MINISTÈBJE DE LA GUERRE, 7« DIVISION, PERSONNEL DU GENIE
Paris, le 31 mars 4815.
Monsieur le duc, j*ai été informé que M. Daigremont, capitaine du génie, qui était attaché au corps d'armée commandé par M. Dupont, s*étant rendu à Gien, en vertu d'ordres militaires supérieurs, pour y faire construire une tête de pont; les autorités civiles avaient cru devoir le faire arrêter pour le soustraire aux premiers mouvements du peuple, excités par le bruit qui s'était répandu que cet officier était envoyé pour troubler la tranquillité publique.
M. Daigremont ne s'était rendu à Gien qu'en vertu des ordres de ses supérieurs, et sa conduite passée ne laissant aucun doute sur son dévouement à TEmpereur, j'ai l'honneur d'inviter Votre Excellence à vouloir bien donner des ordres pour que cet officier soit mis sur-le-champ en liberté et dirigé sur Paris, pour y recevoir de ma part une nouvelle destination.
Ag^réez, monsieur le duc, l'assurance de ma haute considération.
Signé : maréchal prince d'ËCKMtHL.
On lit en haut de cette page, de la fine écriture de Fouché : Écrire au préfet du Loiret, et plus bas : U a été écrit au préfet d'Orléans sur l'objet de cette lettre, 2 avril 1815.
Pendant ces trois jours, M. Daigremont restait prisonnier et certes Fouché cherchait à gagner du temps.
LE MAlECflAL DATOUT.
rm^tszTi&f ic maasnE bc la gtebie.
La Gkuzâliire des re^m^nUnts vrète : qae, indépendu&meitt àe I appel iail à la da&se de 1815, il sera fait uDr àtréir «xln ordinaire dans les départements les plus Toiânf ce Pans. Les mesores les plus promptes seront empl*:*T«iËS p'jor llialûllement. l'êqoîpement et TarmemenL Lesdrmps sei>c»nt neqnîs et payés sur le budget.
Le présc-nt arrHé sera porté à la Oiambre des pairs et à l'EmpenErur.
Il Haut des bckmmes.
Prendre les mesures les plos éneipques poor la défense de Paris.
Imprimer one honte étemelle à tons les Français qui abandonnent leur drapeau, des peines infamantes à ceux qui passent dans les rangs étrangers.
Que Ton empêche les journaux de provoquer à la guerre civile, de plaider la cause des ennemis de Tindépendance de la France.
Que
Ici s>st arrêtée la plume du maréchal.
Aux soldats, aux vétérans rappelés sous les drapeaux, le prince d'Eekmuhl écrit :
Vous avez voulu votre Empereur, il est arrivé; vous Tavez secondé de tous vos efforts. Venez, afin d'être tous prêts à défendre la patrie contre des ennemis qui voudraient se mêler de régler les couleurs que nous devons porter, de nous imposer des souverains et de nous dicter des constitutions
Soldats, soit que vous ayez obtenu des congés, soit que vous ayez obtenu votre retraite (que vous conserverez toujours); si vos blessures sont cicatrisées, si vous ôtes en état de servir, venez; THonneur, TEmper reur, la Patrie vous appellent! Quels reproches n'auriez-vous pas à vous faire, si cette belle patrie était encore ravagée par ces soldats que vous avez vaincus tant de fois, et si l'étranger venait effacer la France de la carte de l'Europe 1
Aux généraux chargés d'organiser la garde nationale, aux gardes nationaux eux-mêmes, le maréchal dit :
L'Empereur accomplit à la fois toutes ses promesses : il appelle la nation à garantir elle-même sa liberté ; il appelle aux armes tous les citoyens qui veulent la défendre
Aux autorités civiles de Tempirc, le ministre do la guerre écrit :
Si nous sommes obligés de reprendre les armes pour défendre notre indépendance et nos foyers, quelle cause plus juste et plus sainte dut jamais inspirer des efforts plus unanimes et plus énergiques? C'est la cause d'un grand peuple qui veut être libre et maître chez lui contre une ligue passionnée qui prétend dicter des lois déshonorantes. Du succès de cette lutte dépend l'existence même de la nation. La France doit déployer pour sa défense toutes les ressources que peuvent lui offrir la nature, l'art, le génie et le courage de ses ha-
bitants. Que Texemple de Tournus, de Ghâlons, de SainWean-de-Losne, de Langres, de Ck)mpiègne, enflamme rémulation de toutes les cités ! Quand la Patrie est en danger, tout magistrat est chef et capitaine; tout citoyen est soldat !
Nous dirons, après avoir cité ces lignes vibrantes, qu*un des premiers actes du ministre de la guerre fut de résister à trois ordres de Napoléon, que son fatal entourage avait poussé à donner un corps au général Bourmont^ Le ministre ne céda que le 1" a\Til, et écrivit simplement au général : que « ï intention de t Empereur était qu'il prît le commandement de la 3* division du 4* corps d'observation, commandé par le lieutenant généra] comte Gérard, et qu'il eût à se rendre à Metz. » Tout en reconnaissant l'énergie et les talents de Bourmont, le prince d*Ëckmuhi avait répondu à Napoléon, qu'il le craignait, et avait tout net refusé Ney et Gérard qui plaidaient en sa faveur.
La conséquence de cette invincible opiniâtreté' dans sa manière de voir et de juger fut que le
1 A propos du changement de cocarde de Bourmont, le général Berthezëne dit : « Le baron Von Eckstein, directeur de la police à Oand pendant le séjour qu'y lit Louis XVIII, m'a assuré qu'un certain d'André, neveu du directeur de la police française, officier dans un régiment de cavalerie légère cantonné aux environs de Valenciennes, et qui déserta également quelques jours avant l'ouverture de la campagne, avait servi d'intermédiaire entre Fouché et Oand; il ajoutait que les rapports de Fouché avec le général de Bourmont étaient fréquents. »
prince d'Eckmiihl demeura en balte aux haines de l'entourage de TEmpereur, que de nouveau on éloignait de son énergique et loyal ministre. Le maréchal Soult, nommé major général de l'armée, se prit à donner directement des ordres sans les communiquer au ministre. Voici comment il fut rappelé au respect de la discipline hiérarchique :
Si vous donnez des ordres de votre côté, monsieur le duc, et moi du mien, comme il ne peut qu'en résulter les plus graves inconvénients, je vous déclare que je remettrai le portefeuille à TEmpereur. J'ai accepté le ministère à mon corps défendant, et on me ferait le plus grand plaisir en m'ôtant ce fardeau.
L'Empereur, qui avait exigé du patriotisme du prince d'Eckmuhll'acceptation du portefeuille, irrité par la mauvaise fortune et par son entourage, reprenait ses méfiances et ses aigreurs. Le maréchal écrivit à Napoléon une lettre ferme et nette, comme seul peut en écrire un homme sans reproches, et satisfaction fut donnée à ses réclamations, celte fois encore ; mais il était singulièrement cruel de se voir méconnu quand on méritait le plus la reconnaissance, et d'avoir à dépenser ses forces en luttes sourdes quand on les jetait sans compter à un travail écrasant.
Ses plans les mieux conçus étaient à demi exécutés ; le général Lamarque, retenu par les craintes
:\^ LE V^ïfClAL DATOrT.
Âe» raisBaatA^ ratû à 1» frxîteRr. ao fieo de se T^eifCT» \ 3^u.:^«. K3k& -çee ie l«i ordouiait le mi- . y.^^iwkÊatL. Il mt ^t ^mmiaçeail pas; sa Cl $ BUB I^IS à FaiigAK de» préfets et des i*>r«--7cvf?c$- iMft vft ^:«i«ie 4'cloqiieiKe patriotiqne, 4* f-?^ -K 'f tr&fïcr. raso^. « smible. de réveiller -f r*^ lzK*f nrirv» : :m&î<> W Fraaçaîs ne savaient plus *y: z^J'I^ ï :-iiàI-îd- « ad^aa étal d'ime n*est plus filial l:: $.alm: f ic»e sal>>3i. Le marêefaal Darout "^îs^rf^ti: a fai?Y piâi»n' dan» les âmes la flamme de p%itr^:^«?iï^ ç^ irâlah ea lui. et. eo s'adressant an z^> i* 1& £-ir^ îvit:->iiale. il terminait son ordr^ -iu " i-Tir i^ir !<» r«ar>i:4es «oÎTantes :
El ^r^^:!. î 1* erit-fc-irr-aî, dan* le calme de la paix, -Al^bz^T n:-^ ririlial*, ik-* tn«>mplie<. ils pourront •ritrT ni>>: iTf*: îin rb?* et jnste oneneîl. les postes q^zï.< iir: nt •fêf-rndTis.les^êsqnlUanrDnt conservées.
Mus tard, le ii mai. cette mfme plume, en donnant s^s instmetions. ajoutait :
lL>tniisez bien cbiocn de la c^>nduite qu*il a à tenir; excitez le zèle et li vîidlance des cénéraux, des dîfférentes autorités , le dévouement des troupes et des cit* >Yens : in>pir«z a tous Ténercie qu'exigent les circonslaRi.es. et que chaoun sache parfaitement, à Tavance, ce qu'il d'i'ît faire p-:»ur arrêter l'ennemi, s'il osait menacer le territoire sacré de la Patrie.
^ ArciiiTes da ministère de la
Au milieu de toutes les difficultés qu'il rencontrait, le prince d'Eckmiihl avait encore eu à lutter contre Tinfidélité et le mauvais vouloir d'Ouvrard, euvers lequel on était légalement lié jusqu'en 1816, puis contre Tinjuste mauvaise humeur de TEmpereur : cette colère était, cependant, si peu profonde qu'en partant pour l'armée Napoléon voulait confier au prince d'Eckmuhl les pouvoirs les plus étendus *. Loin de sentir son ambition satisfaite, Davout, qui n'en avait d'autre que de bien servir la France,
I Paris, le 30 avril 1815.
Mon cousin, si nous avons la guerre et que je sois obligé de partir, mon intention est de vous laisser à Paris, ministre de la guerre, — gouverneur de Paris et commandant en chef des gardes nationales, des levées en masse et des troupes de ligne qui se trouveraient dans la ville. Je n'ai point encore le projet de partir et je ne suppose pas que Tennemi nous attaque de tout le mois de mai. Cependant, je désire que vous vous occupiez dès à présent de mettre la ville en état. — Vous aurez à Paris 30 batteries de canon, de 8 pièces chacune, qui seront au parc de Vincennes, ayant double approvisionnement. Cette artillerie n'aura pas de personnel, ni d'attelages, ni de charretiers. Elle sera servie par un bataillon d*artillerie de marine que j'ai mandé au ministre de la marine de diriger sur Paris et qui servira
6 batteries,
2 — seront servies par l'Ecole polytechnique,
2 — par rÉcole d'Alfort,
4 — par l'Ecole de Saint-Cyr,
2 — par les invalides,
6 — par l'artillerie de ligne,
8 — par des équipages de matelots que j'ai ordonné au ^^^^^^ ministre de la marine de diriger sur Paris.
30 batteries.
II y aura des redoutes sur toutes les hauteurs de Paris pour contenir cette artillerie, et, au moment, on prendra dans la ville les attelages nécessaires pour les batteries mobiles. — Désignez
leo LE MARÉCHAL DAVOUT.
conjura FEmpereur de nommer un aulre gouverneur de Paris et de Temmener à Tarmée * :
Paris sera pour vous, si vous êtes vainqueur. Sire; si vous êtes vaincu, ni moi, ni d'autres ne pourront rien pour votre service.
Dès longtemps, on a dit que : « Dieu aveugle ceux qu'il veut perdre ! »
Le 1*' mai, le prince d*Eckmubl défend aux journaux de rien insérer qui puisse renseigner l'ennemi sur nos préparatifs militaires.
Le â, il ordonne d^examiner même les renseignements anonymes, c< qui peuvent parfois contenir un bon avis, » Ce mèmç jour, il écrit au préfet de Metz de dresser, s*il n*a pas de fonds, des procès- verbaux de toutes les fournitures faites pour Farmée : u Le gouvernement et Thonneur national sont garants. »
un général d'artiilorie pour être directeur du parc et tout Tétatmajor d'artillerio nécessaire pour diriger ces 30 batteries. — Désij:nez aussi un ofHcier jréneral du génie. II ne faut prendre ni Ko^Miiat, ni Haxo, ni Maroscot qui seront nécessaires |>our les places aux armées. — Votre troupe d'infanterie se composera de 30,000 gardes nationales, de 20,000 de levée en masse, de 20.000 de tn)Upes de marine et enfin de 20.000 que donneront les dépôts des régiments qui doivent se grouper sur Paris : ce qui fera plus de 90,000 hommes.
Siynr : NAroLÉON.
• M. de Chenier, tonio II. page 545 de son Histoire du marérhai Iktvnut, donne le curieux jugement du prince d'Fckmûhl sur Tofdre de bataille de Waterloo : que n'etait-il là!
NOTICES ET PIÈCES HISTORIQUES. I6i
Quelques troubles ayant eu lieu au théâtre de Rouen, les officiers sont changés. Des agents soupçonnés au ministère sont chassés sur Theure, malheureusement, et ceci devait être, en en prévenant Fouché, ainsi que de Tordre donné de surveiller les voyageurs à cause des rapports établis entre Gand et Paris ^ Le 4 mai, avec une netteté de vue et d^action indiscutable, le maréchal réclame de l'Empereur l'établissement d'un service d'estafettes.
 la suite d'un ordre au préfet de Marseille, pour dire qu'on laisse grandir le mal, que le duc d'Albuféra n'est pas content de l'esprit du Midi, et que le maréchal Brune passe des revues vaines, le traducteur de Ptolémée, M. Halma, est chaudement recommandé au ministre de l'intérieur. Le feuillet suivant, nous montre le maréchal approu-
* Le général Berthezène passionné pour TEmperear déplore les trahisons qui Font enveloppé, et en parlant des munitions, des armes expédiées en Vendée par T Angleterre, dit, page 351 du tome II de ses Souvenirs militaires : « Le baron Von Eckstein, chargé pendant les Cent Jours de la police de Gand pour les alliés, m'a assuré depuis, à Bruxelles, que Fouché savait l'époque et le lieu du débarquement de ces armes, qu*il aurait pu, par conséquent, Tempécher, mais que, au contraire, il le favorisa en donnant de faux avis. » Plus loin, page 353, il dit encore à propos des craintes, des défiances que Tacte additionnel avait fait naître contre l'Empereur: « Le temps révèle bien des faits et dévoile souvent beaucoup de perfidies. On sait aujourd'hui que Fouché, tout en faisant parade d'un grand sèle pour la cause impériale, appliquait toutes les ressources de son esprit et tous les moyens d'influence qu'il tenait de sa position à accroître ces funestes défiances. «•