LK MARÉCHAL DAVOUT
se trouvait le pays ; la Coiniuission restait néanmoins silencieuse. Le prési<lent interpella le général, en rinvitant à s’assc'oir à ses cotés, et engagea avec lui un dialogue cpio les autres membres •tic la Lommission se bornèrent à écouter, sans y prendre auciuie paid.
Pourtpioi, lui dit le duc d’Otrante, vous êtes-vous ■chargé d’une pareille mission, lors(|ue vous deviez presser l’Empereur de li<àter son départ, dans l’intérêt de sa sûreté personnelle, que nous ne pouvons lui garantir? Car remiemi marche rapidement sur Paris, et les rapports de nos généraux, arrivés ce matin, nous annoncent une grande défection dans l’armée. Tenez, ajouta-t-il en jetant cette correspondance devant lui, lisez les lettres des généraux Grouchy, Vandamme et autres; vous verrez si un plus long retard n’expose pas Sa Majesté à tomber entre les mains de l’ennemi. Ditesmoi donc, continua le duc, qui était avec l’Empereur, lorsqu’il vous a chargé de ce message? Le général désigna les notabilités, en lui nommant le duc de Bassano. Fouché s’écria : « Je vois d’où est parti ce <( conseil ; mais dites à l’Empereur que ses offres ne « peuvent être acceptées, qu’il est de la plus grande « urgence (ju’il parte immédiatement pour Rochefort, « où il se trouvera plus ensùi’eté que dans les environs « de Paris. »
Puisque vous avez pénétré, répondit le comte Beker, le motif qui a déterminé Napoléon à essayer une nouvelle instance, je voudrais au moins être porteur d’un avis du Gouvernement sur le résultat de ma mission.
Car si je n’arrive à la Malmaison qu’avec une rela-
tioii verbale, Sa Majesté pourra douter du zèle et de reuipressement (pie j’aurais mis à exécuti'r son mandat.
[jO due d'Olrante traça jiri'elpllammenl nu bilh'l conçu à ])eu près en ces termes (d à l’adresse du duc de |{assano :
Le Gouvernement provisoire ne pouvant accepter les. propositions (pie le général Heker vient de lui faire de la part de Sa Majesté, par des considérations (pie vous saurez apprécier vous-même, je vous prie, monsieur le Duc, d’user de l’influence que vous avez constamment exercée sur son esprit pour lui conseiller de partir sans . délai, attendu ipie les Prussiens marchent sur Versailles, etc.
Signé: Le duc d’Othante.
Pmidaiit (pi(‘ le présidmit parlait, agissait, écrivait. au nom du (hmsiûl, sans coiisiiller s(‘s collègues. le général (airiiot S(‘ promeiiail dans les angh'S d(' la salle ; le duc de ^’icence. h' général (Irenii'r et b' baron (Jiiiiiette, assis autour de la tabl(‘. gardaient un proloml sileiicm Le duc d’(ttraiiti' smil traitait jiéremjdoirmiient toutes ci'S (piestions jioliliipu's. et, comme un dictateur, paraissait régler le sort (b* la Lrance.
La nol(‘ écrite, le duc d’Otranli' engagi'a vivemi'iit le comti' Heker à retourm'r de siiiti' à la .Malmaison, imur représenti'r pins l'ortmnent ipie jamais à rLinpereur riirgence d’nne (bdiuanina-
LE MARÉCHAL DAYOUT
lion (|ui pût accélérer sou départ et rempèclu'r d’èlrc fait prisonnier dans son propre palais par les Iroupes ennemies. Comme, dans le principe, ainsi (pi’il a déjà été constaté, il n’avait pas été question, pour le comte lleker, d’accompagner Napoléon à Rocliefort, comme il avait été simplement chargé du commandement de sa garde à la Malmaison, le général appela l’attention dn pia*sident snr ce fait.
Il loi exposa qu’en sa qualité de membre de la Chambre des représentants, il ne devait être soumis à aucun autre devoir que celui de siéger dans l’assemblée, et qu’il désirait y reprendre ses fonctions puisqu’on rejetait toutes les propositions que l’Empereur avait cru devoir faire dans l’intérêtdela France. Croyezvous, Général, répartit vivement le duc d’Otrante, que nous soyons ici sur un lit de roses, et qu’il nous soit permis d'adopter des mesures contraires à celles qui ontété suivies jusqu’à ce moment par nos commissaires aux armées? Quelque avantageuses que puissent êtreles offres de Sa Majesté, nous ne pouvons rien changera la teneur desarrêtés dont l’exécution vous est confiée. Partez donc promptement et transmettez à l’Empereur l’invariable l’ésolution prise par nous de ne plus rien changer aux dispositions qu’ils renrerment.
Pendant cette conversation, les collègues du président ne rompirent pas une seule fois le silence. Sondjres et taciturnes, ils ne semblaient être que simples témoins dans cet entretien.
COHUESPONÜAXCE INEDITE
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L(“ général prit congé dos inoinljros dn (lonvern(‘inont, en proinoLtant de faire ce (pii sei'ait liinnaineinent, possible pour rernjilir, à la satisfaction dn pays et de l’Eniperenr, nue mission aussi diflicile dans son (‘xécntion (pi’iinporlanle par les résultats (pi’idle di'vait amener.
Le cœur navré de donlenr de n’avoir pu modifier, en faveur de Napoléon, les résolutions de la Commission exécutive, il sortit de la salle.
En tianersant les salons d’attente, il heurta une foule empressée de généraux, de liants fonctionnaires impatients, dans cidte tonrinente, de pénéti-er l’avenir. On l’entonrait, on le pressait, on était impiiet de savoir encore l’Empereur à si peu de distance de la capitale. Mais, kâtez-voiis, disaient-ils, tâchez donc de décider son départ. Tant qu'il sera là, nous ne pourrons rien entreprendre ni pour S07i atantaqe personnel , ni pour l’intérêt du pays. Le général Ifeker discerna sans peine les dispositions secrides ipie couvrait cette sollicitude, il piomena autour de lui des regards étonnés, et sans manifester autrement ipie par ce langage muet les sensations douloureuses (pie l’expression de ces sentiments éveillait dans son cieur, il poursuivit sou chemin.
Il retourna à la Malmaison dans une voiture de la Cour mise à ses ordres par le duc de ^’icence. Elle le ramena au pont de Nenilly ipi’il