller dîner chez M"*Langlois avec ton Louis, connaissant ta repu-

gnance à sortir : c'est, jo crois, pour ne pas la désobliger.

Tous nos fournisseurs demandentde l'argent ; il m'est pénible de les refuser, connaissant leurs nécessités. Si

je loue mon hôtel, j'ai demandé un quartier d'avance ;

je pense que tu approuveras que je fasse de suite une

distribution aux plus nécessiteux.

La robe de laine que je destine à ma Louise est restée

à Louviers ; dis à la nourrice, je te prie, qu'elle lui mette

ses petites robes de mérinos blanc jusqu'à mon retour.

Je fais mille caresses à cette chère petite qui me paraît

vouloir percer une dent pour mon arrivée.

Louviers, ce 6 avril.

Je viens de recevoir ta lettre du 6. Je désire vivement que les espérances que Julie te donne se réalisent : si ma situation actuelle se prolongeait, elle ajouterait beaucoup à nos embarras de fortune, car, avec quelque économie que nous susbistions ici, ce sont des dépenses en plus : le loyer de la maison et notre pourriture, voilà ce que nous économiserions à Savigny. Je reconnais chaque jour que, pour laisser un peu de pain à nos enfants, il faut que nous nous abonnions aux plus grandes privations ; avec le peu que nous aurons, nous leur transmettrons l'honneur et le désintéressement.

Je viens de recevoir une lettre d'un Danois, qui malheureusement me coûte trente-six sous de port (il faut, pour que je fasse cette réflexion , que nous soyons bien dénués de fonds!) qui m'offre de faire l'acquisition d'une belle terre dansleHolstein. Le roi de Danemark, dit-il, toujours mon ami personnel (il ose en répondre), — ce sont ses expressions, — me verrait établir avec

beaucoup de plaisir dans ses États. Cet officieux suppose que, parce que pendant dix ou douze ans j*ai eu de grands commandements, j*ai dû acquérir une grande fortune. Oui, j*ai eu de grandes dotations ; mais, les événements m*en ayant privé, il ne nous reste de bien que les économies que tu as faites sur les revenus de nos dotations; aussi, si je ne suis pas sans pain, c'est à toi, mon Aimée, que j*en ai Tobligation.

Je répondrai à cette personne que par deux raisons majeures je ne puis accepter sa proposition : la première, c*est que, pour acquérir chez lui, il me faudrait vendre le peu que je possède en France, et la seconde, c'est que, à moins de force majeure, je veux être enterré dans ma patrie.

Ta cousine vient toujours deux fois par jour faire la partie de piquet dans l'après-midi et le soir. Ainsi que tu Tas présumé, je n'ai accepté son dîner que pour ne pas la désobliger : il n'y avait que son frère et sa femme.

Tu ne m'as pas encore parlé du général de La Ville ; &s-tu été demander, ainsi que tu en avais rintention, do ses nouvelles à son père ? Si tu l'avais oublié et que Guerrier fût encore à Paris, envoie-le de ma part chez H. de La Ville.

Je désire bien apprendre, mon amie, que tu as ter- Qûné la location de l'hôtel et que tu as obtenu un trimestre d'avance, afin de pouvoir le distribuer à nos fournisseurs : nous sommes sensibles à leurs procédés, bien rares, de les voir se contenter des acomptes que nous pouvons leur donn*cr.

Le prince d'Eckmiihl so fait naïvomenl admirer

et aimer en racontant son &me, en disant à sa femme, simplement et doucement, sa reconnaissance, ses impressions à propos de toutes choses ; il n'oublie pas Tami dont elle ne lui parle pas ; il est sincèrement ému de la délicatesse de ses fournisseurs. Quoi qu'on en dise, la noblesse d'àme est une puis^ sance qui s'impose à tous, et pour ainsi dire, à son propre insu.

Ce même jour, peut-être àla même heure, la princesse d'Eckmûhl écrivait à son mari :

Si nous sommes assez heureux pour obtenir Savigny, où nous vivrions presque pour rien, nous serons dans le cas de donner des acomptes h nos entrepreneurs, qui, ne s*en prenant qu'à notre changement de fortune, osent à peine en demander, mais souffrent beaucoup.

Parmi ces fournisseurs, M. Jacob qui avait fait de magnifiques meubles pour Thôtel d'Eckmùhl, en véritable artiste, eu Français et en honnête homme, se montra plus que patient, car il fit délicatement offrir au maréchal de lui prêter de Targent.

Dans une lettre datée du 7 avril, la maréchale parle des ridicules demandes d'un fermier polonais et des employés de Bruhl

qui, suivant toute apparence, vont recommencer leurs réclamations et menacent des tribunaux, pensant que notre situation peut leur être favorable. Je ne doute

pas qu'ils ne se trompent ; cependant, je n*en redoute pas moins Tapparence d'un procès.

La princesse d'Eckmiihl, par prudence instinctive, obéissait à la morale, toute pratique, du très joli proverbe polonais que voici : « Un arrangement à Tamiable, fût-il en écorces d'arbres, vaut mieux que tous les procès en maroquin ou en cuir; » tandis que le maréchal, par amour de la justice et par jalousie de la pureté de sa conduite et do son nom, dans le premier moment, choisissait la lutte.

Le 7 avril, le prince d'Eckmiihl engage sa femme à vendre à la ville, qui y gagnera beaucoup, puisqu'on vendra à perte, sa porcelaine, son argenterie, afin de pouvoir payer leurs dettes; il ajoute :

Au surplus, ce ne sont que de simples idées : ce que ta feras sera toujours pour le mieux.

Je t'envoie, mon Aimée, les caresses de Louis et de sa petite sœur. Notre Louis a aujourd'hui cinq ans et trois mois. Notre Louise aura demain neuf mois : elle ne pousse pas encore de dents. Consulte Bigot pour ''époque oh tu la feras vacciner, s'il n'y a pas d'inconvénient à le faire pendant la pousse.

Je vois avec plaisir que tu vas faire rentrer nos petites dans leur pension ; peut-être que tu les en as trop fait Sortir.

Je te quitte, mon Aimée, pour faire lire notre Louis auparavant le déjeuner; c'est la meilleure leçon en ce

qu^elle le fatigue moins que celle qu'il prend de son maître à cinq heures du soir.

Le 8 avril, la 'maréchale rend compte à son mari de Fexcellent état dans lequel elle a trouvé Savigny et dit Qn parlant de ses serviteurs :

Tous font mieux depuis que notre situation de fortune nous a forcés à retrancher leurs gages. Je leur ai témoigné ma satisfaction et leur ai dit que tu la partagerais bien sûrement : cette assurance a payé nos bons serviteurs de leur peine. La petite plantation du moulin est très bien soignée; il y a beaucoup de fleurs. J*ai recommandé de greffer les rosiers, lorsqu'il en sera temps, et de recueillir les pleurs de la vigne.

J'ai oublié de te dire qu'il y a un nouveau curé à Savigny.

Il a profité de mon petit voyage pour me présenter ses devoirs. Il me parait infiniment mieux que le dernier. Je lui ai offert de se promener dans le parc toutes les fois que cela pourrait l'arranger ; il a accepté de fort bonne grâce; il me semble qu'il doit savoir le piquet et cela m'est agréable. Si nous sommes assez heureux pour revenir bientôt à Savigny, nous reprendrons nos petites auxquelles je ne doute pas qu'il ne puisse continuer Tinstruction religieuse*.

Louviers, le 9 avril.

Je viens de recevoir, ma chère Aimée, ta lettre du 8.

* M. Tabbé Osouf ou Ousouf, ancien oratorien, e8t mort dans sa paroisse de Savigny-sur-Orge après plus de quarante ans d*exercice.

Tu n*aTais pas encore connaissance de la réponse du ministre à la demande de mon beau-frère, je dois en tirer la conséquence qu*elle n*est pas favorable ; si elle Teût été, Julie te Teût fait dire. Pourquoi, mon Aimée, ne ferais-tu pas une demande écrite ? Nous touchons au mois de mai où nous ne pourrons plus rester dans cette maison. Où trouver un autre logement, et où trouver les fonds nécessaires pour notre dépense, quelque modique qu'elle soit ? Nous sommes bientôt au bout de nos ressources, — ce sont de ces aveux que Ton peut faire sans rougir, et que, par modestie, il ne faut faire que par nécessité, — nous sommes dans ce cas. Je désirerais que tu visses le duc de Tarente, ne serait-ce que pour lui demander conseil : peut-être qu'il se chargerait de faire des démarches pour faire cesser des persécutions injustes et qu'il obtiendrait qu'on me laisse en repos à Savigny.

Je soumets cette réflexion à mon Aimée, pour qu'elle en fasse l'usage qu'elle jugera convenable.

La nourrice réclame toujours les roulettes du lit de la petite pour éviter que le lit ne tombe, ce qui occasionne de grandes frayeurs à Louise. Louis continue à faire des progrès très sensibles.

U était aimé de tous et respecté autant qu'aimé. Gai et bienveillant, indalgent par essence, il n*était sévère que pour lui-même. C'oRt ce ^igoe prêtre qui m'a seul préparée pour ma première communion ^t je n'ai point oublié ses leçons. Ami passionné de la vérité^ ce pieux ennemi du mensonge réel me disait : Mentir ^ c'est parler ^ntre ia pensée intime : ainsi le meuble que voici est rowjc; si vous ^ voyez bleu et que par complaisance vous le disiez rouge, vous avez ^^àenti,

M. Tabbé Ousouf avait gardé un culte pour la mémoire de mon P^re : il y a des sympathies invincibles entre toutes les âmes hautes ^^ droites en dépit des carrières et je dirai même en dépit des aptitudes différentes.

J*ai lu avec bien deriDtérèt tous les détails sur Savigny et sur tout ce que tu me mandes xlu zèle de nos serviteurs. Nous le reconnaîtrons aussitôt que notre fortune nous le permettra. Ces détails ne peuvent qu*augmenter le désir que j'ai d*y aller. J*ai appris avec plaisir le changement du curé : la commune ne peut qu*y gagner, l'autre n'avait point les vertus de son état. Je verrai le nouveau avec plaisir.

J'ai beaucoup jaboté avec Louise pour célébrer ses neuf mois. Elle et moi, quoique ne nous comprenant pas, avons eu du plaisir, au moins à en juger par nos figures. J'envoie mille caresses à mes petites et autant de baisers à leur excellente maman.

Il y a dans cette lettre une parole d'une grande profondeur d'honneur et de finesse morale : « Nous sommes bientôt au bout de nos ressources, ce sont de

ces aveux que Pon peut faire sans rougir et que, par modestie, il ne faut faire que par nécessité. » Il y a tout un code de loyauté, toute la révélation d'une àme exquise, dans cette simple parole ! Ai-je besoin de dire avec quelle émotion j'ai vu célébrer mes neuf mois par mon père ; avec quel tendre orgueil je l'ai entendu constater le plaisir qu'il avait trouvé, ainsi que moi, à cette première causerie? Ah! si alors nous ne nous comprenions pas, aujourd'hui il n'y a pas un mouvement de cette grande àme que mon cœur ne comprenne et n'admire, ce qui est une même chose!

Le 9 avril, la princesse d'Eckmûhl parie ménage, dit la demande refusée par le ministre et ajoute :

M. Guerrier termine aujourd*hui pour le vin de Hambourg à 1 fr. 61 cent., prix auquel tu payais tout le vin qui a été consommé à ta table : malgré cela, il yen à pour 1,900 francs, qui auraient dû être payés parle gouvernement, si la réquisition eût été faite comme elle devait Tètre, ce vin ayant été consommé par les convalescents que tu avais établis chez toi : c'est parce que cela est connu du fournisseur qu*il a été traitable et reconnaissant, car il lui eût été pénible de t'actionner pour obtenir le montant de ce vin qu'il fallait bien qu'on lui payât.

Brave fournisseur! que je lui sais gré de n'avoir pas voulu ressembler à M. Le..., aux gens de Brubl, et d'être cause que nous ayous appris comment le gouverneur de Hambourg payait, ruiné, pour les chers blessés auxquels, dans ses jours de puissance, il avait ouvert son palais.

Une lettre de la maréchale, datée do Paris et du 10 avril, nous donne l'amer regret de ne pas trouver à son rang une lettre du prince d'Eckmùhl, plus belle encore que toutes les autres à en juger par cette phrase do la réponse de sa digne compagne.

Quand se trouvera-t-il des justes pour t*apprécier, mon Louis, comme tu apprécies les autres?... J'étais sûre que ce qu*a dit le général Drouot ferait une grande

impression sur toi, et que tu ne laisserais pas tomber la conduite qu*a tenue le duc de Tarente à Tégard du général, bien que,à mon avis, le mérite qu*on donne à chacun de la soumission de Tarmée Tenlève à celui qui Ta bien réellement. Pardonne-moi cette réflexion qui ne te serait sûrement pas venue, oubliant le bien que tu fais et surtout ne t*en vantant jamais.

Réellement grand est Thommc dont la femme peut parler ainsi et qui donne à ses enfants la joie ineffable de pouvoir répondre à ce cri célèbre do Byron : « I want a hero » (J'ai besoin d'un héros), par cet autre cri parti du cœur : « J'ai trouvé mon héros. »

Louviers, le ii avril.

Ta lettre du 10 me désespère, ma chère Aimée.. . Tu me dis que tu souffres sûrement plus que moi de Tisolement où tu m*as laissé. Dis, mon Aimée, autant, cola est possible et j*en suis même convaincu, mais plus, cela est impossible.

J'espère que ta première lettre m'annoncera que tu Ves déterminée à faire des démarches près du duc de Tarente : je ne puis supporter notre séparation et celle de nos enfants : un jour de bonheur sera celui de notre réunion. Puisse ce jour être prochain !

Je rouvre ma lettre pour te communiquer une idée qui te prouvera avec quel désir je forme leyœu de notre réunion, voici mon idée : ne pourrais-tu pas laisser à M. Noël une procuration spéciale pour passer le bail de la location de Thôtel?. . . Rien ne t'empêcherait alors

de venir trouver ton Louis. Je suppose néanmoins la déniai*che du duc de Tarente faite et sans résultai, car, si elle doit en avoir un bon, il faut t'éviter la fatigue et la dépense du voyage.

On sent Tennui envahir tout Tètro du maréchal, mais il étouffe ses plaintes autant qu'il le peut et continue à s'occuper des autres même contre ses plus chers intérêts.

La princesse d'Eckmiihl écrivait enfin le 11 avril :

Je suis allée hier chez le duc de Tarente, mon bien bon ami ; il m*a parfaitement accueillie et m*a promis de faire le plus possible pour te senir, en ajoutant que personne mieux que lui ne pouvait témoigner des services que tu as rendus comme chef de Tarmée de la Loire. II ne m'a rien promis, mais c'est son usage : il ne s'avance pas, il se borne à agir. J'espère beaucoup de ses démarches. Patience, mon Louis, je crois pouvoir t'assurer que sous deux ou trois jours je partirai pour te rejoindre.

Le duc de Tarente m'a dit que le général Drouot a vu le Roi qui Ta fait demander : Sa Majesté a rendu le plus juste témoignage au caractère du général, auquel il a dit entre autres choses : « Votre jugement était sus* ceptible de révision, mais je ne Tai pas permis. Servezmoi désormais avec la fidélité et le dévouement dont vous avez fait preuve. » Le général, éinu de la bonté du Roi a répondu comme il le devait, a-t-il dit au maréchal ; mais son émotion ne lui a pas permis de se rappeler ses propres expressions*

Louviers, le 12 avrU.

Je reçois ta lettre du 20. . . Dans deux jours, je serai réuni à mon Aimée. Je suis dans la joie ; par celle de demain je connaîtrai le jour de ton arrivée et la manière dont tu voyageras, si c'est avec tes chevaux ou en poste. Dans les deux hypothèses j'irai au-devant de toi.

Nous avons eu une très bonne idée pour le duc de Tarente, sa réception ne m'a pas étonné. Il a une bonne méthode de ne pas s'avancer, mais d'agir. J'espère que ses démarches auront une bonne et prompte réussite.

Louis m'a donné hier les plus vives inquiétudes par une nouvelle chute, il a roulé en bas des escaliers par où l'on vient de la cour dans le salon. Heureusement j'en ai été quitte pour la peur. 11 ne se plaint pas, il est très gai. J'en suis fort satisfait. Je t'envoie ses caresses et celles de la toute petite qui est toujours bien gentille et gaie. J'embrasse nos deux petites et j'ai vivement le désir de les voir avec nous à Savigny : il me semble que rien ne manquera à notre bonheur, surtout si elles nous donnent de la satisfaction.

Louriers, le 14 avril.

Je viens de recevoir, ma chère Aimée, ta lettre du 15 où tu m'annonces décidément ton départ pour lundi. J'espère qu'il ne te surviendra pas d'empêchements. Je vais compter les heures. Je serai, auparavant quatre heures, sur le haut de la montagne avec ton petit Louis qui ne s'est plus ressenti de ses chutes, mais cet enfant est réellement inquiétant, il ne voit de danger à rien ;

hier au soir il est monté sur un fauteuil et il est tombé à la renverse; heureusement qu*on Ta retenu à temps. 11 est inutile, mon Aimée, que tu apportes les Lettres de M"^ de Sévigné, elles sont à la bibliothèque d'ici.

Le séjour de la maréchale à Louviers n*a duré que quelques semaines, car, dès le 8 mai, nous trouvons le brouillon d'une lettre datée do Paris, et adressée par elle au duc de Tarente, pour le remercier de renvoi de la lettre du miuistre de la guerre qui annonce la liberté qu'aura le priuce d'Ëckmiihl de se rendre à Savigny, au retour du Roi. Le 9 mai, le maréchal rêve déjà retour et écrit à sa femme :

11 me semble qu*il n*y a plus c\ douter qu'après le voyage de Fontainebleau j'aurai la liberté de me rendre à Savigny. Le journal d'aujourd*hui annonce que la duchesse de Berry doit arriver le lia Marseille ; si cette nouvelle se confirme, alors ce serait dans les premiers jours de juin que nous aurons le bonheur d'être réunis avec nos enfants et alors il faudra t'éviter le voyage de Louviers.

Cependant, le maréchal demande à la princesse d'Eckmuhl de venir le rejoindre, si ce projet se trouvait différé, mais sans son cuisinier.

Il est inutile que tu amènes Mallct ; tu le laisserais chez lui avec ses gages jusqu'à notre retour, car ne fai- St^Dt pas autant de cas que ton petit Louis d'une table embarrassée, la cuisine de Mayer nous suffira, nr. 23

Ensuite le maréchal parle poules , et ajoute :

Je suppose, mon Aimée, que tu n'auras pas oublié de recommander à Legay de faire recueillir beaucoup de fleurs de sureau et de tilleul.

Nous entrons dans ces détails intimes, parce qu'ils nous semblent prouver que, pour arriver à de g^rands résultats, il ne faut rien dédaigner, et que rhabitude de s'occuper de tout, sans donner trop d'importance à ce que Ton appelle à tort des misères, a été une partie de la force du prince d'Eckmûhl et une des causes de ses constants succès à la guerre.

Louviers, ce 13 mai.

• Je remplis, ma chère Aimée, avec bien du plaisir, la promesse que je t*ai faîte de te donner de mes nouvelles aujourd'hui, jour de notre dernière séparation ; au moins tout me porte à Tespérer. J'ai tant de confiance dans la lettre du duc de Feltre au duc de Tarente, que je ne doute pas que tes premières lettres ne m'annoncent ce qui fait l'objet de mes vœux, — notre retour à Savigny.

Après t'avoir quittée à une lieue et demie d*ici, je me suis acheminé très tristement vers Louviers; j*ai voulu en route continuer ma lecture de la Vie des Empereurs, par Crevier, mais cette lecture en elle-même est si dégoûtante que, après quelques pages, j'y ai renoncé. En QSeii ^^'6Ci quelque rapidité que passent tous ces empe-

CORRESPONDANCE AVEC LA MARECHALE. 3i>5

reurs, on trouve que la plupart ont vécu encore trop longtemps. Autant Timagination se plaît dans les règnes d'Auguste^ d*Antonin, de Marc-Aurèle et de quelques autres, autant on trouve de dégoût et d*horreur en parcourant ceux de Néron, Tibère, etc.

Arrivé àLouviers, j'ai déjeuné, mon Aimée; mes enfants n'étaient plus avec moi, aussi ne suis-je pas resté quatre minutes à table. J'ai parcouru le jardin ; après avoir bien fait cinquante fois le tour, toujours préoccupé de mon excellente amie, je suis nionté ici pour m'entretenîr avec elle : j'ai le besoin de lui répéter que plus je la connais, plus mon amour, mon attachement et mon estime, redoublent pour elle. Près de toi, le temps passe rapidement, il va me paraître bien long, mon Aimée. Je compterai au nombre de mes beaux jours celui où il me sera permis de retourner dans notre Savigny et de m'y livrer entièrement à mon excellente Aimée et .à mes enfants. Je ne daterai mon existence que de cette époque : je ne me rappellerai le passé que comme de beaux ou de mauvais rêves. Je me reproche de ne t'avoir pas donné assez de commissions pour nos deux petites : assure-les de toute ma tendresse et du bonheur que j'éprouve, lorsqu'on me rend de bons té^ moignages d'elles. Je rappelle à Louis ses promesses de donner de la satisfaction à sa bonne petite maman, d'être bien docile et bien appliqué, de lire trois ou quatre fois par jour; je lui envoie mille caresses ainsi qu'à notre petite bacchanale.

Pour toi, mon Aimée, reçois mille baisers de ton bon

et fidèle

Louis.

Heureuse est la femme qui reçoit, après de lou«

e56 LE MARÉCHAL DAVOUT.

gues années de mariage, une telle lettre d'un tel mari! La maréchale, si eUe avait pu avoir ses inquiétudes, ses tristesses, et chagriner quelquefois un peu Thomme qu'elle aimait de toutes ses facultés, semble s'être plus que jamais élevée et dévouée pendant ces jours d'épreuve. Elle se multiplie, elle va et elle vient de Paris à Louviers, sans souci de sa santé, uniquement occupée de la solitude du maréchal qui aspire à vivre enfin de la vie de famille, de la vie du cœur. Si la lettre du 9 mai, que nous venons de transcrire, le dit d'une façon touchante, eu voici une qui le montre ferme et amoureux de la justice comme en ses jours de commandement.

Louviers, ce 14 mai.

Ma bien chère Aimée, ta cousine est venue aujourd'hui de meilleure heure faire sa partie de piquet, c'est ce qui m'a empêché de terminer la lettre de M. Noël, mais je te l'enverrai demain sans faute. Elle sera fort longue, entrant dans beaucoup de détails : ma conclusion est que je consens pour ta propre tranquillité à faire pour le sieur L..., le sacrifice d'argent que tu as déterminé, c'est-à-dire 25,000 francs, mais que sous aucun prétexte je ne consentirai à ce que Ton te fasse signer un tissu de faussetés : ma conscience, qui est un peu plus scrupuleuse que celle du sieur L..., m'en fait une loi. Jamais je n'ai eu l'intention de dédommager le sieur L. . . des pertes qu'il n'a point faites. . .

... Il t'a menacée d'attacher un grelot qui ferait

CORRESPOHOAISCE AVEC LA HAHÉCHALE. 3Ô7

beaucoup de bruit pour t'épouvanlur et te soutirer de l'aient'; donnes-en,j'y consens, parce que ta tranquillité est ce que je soubaite par-dessus tout, mais donne cet argent en prenant les plus graudcs sûretés pour que ou loi ou les sieus soient mis dans la suite dans l'impossibilité de te tourmenter et ne signe pas de faussetés émanées de son orgueil, je t'en conjure. Au surplus, jo t'adresserai la lettre pour notre notaire, oti j'entre dans Ions les détails : j'espère que le coulenn to satisfera.

Celte lettre nous manque, mai» voici le billet d'envoi du lendemain et le maréchal dit :

Ta trouveras cette lettre bien longue ; suivant mon maoTais usage je n'en ai point fait de minute et je ne l'ai pas relue. Tu t'apercevras que ma petite éplucheuse de mots n'était pas près de moi lorsque je l'ai faite, tu ne la trouveras pas laconique.

C'est hier soir, mon Aimée, que toi, tes enfants et les poules avex dû faire votre entrée dans Paris : heiireuscment que c'était vers la nuit et que vous n'avez pas eu A traverser beaucoup de rues, sans cela mon Aimée eût maassé quelques brocards.

J'attends avec, impatience la poste de demain qui doit nner des nouvelles de ton voyage et de nos en-

fume jour, lit mai, la princesse d'Eckmuhl

:i i1m kffairea dn général L«clerc, mort i Saint-Dominbis le prince d'Eckmtllil n'a eu ce que l'on appelle une I «1 pu devoir de l'argent, mais il payait le ptu* vite pouible

écrit à son mari qu'une indisposition de la duchesse de Berry retarde son départ, qu'on ne parle plus du voyage de Fontainebleau, et termine en disant :

Je ne supporte pas Tisolement dans lequel je t*ai laissé ; Tavantage, le bonheur d*ètre au milieu de nos quatre enfants ne seront sentis par ton Aimée que lorsque tu les partageras.

Et, dès le 16 mai, voici ce que répondait le maréchal :

Je reçois, ma chère Aimée, ta lettre du 15 ; je te conjure de moins prendre à cœur les désagréments que nous éprouvons. Le plus grand des malheurs pour moi serait d'en voir ta santé altérée. Je trouverai en moi, mon amie, toute la fermeté et la résignation nécessaires lorsqu'il ne s'agira que de moi ; il n'en sera pas de même pour ce qui te concerne ; ainsi, par l'attachement que tu me portes, déploies une partie du courage dont tu es si pourvue, lorsqu'il s'agit de tes devoirs. J'oserai dire que dans cette circonstance c'est un devoir pour toi de conserver ta santé pour tes enfants et moi. Je supporterai, mon amie, l'isolement total où. je vis, parce que l'intérêt de nos enfants le commande. Je trouve dans la lecture une grande ressource, ce goût ne me passera pas, ainsi tu peux te rassurer. J'espère, en outre, que cet isolement ne sera pas de durée, ayant toute confiance dans ce que t'a écrit le duc de Tarente. L'incertitude du départ de la duchesse de Berry est un contretemps qui ne peut que porter le duc de Tarente

à faire de nouvelles démarches, qui auront, je n'en doute pas, un prompt et heureux résultat. Nous serons tous réunis à Savigny dans le courant de ce mois, notre bonheur y sera parfait et ne pourra être troublé que dans le cas où nos enfants nous donneraient par leur conduite des snjets de mécontentement.

J*ai été hier à la pèche, j'ai été peu heureux à la ligne ; je me suis dédommagé au tremblet, j'ai pris cent cinquante petits poissons.

On voit avec quelle affectueuse volonté de con vaincre sa femme de ses plaisirs et de sa foi en à'incertavies espércaices le maréchal devise do ses distractions présentes et de ses rêves pour Tavenir.

Le 16 mai, la maréchale écrivait de Paris :

Le mouvement manifesté à Grenoble, quoique apaisé, l'association découverte à Paris font beaucoup d'impression sur les cœurs français : nos divisions no peuvent qu'attirer de nouveaux malheurs sur notre patrie ; il n'y a que l'abstraction des intérêts particuliers qui pourrait nous réunir et nous sauver, mais cela est bien difBcile! On trouve peu do ces sentiments auxquels j'aime tant à rendre hommage, mais qu'un peu de ce moi qui fait tant de mal et dont je ne suis pas encore assez détachée, fait que j'admire plus que je n'imite cette modération si rare et si favorable à ceux qui en sont doués. Si ton retour à Savigny est définitivement fixé au retour de Fontainebleau, s'il doit ôtre retardé comme on le pense, je partirai pour t'aller rejoindre. Je laisserai ma Louise à Julie, mes filles en pension, et j'emmènerai Louis. Je crois que nous pourrons trouver

une chaumière dans les environs, où nous attendrons Teffet des promesses faites au duc de Tarente. Avec la grâce de Dieu et ton exemple, j 'espère me soumettre à cette nouvelle épreuve : qu'il m'en coûtera, mon Louis, de quitter mes trois filles ; mais je n'existe pas loin de toi, ton isolement m'est insupportable ; pendant ma dernière absence, tes enfants étaient d'une grande ressource.

Le 17 mai, le maréchal s'efforce do la rassurer, de répéter qu'il croit aux promesses du duc de Feltre, transmises par le maréchal Macdonald.

Si mes espérances étaient trompées, la plus grande peine que j'éprouverai sera de voir que je serai la cause de tes malheurs, car ce serait un grand malheur pour toi que d'être éloignée de nos enfants, de leurs intérêts. J'ignore comment je pourrai te faire supporter cette absence, surtout lorsque tu ne verras plus de terme à mon éloignement, car il n'y en aura plus si les espérances que te donnait dernièrement le duc de Tarente ne se réalisent pas. Te connaissant, ce serait bien en vain que je te ferais par écrit la proposition d'aller attendre la fin de mon exil à Savigny avec tes enfants, puisque tu as rejeté déjà bien souvent toutes les insinuations que j'ai cherché à te faire à cet égard. J'adopte donc ta résolution de laisser tes deux aînées à leur pension, de prier ma sœur de se charger de Louise et de sa nourrice, et de venir avec Louis ; mais, mon Aimée, où irons-nous, car sous quelques jours tu n'ignores pas que je serai sans asile? Il me semble qu'il faut profiter de la proposition de ton frère aîné et, si tu n'obtiens

CORRESPONDANCE AVEC LA MARÉCHALE. 36i

pas mon retour à Savigny d'ici à quelques jours, demande rautorisation que je puisse me rendre à Moû- Uers.

J'emploie toujours mon temps à la lecture, mais je crois m'apercevoir que ma vue commence à en souffrir. Je suis maintenant à lire Thistoire du Bas-Empire, par liebeau. J'aurai achevé à la fin de la semaine prochaine cet ouvrage dont j*ai commencé la lecture le jour de ton départ et qui a cependant vingt-sept volumes, c'est à peu près deux volumes par jour. Je lis maintenant que je n'ai plus de devoir à remplir avec plus de fruit et d'intérêt. Que de rapprochements on peut faire non seulement dans cet ouvrage, mais dans ceux dont j'avais achevé la lecture auparavant d'entreprendre celui-ci, entre autres dans les histoires ancienne et romaine de RoUin, dans V Histoire des Empereurs romains, par Crevier. En parlant de ces ouvrages, je crois les avoir dans notre bibliothèque de Paris. Je te prie de charger Laforest de vérifier si les ouvrages suivants s'y trouvent :

L'Histotre romaine, par Rollin, en 10 volâmes iu-i2, prix 56 fr.

Histoire ancienne, par Rollin, i4 volumes in-12 49

Histoire des Empereurs romains, par Crevier, depuis Auguste jusqu'à Constantin, 12 volumes in-i2

Histoire du Bas-Empire, en commençant à Constantin, 27 volumes 100

Le Traité des Éttuies, par Rollin, 48 volumes in-i2 as

ToUl 323 fr.

Ce sont des ouvrages dont on ne peut se passer ; s'ils

n'y étaient pas, aussitôt que Tétat de nos finances nous le permettra, il faudrait les acheter : je mets le prix auquel on trouve ces ouvrages chez BrunotrLabbé, libraire, quai des Augustins, n° 38.

On voit comment le prince d'Eckmuhl trompait son activité en remplaçant Faction par la pensée.

Ce même 17 mai, la maréchale informait son mari de la gracieuse réception du duc de Tarente : il lui a dit : « La duchesse de Berry, partie de Naples, ne devant rester que deux ou trois jours à Marseille, onze en route », et elle ajoute que le duc, contrarié du retard, conseillait cependant la patience :

J'ai observé que la loyauté reconnue de ton caractère me portait à croire que la mesure de surveillance, que d'ailleurs tu n'as aucun motif de redouter, ne serait pas maintenue. Il m'a écoutée avec bienveillance, mais n'a rien répondu à cela. La conclusion de mon entretien a été de nouvelles assurances de faire réaliser les promesses qui nous ont été faites, aussitôt le retour du Roi : « Je ne serai satisfait, m'a dit le maréchal, que lorsque vous et le maréchal serez heureux au sein de votre famille. Je vous répète que je ne perdrai pas un instant pour vous faire revenir à Savigny. »

Le lendemain 18, Texcellent duc de Doudoauville, auquel la maréchale avait fait demander de vouloir bien la recevoir, accourt dès midi, et voici ce que raconte le rapide billet :

Il est impossible d'être plus juste à ton égard ; il est vivement contrarié du retard qu'éprouve l'arrivée do la duchesse de Berry, mais il est de l'avis du duc de Tarante, c'estrà-dire qu'il faut attendre l'effet des promesses du Roi avec une entière confiance, parce qu'il est sûr qu'elles seront réalisées au retour du voyage do Fontainebleau, qui aura lieu vers le milieu de juin, à ce que croit le duc. Si nous avions un logement, je supporterais mieux que je ne le fais ce contretemps. J'irai sous peu de jours, mon bien cher ami, t'aider à te caser dans quelque petit coin. Je pars pour Savigny, ce qui me procurera la satisfaction de voir la bonne sœur. Il y a lien de croire que je lui demanderai de se charger de ma Louise pendant mon absence.

Le 18 mai, le maréchal rappelle à sa femme qu'il n*aura plus de logement^ et que, s'il peut trouver pour lui une chambre dans quelque auberge, il ne saurait où installer elle et sa femme de chambre, n n'est, d'ailleurs, plus à Louviers que pour peu do jours, s'il faut ajouter foi aux promesses faites :

Dans ces circonstances, ta présence à Paris sera bien plus utile et donnera plus d'espérances pour un heureux et prompt résultat. Ma conclusion est donc, mon Aimée, que tu dois attendre à Paris et à Savigny l'arrivée de la duchesse de Berry. Je te promets de prendre en patience notre éloignement : ton exactitude à me donner chaque jour de tes nouvelles, beaucoup de détails sur nos enfants, Savigny; le moment oti je t'écris et la lecture, voilà mes ressources.

Le 30 mai, le maréchal écrit :

Los journaux d'aujourd*hui n'ayant pas confirmé Taçrivée à Marseille de la duchesse de Berr}', il faut en conclure, ma chère Aimée, que la nouvelle est prématurée. C'est dans dix jours que je suis sans asile; ta bonne parente est encore venue à la charge et m'a proposé de venir s'établir ici avec son mari pour nous laisser sa maison : je l'ai remerciée de son obligeance. Lorsque tu seras ici, nous ferons toutes les démarches nécessaires pour trouver une chambre ou deux. Charge Laforest de me donner des détails sur notre Savigny. C'est avec bien de l'impatience que j'attends l'époque où je pourrai y aller, puisque ce sera celle de la fin de nos tourments. Je compterai mon existence de ce jour, je regarderai le passé comme un rêve !

Déjà le prince d'Eckmiihl a dit quelque chose de tel. C'est, hélas! une aspiration d'exilé, qui voit le repos, Toubli, le bonheur, là où il n'est pas, là où il voudrait être !

Louviers, le 21 mai.

Le Moniteur d'aujourd'hui annonce que la duchesse de Berry est attendue le 18 à Marseille. Je désire, ma chère Aimée, que les vents contraires n'apportent point de retardement; alors cette princesse serait à Paris dans les premiers jours de juin, et nous serions, peu de jours après, réunis avec nos enfants à Savigny : cette perspective me sourit. Dans cette hypothèse, mon Aimée, je souhaite t'éviter le voyage de Louviers. Je consulte beaucoup plus l'attachement que

je te porte que ma propre satisfaction , car je commence à trouver notre séparation insupportable. Je connaîtrai probablement demain le parti que tu auras pris et le jour de ton arrivée, si tu persistes dans la résolution où tu étais.

Malgré le courage et Tabnégation du prince d'Ëckmûhl, on sent que la tristesse s'empare de lui et qu'il désire passionnément Tarrivée de sa femme, en dépit des efforts qu'il tente pour la décider à ne pas faire le voyage de Louviers.

Le 22 mai, le maréchal écrit :

Ta lettre du SI me laisse encore dans l'incertitude sur le parti que tu prendras. Les journaux d'aujourd'hui ne parlent pas de l'arrivée de la duchesse de Berry pour le 18 ; je crains bien qu'elle ne soit retardée ; dans tous les cas, elle ne sera pas à Paris auparavant quinze à vingt jours. Ainsi, mon Aimée, si tu es toujours dans les mêmes intentions, pars au plus tard samedi pour venir joindre ton Louis.

J'ai lu avec bien du plaisir tous les détails sur notre Savigny : tu as oublié de me dire si Boissy a grefl'é les églantiers.

L'ennui se trahit, et le 23, la maréchale, parlant de vagues espérances qui la décideraient à ne pas s'éloigner afin de tirer parti de Savigny, seule ressource qui reste pour acquitter les dettes criardes, Texilé jette vers elle un vrai cri de détresse :

j» ^ k.-.liLCfiAL IiAVOLT.

LnrTMTS, ce 23 mai.

i ^i2* fr Teç«^"jr Hit chèr^ Aimée, ta lettre do îi.

-► .TTiax 13 '^"iïrfiniieir paf et gne plusieurs per- . -jnr-r 11 — ^ ' dTTiTBi ût la duchesse de Berry ^- - :ir TTii * -httl -sumrt' lûeii ]ozi£ temps séparé e . iî- -înïii»->uin 2tt?Ec gu£ jt pins$>e me rendre à rsgTisîy .uatiuin •♦• '^FtTir ni llni & ^arô. Je serai donc itt-T* - ^«intr?- Txwm a -a mi-juin, et cela sans asile ^ 3U> ^ 'uiî!^ :rtaic î* .taitfmi. Jt* ne suis sorti que -»••:. - ■ i:ï»*** '^•' -^ str^a-ii*. L arrancemenl que tu ....... ^^ r -• LTT. :.'=^ • ir*t. M Carpentîer complc

.. .'M^-:. -..:• : t ' ^um. rr*£ enTcâe déjà ses -5^. .•-.-. -^ r':z\:i^ . 7::^"^»-^ii It t deux jours qu'elle :«-.-i^.^t» - -.Oi-u-- - "-" i^^: SI bTr^He. Tu conçois que r r • ^i-^i r^ier ivt* Tf neuiir*- Je neveux pas, .•:u ui:> ■i<. -lier aez 'a lariîcie. J'attendrai tes ^iTvuièrr^ ;iiir^^. -< -'ile> "ne ioiinea: la conTÎctàon que îi •.«: frutirats- *Ma^ ;e irfîfnimi nim rh ambre dans une

.^ • ■.■•:ais ne«, ii«»u unie, notre pénible «jtoation M ::'-'..'-n. •: a •• ii'^ie I 11 Oint «^ue possQjïle.. J'ai rérfé iia .•t'n.^.x « • t ■ '*riii«"* l*> ^•rcs parj-T'ir: Marer ne *«*Lvi>a< >i.> '^ite ?• {ii3ie. Ce n*e>t pas i*:tiir moi un >av-^'.*- uai> -^ r^ ^n ^»t un bien grai»i. resî d'être 5vi>jL.'^ itf Jia. :Vf rmn<:î et de mes enfants. Tu jtt ae parles J4S. ie 'J*;cn5 dotation d'Italie ; si M. Bresakc^n. que tu i:w^u. il donné quelques espérances que rarnênênous Sf riit payé. II a dû te demander des lettres : écris-Ies ^u tou nom.

leltre» si triste et si simple, si remplie

d'amour contenu, nous parait entre toutes touchante. Ce grand soldat, qui avait disposé presque en roi absolu de pays entiers, réduisant sa dépense et celle de son fidèle serviteur à trois francs dix sous par jour, nous semble beaucoup plus digne d'admiration que s'il se montrait entouré d'éclat. Il soufTre dans son cœur, mais comme sa conscience est tranquille ! S'il songe, à cause de ses créanciers et de ses enfants, à l'arriéré de ses dotations italiennes, il ne veut rien demander lui-même, il consent seulement à ce que la mère de famille réclame en son propre nom.

Trois lettres de la maréchale terminent cette correspondance de 1816 :

Le départ des équipages pour Fontainebleau l'ont remplie d'espoir, mais elle sait bientôt qu'il s'agit d'une simple chasse que vont faire les princes, et, le 24 mai, elle écrit :

On assure que la duchesse de Berry arrive aujourd'hui à Marseille. Elle doit y rester quelques jours, et, d'après Titinéraire dont m'a parlé le maréchal Macdonald, en mettra onze pour se rendre à Fontainebleau, où elle restera trois à quatre jours; ton retour à Savigny ne peut avoir lieu avant dix-huit ou vingt jours. Je pars donc demain samedi pour te rejoindre, mon bien cher ami. J*ai hien souffert de ton isolement ; de plus, je veux t'éviter de chercher toi-même le réduit où il nous faudra attendre le moment tant souhaité de notre retour au sein de notre famille. Je prendrai ma berline;

la voiture est bien lourde, je n^arriverai pas avant cinq heures ; je te donne cet avis, mon bien bon ami, pour que tu ne partes pas trop tôt pour venir à ma rencontre. Le pauvre Mayer va avoir bien à faire.

Tu seras content de ton Louis. Je ne souhaite pas moins que toi notre réunion, quoique je sois au milieu de nos quatre enfants. Louise part demain pour Viry; que n'ai-je an pea de ta supériorité pour supporter les sacrifices que je suis contrainte de faire !

Cette lettre est du 24 mai. Le 25, un billet de la maréchale annonce l'arrivée à Marseille de la duchesse de Berry; cependant, et très heureusement, elle part quand même,

. . . pour faire cesser une solitude dont elle souffre d'autant plus, qu'elle serait dans Timpossibilité de se faire aux manquements éprouvés par son mari.

Quelques semaines plus tard^ le prince et la princesse d'Eckmiihl revenaient ensemble à Savigny, où le maréchal demeura exilé assez longtemps encore. 'A la suite de cette correspondance de 1816, la première lettre que nous trouvions porte la date du 10 janvier 1818. La voici :

Laforest me mande, ma chère amie, que tu es très triste, il ne me donne aucun détail sur le temps que tu seras obligée de rester à Paris. Lorsqu'il m'écrivait, tu étais en pourparlers pour la vente de notre hôtel. Si nous ne pouvons parvenir à le vendre, il nous sera impossible de trouver les fonds nécessaires pour acquitter les impôts et nos dettes.

CORHESPONDANCË AVEC LA MAUÉCHALE. 300

Je Venvoic les caresses de nos petites, ainsi que celles de Louise, de Louis. Si tu ne viens pas demain, faismoi donner des détails sur les espéranc(^s que tu as de vendre notre hôtel, et sur les résultais de la visite que tu as dû faire avec Beaumont.

On voit dans quelle gène restait le maréchal, gène vraiment glorieuse ; aussi nous plaisoiis-uous à la constater, ainsi que sa courtoisie envers la femme qui lui fait nommer même sa toute petite avant son fils unique.

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