CHAPITRE II
Le général Beker était en séance, au Palais législatif, Iürs([uTin aide-ile-cainp du maréchal prince d’Eckinühl, ministre de la guerre, vint lui remettre l’ordre suivant :
LE MINISTRE DE LA GUERRE AU GÉNÉRAL BEKER
Paris, 23 juin 1813.
Général,
J’ai riionneur de vous annoncer que vous avez été nommé au commandement de la garde de l'Empereur, casernée à Ruel, par arrêté de la commission du Gouvernement en date du 25 de ce mois.
J’ini'orme de votre nomination M. le lieutenantgénéral comte Drouot, ipii commande en chef la garde impériale, et M. le lieutenant-général baron Dériot, qui en est le chef d’état-major.
Recevez, Général .
Pour le Ministre de la guerre et jiar son ordre ;
Le Conseiller d’Etat, secrétaire-général :
R" Marchand.
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Le prince (rEckmühl invitait en même temps le comte Beker à se rendre au ministère pour y recevoir ses instructions. Arrivé dans le cabinet du maréchal, le général lui exprima son étonnement d’avoir été désigné pour un poste (pii semblait incompatible avec la Chambre des représenlants. « Il y avait, d’ailleurs, ajouta-t-il. une foule d’ol'liciers généraux de retour de rarinée dont la présence serait peut-être plus I agréable à Sa Majesté, puisqu’ils venaient de i
défendre sa cause sur le dernier cliamp de bataille. — Je ne puis rien cliangor aux dispositions prises par le Gouvernement, répondit le ministre ; il a compté sur votre lidélité, sur votre patriotisme dans cette pénible conjoncture où il s’agit do protéger les jours de Napoléon. Voici l’ordre que je suis chargé de vous transmettre; vous y lirez la haute opinion que le Gouvernement a de votre caractère ; conformez-vous-y, vous verrez ce qu’en dira l’Empereur. »
LE MINISTRE DE LA GUERRE AU GÉNÉRAL BEKER Paris, 23 juin 1813 (4 heures du soir).
Monsieur le général.
J’ai riionneur de vous prévenir (jue la commission du Gouvernement vous a nommé pour aller commander la garde de l’Empereur, à la Malmaison. L’honneur de
CORRESPONDANCE INEDITE
la France commande de veiller à la conservation de sa personne et au respect qui lui est dû. L’intérêt de la patrie exige (ju’on empêche les malveillants de se servir de son nom pour exciter des troubles.
Monsieur le général, votre caractère connu est une garantie pour le Gouvernement et pour la France que vous remplirez ce double but.
Je vous invite à vous rendre de suite à la Mabnaison, à vous faire reconnaitre par la garde et à prendre toutes les dispositions pour remplir ce double objet.
Le Maréchal, ministre de la guerre,
Prince d'Egkmuhl.
Celle Icllre (lélerinine le sens dans lequel élaienl conçues les premières inslructions.
Le miuislre, alleclueux pour le général qu’il avail honoré de son amilié dans b's campagnes de Prusse el de Pologne, lui laissa une enlière lalilude pour s’opposer à Ionie surprise cpii pourrail èlre lenlée sur la personne d(‘ Napoléon. Engagé dans une grave responsabililé, ne ponvanl modilier les vues poliliqnes du Gonvernemenl provisoire, le comle Beker sorlil de l’hôlel du prince d’Eckmühl, el pril trislemenl la roule de la Malmaison. Il laissait la capitale dans un état de trouble et d’aii.xiélé.
Paris était agité à la fois par les fédérés (jui demandaient des armes, dans le but apparent d<^ maintenir l’Empereur à la tète de l’Etat, et par
LE MARÉCHAL DAYOUT
les royalistes qui agissaient déjà ostensiblement en faveur des Bourbons. L’intrigue et la cabale conspiraient à tous les étages; mais une torpeur générale avait engourdi toutes les classes. Napoléon déchu, le Gouvernement perdait son unité et sa force.
Préoccupé de ces graves événements, le général arriva, le 25 juin, au soir, à la Malmaison. Il se fit reconnaître par la garde; un oflicier de service l’annonça à Sa Majesté, qui le reçut aussitôt dans son cabinet et s’empressa de lui demander le motif de sa présence. Le général s’inclina, et, en lui présentant la lettre du Ministre de la guerre, il lui dit: « Sire, voici un ordre qui « me charge, au nom du Gouvernementprovisoire, « du commandement de votre garde, pour veiller « à la sûreté de votre personne. » — « On « aurait dû, répondit l’Empereur, m’informer « ofüciellement d’un acte que je regarde comme « une alfaire de forme, et non comme une « mesure de surveillance à laquelle il était inutile « de m’assujettir, puisque je n’ai pas l’intention « d’enfreindre mes engagements. »
L’attitude du général Beker devant la personne de Napoléon trahit les sentiments pénibles qui l’agiaient en cet instant, et d’une voix émue il ajouta aussitôt:
« Sire, c’est dans le but unique de protéger
CORRESPONDANCE INÉDITE
« VOS jours, (le veiller à votre sûreté que j’ai « accepté cette mission; si elle ne devait pas « obtenir rassentiment et l’entière approbation « de Votre Majesté, je me retirerais à l’instant « même. » En ce moment, le général ne put maîtriser son émotion, des larmes lui vinrent aux yeux. Touché des marques d’une sympathie si profonde, l’Empereur s’empressa de lui adresser, avec beaucoup de douceur, ces paroles bienveillantes: « Rassurez-vous, général, je suis bien « aise de vous voir près de moi; si l’on m’avait « laissé le choix d’un officier, j(‘ vous aurais « désigné de préférence, puisque je connais depuis « longtemps votre loyauté. »
Napoléon engagea ensuite le comte Beker à le suivre dans le parc. A peine sorti du vestibule, il lui demauda « ce ({u’on faisait et ce (|u’on disait à « Paris. Le général répondit (|ue les partis qui « s’étaient formés raisonnaient diversement de a son abdication et de la proclamation de son fils « comme héritier de la couronne; (ju’une fraction « de la haute société se disposait à recevoir une « seconde fois les étrangers, mais que les débris « de l’armée étaient restés fidèles sous les murs de « la capitale; qu’une grande partie de la bour- « geoisie et tout le peuple parisien paraissaient « déterminés à le défendre; que, si une main puis- « santé j)ouvait rallier tous ces éléments et faire