‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 30 sur 63 · ICO LE MARÉCHAL DAVOUT · texte numérisé non relu

ICO LE MARÉCHAL DAVOUT

« un dernier ellort pour maiiilenir sa dynastie à « la tête de la nation, rien n’était désespéré. »

Ce bulletin de l’état moral de Paris semblait vivement intéresser l’Empereur, qui prolongea la conversation sur le môme sujet. La promenade dans le parc de la Malmaison dura près de deux heures, pendant lesquelles Napoléon « eberebait à « justifier l’abandon qu’il venait de faii'e de son « armée, après la défaite de Waterloo, en donnant « pour raison que cette bataille avait été perdue, « parce que », disait-il, « à commencer par moi, « personne n’avait fait son devoir (ce sont ses « propres expressions). Si, dans cette journée », ajouta-t-il, « les manœuvres avaient été exécutées « comme à Marengo, la bataille était gagnée, et la « France était encore un fois sauvée parles effets « que cette victoire aurait produits sur l’esprit de « la coalition et notamment en Angleterre. »

Le général Beker prit la liberté de lui faire observer que « les conséquences de cette bataille « n’avaient été bien senties qu’après le départ de « Sa Majesté de l’armée, tandis qu’en restant à sa « tête. Elle pouvait encore la rallier dans la directe tion de Laon ou de Soissons, et rappeler à Elle « tout ce qu’il y avait de disponible à Paris et aux « environs. C’eût été, non dans l’espoir de se « rendre maître des événements de la guerre, les « forces étant beaucoup trop inférieures à celles

« (le reniiomi, mais parce (ju’il y a Ujujcjiirs plus « (ravaulage à négocier les armes à la main. « D’ailleurs, les dispositions de la Russie et de « l’Antriclie, moins liostiles (pie celles de la Pi^'usse « et de rAiigleterre, entin les rivalités d’intérêt « (jui divisent ces puissances, auraient sans doute « servi la cause de ^"otre Majesté.

« — J’espérais, répliipia l’Empereur, trouver « jdus d’énergie dans les deux Chambres, et relever « par ma présence le courage de la nation; mais « je m’aperçois (pie tout est usé, démoralisé, (pi’il « n’y a pins ii compter sur un peuple (pie la perte « d’une bataille met à la discrétion de l’ennemi. »

Le général réjjondit à cette explosion de mécontentement (pie « les Cbambres avaient secondé « b“s premiers ellorts du Gouvernement impérial « par tons les moyens dont elles pouvaient dispo- « ser; (pie la France, après avoir tait d’immenses « sacrilices en liommes et en subsides, devait « espérer un résultat diHérent de celui (pii por- « tait atteinte à sa gloire et menaçait sa nationa- « iité. — Vous ne connaissez pas, reprit Najio- « léon, les ressorts et les détails de cette grande « all'aire; j’ai été contrarié, trompé en arrivant,.

« Je n’ai pas voulu profiter de rentbonsiasme « ([ui m’a accueilli à mon retour de l’ile d’Ellie,

« pour nationaliser la guerre, parce (|ue j’ai tou- « jours en les guerres civiles en aversion. »

LE MARÉCHAL DAYÜUT

« Celle eousidéralion, lui dil le général Beker, « justilie sans donle les actes les plus notables de « voire gonvernement, niais n’expliqncpas votre re- « lonr à Paris: car leprestigeapii environne le sou- « verain à la tèle de son annéedisparaît/tpiand il « se présente sans gardes devant nne assemblée « nationale disposée à voir en lui l’auteur des dé- « sastres (pii attirent reniiemi pour la seconde fois « dansla capitale. Si la campagne n’étail plus tenace l)le,Yolre Majesté pouvait se retirer à Metz ou à (( Strasbourg, avec l’élite de sa garde. Ces deux « places pouvaient se défendre pendant plusieurs « mois; dans l’intervalle, on aurait négocié avec « les Empereurs de Russie et d’Autriclie.

« En abdicjuant en faveur de votre fils, en « s’abandonnant àlenrmagnanimité, vous aviezau « moins trois mois de sécurité, pendant lesquels « l’attitude des Français, les elforts de l’armée et « de nouveaux incidents auraient probablement « changé la face des affaires; et Votre Majesté « aurait singulièrement embarrassé son bean-père, « si, en faisant abnégation d’elle-mème pour sauce ver nos institutions, elle se fût mise à sa dis- « crélion. »

A peine eut-il prononcé ce dernier mot d’un avis qu’il croyait compatible avec sa position et avec les intérêts de la France, que l’Empereur, elfleurant familièrement de la main la joue du

C 0 K U P: s P ü N D A N CE 1 N É DITE

ü'riK'Tul, iijuuUi (‘Il riaiil : « Vous ne connaissez « pas c(“s ^ens-là. »

Telle fnl la n'“})onse (uroliliiirenl ces observalions, (jni parurent, m'-aunioins avoii‘ lix(' l’altenlion (le Naj)ol(i‘on. Car le lendemain malin, dans 1(‘. parc, il revinl sur les idi^'S ('■inis(‘s la veille, par ces mots : « A’ons croyez donc, ginun-al, que « j’anrais nn(‘nx l'ait d(‘ im* r('‘l'nf>i(‘r à Metz on à « Slrasbonry' (pie de ^■eniI• à Caris? — Uni. Siri', « riîpondil b' comte lleker, pnis(|ne N’otre 'Majesté « re])r('ii(l la convi'rsalion an m('‘me point on nous « l’avions laissée hier, il paraît ipie mon a\ is a « p'ermé dans son esjirit, et (pi’il eût été bon de « le snivri'. En prenant ce parti, vous gagniez dn « temps, vous snsjiendiez le soiT de la France par « votre' prési'iice ('t par vos négociations, et votre « position n’anrait jamais été [dns fàcln'iist' (pi’elle « ne l’i'st deveiine, tant [lonr Votre Maji'sté epii « se condamne à l’exil, ipie [lonr nous (pii allons « subir le joug (1(( l’étranger, av('c tontes les (( borrenrs d’une gm'rre civile, si l’on vent nous « ramener à l’ancien régime. »

Qnoiepie cette conversation embrassât le présent et l’avenir, rEm|»erenr semblait bi(‘n moins (pie son interlocuteur aU’ecté (b* sa position. 11 |iarnt un instant avoii’ oublié son empir('. pour ne songer (|n’anx moy('ns de [)ass('r ('ii .\méri(ine; car il ti'rmina ce, dialogm' [lar c(‘s mots : « J’ai

LE MARÉCHAL DAVÜUT

« (loinandé deux frégales avec des passe-porl,s « pour nie rendre aux Élats-Unis. Encore faut-il « (lue je puisse y arriver sans tomber au pouvoir « de mes ennemis. Si ou accède à ma demande, « je renonce aux affaires publi(|ues, et je pars « immédiatement iiour cette destination. »

Les principaux traits de cet entretien si remar- (juable turent relatés dans la dépêche du 26 juin adressée par le général Beker au prince d’Eckmübl.

Page 1