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se mettent en retraite, et sont poursuivis à travers les défilés d'Auerstaëdt, quartier général du roi de Prusse.
« Avant la fin du jour, la perte de 20,000 Prussiens, tués ou blessés, attestait leur vigoureuse résistance; 145 pièces de canon, et 5,000 prisonniers complétaient un triomphe obtenu par cette infanterie, réputée à juste titre la première du monde, qui n'avait été soutenue que par 1,000 hommes de cavalerie, contre 12,000 commandés par le général Blùcher.
« En récompense de cette éclatante victoire, qui suffirait pour immortaliser un général d'armée, le maréchal Davout fut créé duc d*Aucrstaëdt.
« Le 15, nos troupes couvraient les champs de Rosbach. Ce fut là qu'un spectacle attendrissant vint s'ofi'rir à nos yeux.
« Vous, Messieurs, qui avez des motifs héréditaires et personnels pour apprécier la puissance de la gloire militaire, vous admirerez sans doute l'émotion qu'éprouva l'armée, en voyant abattre la colonne qui rappelait la fatale journée de 1757. Plusieurs de mes nobles collègues et moi, nous avons remarqué les larmes de joie que versaient môme nos plus jeunes soldats, heureux de venger la mémoire de leurs devanciers par la destruction de ce honteux monument.
« Après la double victoire d'Iéna et d'Auerstaëdt, l'ennemi, poussé de toutes parts, cède et se rend. Le maréchal Davout surprend le pont de Wittemberg, entre le premier à Berlin, et, quelques jours après, fait capituler la forteresse de Custrin. Poursuivant sa marche rapide, il passe à Posen, à Varsovie, franchit la Vistule, et traverse le Bug en présence de l'armée russe, gagne le combat de Czarnowo, prend part à celui de Pultusk, et bat encore les Russes à Heilsberg.
4J» LE MARÊCBAL DAVOLT.
« Le » l«Trier liSiT anna la lerrible journée d'Ëylau. Le sapKl&al Davoiit était en ligne à six heures du maliD arec <'>n corps, fort de 14,000 hommes seulement. U es4 <^>?ué arec la plus grande partie de Tarmêe russe qui lait de< pertes immenses ; mais la moîûê do 3* corps est hors de combat. Dans cet état de chose», le maréchal re^t l'ordre de se retirer; il prend sur loi d\ résister. Par des attaques ^igounmses il étonne Fennemi. que quelques avantages sur d aotn» pîHnts avaient rendu présomptueux, lui arrache l'one des plus sanglantes victoires que rappellent n^irs ancales. et le force, à onxe heures du soir, à nous abandonner ce champ de carnage, et 40 pièces de can<Hi.
' Ce fut la dernière affaire sérieuse à laquelle le maréchal Davout prit part jusqu'à la fin de cette campagne, qui se termina par le traité de paix conclu à Tilsitt. le 7 juillet, entre la France, la Russie et la Prusse.
« Vous avez remarqué. Messieurs, les grandes actions de guerre qui viennent de placer dans un rang supérieur le maréchal duc d'AuerstaÇdt. Il va quitter pendant quinze mois larène des combats, qu'il reprendra pour ajouter encore de nouveaux titres à son illustration militaire.
• Une autre carrière lui est ouverte. Nous allons le voir, en qualité de gouverneur général, régir tour à tour la presque totalité des contrées situées entre la Vistule et le Rhin: revêtu de pouvoirs illimités, il n'en abusa jamais.
« Il remplit dabord ces fonctions dans le grandduché de Varsovie.
u Une administration sage lui gagne TafTection des
braves Polonais, dont les Radzivill, les Potocki, les Paez et autres le suivent à la guerre. Il paralyse les mouvements des sociétés secrètes organisées pour exciter à la haine contre les Français ; il remédie à tous les abus par des règlements qui établissent la confiance et déjouent les intrigues de la malveillance, sans qu'il soit besoin d'exercer aucun acte de rigueur.
« Des procédés aussi honorables valurent au gouverneur général Testime du roi de Saxe et Tamitié de nilustre Poniatowski.
u Mais la paix est de nouveau troublée en Allemagne ; l'Angleterre excite encore TAutriche. Cette fois, la Russie se présente dans la lice comme alliée de la France. La guerre continue en Espagne. Toute l'Europe est sous les armes; le maréchal Davout trouvera bientôt des occasions d'acquérir de la gloire.
ce 200,000 Autrichiens, commandés par l'archiduc Charles en personne, avaient pénétré en Bavière par rinn, le Haut-Palatinat, et s'avançaient sur Ratisbonne. Le maréchal Davout les rencontre près de Thann. La bataille est très opiniâtre. Le 3® corps lutte contre des forces quadruples. Le maréchal, par son habileté, électrise ses troupes et remporte la victoire.
w Poursuivant ce succès, que la réunion de l'armée bavaroise va rendre plus décisif, il reçoit l'ordre d'aller prendre position près d'Eckmùhl. Les deux seules divisions qu'il conduit se trouvent engagées avec cinq corps d'armée dirigés par le prince Charles. Les bonnes dispositions du maréchal peuvent à peine arrêter les attaques multipliées des Autrichiens. Un régiment français, qui couvrait une de nos batteries, est culbuté. Le maréchal 8*y trouvait^ accompagné du colonel de Bourke, des jeunes Raobl de Montmorency, de Montesquiou,
de Gastries et quelques autres officiers. Une colonne de 8,000 Hongrois parvient sur la hauteur où était notre artillerie; elle en est à vingt pas. Le moment était critique; la prise de nos pièces peut causer la perte de cette journée. Le maréchal fait tirer les derniers coups de canon qui nous restent sur la tète de la colonne ennemie ; écrasée et dispersée, elle prend la fuite et entraîne tout ce qui la suivait. La bataille ne cesse qu'à dix heures du soir.
« L'ennemi, qui avait eu le temps de se remettre, recommence le surlendemain une autre bataille à Eckmuhl. Des attaques vigoureuses et bien combinées mirent bientôt dans la déroute la plus complète Tarmée de Tarchiduc qui, battue sur tous les points, fit des pertes considérables.
« Le maréchal Davout contribua si puissamment au gain de cette bataille, qu'il fut créé prince d'Eckmiihl. Ainsi, il était destiné à fonder les titres de sa famille sur des victoires.
c( A la célèbre bataille de Wagram, le 3*" corps est attaqué par la gauche de la grande armée autrichienne. Il repoussa avec succès les premières tentatives de l'ennemi. La bataille s'étant vivement engagée sur une ligne fort étendue, le maréchal Davout manœuvre pour tourner cette gauche des Autrichiens, qui occupait une forte position. Elle est abordée et enlevée avec la vigueur qui dislingue le vaillant 3« corps. Profitant de cet avantage, le maréchal se porte sur Wagram, et contribue à déterminer la retraite de l'archiduc.
« Le traité de la troisième paix entre la France et l'Autriche, conclu à Vienne le 16 octobre 1809, vint mettre un terme aux hostilités en Allemagne. De nom-
ÉLOGE FUNÈBRE. i:îî»
breux bataillons partent aussitôt du Danube sur les bords du Tage et vont nourrir la guerre en Espagne.
» En 1811, les villes Anséatiques formèrent la trentedeuxième division militaire. Le maréchal Davout, comme gouverneur général, alla présider une commission de gouvernement établie à Hambourg. Il se distingua par la protection quMl accordait au malheur, et par des mesures rigoureuses contre les abus que la cupidité cherchait à introduire dans nos vastes conquêtes.
» Quelques mois après il alla reprendre sa place sur les champs de bataille.
(( Dans la campagne de 1809, les Russes avaient paru comme alliés des Français ; c'est contre eux que la guerre va éclater en 1812, et fournir un exemple unique dans Thistoire militaire de TEurope ; c*est contre eux que TAutriche, la Prusse, TAllemagno tout entière, des corps polonais, italiens, espagnols et portugais, marchent réunis à la plus formidable armée que la France ait jamais rassemblée dans le Nord. Les éléments seuls pouvaient arrêter Teffort de masses aussi considérables, et suspendre le cours des victoires qui, depuis tant d'années, accompagnaient nos armes.
« Le prince d'Eckmuhl eut le commandement de 60,000 hommes formant le 1" corps de cette immense armée.
« Dans cette épouvantable campagne, où tant de braves furent ensevelis sous les glaces de la Moscovie, il développa constamment les talents d'un grand capitaine, et la stoïque énergie de son caractère à Mohiiow, àSmolensk, à laMoskowa — où il fut blessé et refusa de quitter le champ de bataille, — et surtout dans cette fatale et désastreuse retraite de Moskou, où il marcha
iiO LE MARÉCHAL DAVOUT.
constamment à la tête des faibles débris de son corps d'armée, qu'il ramena à Thorn. Il se porta à Madgebourg après avoir fait des dispositions pour la défense de Posen, Custrin et Stettin, Enfin il rentra à Hambourg le 30 mai 1813.
« Il rétablit Tordre dans cette ville, chef-lieu de son gouvernement, organisa un nouveau corps d'armée entièrement composé de jeunes soldats, et fit élever ce vaste camp retranché qui, plus tard, conserva une armée à la France.
« A la gloire acquise sur tant de champs de bataille, manquait celle de défendre une grande place de guerre ; c'est ce qu'il exécuta avec le plus brillant succès. Pendant dix mois de blocus, livré à ses propres forces, sans espoir de secours, puisque la France était envahie, au milieu d'une population nombreuse et exaltée dans sa haine, il redoubla d'activité et d'énergie. 11 lutta nuit et jour contre une armée de 80,000 hommes commandée par un des plus habiles généraux russes, le vieux Bcningsen. Il fit preuve de tant de talent et de prévoyance, que la postérité confirmera sans doute le jugement des contemporains sur la belle défense de Hambourg. C'est ainsi que se termina sa carrière mi* litaire.
« Des allégations fausses et injurieuses furent prodiguées contre lui à cette occasion ; mais les hommes disparaissent, les passions se calment, et la vérité seule reste pour assurer le triomphe de la justice.
« Qu'il me soit permis cependant. Messieurs, pour dissiper le moindre doute sur la noble conduite du prince d'Ëckmuhl dans son gouvernement, de citer ses propres expressions consignées dans son mémoire au Roi;
« Je sais que, pour donner à ma conduite une cou- « leur odieuse, on a répandu dans le public et annoncé c< dans les journaux étrangers que les moindres fautes « à Hambourg étaient punies de la peine capitale, et « que cinq des plus riches négociants de la ville « avaient été passés par les armes pour avoir fait con- « naître à la garnison les événements survenus en « France. J'en appelle au témoignage de toute Tarmée « et des Hambourgeois I Qu'ils disent si ma rentrée « dans leurs murs a été signalée par des exécutions; si *< aucun habitant a payé de sa vie, de sa liberté môme, « ses opinions, ses discours, ses écrits, ou ses actions « politiques ! J'ai été sévère, il est vrai, mais d'une sé- « vérité de paroles, qu'il entrait dans mon système « d'affecter dans tous les pays où j'ai commandé, et « dont j'ai laissé croître le bruit, bien loin de chercher « à le détruire, pour m'épargner la pénible obligation « de faire des exemples. »
« Certes, une conduite aussi mesurée, aussi humaine, honore à la fois l'homme et le guerrier!
<i Aussi, le monarque, juge souverain de l'honneur, donna une preuve éclatante de sa bienveillance au prince d'Ëckmûhl,en lui donnant le bâton de maréchal de France et en lui conférant la dignité de pair.
« Sa grande réputation passera à la postérité. Les sentiments d'équité, de probité, et de parfait désintéressement qu'il a manifestés dans les pays où il a exercé des commandements, lui avaient mérité la confiance des peuples; le roi de Saxe, Tempereur d'Autriche et le prince régent de Portugal lui avaient donné les témoignages glorieux de leur considération personnelle.
« Et il est digne de remarque que, après avoir reçu
les plus riches dotations en récompense de ses services et de son intégrité, il ne laisse à sa famille qu'une fortune trop modeste pour son rang.
« J'ajouterai, Messieurs, quelques traits de son caractère.
« Malgré un abord sévère, qui n'était dans le prince d'Eckmiihl que Thabitude du commandement et l'empreinte de sa stoïcité, il avait un cœur sensible et généreux.
« L'amour de son pays a été constamment le besoin de sa vie, et la justice le mobile de toutes ses actions.
« Il fut heureux époux et bon père.
« Il vit arriver sa dernière heure avec le calme d'une conscience pure, avec cette fermeté d'âme qui ne l'avait jamais abandonné sur les champs de bataille ^
* Les paroles du noble duc d'Albuféra n'ont aucun besoin de se voir confirmées, mais elles nous imposent le désir de retracer ici, de nouveau, un émouvant récit.
Le général de Trobriand, accouru auprès de son maréchal dès qu'il eut appris la gravité de son état, frappé de son changement, ne voulut plus le quitter, craignant, s*il s'éloignait quelques instants, de ne plus le retrouver; si son ancien chef l'envoyait se reposer, il se cachait derrière un rideau, mais ne sortait pas de la chambre.
La veille de sa mort le prince d'Eckmûhl, qui n'avait pas parlé depuis longtemps, s'agitant sur la chaise longue où il était étendu, murmura tout à coup en se redressant : « Je cherche la pierre philosophale ! »
La consternation de ceux qui l'entouraient et le croyaient en délire n'échappa point au malade, qui reprit avec un triste mais doux sourire : « J'ai voulu dire que je cherchais un endroit où je ne souffre pas. »
Le prêtre appelé près du prince d'Eckmûhl venant à entrer, il le salua courtoisement et lui dit tout d'abord : « Monsieur l'abbé, j'ai vécu en honnête homme et je meurs sans peur. »
Mon vieil ami pleurait toujours en retournant à ces douloureux souvenirs, puis toujours répétait : u Et je n'ai pas pu aller à son enterrement!.. Mes maudits pieds avaient tellement gonflé qu'ils
Satisfait d'emporter dans la tombe Tassurance des bontés de son souverain, il m'entretenait, quelques jours avant de quitter la vie, de sa profonde reconnaissance pour la faveur que le Roi venait de lui accorder, en daignant transmettre héréditairement à son fils ses titres de prince, duc et pair.
*< Le Roi, dans sa haute sagesse, a consacré les victoires récentes d'un fils de France et les trophées de nos victoires modernes avec les trophées conquis par les Gondé, parles Turenne, et par cette foule de héros, dont les nobles rejetons siègent dans cette Chambre.
« Le jeune duc d'Auerstaëdt, prince d'Êckmûhl, est appelé par la volonté royale à venir occuper la place de son père et à nous conserver le souvenir de ses glorieux exploits.
« Ainsi, la génération qui s'avance pourra choisir ses modèles parmi les grands hommes qui ont illustré la France.
« Ainsi, les descendants de nos guerriers de tous les temps, couverts des lauriers de leurs ancêtres, imiteront leurs vertus, et donneront d'âge en âge l'exemple du plus parfait dévouement pour le soutien du trône légitime des Bourbons. >»
ont refusé de me porter; on a dû couper mes bottes, les arracher par morceaux et me jeter sur un lit, mais non point avant que je n'aie recueilli quelques mèches des cheveux de mon maréchal. »
Heureux qui est aimé ainsi; plus heureux encore est celui qui peut en mourant se rendre justement le témoignage que le prince d'EckmOhl s'est rendu à lui-même !
DISCOURS
PRONONCK