LETTRE E
La publication du livre de M. de Vaulabelle ayant douloureusement retenti dans le cœur des amis de la mémoire du maréchal Davout, on s'inquiéta d'un livre de M. Fleuiy de Ghaboulon, annoté par l'Empereur, et possédé par M. Denis, valet de chambre de Napoléon. M, le comte Marchand, qui en avait une copie certifiée^ voulut bien remettre la note suivante à M"" la comtesse de Gambacérès, fille du maréchal Davout : je copie textuellement :
(c L'Empereur a fait des notes marginales au crayon sur la préface intitulée : les Cent-Jours, par M. Pleury de Ghaboulon.
« Après l'assertion de l'auteur : Ceci est un livre de bonne foi : « Si cela était, il faudrait se renfermer dans « le cadre et le stile {sic) d'une fable. N. »
« Après cette phrase : «Trop jeune pour avoir pu participer aux erreurs et aux crimes de la Révolution, j'ai commencé et terminé sans reproche et sans tache ma carrière politique, » on trouve :
« Jeune homme, vous vous reprocherez toute votre « vie cet ouvrage, où vous compromettez tant de pères ce de famille, et calomniez tant de grands et illustres « citoyens. »
c< Le premier volume ne contient pas moins de deux cent trois annotations : le prince d'EckmûM* n'est
* « Le prince d'Eckmûhl fut nommé ministre de la guerre. Parla dureté de ses manières et de son langage, par ses actes de sévérité presque barbares, il s'était attiré Tanimadversion universelle ; sa fidélité à TEmpereur et la défense de Hambourg Tavaient ré-
nommé qu'à Toccasion de sâ nomination de ministre de la guerre à la page 262, et l'Empereur met en marge : Quelle injustice dans ce portrait.
« Dans le second volume, TEmpereur a cessé son travail d'annotations à la 46* page. Il suffit de lire les notes de cet ouvrage, pour ajouter peu de foi à celles tirées du livre de M. Fleury de Chaboulon, publiées par M. de Volabelle (sic), »
Signé : Marcuand.
Nous ajouterons à cette note un autre précieux témoignage, celui de Thonorable général Bertrand. A son retour de Sainte-Hélène, le fidèle compagnon de captivité de Napoléon a parlé à ma mère, qui se plaisait à redire ses paroles, de la haute opinion souvent exprimée par l'Empereur au sujet du caractère du maréchal Davout, et cela à propos même des événements qui avaient mis fin à son éblouissante fortune. Il ajoutait que c'était surtout à cause de Davout que Napoléon avait écrit certaines notes vibrantes d'indignation sur les marges du livre de M. Fleury de Chaboulon, et que, entre toutes ces annotations, il se rappelait celle que voici, sachant qu'elle avait été écrite à l'intention du maréchal : « Jeune homme, soyez plus prudent quand il s'agit de s'attaquer à une des gloires les plus pures de la France. »
La réflexion et l'exil ont de grands enseignements. Certes, le maréch'âl Davout, en proposant à l'Empereur
concilié depuis avec Topinion. La faiblesse, la versatilité de son caractère excitaient bien quelques inquiétudes; mais on espérait que rEmpereur saurait le maîtriser et que l'armée retirerait d'heureux avantages de son zèle infatigable et de sa sincère probité. » Les deux annotations de la préface se trouvent page xiv.
de proroger les Chambres et de prendre la dictature, avait assez témoigné de son dévouement; il ne comprenait pas de vaines et oiseuses discussions de parti, quand le pied de Tétranger foulait le sol de la France. L*Emperour a dû souvent regretter de ne Tavoir point écouté.