LETTRE H
Tout se retrouve en ce monde, et nous dirons avec un tendre orgueil que la mémoire du prince d'Eckmuhl gagne incontestablement à cette exhumation des choses d autrefois.
Par un marchand d'autographes, neuf lettres du maréchal Davont et une lettre de la maréchale, adressées toutes à M. Bresson de Valensole, sont rentrées entre nos mains, et toutes, de 1814 à 1819, témoignent de la
dignité fière avec laquelle le maréchal réclamait dans la mesure juste et personnelle de ses droits. Voici la première pièce :
M. le maréchal prince d'Eckmahl est sensible à la proposition verbale qui lui a été faite de la part de M. le maréchal prince de la Moskowa d'envoyer un agent particulier à Vienne, à l'effet de suivre, auprès des grandes puissances réunies an congrès, la conservation des dotations accordées à différentes époques en pays étranger.
Le soussigné consent avec plaisir à partager avec ceux de MM. les maréchaux qui ont adopté la proposition du prince de la Moskowa la charge qu'entraînera l'envoi de cet agent.
Mais, comme l'état où se trouve réduit sa fortune exige de modérer ses dépenses, en cas de non-réussite, et qu'il lui semble, d'un autre côté, très juste d'intéresser au succès des démarches l'agent que l'on enverra à Vienne, le soussigné a rhonneur de proposer à ses collèprucs d'allouer audit agent une indemnité fixe de 2,000 à 3,000 francs par mois, plus les frais de poste pour l'aller et le retour de Paris à Vienne, seul dédommagement auquel il pourrait prétendre en n'obtenant rien de favorable pour aucun des intéressés, et, en ce cas, cette dépense sera supportée par eux à portion égale.
En cas de réussite en totalité ou en partie, seulement pour plusieurs de MM. les maréchaux, toute la dépense resterait à la charge de ces derniers qui s'obligent^ en outre, de donner â l'agent une gratification convenable fixée à iO p. 100 d'une année de revenus des dotations conservées. Cette dernière indemnité ne pourra cependant excéder 100,000 francs.
Les obligés tiendront lieu à l'agent de tous frais et dépenses secrètes qu'il aura été dans le cas de faire sans le consentement préalable de ses commettants.
Signé : Le maréchal prince d'EcKHCHL.
Sarigny, le 26 septembre 1814.
A M. BRESSON DE VALENSOLB.
Paris, le !«' octobre 1814.
Monsieur,
Profitant du voyage que vous faites à Vienne et de la mission dont vous (^tes chargé par M. le maréchal prince de la Moskowa près de MM. les ministres du congrès, je vous prie de vouloir bien vous charger en môme temps de suivre pour moi et en mon nom les réclamations que je suis dans le cas do faire pour les donations que j'avais tant en Pologne qu'en Allemagne et sur le Monte Napoleone, ainsi que pour les propriétés particulières que j*avais à la saline de Nauheim, suivant les notes que je vous remets.
Recevez, Monsieur, l'assurance de mon estime et de ma considération distinguée.
Signé : Le maréchal prince d'EcKiiCHL.
Nous extrayons d'une lettre datée du 4" novembre 1814 le seul passage intéressant :
Si vous ne pouvez parvenir à me conserver la dotation que j'avais sur le Monte Napoleone, quoiqu'elle soit garantie par le traité du M avril, je n'aurai rien à espérer des autres qui ne sont pas aussi formellement garanties, et dont le principe, d'après ce que vous me mandez, a été abandonné. Mai$, au moins pour mes propriétés particulières, telles que le sel et les approvisionnements de matériaux etde bois qui se trouvaient dans la saline de Nauheini à Tépoque de l'entrée des troupes alliées et que j'avais payés au gouvernement français, je ne doute pas que les principes de justice qui régneront dans le congrès ne vous fassent réussir dans cette réclamation ainsi que pour ce qui m'était dû à la môme époque par mes fermiers, ce qui pour moi est un objet important.
Rorevez, Monsieur, etc., etc.
Paris, le 6 février 1815.
J'ai reça, Monsieur, votre dernière lettre du 31 décembre, par laquelle vous me faites connaître la démarche que vous avez faite vis-à-vis de M. Florcn, au sujet de mon hôtel, et où voDs me demandez de vous envoyer un état du prix que j'en veux avoir.
M. le colonel Anatole de Montcsquiou, se rendant à Vienne pour voir sa mère, a bien voulu se charger d'une lettre de moi pour vous. Je profite de son obligeance pour vous envoyer une description bien imparfaite de mon hôtel. Tous les appartements du rez-de-chaussée, qui sont ceux de réception, n'ont point été ouverts. 11 me coûte en construction, décors et ameublement près de 1 ,700,000 francs, ainsi que le prouvent les mémoires des divers fournisseurs et artistes que je pourrais communiquer. Il est bon d'observer que l'ameublement coûterait plus cher aujourd'hui, les étoffes étant infiniment augmentées.
L'ébénisterie est de M. Jacob, les bronzes et l'ameublement sortent également des meilleurs ateliers, et les peintures sont de nos meilleurs artistes. Il existe pour plus de 150,000 francs de glaces, et à peu près la môme valeur en bronzes. Le prix que j'en voudrais est 1 ,500,000 francs. Je donnerais des facilités pour le payement, mais j'aurais besoin d'une forte somme comptant.
Je viens de louer une maison afin de quitter cet hôtel pour le conserver dans tout son éclat ; ainsi il sera disponible aussitôt qu'on le voudra. Je vous prie de ne rien négliger pour faire faire cette acquisition.
Si le gouvernement autrichien n'était pas dans l'intention d'acheter un hôtel à Paris pour son ambassade, s'il voulait en louer un et que le mien lui convint, vous sentez que, dans l'état où il est, je ne pourrais y consentir à moins d'un long bail, comme de neuf ou dix ans au moins; le prix serait de 80,000 à 100,000 francs par an. On le trouverait prêt à être occupé; on y trouverait môme une très belle batterie de cuisine.
Maintenant que les grands intérêts qui ont motivé la réunion
du congrès sont sur le point d'ôtre réglés, je pense qu'il vous sera possible, Monsieur, de renouveler vos démarches pour nos intérêts particuliers. Je vous prie de ne rien négliger pour faire valoir mes justes réclamations pour le remboursement des approvisionnements en sel et matériaux que j'ai laissés à la saline de Nauheim et qui sont ma propriété.
Je connais par votre lettre du 24 décembre la réponse que vous a faite M. le comte de Keller à ce sujet : si Télecteur de Hesse n*a rien trouvé, si tout a été enlevé par les administrateurs alliés et si réle;pteur a été forcé de racheter tous les ustensiles, c'est à la caisse des alliés à me tenir compte de toutes ces valeurs, puisque les propriétés particulières ont été garanties ; cela doit être la volonté des souverains alliés, autrement ce serait une injustice manifeste et une spoliation évidente qu'il ne peut entrer dans leurs vues de souffrir.
Je ne demande aucune exception en ma faveur. J'étais riche en dotations, mais les revenus en ont été presque tous absorbés dans mes command.ements. Je demande que ce qui m'appartenait^ que ce qui était ma propriété particulière me soit rendu ou remboursé. Ma réclamation est fondée sur la justice et sur les garanties données par les souverains alliés.
Dans tous mes commandements, on sait que j'ai fait respecter les dotations étrangères et toutes les propriétés particulières, quels que fussent les propriétaires. Celles de M. de Luchesini, celle de M. le maréchal Kalkreuth en Pologne et toutes les autres ont été respectées.
Quant au Monte Napoleone, ce n'est que l'exécution d'un traité que nous demandons.
Je sais que presque tous les donataires ont été payés de 1813; il m'est dû le deuxième semestre de cette année. Si vous ne pouviez rien obtenir sur 1814, faites tous vos efforts pour me faire payer ce deuxième semestre, ayant des engagements sacrés k remplir.
Je vous renouvelle. Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
Le maréchal prince d'EcKMCHL.
Bien entendu, rien ne fut obtenu. Le 5 décembre 181 5, une lettre du maréchal promet à M. Bresson de Valensole, sur les premiers fonds recouvrés, de lui donner la somme de 5,000 francs que Tétat actuel de sa fortune ne lui permet pas d'avancer, et le maréchal s'engage, en outre, à donner pour récompense des démarches faites 5 p. iOO des sommes dont ses soins auront obtenu le recouvrement. Une seconde lettre de ce même 5 décembre prie M. de Valensole de réclamer non seulement la dotation de 200,000 francs sur le Monte Napoleone, mais aussi les arrérages.
Nous dirons encore de cette juste dette que rien ne fut payé, et nous allons copier une lettre de Louviers dont il est question dans la correspondance du maréchal avec sa femme :
Louviers, ce 3 juin 1816.
Monsieur,
Je vous adresse les différentes lettres que vous m'avez engagé à écrire,je désire qu'elles produisent l'effet que vous en espérez.
Ma femme, qui a eu le plaisir de vous voir, m'a rendu compte de ses entretiens avec vous ; ils nie prouvent, ainsi qu'à elle, que nous devons compter sur les revenus arriérés et que nous n'avons pas perdu toute espérance sur le fonds de la dotation. La connaissance que vous avez de la situation de nos affaires doit vous convaincre, Monsieur, combien nous vous sommes redevables de ce premier succès de vos démarches et combien nous en désirons le prompt effet ; votre retour en Italie ne peut manquer de l'accélérer; ma femme et moi vous souhaitons, ainsi qu'à votre famille, un heureux voyage.
Recevez, Monsieur, l'assurance de toute mon estime et de ma parfaite considération.
Le maréchal prince d'EcKMCuL.
P.S, — Je vous adresse les lettres non fermées; je vous serai obligé d'y mettre les adresses.
IL Noël, ayaot trouTé que la proraration de M. Lodigiani était ancienoe, a engagé ma femine^ qui a mes pleins pouvoirs, à en signer une nooTelle : elle est à votre disposition chez M. Noél.
Le 14 mars 1816, de Louviers également, la maréchale avait déjà adressé à M. Bresson de Yalensole, chez MM. Mirabeau et C'*, à Milao, la lettre que voici :
Lomiers, ce 14 mars 1816.
Monsieur,
Le maréchal a reçu vos lettres des 17 janvier, 2 et 28 février; il lui manque encore celle du 17, mais votre dernière v supplée en en rapportant le contenu.
J'avais déjà eu connaissance par les journaux de Farrété de S. M. I. Fempereur d'Autriche, qui enjoint le payement des arrérages dus aux créanciers ses sujets; puisse notre tour arriver bientôt ! Depuis votre déparf, M. le maréchal est privé de la totalité de ses traitements, et il a dû quitter Savigny, qui nous offrait de grandes ressources pour se rendre dans cette résidence. 11 ne reste au maréchal que sa dotation en Italie, les immeubles qu'il a étant grevés en ce moment de charges plus considérables que les produits ; cela s'explique facilement par la manière dont le maréchal a constamment vécu à Fétranger, où il a employé ses revenus à soutenir les dépenses de ses commandements.
Ma sollicitude pour ma famille dans cette situation m*a fait naître la pensée d'écrire à S. A. S. le prince de Mettemich ; mais n'ayant pas l'honneur d'être particulièrement connue de lui, j'ai cru devoir continuer à m'en reposer sur les dbpositions favorables et bienveillantes qu'il n*a cessé de témoigner en faveur des dotés, et sur le zèle et l'intérêt que vous mettez à faire valoir nos droits; cependant, si vous croyez qu'une lettre de moi pour S. A. S. puisse être de quelque utilité, mandez-lemoi, je vous prie, et veuillez m'indiqucr les points que je dois particulièrement traiter.
Je ne puis trop vous répéter, Monsieur, que cette dotation est Tunique moyen qui nous reste pour élever notre famille.
Vos premières lettres et Topinion qu'on avait ici que très prochainement les arrangements relatifs k ces dot^ttions allaient Hre terminés à notre satisfaction m*ont fait compter plus que je n'aurais dû peut-être sur des revenus dont le retard nous serait très préjudiciable. J'ai besoin d'avoir votre opinion; c'est également le désir du maréchal, qui se flatte ainsi que moi d'un heureux, mais pas assez prompt résultat de vos démarches et de vos soins. Sans une légère indisposition, il aurait eu lui-même le plaisir de vous répondre, il n'a jamais douté que vous ne l'ayez tenu au courant de ce qui pourrait l'intéresser ; il n'attribue le retard qu'ont éprouvé vos lettres qu'à l'éloignement.
Veuillez recevoir, Monsieur, au nom du maréchal et au mien, l'assurance de notre gratitude et de notre parfaite considération.
La maréchale princesse d'EcRMOHL.
Les négociations, on le sait, n'aboutirent pas. Une lettre datée de Sâvigny, le 6 juin 1817, est Tunique pièce qui offre désormais quelque intérêt. Après avoir accusé réception de la copie de la réclamation faite en son nom le 25 février par M. Bresson de Valensole à MM. les commissaires de la commission centrale de liquidation, le maréchal ajoute :
Dans cette dernière pièce, vous citez une réponse de M. le comte de Munster qui est d'une grande importance, reconnaissant avec loyauté le principe qui a seni de base à ma réclamation, savoir que les dotations situées dans les pays cédés par des souverains au chef du gouvernement français par des traités étaient la légitime propriété de ceux à qui elles ont été données. N'ayant pas trouvé dans toute notre correspondance une copie de cette lettre dont j'ai vu l'original entre vos mains, je vous serais obligé de m'en envoyer une copie certifiée, ainsi que copie do la réclamation qui a donné lieu à cette réponse.
Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
Le maréchal de France, prince d'EcKMiJHL.
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M. Ji^t^^^À BkT^i --iu:z> : Emb /^ki P'iuÉmymf miSimùt de la Bomr^Af\*. L Lzievr ^yt^ ».-« ?««;« rjdbSlp ée Im B§urya§me, et 'il*. :ref ; ws<»: : • Le BArecèAl Davovt •« mmabli qv*à ïu^::^:::.* : û fs: :.>s: .i'wa« f>i-«c« di&s 1& ^««fre. du» U paix, dams le» c>&««rili. • Na!l» lo-^'.itrms : « Jias Is àjBÏIW <i daas riatimité. •
cette sévère probité, pour cette personnalité implacable d*unité. Les transformations de la pensée du maréchal Davout ne sont que le développement naturel de son être, que le témoignage progressif de son austère amour pour réquité, pour le droit, nous dirons pour Thumanité, car il est essentiellement différent d*aimer Thumanité ou de se dire humanitaire, vilain mot de fabrique nouvelle, digne d'exprimer un sentiment hybride, où il entre aussi peu de charité et d*amour pour le prochain que de chaleur vivifiante pour le cœur de l'humanitaire.
Ceux qui connaissaient le mieux, ceux qui approchaient de plus près le maréchal prince d'Eckmiihl, soit par conscience de Testime qu'ils croyaient impossible de lui dénier, soit par quelques autres motifs plus personnels, ont peu écrit. Les envieux sont toujours plus disposés à attaquer les glorieux, que les bons à défendre leurs amis.
L'Empereur enfin, ayant conquis de par l'Angleterre l'auréole du martyre, ses ennemis se sont unis à ses fanatiques, pour reprocher à son dernier ministre de la guerre toutes les erreurs, toutes les fautes, tous les malheurs dont le résultat fut l'amoindrissement temporaire de la France : erreurs, fautes et malheurs dont la responsabilité incombera un jour uniquement à Napoléon.
Le 10 avril 1815, l'Empereur avait écrit à Davout : « Tous ceux qui ont le cœur pour moi, vous les emploierez sans faire attention s'ils sortent de la maison du Roi ou non. »
11 y a des crises où l'on n'a pas la liberté absolue du choix, mais ces choix soulevèrent de jalouses colères qui retombèrent sur Davout, Napoléon ayant disparu
de la scène comme emporté dans un nuage. Dé là, les diatribes haineuses ; de là Je lourd et sombre manteau tissé de mensonges, que Theure est venue de faire tomber des épaules du maréchal, afin de laisser sa grande ligure imposante et calme se dresser dans sa force saintement dédaigneuse I
. Tous les écrivains ne se plaisent heureusement point à remuer les vases malsaines déposées par la jalousie dans une série de mémoires édifiés de rancunes et de mensonges.
La lecture des Souvenirs militaires du général baron Berthezène nous a été, à quelques pages près, vraiment douce. La justice rendue dans cet ouvrage au maréchal prince d'Ëckmiihl est d'autant plus flatteuse qu'elle s*est montrée assez spontanée pour que ceux qui avaient le plus d'intérêt à connaître ce remarquable ouvrage Talent d'abord ignoré.
Le général Berthezène nous semble errer dans ses appréciations de la conduite du maréchal Davout en 1815. Son culte pour l'Empereur a l'efTet de toutes les passions, il l'aveugle, et, au lieu de juger selon son excellente coutume avec sa raison, il juge avec ses sentiments et se laisse influencer par les cris d'indignation des bonapartistes à outrance qui ont gardé une égoïste rancune au prince d'Eckmûhl d*avoir lutté contre l'intempestive et tardive volonté de ressaisir le pouvoir qui vint troubler le cœur aigri et révolté de celui qui avait vu l'Europe à ses pieds I
Si le maréchal Davout avait pu souhaiter de mourir pour Napoléon représentant de la France^ l'abdication signée, le bon sens, l'esprit de logique du prince d'Eckmûhl, lui faisaient trop comprendre l'impossibilité d'une telle lutte. Dès lors, il ne devait songer qu'à éviter
le plus de mal possible au pays. 11 a pu se tromper^ rhomme le plus sage n*est point à Tabri des erreurs de jugement; mais il a certainement choisi le parti qu'il croyait le meilleur, et peut-être même Ta-t-il choisi parce que ses sympathies étaient en opposition avec son inslinct de Français et de patriote. Le hasard de nos lectures nous a fait rencontrer une parole qui résume admirablement, ce semble, une telle situation : «Le plus difficile est, parfois, non pas de remplir son devoir, mais de le connaître.»
Nous repoussons donc plusieurs assertions du général Berthezène sur 1815 et sur Hambourg, prouvant qu*il a manqué de renseignements ; mais, tout en combattant le loyal écrivain qui a dit la vérité selon son esprit, nous éprouvons un réel bonheur à saluer un beau et bon livre, qui vaut de survivre à beaucoup d*œuvres ayant obtenu peut-être un succès plus bruyant. « C'est à Tusé que Ton distingue les bonnes étoffes, » a dit Montaigne.
VHistoire du maréchal Davout , duc d^Auerstaëdt, prince d'Eckmûhl, d'après les documents officiels, par Gabriel de Chénier, est loin d'être sans mérite. La guerre d'Allemagne et le séjour en Pologne sont bien traités, ils ont été visiblement très étudiés par l'auteur. Le désir ardent et d'un patriotisme bien entendu qu'avait le maréchal Davout de voir l'Empereur reconstituer la Pologne est mis très nettement en lumière.
Le récit de la première entrevue de l'Empereur avec son ministre de la guerre à TÉlysée, pages 556 et 557 du second volume ; l'exposé des motifs qui portaient le prince d'Eckmûhl à conseiller un coup de force quand il était possible, et qui l'ont engagé à repousser cette idée, alors que l'Assemblée s'étant prononcée il
était trop tard pour agir, nous ont paru d'excellents morceaux^ ayant, de plus, le grand mérite de s'appuyer à des pièces officielles.
Le second volume, en faisant abstraction de quelques nuances de jugement personnelles à l'auteur, nuances qui peuvent et doivent nécessairement varier suivant les idées et les opinions différentes du lecteur, est tout à fait distingué.
Les Mémoires d'une sœur de charité^ par Élise Gagne, rendent une belle justice au héros d'Auerstaôdt, et cette fable intéressante et morale suit très véridiquement les faits historiques en ce qui concerne le maréchal prince d'Eckmûhl.
Nous avons cité les deux poèmes de MM. GoUot et Thévenot.
M. Guillaume de Windspeare, un étranger, a été plus Français que beaucoup de Français, plus finement intelligent qu'un homme renommé pour l'acuité de son esprit ' en écrivant dans une œuvre littéraire, à la fois profonde et gracieuse, du nom de Tourmente, les lignes que voici : « 11 y a souvent pour un peuple plus de patriotisme à savoir accepter une grande épreuve qu'à se laisser entraîner par des élans généreux frappés d'avance de stérilité et d'impuissance. »
L'écrivain, en effleurant tout le clavier des douleurs d'ifn cœur vraiment français lors de cette crise suprême, dit en parlant de son héros qui aurait préféré mourir glorieusement sous les murs de Paris, plutôt que de subir les conditions du vainqueur : «L'ascendant que la discipline militaire exerçait sur lui était tel qu'il n'hésita pas à suivre l'armce dans sa douloureuse retraite, se
' M. Villemain.
faisant un des instruments de Tintrépide maréchal Davout dans son œuvre patriotique de conciliation et d'apaisement. »
Nous remercions cordialement M. de Windspeare de cette noble justice spontanément rendue à un grand soldat malheureux.
J'ai, d'ailleurs, trouvé la confirmation des paroles de M. de Windspeare dans les mémoires inédits du comte de Rambuteau, que sa vieille amitié pour mon père Tavait engagé à me prêter.
M. de Rambuteau, qui avait été nommé préfet en 1815, cite cette parole qui lui fut adressée parle prince d'Eckmiihl la veille du jour où il devait partir pour Montauban : « Dans une réunion des ministres chez Garnot, le maréchal Davout, ministre de la guerre^ me dit : « Vous aurez assez fait pour nous, si vous empêchez la guerre civile. »
Empêcher la ^M^/recim/e/c'étaitlà l'idée la plus intime d'un esprit vraiment français, mais puisque la conspiration du silence répond à peu près seule aux insultes de la haine, nous allons chercher des affirmations tacites de la loyauté absolue du maréchal Davout en 1815.
La lecture attentive des intéressants et instructifs Mémoires du comte Beugnot n'a point été stérile : nous avons trouvé de curieux détails sur les intrigues du prince de Talleyrand près du roi Louis XVIII afin de lui faire accepter Fouché comme ministre. Beugnot insiste sur les faussetés de Fouché et de Talleyrand, pressenties par le duc de Berry au sujet de l'entrée dans Paris ; il raconte les larmes du Roi demandant pardon à son frère martyr avant de signer cette nomination de ministre *. Le comte Beugnot dit
< Pages 279 et 280 du tome II.