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On les accueillit par une liTe fusillade à bout portant et par la mitraille d'une petite pièce.
L'ennemi secondait cette attaque par le feu de trois batteries , deux sur la digue de la Sew , la troisième dans rOch>envenler. En un quart d'heure, il fut con-
traint à la retraite, laissant quarante morts sur nos palissades et dans l'inondation.
Le maréchal envoya d'Harbourg le brave général Delcambre, avec une poignée d'hommes pour prendre l'île de Neuhoir, y faire une tête de pont et s'y retrancher. Ce général s'en acquitta en homme habile; il surprit l'ennemi et exécuta les ordres qui lui avaient été donnés avec une grande intelligence et sa bravoure habituelle.
Nous étions au 1" avril; la débâcle de l'Elbe s'était faite sans accident, et la position presque désespérante, dans laquelle nous nous trouvions depuis quatre-vingtquatre jours de forte gelée, allait cesser. Le travail des glaces était fini. Nous avions ainsi l'espoir bien fondé d'améliorer le sort de nos malades, qui avaient été en croissant et dont 950 avaient succombé dans le mois de mars, aux suites des blessures et aux maladies produites par le froid et la fatigue.
L'ennemi n'avait pu nous enlever un seul poste ni une seule palissade. Les soldats s'étaient aguerris comme les plus vieilles troupes, la discipline la plus parfaite existait à tel point que, pendant tout le blocus^ pas un officier ou soldat n'avait été puni pour une faute grave. Lés troupes étaient bien habillées et au courant de la solde, et des masses de chaussure et d'équipement. Nous avions conservé 2,000 hommes de cavalerie et 1,500 chevaux d'artillerie dont la subsistance n'allait plus nous embarrasser, puisque les sorties nous fournissaient les moyens de les nourrir. Nous avions encore en viande salée, lard, farines et vin, de quoi subsister pendant plus de six mois.
Nous étions maîtres de toute la digue jusques à la Sew. Toute l'inondation et les villages nous apparte-
116 LE MAHÉCHAL DAVOUT.
naient, et on avait organisé des bateaux pour aller en recueillir les ressources. Le dégel étant complètement arrivé, on put de nouveau remuer la terre et on reprit le perfectionnement des travaux sur tous les points. On s'occupa plus particulièrement de terminer les ouvrages avancés, qui n'avaient pu être achevés avant l'hiver, et à finir le palissadement. Le dégel avait emporté la neige de la redoute de SchrewenofT, poste avancé dans TElbe, et son commandant avait vu avec étonnement que la redoute qu'il avait si heureusement consenée tout l'hiver, et dans un point aussi avancé, n'était construite qu'en roseaux. On fit terrasser tout cet ouvrage, et on y fit placer le superbe blockhaus de l'ingénieur Jousselin. Ce blockhaus, construit d'après des idées tout à fait neuves, était un véritable chef-d'œuvre et rivalisait avec le musoir, ouvrage en bois placé en amont de l'Elbe, sur la rive droite. Ce dernier présentait l'aspect de la poupe d'un vaisseau de guerre à trois ponts.
La moitié du mois d'avril se passa dans ces occupations diverses. Le nombre de nos malades diminuait, depuis que les grandes fatigues des glaces et des postes de nuit pour éviter une surprise, si facile dans ce long hiver, avaient cessé. La température plus douce ne forçait plus le soldat à chauffer si fort ses blockhaus et ses postes, et de se trouver ainsi exposé à un refroidissement subit, qui avait produit tant de maladies, inconvénient contre lequel tous les conseils et les ordres échouent, parce que le soldat transi et accablé de fatigue écoute peu les conseils de la prudence et court au plus pressé, celui de se réchauffer. On pouvait donner du repos, et il y avait ordre de ne pas fatiguer le soldat. On avait fait ensemencer les jardins dans la ville, les
faubourgs, et les postes occupés par nous, pour nous assurer des légumes et pour distraire le soldat en lui donnant une espèce de propriété à laquelle il s'intéressât.
Tout le monde vivait de distributions, hors le chef de l'armée qui, tenant, à son accoutumée, une grande table pour rétat-major, les divers généraux et officiers appelés auprès de lui, vivait à ses dépens et payait même son vin.
On varia la nourriture du soldat. On remplaça les distributions de cheval par la viande salée, on continua à distribuer des harengs et du lard salé, des oignons, des aulx et du vinaigre, du vin et de Teau-de-vie.
Ce régime sanitaire,etsurtout la température adoucie, faisaient faire des progrès rapides à nos convalescents et aux malades des hôpitaux. On avait eu grand soin do déblayer les rues des neiges et glaces qui, encombrées pendant un si long hiver avec les immondices, auraient pu, dans le dégel, occasionner des maladies épidémiques. On avait établi des veilleurs de nuit et un corps de pompiers du pays, qui rendirent les plus grands services pour la petite police de Tintérieur d'une aussi grande ville. On mit la solde au courant et on paya le premier trimestre de 181 4 aux administrations civiles de Hambourg. On fit face aux dépenses communales, telles que la préfecture, les recettes, la police municipale, le dépôt de mendicité , veilleurs de nuit, pompiers, compagnies de réserve, réverbères, chapitre de la cathédrale, lycée et collèges, officiers de paix, police de la petite voirie, réparation des ponts, aqueducs, quais, fontaines. Toutes ces dépenses étaient soldées par le trésor de Tarmée, et le senices'en faisait comme si Ton eût été dans la paix la plus profonde.
as LE MARÉCHAL DAVOUT.
L'ennemi renouvela alors et avec plus de suite ce système qu'il avait employé jusques alors de répandre à nos avantrpostes des bulletins et des écrits tantôt menaçants pour la garnison, tantôt encourageant les habitants à la révolte, faible moyen indiqué par une armée de 60,000 hommes à une population timide et flétrie par toutes les privations et toutes les misères qui accompagnent un siège. Tantôt ces écrits exhortaient à la désertion les Hollandais, puis les Brabançons, les habitants des déparlements des bords du Rhin, les Piémontais, les Toscans, et môme osaient exciter les Français. Mais les soldats de ces nations diverses étaient unis par l'honneur, une discipline paternelle qui pourvoyait à tous les besoins et surtout par l'exemple de leur chef qu'ils voyaient partout à leur tête, partageant leurs travaux, leurs fatigues, leurs dangers. Le maréchal avait la confiance de l'armée, et on s'en reposait sur lui pour tout ce que l'honneur commandait défaire. Quels que fussent les ennemis, il ne fallait pas flétrir par un lâche abandon les lauriers qu'on avait cueillis, et nos soldats répondaient à ces provocations verbales par d'amères et spirituelles plaisanteries; puis par des coups de fusil et de la mitraille, lorsque la trahison, sous le voile de la bonne amitié qui devait exister entre les soldats des nations dont les souverains étaient alliés , voulait s'emparer de nos postes et en égorger les garnisons, comme sur la digue de Moorbourg et celle en arrière de Tiffentag.
Vers le 12 avril et les jours suivants, ces bulletins provocateurs , changeant de langage et prenant le ton de la modération, nous annonçaient de très grands avantages obtenus en France; mais, comme ils ne pouvaient rien nous donner d'officiel, nous devions être na-
UN DERNIER COMMANDEMENT. ii9
turellemcnten défiance contre les projets et les intentions de l'ennemi. On recommanda partout la plus grande surveillance. Nos dernières nouvelles certaines de France étaient du 20 mars : elles nous annonçaient que Tennemi avait éprouvé de telles pertes que notre patrie serait bientôt délivrée ; tout le reste nous venant de Tennemi ne devait nous inspirer aucune confiance. Dans les premiers temps, il ne s'annonçait que par des menaces que le bon esprit, la bravoure et le patriotisme des troupes et la prévoyance du chef avait rendues vaines, à l'époque où Hambourg ne pouvait être regardé comme une véritable place de guerre. Maintenant que notre position était devenue bonne sous tous les rapports, nous devions conserver la même attitude, déjouer toute surprise , sauver l'honneur des armes et attendre les événements.
Le 48 avril, le général Beningsen reçut la nouvelle de la prise de Paris et de l'abdication de Napoléon. Il nous la communiqua. Celjje dernière circonstance nous parut tellement absurde qu'elle détruisit dans nos esprits tout l'effet que l'ennemi se proposait de l'envoi de la lettre du major général russe qui l'annonçait. Le maréchal avait consenti à plusieurs conférences qui avaient été demandées par l'intermédiaire de M. le baron Blucher, président d'Âltona. Elles avaient eu lieu en avant du Sternschantz, entre le lieutenant général Ostermann, chef d'état-major russe, et le commandant d'Altona, et, de notre côté, les généraux Loison et César de Laville. On s'était trouvé peu d'accord : l'ennemi, fier de ses succès en France, voulait parler en maître, en s'enveloppant de courtoisie et de dissimulation. Nous, fiers de notre défense et confiants dans la supériorité de bravoure de nos troupes, et dans la perfec-
lion de nos ouvrages, ne Toulions faire aucun acte qui pût faire préjuger que nous cédions à la force.
L*ennemi faisait entendre que des engagements particuliers pouvaient se conclure, et nous nous bornions toujours, d*après les intentions du maréchal, à demander qu'un des officiers de Tannée pût se rendre en sûreté à Paris pour connaître les événements, et nous décider, à son retour, avec pleine et entière connaissance de cause, sur le parti que l*honneur nous permettrait de prendre.
L'ennemi, en se défendant d'abord de cette idée, et puis en retardant le départ du général Delcambre, que le maréchal avait désigné pour cette délicate mission, nous faisait espérer que cette nouvelle de nos grands désastres, qu'il s'obstinait à nous empêcher de vérifier, pouvait bien être fausse. Nous demandions de la viande fraîche pour nos hôpitaux. L'ennemi demandait que nous détendions les inondations.
Tous ces divers pourparlers se réduisaient à cela , et nous évitions avec soin et avec une sorte de fierté de rien dire ou faire qui pût avoir l'apparence d'une sorte de capitulation à laquelle rien ne nous forçait.
Le général Beningsen fit alors porter à tous nos avant-postes des drapeaux blancs avec le chiffre de Louis XVIII pour provoquer la garnison à une révolte; mais la discipline du maréchal était trop bien établie. La plupart de nos soldats, conscrits dans l'année, et nés après la révolution, n'avaient probablement pas entendu prononcer dans toute leur vie le nom de cette auguste famille, et les officiers savaient trop ce que demande l'honneur dans une place assiégée pour ourdir la moindre intrigue, qui ne manque jamais, quelque respectable qu'en soit le motif, d'être appréciée à sa juste
UN DERNIER COMMANDEMENT. 12i
valeur, môme par ceux au profit de qui elle est faite.
On était, cependant, à peu près d'accord de cesser les hostilités, lorsque, le 27, plusieurs chaloupes canonnières anglaises, soutenues par de fortes masses russes derrière la digue de Moorbourg, vinrent attaquer par l'Elbe le fort de Harbourg, cherchant à tourner les positions retranchées que nous occupions sur les digues. Le fort répondit par un feu très vif et bien dirigé ; une chaloupe fut coulée et deux fortement endommagées. Le commandant de cette flottille eut le bras emporté et se retira avec elle hors la portée du canon. Le maréchal était accouru dans l'île et avait vu ses précautions et ses justes défiances justifiées. L'armée voyait combien l'esprit de prévoyance est nécessaire à la guerre et évite les plus grands malheurs. La date seule de cette tentative répond victorieusement à ceux qui, loin des événements et tranquilles dans leurs foyers, ont jugé que le maréchal devait se rendre aux premières insinuations de l'ennemi.
Nous étions au 28 avril et nous ne concevions pas comment il était possible que, dans le cas où les événements annoncés au lieutenant général Beningsen seraient arrivés, le nouveau gouvernement, établi le 31 mars, ne nous fît rien parvenir d'officiel, et livrât, pour ainsi dire à l'abandon, une armée de 30,000 hommes. Nous ne savions que croire. L'ennemi persistait dans ses nouvelles, et nous refusait d'envoyer nous en instruire par un canal non suspect. Nous faisions activement nos ouvrages, nous mettions la solde au courant et nous améliorions par toutes sortes de moyens la santé de nos troupes, qui avait tellement gagné que dans ce mois nous n'avions eu que 350 hommes morts dans les hôpitaux.
\n LE MARÉCHAL DAVOUT.
Au milieu de ces contrariétés sans cesse renouvelées pour empocher le départ du général Delcambre , on reçut Tavis que M. Davout, parent du maréchal, était arrivé à Altona, porteur de journaux français. Il avait été expédié par la princesse d'Eckmiihl, dont la sollicitude fut d'autant plus heureuse que le nouveau ministre de la guerre ne donnait aucune direction.
L'ennemi profita de la juste impatience que nous avions de recevoir des nouvelles positives de France par un canal non suspect pour obtenir, comme faveur particulière et comme condition expresse à l'entrée du parent du maréchal dans Hambourg, que le général en chef russe pût établir son quartier général à Altona, avec un bataillon pour sa garde.
Les nouvelles et les journaux furent communiqués aux officiers généraux et chefs de corps, et il n'y eut plus aucune difficulté à conclure un arrangement qui fit cesser les hostilités jusques au retour du général Delcambre, qui partit définitivement pour Paris, pour prendre les ordres et porter notre adhésion.
11 fut convenu de ne plus entreprendre d'ouvrages de part ni d'autre pour l'attaque et la défense, de laisser entrer i,000 livres do viande fraîche par jour pour le service des hôpitaux. Tout le reste devait rester en môme état.
Le 29 avril, le maréchal fit connaître à l'armée les événements survenus en France ; le drapeau blanc fut arboré; les hostilités cessèrent de part et d'autre. On suspendit les travaux de la place et des îles. Les jours suivants, on détendit les inondations, on mit la solde au courant, on distribua tous les effets d'habillement et d'équipement et de chaussure; on rendit aux négociants ce qui n'était pas strictement nécessaire en munitions
de bouche et qui avait été emmagasiné ; on permit la sortie des portes, et par détachements, pour que les régiments pussent acheter des vivres frais à Altona. On distribua des cartouches pour les exercices à feu ,. auxquels on occupait les soldats.
Le 5 mai, le général Fouché, commissaire du roi pour la remise de Hambourg, Harbourg et dépendances aux puissances alliées, qui devaient en prendre possesssion au plus tard le 31 mai, arriva à Hamboui^. On dressa les inventaires des magasins.
Le 11 mai, le lieutenant général comte Gérard arriva à Hambourg et prit le commandement du corps d'armée. Il se conduisit dans cette circonstance avec cette loyauté et délicatesse qui le distinguent. Il continua à faire payer la solde et toutes les dépenses du corps d'armée. Il montra beaucoup de fermeté contre les prétentions du général Reningsen, et organisa à sa volonté le départ des troupes en trois colonnes, qui partirent les 27, 29 et 31 mai, avec armes, bagages et artillerie \
L'effectif du corps d'armée était de 31,000 hommes.
* La défense de Hambourg rappelle l'admirable défense de Candie, par Morosini : lui aussi, obligé de capituler, emmène ses canons le 6 septembre 1669 et part emportant Testime de ses ennemis. Celte sortie pareille n'est cependant pas le point de ressemblance qui nous frappe le plus; tandis que le turc Kiupruli témoignait de son admiration pour la vaillance et le caractère de Morosini, la jalouse Venise l'accusait de trahison! De même le maréchal Davout estimé de ses ennemis, à peine parti avec son armée et ses canons des murs de Hambourg*, avait bientôt à se défendre contre Us calomnies des Français! Partout et toujours les mauvaises passions entraînent les hommes aux mêmes injustices et aux mêmes crimes. A de rares exceptions près, rhumanité n'est que misère et lâcheté.
* La guerre d'Espagne de la Restauration a été faite avec rartillerie et les munitions ramenées de Hambourg par le prince d'KckmÛhl.
I» LE MABÉCHAL DATOUT.
d*>nt S.MA rest^fttnt dins les MpiUox pour rentrer en Fran*:re par dêUchemenU. Le corps d'armée ramenait 100 bouches à fen arec leors caissons, et 4,000 che- Taux.
Le maréchal prince dTckmôhl se rendait à Pans, dans !e sein de sa famille, lorsqu'il reçut un ordre d'exil dans sa terre de SarîenT. Cet ordre du général Dupont, ministre de la guerre, fut inséré dans un mémoire que publia alors le maréchal ^ Quelques personnes de bonne foi. que les calomnies n^'avaient pu ébranler, ont été pleinement rassurées par la lecture de cette pièce.
* No«s iTOtts doaaè \e mémozrt xiretsé an roi Louis XVIII à la fin dv troisième rolmie d« ces sovrenirs^cc bous renrojcns le lect«'ur a U lettre B de 1 appeadice da tome IV pour quelques détails suj^plemeauiK».
La conduite du prince d'Eckmiihl a été si étran-, gement travestie en 1815 que, avant de revenir à la publication de ses lettres à la maréchale, nous avons cherché à recueillir autant de renseignements sûrs et même inédits qu'il nous était possible. Ayant enfin lu avec un intérêt, pour ainsi dire, d'actualité, les lettres adressées par TEmpereur à son ministre de la guerre des Cent-Jours, nous avons cherché à en donner une rapide analyse : il nous a parfois semblé lire notre propre histoire de 1870!
La masse d'ordres que nous avons entre les mains témoigne d'une activité vertigineuse : quelques-uns sont de véritables volumes, et le ministre, certains jours, en reçoit de quinze à dix-huit dans les vingtquatre heures, le temps du repos et du sommeil ayant été supprimé.
Le 26 avril 1815. — Ordre d'établir l'état de siège.
Le 27. — Ordres de départ. — Ordres, en huit
pages, pour Maubeuge et les généraux commandanls les troupes. — Ordre pour Tartillerie. — Ordre pour la vieille garde. — Dix mille hommes à jeter dans Maubeuge, place importante. — Plaintes contre les généraux qui ne partent pas. — Ordre do construire une batterie qui menace Bâle. — Envois à Mézières. La cavalerie est faible. — Ordre d'élever une redoute à Besançon. — Ordre de jeter mille ouvriers à Dunkerque. — Ordres à envoyer aux pré- Jfets pour presser l'habillement et stimuler le zèle : « Le temps perdu est irréparable, » — Ordres pour Lyon et Grenoble. — L'Empereur désire une force mobile de quatre-vingt mille hommes : c'est avec les 1", 2% 3° et e** corps qu'il compte personnellement agir. — Ordre de fortifier Langres et de mettre les forts de Lyon en état. — Instructions pour les généraux.
Le 29. — Toute une série de questions sur des soldats. — Mission à donner au duc de Trévise pour réchauffer le patriotisme du Nord.
Le 30. — Formation d'un régiment espagnol. (Cette pensée semble singulière ! ) — Ordres pour la garnison de Lille. — Ordre au général Clausel de se diriger sur Nantes. — Mise en état de siège de toutes les places du Nord. — Canons à envoyer à Besançon. — Le général Haxo appelé à fortifier les gorges du Jura, car elles seront défendues par la garde nationale. — Ordres divers. — Ordre à
donner au duc d'Albuféra de faire arrêter la famille de Saint-Priest. — Ordres pour le général Donzelot. — Ordre pour tous les généraux. — Ordre de retirer des places frontières canons, cavalerie. — Ordre au ministre'.
Paris, le 1" mai. - — Canons à envoyer à Saint-^ Cyr. — Ordres pour TÉcole polytechnique. — Points à fortifier pour défendre Paris. — Ordre pour les grenadiers. — Dépôts de la ligne à envoyer à Dijon. — Ordres importants et divers pour la défense, en huit pages. — Onze pages à propos de l'armée, des généraux et des corps francs. — Défense de faire insérer ces dispositions au Moniteur. — Levée en masse. — Déclarer traître à la patrie toute ville qui ne se défendra pas.
Le 2 mai. — Rappeler le général Gilly avec une gratification. — Ambulances; que les généraux soient toujours prêts à marcher et que les troupes aient pour six jours de pain. — Ordre d'habiller la garde nationale; mais, en attendant, qu'elle marche quand même. — Ordre de rapprocher les dépôts : équipages de Paris. — Marins appelés mis sous les ordres du ministre de la guerre. — Ordres admirables pour la mise en état de défense de la ville de
* Nous publions cette dernière lettre ainsi que plusieurs autres quelques pages plus loin, mais nous voulons donner une idée du déluge d*ii\^tructions qui tombait sur le ministre de la guerre et qui venait souvent entraver ou contredire ses propres travaux, sans interrompre cette analyse par aucune pièce.
vr. 9
lii: LE lAlEclJLL DATOUT.
Lv : n. — 0«icr5ii<>ss. — Démentis sur la défaîte du rc^I Ci Na^'î^rs. — ManDoiit esi à Gaad. — Ordres p>uT î'jiniuK-nr. — CcJooel DaTimoge renvoyé. — llaiin» appelés. — Commonicmtions i interrompre.
— OnÎTcs p>iir Lyon, le* Pyrénées, etc. — Volonté de MSfer la leTne des régiments qui partent. — Hc*mm<e> malTeillants à renvoyer des bureaux. — CoÊÊUik^u pnj'jxtfer un olonei que j'ai renvoyé? — Bons souliers commandés. — Défense de Lyon et de Grenoble à organiser.
Le 3 mai. — Loneue lettre sur les approWsioDnements pour éditer les réquisitions. — Désir d'économies. — Observations sur M. Montessuj qui n a pas d'avance. — Général Donna à nommer à Blaye.
— Ordre sur les vrais numéros des aigles. — Formation d'un corps suisse. — Sur les inondations à tendre.
Le 4 mai. — Dépôt de Versailles.
Le 5 mai. — Ordres sur la garde nationale. — Sur rarlillerie. — Formation de quatre armées. — Nécessité d'équiper les dépôts pour les faire partir.
— Ordre d'arrêter le colonel de Vence.
Le 7 mai. — Ordre de départ du 9* dragons après la parade de ce jour. — Ordre pour un régiment.
— Ordres pour le général Lecourbe. — Ordre-désir de voir le général Hastrel chef du personnel. — Défense au général Yandamme d'agir sans llordre du ministre. — Ordre contre un général à payer ou à
destitue^' selon sa conduite. — Ordres divers remarquables. — Ordre pour des bataillons à former. — Ordre pour les dépôts, longs détails.
Le 8. — Demande d'un général sûr et chaud pour Lyon. — Ordre de proposer le général Gurial pour Marseille.
Le 9. — Ordre do onze pages d*une prévoyance inouïe pour la défense des places, les commandants à choisir. — Ordre à propos des canons. — Ordre de complimenter le général Glauzel sur son énergie contre les séditieux. — Ordre d'arrêter le sieur de La Tour d'Auvergne et de le juger comme déserteur. — Ordre pour les hommes à habiller. — Ordre sur le marché de viande. — Ordre de fonds à envoyer au régiment polonais. — Ordre pour les ambulances. — Plaintes d'argent, le Trésor peut payer.
— Ordre pour la mise en retraite du général Maurice Mathieu et pour la nomination de quelques généraux. — Ordre de fortifier les passages des Vosges et de FArgonne. — Ordre de faire inspecter hommes et chevaux, de réunir et préparer les forces.
— Ordre davoir à recevoir M, le comte de Flahaui dans les bureaux de la guerre *.
Le 10. — Ordre de changer l'officier qui est à Abbe ville, parce qu'il est chez lui. — Ordre de faire
1 Cet ordre qui soumettait les dispositions d*un homme tel que le maréchal Davout à un élégant et jeune général, sans expérience, est chose inouïe!
132 LE MAHÉCBAL DAVOUT.
les fonds et de mettre les places en état de se défendre. — Pièces de marine à faire venir et à disposer. — Ordre d armer plusieurs places.
Le H. — Souliers à faire livrer par Paris pour les avoir bons. — Ordre d'avoir des équipages de pont pour la Belgique, les canaux de la Sambre, etc.
On passe de Tadmiration à Tétonnement en lisant ces pages, superbes souvent, parfois puériles. Les vues d*ensemble se noient dans les détails microscopiques: TEmpereur qui sent Teifondrement s*0€cupe d*un colonel douteux, se méfie de tout et de tous, et la défiance est un triste symptôme. C'est la vanité des vaincus qui crie à la trahison partout et toujours. Après avoir investi, le 30 avril 1845, le prince d*£ckmuhl des pouvoirs les plus étendus, peu à peu on voit TEmpereur blâmer, contrôler, lasser par des ordres contradictoires Thomme qui se vouait avec passion au salut de la France, incarnée eu ce moment dans la personne de Napoléon, qui représentait pour lui le pays. L'Empereur le soupçonnait, le querellait, lui prenait les généraux avec lesquels il avait Thabitude de vaincre; lui imposait un chef de bureau et encore la surveillance, — disons le mot, — Yespionnage d'un général de boudoir, du comte de Fiahaut! Après les injustices, après les calomnies de la Russie, une telle insulte était vraiment trop forte I Le prince d*EckmuhI se plaignit énergiquement à l'Empereur, fit fermer ses
bureaux au favori de la décadence, et le reçut de telle sorte qu'une haine rancuneuse, engendrée par un dédain peu dissimulé, s'est depuis répandue en venin. Qu'importe! Tout passe, sauf la vérité qui est fatalement éternelle. M. le comte de Flahaut restera le charmant et frivole élégant dont sa mère nous a raconté les faiblesses en un gracieux romaa écrit avec ses larmes ; et le maréchal prince d'Eck-» muhl, le grand homme de guerre et le grand homme de bien, auquel n'aura pas même manqué l'auréole de la persécution, de l'injustice et de la calomnie, prendra et gardera dans la mémoire des hommes la place qui lui est due, alors que ses détracteurs seront depuis longtemps plongés, eux et leur éclat éphémère, dans la profonde mer des oublis terrestres.
Le 2 mai 1815, nous trouvons cet ordre adressé au ministre et signé d'une N furibonde :
Mon cousin, vous avez dans vos bureaux des hommes d'une malveillance marquée. Mon intention est que demain mercredi vous m'apportiez Tétat des individus à renvoyer.
L'espionnage servait les haines, et dans la tète fatiguée de l'Empereur le bourdonnement des mouches se mêlait aux grands bruits de la tempête. Gomment croire que la lettre que voici ait été écrite par cette même plume qui dictait les plus ad-
f^ L£ lAAEClAL DATOUT.
Blirûîii» ordre:» poor la défesse de Lyon et de
lfr:a OjaÙL. répondez aa aurédial Groochy qu'il n.'isz M» r?ai qae le» aUsês aient fait deuuDder le ^àiéiLDt par la Soû^e et par le Simplon pour leurs tricpe^. C n'eràt p^ rrai non plus qne le roi de Naples ait été bbàssa le 1$. E a «a on avantage marqué le 18 à Cêïsâe ei se retire en bon ordre. Les dernières non- YcBe» disent qae Mamont était à Gand, il n*est donc pas pi:«»sible qali commande les troupes piémontaises.
Vainement on pense se tromper soi-même en persuadant aux autres ce que Ton Toudrait qui fût!
Nous donnons un billet qui a un intérêt, même politique.ee semUe. en prouvant le respect qui était demeuré dans la nation pour les aigles :
Mon cousin, vous trouverez ci-joints les vrais numéros qui étaient sur les aigles. Le fondeur à qui ils avaient été donnés pour être fondus, vient de m*en faire hommage. Cela est précieux: faites-les placer sous les aigles et indemnisez le fondeur.
Paris, le 3 mai 1S15.
Revenons un peu en arrière :
Le 11 mai. Rapport demandé surThAtel desinvavalides: volonté de rétablir les règlements que le Roi a changés.
Le H mai. Volonté de faire rétrograder les offi-
ciers qui ont servi le Roi et qui demandent du service aujourd'hui. 11 ne reconnaît pas leur nouveau grade. On sent la mauvaise humeur monter comme une marée ; et, cependant, avec quelle sûreté de coup d'œil, le 12 mai, il choisit Troyes et Langres pour y placer les dépôts trop exposés à Nancy où on comptait les envoyer. Les régiments avaient en partie encore le chiffre royal; Napoléon demande de suite un état rétablissant Tunité impériale.
Le 12 mai, une longue lettre commande d'enjoindre au duc de Padoue de ne retenir aucune troupe en Corse, et au ministre de former des colonnes pour faire rentrer aux corps qui leur sont assignés les soldats retardataires. L'armée est faible dans le Nord et on sent l'inquiétude naître, mais une inquiétude vaillante encore.
Le 13 mai, l'Empereur commande de faire parcourir les communes qui montrent peu de zèle par des colonnes mobiles. Ceci est adressé au ministre de la guerre pour le maréchal Brune : qui sait les haines enfantées par ces ordres ?
Le 13 mai encore, une lettre d'instructions terminée par ces curieuses lignes :
En faisant parcourir le pays par ces colonnes, on doit promptement venir à bout d'étouffer les mouvements séditieux. Il faut s'assurer si le duc de Bourbon y est ou non et donner des ordres aux principaux chefs du pays, dont il paraît que la conduite est peu sûre,
436 LE MARÉCHAL DAYOUT.
môme à Dautichamp, de se rendre à Paris. Vous pouvez également mander au général Laborde de compléter avec les militaires qui ne veulent pas sortir du pays les 3", 4^ et 5^ bataillons du 43^, en donnant lassurance que ce corps, destiné à maintenir la tranquillité du pays, ne sera pas employé ailleurs.
Quand on voit VEmpeTeur -s'astreindre d promettrCy on peut penser qu'il espère peu. En effet, le 15 mai, voici une nouvelle lettre qui enjoint au ministre de commander au général de Laborde de faire partir toutes les troupes de son commandement, sauf le 43^. Ces troupes sont nécessaires aux frontières ; une victoire dans le Nord fera plus pour k calme intérieur que des troupes qu'on laisserait dans tOuest. a J'ai besoin de réunir toutes mes troupes pour arriver à ce résultat », dit Napoléon. L'histoire est une éternelle redite des mêmes scènes, quelque pou variées par de nouveaux personnages ; mais de telles lignes sont bien faites pour ébranler la foi des partisans du progrès I
Le 16 mai, le découragement absolu de TEmpereur se trahit dans une assez longue lettre dont le refrain est celui-ci : « Il faut prendre un partij » refrain quatre fois répété en deux pages et demie!
Pire crie misère : le général Dejean écrit que les troupes qui vont entrer en campagne n'ont pas pour quatre jours de pain. « Il y a de l'absurdité ou delà
NOTICES ET PIÈCES HISTORIQUES. i37
malveillance ; il faut prendre un parti dans la journée. »
Le 15 mai, le général Teste doit former des colonnes mobiles pour faire rejoindre les anciens militaires qui se cachent. Le général doit être investi de pouvoirs extraordinaires, etc. Aucune mesure, aucuns pouvoirs extraordinaires ne pourront réveiller la France de sa torpeur : elle est lasse et ses enfants ne veulent plus se battre. L'Empereur le sait bien, aussi son caractère s'irrite, et, le 16 mai, il blâme les choix de son ministre : « Berkeim est un général de cavalerie, le général Milet également, pourquoi leur donner des commandements de division? » Le même jour, Napoléon, sans consulter le prince d*Ëckmùhl, lui écrit : « Je pense que le général Fririon pourrait être appelé à diriger sous vos ordres la partie du recrutement de l'armée. » Ce «/> peîise » signifie a je veux! » et il veut des hommes à lui près de son ministre. Le 17 mai, il lui écrit de dire aux commandants militaires « de ne prendre que des officiers volontaires^ de bien leur expliquer qti'ils ne doivent servir dans les grandes villes que pour soutenir F esprit public, et dans les places fortes que pour exciter la bonne volonté de la population et instruire les gardes nationales, que ce service ne sera pas trop fatigant, qu'il est indispensable à la crise où se trouve F État, et qu'ils y sont intéressés comme citoyens et, plus particulièrement encore, comme pen^
ljk^£>:5jkL DAVôUT.
ouvutarr- • Ktiai» . a <»h point l'autocrate qui avait •jmrnanijt^ à ^}«r>^ l"E*En>p^. trainant les roistiprès TU. iff^iir Ô!iio*r •« «•^iftirpoor se faire ainsi hum- 3ie. oAiMiia"- ir*sr»? foppliant. Tous les ambiiH'Li- s t:: TL "£."* yir'Jt^l la couronne d'empereur, s.d ri 1? •*cJ»^!L: Le:» îiii{w»lears haillons du tribun, jM^ i3si laoît» jt^ aatn»w se font petits, modestes, ctf<r.jzer4^ 'fB»Cti'aa s*»ès. Malheur alors aux naïfs r l: X a: r«i!t>ci3« ni le loup, ni le renard, avides b* zcii-^. si'Ci' Li toûon de Tafimeau!
AziS* iTi-ir dîi«:até. hUmê, forcé enfin de recon- =alL:>^ Il 9«L«:>e:!c<^ el Iliabileté de son ministre, le 1^ OLAÎ. Na:«>i^j« r^lame de lui une liste de proz«:?ir:os5 iN>ar nonuner des pairs; nous donnons •:ir:;e I-^::^v^ et la répons du maréchal.
LrrTBE DE l'exflieti au fri!ice d'kckmîjhl.
M «n 0 u>:n. je suis dans Tintention de composer la ilhanibreiies pairs el d'en nommer d^abord quatre-vingt membres. Désirant m'aidor des lumières des personnes qui ont ma confiance, je vous invite à me remettre dimanche une li>te de cent vingt personnes, que vous choisirez comme si vous étiez chargé de cette nomination. S'il en est, parmi elles, que je ne connaisse pas, vous voudrez bien joindre des notes à leur nom. Ce travail restera secret entre vous et moi. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il est inutile qu'on sache que je vous Tai demandé. J'ai adressé une lettre semblable à tous
mes ministres et à d'autres personnes dans Topinion et dans Les sentiments desquelles je me confie.
Napoléon.
Paris, ce 19 mai 1815.
LE MARÉCHAL PRINCE D*ECKMUUL A l'eMPEREUR.
Paris, le 31 mai 1815.
Sire ,
Je réponds à la lettre que Votre Majesté m'a fait Thonneur de m'écrire le 19 mai.
Ayant toujours été aux armées, et ne connaissant les personnages marquants de la France que sur des ouîdire, ce n'est qu'avec méfiance de moi et par obéissance que j'indiquerai les cent vingt noms que me demande Votre Majesté par sa lettre. Je ne citerai aucun ministre, puisqu'il n'appartient qu'à Votre Majesté de juger s'il lui convient d'en mettre à la Chambre des pairs, et que, d'ailleurs, elle les connaît trop pour lui en parler.
Le ministre de la guefTC,