‹ Le maréchal DavoutChapitre 33 sur 52 · IV · texte numérisé non relu

IV

et ruàse multipliaient les attaques et les sommations menaçantes; leurs efforts et leurs menaces expiraient impuissantes devant cette volonté de fer et cet inébranlable courage. Le général russe Beningsen revendique la place au nom du gouvernement provisoire, et Davout répond : « L'empereur Napoléon, mon maître, ne m'en- (c verrait pas des* ordres par des officiers russes. Ainsi « je me refuse à ouvrir toute espèce de dépêche. » 11 ne remit la place qu*à un général français chargé de lui apporter la notification officielle des événements de 1814, et porta modestement à sa terre de Savignysur-Orge ses lauriers attristés du deuil de la patrie,

(( C'est le commandant Davout, son cousin, qui lui apporta à Hambourg' la nouvelle de l'entrée du Roi à Paris, et c'est par suite qu'il remit la place.

« Le maréchal n'était pas seulement un habile et vaillant homme de guerre ; il possédait à un très haut degré les qualités de l'administrateur. Son esprit d'ordre et de justice était poussé jusqu'à l'inflexibilité. Napoléon, qui aimait à trouver chez ses lieutenants le talent de pourvoir aux besoins civils de la conquête, lui avait confié l'administration de la Pologne, comme le sort lui avait remis le gouvernement de Hambourg. Dans ces dictatures momentanées, les déprédateurs qu'il réprima, les vaincus qu'il soumit, les mécontents qu'il sut contenir appelèrent sa probité de la vexation et sa fermeté du* despotisme. Napoléon les laissa dire, et la renommée du maréchal n'en a point souffert.

« Au retour triomphal de l'île d'Elbe, Napoléon appela Davoiit pour réorganiser l'armée. En quelques semaines, elle était prête à entrer en campagne contre l'Europe, et d'immenses réserves s'organisaient à l'intérieur!... Après les désastres de Waterloo, le prince ne désespère

DISCOURS PRONONCÉ PAR M. DUPIN. 4ol

pas encore du salut de la patrie ; il veut, du moins, qu*on reste en armes pour négocier avec honneur. Des appréhensions se produisent contre lui à la tribune de Tune des deux Ghamhres ; il les fait taire en s'écriant : M Messieurs, tant que j*aurai un commandement, aucun « Français n*aura à craindre aucune trahison , )) et des applaudissements lui témoignent qu'on a foi à ses paroles comme à la probité de son caractère. Le commandement de Tarmée, ralliée sous les murs de Paris, lui est confié. A la tête de ces héroïques débris, il menaçait encore, et obtenait la célèbre convention militaire où sa prudence eut soin d'inscrire la stipulation que « personne ne pourrait être recherché ni pour ses opiu nions ni pour sa conduite politique. »

< Hélas ! cette condition devait être foulée aux pieds par l'esprit de réaction; et c'étaient les frères d'armes du prince d'Ëckmiihl, ceux qui n'avaient fait qu'obéir à ses ordres comme ministre de la guerre, qui allaient être victimes de cette déloyauté! Ici le caractère du maréchal brille d'un éclat nouveau.

« Ney, glorieuse victime vouée à la mort par les colères d'un parti sans grandeur et sans générosité, était traduit devant la Chambre des pairs. Davout est appelé devant le redoutable tribunal pour s'expliquer sur l'étendue que devait avoir la capitulation de Paris. 11 brave les ressentiments qui l'attendent, et répond avec une courageuse franchise : « Que les puissances qui « Pavaient signée s^étaient obligées à comprendre tous n les militaires qui se trouvaient alors à Paris dans les c( garanties qu'elles avaient données pour la sûreté des « personnes et des propriétés. » — On veut atténuer l'effet de cette réponse et donner à entendre qu'il n'était pas en position dUmprimer un tel caractère à la

convention qu'il a conclue. On croit même Tembarrasser en lui demandant s'il était en état de faire face à Tennemi quand il a traité. Il relève fièrement la tête, et répond avec une dignité calme qui (j'en atteste le défenseur du maréchal Ney présent en cette enceinte) fit rougir les interrogateurs et bondir les cœurs français : «J'avais soixante-quinze mille hommes d'infanterie, « vingt-cinq millehommesdocavalerie, cinq cents pièces « de canon, et toutes les chances de victoire qui appar- « tiennent à un général fjrançais avec unctelle armée. » Il y avait là comme un parfum de 1789 !

« Un dernier trait plus honorable encore ! Tandis qu'un assassinat judiciaire mettait dans la tombe le brave des braves, Soult, Gilly, Grouchy, Ëxcelmans, Glausel^ de Lamarque, le vertueux Drouot, Dejean, le colonel Marbot étaient proscrits. Le maréchal Davout écrit au ministre de la guerre pour que l'on substitue son nom à ceux d'officiers généraux qui n'ont fait que lui obéir, et cette vertueuse épître finit par ces mots : « Vous (connaissez assex l'armée française pour savoir « que la plupart des généraux qui sont signalés dans « l'ordonnance du ^i juillet se sont distingués par de « grands talents et de beaux services... Puissé-je attirer « sur moi seul tout l'effet de cette proscription ! G'est « une faveur que je réclame dans l'intérêt du Roi et de nia patrie. Je vous somme, monsieur le maréchal, « sous votre responsabilité aux yeux du Roi et de toute « la France, de mettre cette lettre sous les yeux de Sa « Majesté. »

« Gette belle réclamation ne fut point accueillie. Davout rentra pour quelque temps dans la vie privée.

« En 1819, il fut appelé à la Ghambre des pairs, où il fit entendre sur l'organisation militaire de remarqua-

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