LE COMTE DE GROUCHY AU MARÉCHAL PRINCE D*ECRM0HL
Paris, le 20 janvier 18H.
Ainsi que vous me l'avez permis, mon prince, je prends la liberté de vous rappeler le vœu que je vous exprimai, hier au lever, de voir mon fils Alphonse attaché à l'état-major de Tarmée d'Allemagne. 11 est depuis longtemps mon aide de camp, il a été fait capitaine à Wagram ; combien je regrette de n*être pas arrivé plus tôt à Paris ! J'aurais été bien heureux de lui voir occuper la place que vous venez de donner au jeune de Castries. Mais du moins appelez-le sous vos ordres, mon prince, et il sera à celle de toutes les écoles où j'ambitionne le plus de le voir.
J'aurais été vous répéter de vive voix ma sensibilité et le prix que je mets à celte preuve de votre bienveillance, si je ne parlais dans la journée pour Avignon.
Recevez donc ici, mon prince, l'expression de toute la gratitude que je vous porterai et l'hommage de mon attachement bien sincère.
Signé : le comte de Grouchy,
Colonel général des chasseurs k cheval.
En dépit d'une admiration si nettement formulée, la seconde partie du quatrième volume des Mémoires de
GroQchy est à peu près entièrement consacrée à insulter le prince d'Eckniahl et àTaccuser de trahison. Le maréchal, qui a tant réclamé la lettre et Tofficier qui lui furent envoyés du champ de bataille de Waterloo^ accuse (sans autre preuve que sa parole) le ministre de la guerre de lui avoir envoyé dT abord wn de ses aides de camp, — M.Laloy, Thonneur même! — puis un second officier d*état-major, qu'il ne nomme pas, pour Tentretenir de projets honteux, de lâches perfidies ! ... Le prince d*Eckmuhl, par ambassadeurs^ engage Grouchy à faire arborer la cocarde blanche à ses troupes, et la lettre dont ce même officier est porteur, ferme, noble, montre le ministre de la guerre uniquement occupé d*entretcnir Tunion et d'empèchcr les divisions fatales à la patrie. C'est chose vraiment incroyable ! Le loyal Davout qui, lui, n*avait en 1814 prêté aucun serment aux Bourbons, même pour entrer dans un conseil départemental, confiant à Grouchy ce qu'il n'a jamais pensé, est accusé de palinodie par l'ancien garde du corps de Louis XVI, devenu en Vendée un si virulent républicain!... Nous ne répondrons aux assertions de M. de Grouchy, qu'en priant le lecteur de lire dans ce long quatrième volume les lettres du mart'^chal prince d'Eokmùhl, dont nous donnons ici la liste*; nous ne saurions trouver un plus éloquent
* \a> 2ijuin 1815. — Lettre du ministre de la guerre approuvant, lou;u\i la rt»traitv» de On^uchy. Page 376, le prince d'Eckmûhl écrit A Or\>uohy : « Vous avez rendu à la France un service qui sera ,tpprtvie do tout le niondo. » Page 396. — Le ministre annonce à ih\MU'h\ qu'il est nomme gênerai en chef de l'armée du Nonl. r.-»^o ki,N. Instructions, onlres de détruire les ponts. Page 426. l o mimstrx' l;usso i^^x-uchy maitre de choisir ie moment de .<o« às.'NîV'^Mi'v.* >,',•• l\:»*is. iVtte lettre se termine par les paroles sui- \A«i«^A .\>^KvV\ M /*' d abtU^ue, et désormais H me peut ptus être
démenti 1 Empêcher les divisions politiques, sauver le pays, voilà Tinspiration unique de ces nobles pages
rien pour nous, pour tout homme d* honneur et fidèle à la patrie, La patrie! c'est là l'amour suprême de Davout ; il craignait, au-dessus de tout, de voir les divisions politiques livrer à Tétranger la chère terre de France. Page 429. — Afin de mieux trahir, Davout envoie en poste à Orouchy Drouot, le vertueux DrouoUFsige 429. — Encore une lettre du ministre datée du 25 juin, minuit. Bonne, sage, prévoyante, française ; elle insiste sur la nécessité de tenir à Compiëgne et n'a que le tort de trop vanter le maréchal Grouchy. Page 430. — Lettre sur la nécessité d'éviter une bataiUe générale et d'avancer sur Paris pour appuyer les négociateurs. Page 433. — Le maréchal Orouchy, enfin juste envers lui-même, « déclar<( Taile droite désorganisée et désire voir l'armée confiée à des mains plus habiles que les siennes. » Pages 444 et 445. — Fermes instructions contre le découragement de la garde. Page 447. — Lettre du ministre de la guerre à propos de l'occupation de Compiègne par les alliés. Il donne les ordres les plus prévoyants, les plus nets et les plus sages, puis dit gracieusement à Orouchy » qu'il sait que ce n'est point à lui que revient le tort de n'avoir pas couvert Soissons. » La part d'éloges que contiennent ces belles lettres a heureusement engagé la vanité de Orouchy à les publier, car elles démentent par leur loyal accent les envieuses et calomnieuses assertions du petit maréchal d'avril 1815.
Le 27 juin, Orouchy, en écrivant au ministre de la guerre, termine par ces paroles : <t J'ai ordonné les diverses dispositions que vous me prescriviez dans votre lettre, comme je les avais prévues d'avance. Je me félicite d'avoir été au-devant de la plupart de vos instructions. » Ceci est dit page 456 et le 27 juin! Comment se féliciter de s'être rencontré avec un indécis, un incapable, ayant l'irréparable malheur d'avoir perdu votre estime, M. de Orouchyl!! Je regrette d'être obligée de dire que vous vous montrez bien inconséquent.
La lettre du ministre de la guerre à Orouchy, également datée du 27 juin, semble difficile à incriminer. Le prince d'EckmÛhl, en prévenant le maréchal de l'ouverture des négociations, le presse « de faire surtout sentir combien il importe que les citoyens secondent par leur union les négociations qui vont s'ouvrir, afin d*as8urer l'indépendance nationale et de donner la paix à la France et à l'Europe. » L'union! afin de sauver la France, voilà la pensée constante, intime du prince d'Eckmûhl. A cette heure encore, s'il vivait, plus que jamais il prêcherait l'union, l'oubli des afi'ections personnelles, l'abnégation de tous au profit du relèvement de la
•^■k 3aja& HBnL>âOP.^ lia vanité de X. le OMBle de Grou- •âf i ivrar -s^hsl x SiHâerrer! Je ne repnKhe qa*ime tSifHse i :2s^ beOe» leitr&i. «TVist de Cr«>p louer le maredasà ie 'Imiicirr: juiis 1 ramenait i Plrô nne armée donc Le iirnfe iHdcnnhl xvail besom poor appuyer Ib& aé!9De:atii)ns.
yf^)^ r^usr jonse «^ nos yeux, de notre inleUifBnes en snicranc le maréc&al Daioat accosé de fea&iBBDn^dn mamnosT?:^ ieerètes^. maùtoni cela n'était ^tm «mctjre: 3i>«» jQiin:^ lire t^pdqm càose dlnfiitifn>#nt ^âmr sorprenaoc Éiniaies bien, c'est Groochy qpL gare : v Takayai:^ «ie reîe^rer Le nond dn maréenaî. Dn^ïot^ en jol énnmêrant ht^ moyens de saint ^œ sifttait i :a. '&ç«jâtiiin Tarrivée ée Farmée dn 3^jpL BarliitÉMwenc réumm^ée alors*, ei dont tous fe. ..-u^ étaÙHit Hcmé; .ia a^Ibar «p,iL s.ns en oireçcer Ll onie impériale i^nù depob sa rentrée éàn^ la. «rapitaîe. deârait L&^er dan:^ le sang de Ten- ■emi îa tacàe d*jnt dht se troa:iait Aétne par le décûoragement iunL eile a^ait ^È preuve depois la perte de la hitfciiîle de WafierkMK
4 Le martcnai DaiooL ^en Mmtmmz éa — iii'«i'i de la
«ans» <c iMHiii» ca^mo». |e
s iMgpiTan*"f & CTQvnsr xaiLi r.kàics2^ roaus é» Cay Jhmtermg; E acoa araûùe iacpr<iiiic« la ^b» moéBÊStmÊmL unuyiu à oéErir is «suai ie Liî préc^r sl Jinti)«r«.
* Ce ci^rpi rasauN ««c&h Aéitirv4Mf*a»fnf rwrymàé b(.«a rite; ■o<u lii<}a5 1. Li ia» ix àS jxia. 1>13. poor* iTT l«<f[acriiC9Be Tohnie, lea farci^i •^'se ^sûci «crises 13 aÙLsKrc «i* la |.mm par GitMclij Imi-sBiéBut : h me fiMi ya Pimtpfr « bmrtr w êÊÊÊiiÊe «ne Bse ù-
France (cela est écrit... quelque improbable que cette phrase puisse sembler), peu soucieux des malheurs de la France, redirons-nous, essaya de me faire croire à rimpuissance oîi elle était de se soustraire aux rigoureuses destinées qui la menaçaient et, après quelques minutes de silence, il me répéta à voix basse et avec embarras, comme s*il eût pu craindre d'être entendu, ce qu'il m'avait fait dire par Tofficier d*état-major qu'il m*a?ait envoyé à Soissons il y avait quelques jours : que toute résistance serait inutile, qu'il fallait se résigner à son sort, et qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de faire arborer la cocarde blanche à mes troupes, sur lesquelles j'avais, depuis ma retraite (la restriction est sage!), une telle influence que je les déterminerais facilement, ajoutant que, quand j'y serais parvenu, il me donnerait ordre de traiter avec Louis XVllI, avec lequel il avait de sea^ets rapports^. Indigné qu'il crût capable d'une telle palinodie celui de ses collègues qui, immédiatement après l'abdication de l'Empereur, avait fait jurer à ses troupes fidélité aux couleurs nationales et à la dynastie napoléonienne ', je lui déclarai en termes énergiques que jamais je ne m'associerais à ses coupables déterminations, et je le quittai pour me rendre chez le président du gouvérne-
> La destitution de 1815, Tezil de 1816 répondent à ces étranges paroles I
* Vraiment, monsieur le maréchal, vous accuser de palinodie était bien singulier ! Vous Tardent républicain, si pressé en 1814 d'effacer vos années de service dans Tarmée de l'usurpateur et de prêter serment au Roi ! Il est vrai que vous aviez depuis pris à cœur la nomination de colonel des chasseurs de Ms' le duc de Berry ; mais serviez-vous très fidèlement TEmpereur en cherchant à faire évader le duc d'Ângoulème quand il regardait cette capture comme un gage de paix !
ment proTisoire, qae j'espénis troorer animé de meilleurs sentimenU et déierminé à préférer radopUon d*éner]dqiies mesures aux chances doaleoses d*une capîtalation dont il était éTident que les généraux ennemis se réservaient de tracer les conditions avec la pointe ensanglantée de leurs épées ! *
Attendez! Ce n'est pas là tout! Après avoir constaté la tache indélébile dont se couvrit Louis XVlU en donnant un ministère et une ambassade à Fouché, sans daigner remarquer que Davout était exilé, privé de ses traitements, circonstances qui n'indiquent pas que le Roi eût à payer au pnnce dTckmûhl une dette hideuse, — une dette de trahison, — Grouchy continue : « Le duc d'Otrante et le maréchal Davout, forcés Tun et l'autre de répondre catégoriquement à des interpellations auxquelles ma position et les forces dont je pouvais disposer donnaient un grand poids, ne purent, malgré ieurs perfides et menscmgères denégationSj m'empècher de lire jusqu'au fond de leurs âmes, et j'y vis qu'ils étaient uniquement occupés des moyens de conserver, sous la Restauration, les sUuations élevées que leur servile dévouement à l'Empereur et leur habileté à contribuer à substituer au gouvernement constitutionnel le pouvoir despotique leur avaient fait obtenir de ce prince. »
Nous ne daignerons pas répondre à une aussi absurde allégation ; mais nous dirons que Grouchy a placé Fouché à côté de Davout, afin de voiler aux gens myopes les lâches jalousies de son caractère avide, envieux, en se donnant des apparences de justicier alors que, n'osant parler à haute voix (c^esl lui qui le dit, page i79), perfidement, insidieusement :/7s'ai<nic^ avec ceux des membres des CAtimtres pri» desqmtb ûtwtnt
APPENDICE. o45
iieu de croire que ses paroles et ses assertions porteraient fa conviction.
Grand merci d'avoir fait rugir le lion et de lui avoir valu un vote d'honneur, renard maladroit que vous êtes! Mais c'est perdre trop de temps à vous démentir; vos lettres dénient d'ailleurs catégoriquementvos notes, et vos notes contredisent vos lettres.
Nous sommes trop hautement convaincue de la grandeur morale de celui que nous révélons et que nous n'avons garde de défendre, pour hésiter à rendre à chacun selon ses œuvres; nous voulons la justice pour tous, et nous saurons dire que le maréchal Grouchy était non seulement incontestablement brave, mais encore excellent général de cavalerie; nous ajouterons qu'il a fidèlement obéi aux ordres malheureux et distraits de Napoléon à Waterloo ; que, secondé par Gérard, par d'Ërlon, par Ëxelmans, sa retraite sur Paris a été bien menée. Cependant, quelle trace historique Grouchy laissera-t-il dans nos annales? 11 n'était célèbre que par la faute même dont ses Mémoires le disculpent victorieusement ; il ne nous reste donc plus qu'à laisser M. le maréchal comte de Grouchy se recueillir dans cette nullité qu'il réclamait si justement^ du roi Louis XVllI; c'est vraiment là l'auréole de gloire qui convient à cette aigre, gémissante et désagréable personnalité. En lisant les interminables exaltations de son petit moi, le souvenir d'une fable, infiniment plus divertissante à étudier que la vie de M. de Grouchy, s'est malicieusement présenté à notre esprit; avons-nous besoin de nommer la Grenouille et le
1 Lettre au roiLovU XVIII, troisième volume, page 212, sixième ligne.