‹ Le maréchal DavoutChapitre 45 sur 52 · IV · texte numérisé non relu

IV

oU APPENDICE.

tère de notre grand maréchal, ressortant de toutes ses paroles et de tous ses actes; l*aniour du pays, la passion de la grandeur, de la prospérité et de la gloire de la France, sentiment ardent et profond, toujours le même dans ses manifestations multiples, qui éclatait en 1789 par le toast énergique à la santé de la nation, en 1792 par Thorreur du désordre et des excès et par les plus généreuses sympathies pour le malheur, en même temps que par l'indignation contre des trahisons qui pouvaient tout perdre, et qui, dès que la carrière est ouverte à son génie, enfante de si grands et si magnifiques exemples d*abnégation, d'audace, dlntrépidité, de droiture et de désintéressement, Tamour de la vérité, de la justice, de la modération et de la sagesse.

Justiim ac tenacem pfvpositi virwn Non civium ardor prova jubentium Nec vuHus instantis tyranni.

Mente quatit solidse.

Me pardounerez-vous, Madame, cette citatfon d*Horace, quand vous saurez que je la proclamai et la chantai, sur un air que j'improvisais, dans les galeries du Palais- Royal en 1815 le soir du jour où, dans le procès du maréchal Ney, votre illustre père avait osé, dans sa déposition de témoin devant la cour des pairs, dire à ses juges : « Vous n'avez pas le droit de juger cet accusé, il est sous la protection du traité de capitulation de Paris, que je n'ai signée que sous la condition, qui y est formellement exprimée, qu'il ne pourra être fait aucun acte de poursuite contre personne, sous prétexte de trahison pour faits accomplis dans les Cent-Jours. Cette condition a été acceptée par les généraux étrangers dont le Roi avait obtenu l'aide et qui étaient ses mandataires. Si elle ne l'avait pas été, j'aurais livré bataille, car j'avais quatre vingt-mille hommes et cent pièces attelées ^. »

1 Nous n'avons pas à faire remarquer que M. Challe cite de mémoire et que ces belles pages, si elles diffèrent par quelques nuances de notre propre récit tracé d'après les pièces mêmes, Taffirment encore.

- Les galeries du Palais-Royal étaient alors la promenade du soir de Paris, comme leboulevard desItaliensTest aujourd'hui. Ce soir-là, un de mes amis, qui comme moi avait fait la campagne comme engagé volontaire (j'avais quinze ans et deux ponces de moins que la taille des conscrits, ce qui ne m'avait fait admettre qu'après de grandes difficultés), se promenait également sous les galeries et nous entendions, dans ce pays où J'opinion est si mobile, des gens qui six mois auparavant avaient crié vive l'Empereur 1 dire à haute voix : « Concevezvous l'audace de ce Davout, qui a tenu ce langage aujourd'hui devant la cour des pairs! » Alors, dominant leur bavardage, noas nous mimes à dire, à haute voix aussi : Justum ac tenacem propositi virum. Puis* l'idée me vint de chanter l'ode sur un air que l'indignation m'inspira, et la foule nous suivait en écoutant notre musique qui comprenait la strophe tout entière. Je venais de passer mon examen de bachelier, et j'étais ferré sur mon Horace. Des sergents de ville vinrent nous dire de nous taire, mais on leur répondit : « Ce sont des étudiants qui chantent des cantiques. — Eh bien , qu'ils chantent moins hauti » Nous baissâmes d'abord d'un ton, puis nous reprîmes bientôt plus haut, et continuâmes jusqu'à onze heures^.

Voici la traduction : « L'homme juste, et profondément affermi dans sa conscience, n'est ébranlé dans ses énergiques résolutions ni par les passions furieuses de la foule qui lui donne des ordres pervers, ni par le visage menaçant d'un tyran irrité, et la strophe se termine par ces mots :

Si fractus illabatur orbis, Impavidum ferient itUnœ,

c( Si le monde s'écroulait sur sa tête, ses débris le frapperaient sans lui faire peur. »

Comprenez maintenant la joie, le bonheur que j'ai éprouvés

' La vaillante inspiration du jeune Challe ayant gagné les esprits comme une traînée de poudre, les soirs suivants les chants recommencèrent et les mécontents se réunirent aux confédérés bourguignons. Dès lors le maréchal Davout, trop défendu au gré du gouvernement, fut envoyé de Savigny à Louviers, afin de Téloigner de Paris.

en vous aidant à ériger une statue à notre grand maréchal, et en lisant un article de journal qui répondait si bien à la pensée de votre magnifique publication.

Les hommes de ce temps-là qui savaient être àquinze ans de vieux soldats, capables de chanter les vers de leur Horace, restent jeunes à soixante-dix ans de par Tenthousiasme et le patriotisme de leur âme. Nous souhaitons à la France, au travers d'un soupir, d'en avoir encore de semblables...

La molle éducation matérialiste de Tère nouvelle pourra peut-être développer quelques financiers, mais certainement elle produira, si la Providence ne daigne pas se mêler de nos affaires, beaucoup d'impuissants avides de jouissances acquises sans travail, donc de criminels et de misérables. Nous terminerons cette note en répétant le noble adage d une vieille monnaie du vieux temps, arrachée aux entrailles de la terre de Savigny, alors que Ton y creusait une pièce d'eau aux jours de ma jeunesse : Dieu nous aydel

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