DISCOURS PRONONCÉ PAR M. DLPIN
« Mais ce n'étaient pas de médiocres âmes que celles des guerriers qui vainquirent dans ces combats de géants et qui, après avoir sauvé la liberté sous la République, devaient donner à l'Empire le sceptre de l'Europe; ce n'étaient point des talents vulgaires et des hommes sans une immense valeur, que les auxiliaires du vainqueur d'Austerlitz, les coopérateurs de ses exploits, les exécuteurs de ses pensées. Au-dessous d'une si haute gloire, il est encore des degrés qui sont à une élévation peu commune et qui peuvent fixer les regards et l'admiration des peuples.
(c Au premier rang de cette noble phalange apparaît Davout.
« Il eut aussi pour berceau votre arrondissement, car il naquit à Annoux, où son nom honorablement porté se retrouve encore et a donné à notre armée des officiers de distinction.
« Davout, comme Napoléon, sortit de cette école de Brienne^ où leur jeune imagination a pu jeter des rêves dorés sur l'avenir, mais n'a sans doute jamais été assez ambitieuse pour demander au monde des espérances ce que leur réservait le monde des réalités.
« A quinze ans, Davout était déjà sous-lieutcnant au régiment de Champagne - cavalerie. Les principes inaugurés par la révolution de 1789 firent battre son noble cœur, et quand la liberté menacée appela à son secours les enfants de la France, il partit comme chef de bataillon du 3" régiment des volontaires de l'Yonne pour l'armée du Nord, commandée par Dumouriez.
* Louis Davout Q*a jamais été à Brienne, mais bien à l'École militaire de Paris.
« Au moment de la défeclion de ce général, le loyal Davout rassemble son bataillon, dont on cherchait à ébranler la fidélité, et fait retentir ces belles paroles : a Amis, vous avez entendu des insinuations perfides ; « N'ôtes-vous plus Français? L'honneur n'est-il plus sa- « cré pour vous? Si vous voulez déserter vos drapeaux, « pour vous ranger sous ceux des ennemis de notre « liberté, partez; moi, je reste à mon poste et j'y mourir rai. » — Cet appel à Thouncur français fut entendu par les volontaires de l'Yonne ; ils restèrent fidèles à leur devoir et à leur pays.
(( C'était une belle entrée de campagne. La gloire fut fidèle à un tel début. Davout devient promptement général de brigade, et fait avec éclat les campagnes de 1793, 1794 et 1795, aux armées de la Moselle et du Rhin, sous Moreau qui admire sa bravoure et profite de ses talents. Desaix le revendique et le conduit à cette campagne d'Egypte, chevaleresque comme les excursions militaires du moyen âge, prestigieuse comme une épopée. Il y brille à côté de Desaix, de Kléber et de Napoléon, et contribue à la grande victoire d'Aboukir.
« Lorsque la monarchie fut reconstituée en France, et que l'Empire organisa son imposante hiérarchie, le nom de Davout fut inscrit dans la première et solennelle promotion de ces maréchaux destinés à devenir les colonnes de l'édifice nouveau. Austerlitz, léna, Friedland, Wagram furent témoins de sa valeur et de ses talents. C'est sur les champs de bataille même où se passaient les plus terribles scènes de cette gigantesque guerre, qu'il gagna d'abord le titre de dued'Auerstaëdt et ensuite celui de prince d'Ëckmiihl. Il était parvenu à l'apogée des honneurs ; mais il n'était pas encore au terme de ses travaux et de ses services.
DISCOURS PHOiNOiNCK PAR M. Dl PIN. 4*0
« Un jour, le plus beau peul-ôtre de sa vie guerrière, Davout commandait \ingt mille hommes. II rencontre dans une vaste plaine quatre-vingt mille Prussiens , et, malgré la disproportion des forces, il ose engager le combat. La fortune hésite un moment : nos troupes semblent même fléchir. Davout se jette au milieu des ennemis, Tépée à la main, Toeil étincelant, le désespoir sur le front ; nos soldats se raniment h sa vue, et la France compte une victoire de plus. Mais, en parcourant le champ do bataille, le général vainqueur apen^oit une colonne qui s'élève sur un tertre. On y lisait le mot Rosbùch; c'était là que Frédéric II avait vaincu l'armée de Louis XV. Peindre l'allégresse de Davout et de ses soldats serait difficile. Le drapeau d'Austcrlitz avait vengé le drapeau de Bouvines, comme Germanicus avait lavé la défaite de Varus! Ils détruisirent l'outrageant trophée ; mais, plus généreux que leurs ennemis, ils n'y substituèrent aucun monument qui rappelât l'injure et l'expiation.
« La campagne de Russie où la nature devait abattre ceux que l'Europe ne pouvait vaincre, appela les services du prince d'Ëckmûhl. La victoire, encore fidèle à la France, couronna son courage à Mohilow et à la Moskowa. Les effroyables désastres du retour trouv.èrent son âme forte comme la situation, son héroïsme plein d'inspiration et de ressources. C'est à la suite de cette terrible, mais admirable retraite, qu'il établit son quartier général à Hambourg, où l'ennemi victorieux le cerne, et où seul, sans ressource et sans pouvoir se réunir à la Grande Armée, il soutient un siège qui met le comble à sa gloire militaire.
« L'Empire était abattu, que le commandant de Hambourg tenait encore ! Les armées suédoise, prussienne