I.E GÉNÉRAL DONZELOT AU GÉNÉRAL D ATOUT
Girgé, le 9 floréal an vu.
J’ai reçu, mon cher Général, votre lettre du l"’' de ce mois. Je vous lélicite de bon cœur de vos succès. Sans doute ({ne vous avez actuellement détruit le rassemblement des environs de Melaoni. Vous aurez prolité des olfres deMahamoiit (^sicjpourlecombattre avec vous, et probablement vous aurez en le temps de prévenir d’Estrée pour (]u’il soit de la partie. Avec toutes ces forces réunies vous aurez du détruire, dans ce village qui fait le Rodomont, tous les révoltés, tous les Arabes et prendre leurs chameaux, et équipages. Quant aux Mamclucks, je présume qu’à leur coutume, ils feront battre les autres et ne s’engageront pas.
Que vous feriez de plaisir au général Desaix si vous pouviez achever cesmauditsMéquinset leurchef Hassan!
Quoi qu’il en soit, nous attendons de vos nouvelles avec impatience. Depuis quelques jours, on n’a pas reçu de vos nouvelles. Demain nous nous mettons en marche pour aller à Siout. Nous irons seulement pour ramasser en passant nn peu d’argent.
Avez-vous des nouvelles de la Basse-Égypte? Si la communication avec d'Estrée est libre, vous pourrez en avoir, du moins je le pense.
Vous en recevrez du général Zayonschek.
LE MARÉCHAL PRINCE d’eCKMÜHL AU LIEUTENANT GÉNÉRAL CO.MTE DONZELOT, GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE LA MARTINIQUE
Paris, le 25 septemlire 1817.
Mon cher Général,
J’ai eu le plaisir de vous recommander de vive voix
COHHESPOXnANCE INÉDITE
les intérêts de mon cousin, M. Davoiit de la Martinique, et vous ai promis de vous donner quel(jues détails sur les affaires de ce pays.
11 est dû à mon cousin, par diverses personnes, environ trois cent milles livres coloniales; depuissixans qu’il a (juitté cette île, il n’en a pas encore reçu un sol, malgré les efforts de M. Desrourneaux, son fondé de pouvoir, pour effectuer la rentrée de ces fonds.
.T’ai appris (jue cela vient de l’insuffisance des lois qui régissent cette colonie et (jue les sentences des tribunaux y demeurent sans effets, la saisie réelle et partielle n’y ayant pas lieu, mais seulement la saisie des denrées fabri(|uées. J’ai aussi appris que le débiteur de mauvaise foi vend clandestinement ses sucres ou cafés et que, lorsque les créanciers veulent le faire saisir, ils se trouvent ne plus lui appartenir. Je sais aussi que (|uand on parvient à saisir des denrées, les localités forcent les saisissants à établir gardien de la saisie le propriétaire des objets saisis et que très souvent celui-ci ne les représente jamais, et (ju’alors il intervient une sentence par corps, maiscpÉil n’y a pas d’exemple (ju’on en ait mis une à exécution, de sorte que le créancier reste toujours dans la dépendance de son débiteur, aiupiel il faut (pielcjnefois (ju’il aille faire la cour pour en obtenir de quoi subsister.
Mon parent ayant perdu ses biens d’Europe n'a pour subsister et élever sa famille que ce qu’il possède à la Martini(}ue. En conséciuence, je vous prie aussi, mon cher Général, de seconder de tout votre pouvoir les arrêts ou sentences des tribunaux pour contraindre de payer et de mander devant vous les débiteurs, et de tirer d’eux leur parole de satisfaire à leur engagement dans le ]»lus bref délai.
LE MARECHAL DAYOUT
.levons prie aussi, mou cher Général, de vouloir bien accorder toute couliauceà M. Desfouriieaux, représeu" tant mou parent à la Martinique, ainsi ([u’à M. Le Merle, son avoué près les tribunaux, qui pourra mieux vous indiquer les moyens d’appuyer les lois.
Je ne puis trop vous recommander, mon cher Général, les intérêts de mon cousin qui mérite, par ses qualités personnelles, les malheurs qu’il a éprouvés et supportés avec toute la modération et le bon exemple possible, qui mérite, dis-je, toute votre bienveillance. Tous les services que vous lui rendrez seront de véritables preuves d’attachement que vous me donnerez.
.le vous prie, mon cher Général, de disposer de moi sur le continent, je ferai avec plaisir tout ce que vous désirerez. levons souhaite une parfaite santé, un prompt retour, et vous l'éitère l’assurance de mon vieil attachement et de mon entière estime.
Tout à vous,
Le Maréchal, Prince d’Eckmuhl.
Il est évident que le 3Iaréchal, en servant son parent, désirait également servir la colonie française et éclairer le Gouvernement.
Savigny, le 28 novembre 1818
Mon cher Général,
La personne qui vous remettra cette lettre est M. Davout de Curly, mon cousin germain, que je vous ai déjà présenté auparavant votre départ de Paris pour votre gouvernement, et pour lequel je vous avais remis
CORRESPONDANCE INÉDITE
une note pour réclamer votre justice si le cas se présentait. n a des intérêts à la Martini(pie, ou pour mieux dire il y a la pres(pie totalité de la rortune de ses cidants, ayant perdu la sienne, (pii était fort considérable, par l’effet de la Révolution : il est impossible d’avoir supporté cette perte avec plus de fermeté et de sagesse.
II est venu il y a déjà assez longtemps en France jiour l’éducation de ses eid'aids et pour sauver ([uclques débris de sa fortune, aprt’îs avoir laissé toutefois sa procuration pour gouverner la fortune (pt’il laissait à la Martinicpic. 11 paraîtrait (pi’il n’aurait [>as trop à se louer de la personne en ([ui il a placé sa confiance. Il est sans aucune nouvelle depuis plus d’un an; il n’a écouté cpie sa tendresse et les intérêts de ses enfants ; il prend par ces motifs le parti de faire ce voyage, ce cpii est très pénible, arrivaid à l’âge où l’on doit aspirer a[)rès le repos. Il est plus ([ne vraisemblable ([u’il pourra avoir recours à votre intervention; je la réclame de votre amitié, mon cher Général, et je ne doute pas (pie vous ferez [xuir mon excellent j)arent tout ce qui dépendra de vous, d'autant plus ([ue, par le caractère ((ue jelui connais, il est incapable de faire des réclamations injustes. .le ne vous recommanderais pas avec [dus d'intérêt mon [U'opre frère que je ne vous recommande mon cousin. Je regarderai comme des preuves de votre amitié tout ce ([ue vous pourrez faire pour lui.
J’ai eu de vos nouvelles indirectement, mais elles m’ont fait d’autant [)lus de [)laisir ([uc j’ai entendu votre éloge sortir de la boiudie de personnes avec ([ui je suis ([uel([uefois en dissidence (l’o[)inion.
J’ai prié mon parent de me donner de vos nouvelles. Il vous parlera de nous et d’un malheur domesti([ue
”28i LE iMAUÉGHAL DAVOUT
que nous venons d’éprouver, qui nous est bien sensible b
Je vous félicite de ne pas être exposé à ces sortes de malheurs, car ils sont bien pénibles et désenchantent la vie.
Adieu, mon cher Général, jouissez d’une bonne santé et revenez-nous avec la récompense de vos honoral)les et bons services et de votre beau caractère. Voilà les vœux que forme un de vos plus anciens et meilleurs amis.
Le Maréchal, Prince d’Eckmuhl.
A coup sûr, de tels amis sont aussi rares que de tels parents !
Le cœur du Maréchal est toujours ouvert aux nobles affections. L’homme qni parle ainsi en faveur d’un parent arrivé au déclin de l’àge [est bien le même que celui qui écrivait, en pleine gloire, en plein triomphe, à sa mère malade : « Vous conserver, vivre entre mes enfants et ma femme, voilà en quoi je fais consister mon honheur. » Une autre fois, parlant d’un jeune cousin, il écril à d’Avout : « Je suis on ne peut plus satisfait de Henry , qni se livre à l’étude. J’écrirai, ces jours-ci, à mon oncle. » Cette lettre est du 22 novembre 1807, mais en voici une plus touchante encore.
1. Le Maréchal fait allusion à la mort de sa fille, la comtesse Joséphine Vigier.
CORKESrONDAMCE lA’ÉDlTE
Hambourg, le 21 juillet.
« Moii cher frère, voussavez quenousavons deux cousins au collèged’Auxerre. J’ai écrit au préfetdel’Yonne, il y a quelque temps, à leur sujet ; ou en est très satisfait. M. de la Bergerie ajoute que nos deux parents désireut vivement d’aller eu vacances. S’ils n’y vont pas, ils resteront seuls, ce qui les ferait mourir de chagrin et de honte. Ils auraient l’air d’être abandonnés. Cela ne serait pas convenable.
.Ma femme n’est pas à Paris, ils ne peuvent en conséquence y aller passer le temps de leurs vacances. Je trouve en outre ce séjour mauvais pour la jeunesse, lors(iu’elle n’y est [)as très surveillée. Je vous prie donc, mon cher Alexandre, de les envoyer chercher à répocpie des vacances : elles ont lieu cette année depuis le lo août jusqu’au 10 octobre. Ainsi, vous aurez la complaisance de les garder chez vous pendant ce temps. Vous leur ferez donner (juel(|ues leçons afin (pi’ils n’oublient pas ce (|u’ils ont appris ; ils ont, à ce (pie l’on m’a dit, un bon caractère, et j’espère qu’ils ne vous seront pas gênants.
N’oublions pas ipie celle lellre est écrile (h* llainbüurg', aloi's que mille soins alisorbaienl les heures du .Alaréclial. (pii ne négligeail jamais rien ni personne.
Année de la Loire.
LETTRE DE S. A. M. LE JIARÉEHAL l’RLNCE d'eCKJIL’HL, GÉNÉRAL EN CHEF DE l’armée UE LA LOIRE, A JL LE LIEUTENANT GÉNÉRAL BA¬ RON HAMÉLINAYE, COMMANDANT LA 22'^ DIVISION MILITAIRE, A TOURS.
Üiléans, le il juillet 1813.
Monsieur le Général,
L’armée, en quittant Paris et se retirant derrière la l.oire, aux termes de la convention du 3 juillet, avait laissé, auprès du Gouvernement provisoire, des commissaires chargés de lui demander des Instructions.
Ces commissaires, en rendant compte à l'armée des derniers événements de la capitale, et de l’entrée du Roi à Paris, m’ont fait part des ouvertures qui leur avaient été faites pour engager l’armée à reconnaître que son union au système du Gouvernement peut seule empêcher la dissolution de l’État. Les commissaires, dans leurs communications, donnent l’assurance que, sous un Gouvernement constitutionnel, aucune réaction ne sera à craindre; que les passions seront neutralisées; que le Ministère sera seul responsable ; que les hommes et les principes seront respectés ; que les destitutions arbitraires n’auront lien, ni dans l'aiTnée, ni dans les autres états de la société, et, qu’enlin , l’armée sera traitée conformément à son honneur. Ce sont les prüjircs termes transmis par les commissaires.
Pour gage et pour preuve de ce qu’ils avancent, ils donnent comme certain que le maréchal Saint-Cyr est nommé Ministre de la guerre ; que le duc d’Otrante est Ministre de la police, et qu’il n’accepte qu’avec l’assurance fjiie le Gouj crnement marchera dans un esprit de mo-
COUl{ESPOl^UANCE INÉDITE 2.S7
dénUion et de sagesse, dont liii-nième a toujours donné rexemplc.
Les sentiments de l’armée sont bien connus : elle a combattu vingt-cinq ans toujours pour la France, souvent pour des opinions contestées : le seul prix (ju’elle demande du sang (pi’elle a versé, c’est (pi’aucun citoyen ne puisse être poursuivi pour aucune de ses opinions, dans lesquelles il a pu être de bonne loi.
A ces conditions, l’intérêt national doit réunir l'ranchement l’armée au Roi. Cet intérêt exige des sacrifices : ils doivent être faits de bonne grâce, avec une énergie modeste L’armée subsistante, l’armée unie et ensemble, deviendra, si nos malheurs s’aggravent, le centre et le point de ralliement de tous les Français et des royalistes même les plus exagérés.
Tous ne tarderont pas à sentir ipie l’union et l’oubli de tous dissentiments pourront seuls opérer le salut de la France, qui devient impossible, si l’hésitation, les dissidences d’opinion, les considérations particulières amènent la dissolution de l’armée, soit par elle-même, soit par la force étrangère.
Unissons-nous donc, serrons-nous, ne nous séparons jamais.
Les Vendéens nous donnent un louchant exemple : ils nous ont écrit pour nous offrir de déposer tout ressentiment et de s’unir à nous, dans la vue patriotiijue de prévenir tous déchirements, tous démembrements de la patrie. Soyons Français : ce fut toujours, vous le savez, ce sentiment ([ui domina exclusivement dans mon âme. 11 ne me quittera (pi’au dernier soupir,..
A ce titre, je vous demande votre confiance : je suis sûr de la mériter et de l’olitenir.
Signé : Maréchal Prince d’Eck.mltil.
Pour copie conforme, le Maréclial de camp, commandant le département de la Sarthe :
Mocquery.