‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 53 sur 63 · ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR

La lettre ci-dessus de S. A. le Maréchal Prince d’Eckmiihl, général en chef de l’armée de la Loire, m’a été officiellement transmise, en date du 12 de ce mois, par monsieur le lieutenant général baron Hamélinaye, commandantla 22""MiYision militaire, avec ordre de la faire publieretafiicher dansl’étendue de mon commandement.

En conséquence, elle sera lue dans les régiments, aux compagnies assemblées, et inscrite à leurs registres d’ordre.

Le service se fera donc désormais au nom du Roi, qui donne à l’armée la garantie d’une existence honorable.

Les troupes que j’ai l’honneur de commander sentiront combien il leur importe d’imiter en tout l’exemple de l’armée dont elles font partie; d’éviter tout ce qui tendrait à troubler l’union qui doit régner entre tous les Finançais, et de justifier, par la plus exacte discipline, les intentions paternelles de Sa Majesté.

Messieurs les chefs de corps et officiers de tout grade tiendront sévèrement la main au maintien du bon ordre et de la tranquillité : ilssont spécialement chargés, dans leurs régiments, bataillons et compagnies, de l’exécution de ces dispositions confiées à leur honneur et au zèle ([ui les anime pour les intérêts du service.

Au Mans, le 13 juillet 1813.

Le Maréchal de camp, commandant le département de la Sarthe.

iMoCQUEaY.

COKHESPONDANOE INÉDITE

(i’i'sl à M. Emile Monlégut (jue nous devons (l’avoir connu deux livres de Steudahl. pour nous du plus grand iuD'rèt : Rome, Naples et Florence. })uis la « Vie de Napoléon-n . Du [)remiei‘ de ces livr(‘S, r('‘uuueuL ci‘ili(pu' lu’i'crivail :

J'ai eu l’idée, je ne sais pounpioi, de relire le livre de Sleiidlial intiLidé : Home, Naples et /'’/o?r?(Cc. Quoi (pi'il en soit, j'ai eu une Iieureuse inspiration. Je n’avais pas lu cent pages (pie le nom de votre père s’était déjà présenté deux l'ois, et connne les jugements d’un es[)rit de l’ordre de celui d'Henri Beyle ne peuvent vous être indifférents, je m’em[)resse de vous envoyermes petites trouvailles.

Page 'il (édition (lalman Lévy), il s’agit de Milan et du Prince Eugène dont l'administration ('chonaen partie, selon Beyle, [larce qu’il apportait trop d’aristocratie dans ses raj poits et dans ses choix de gouvernement. « L’honnête maréchal Davoust eût convenu à ce {lays pour vice roi ; il avait la prudence italienne. »

Je continue ma lecture en me proposant de vous envoyer cette [ihraseet, page 87, voici ce ipie je rencontre. Cette fois il s'agit de Nhqiles et de la ditliciiltéde civiliser ce peuple. (( Leur absurdité (des Napolitains) va jusqu’à maudire le Général (|ui, pendant dix-huit mois, a fait disparaître le vol et l’assassinat dans les pays au midi de Naples. Le maréchal Davoust, roi de Naples, eût agrandi l’Europe de ce ciàté. »

La phrase est curieuse de bien des manières. D’abord [larce ipie l’idée d’une royauté pour le .Maréchal semble chose naturelle à Beyle, ensuite parce ipie la royauté dont il s’agit est précisément celle de Napli's (|ui échut

LE MAUKCIIAL DAVO'JT

à Murat. Le souvenir des querelles de votre père rend ectte phrase d’autant plus pi([uanle.

Celte lecture ni’a donné l’idée d’ouvrir iminédiatenieut un autre ouvrage de Beylc intitulé ; Vie de Napoléon. Celui-là, assurément très peu depersonnes l’ont lu. C'est un ouvrage inachevé, publié dans les œuvres posthumes deBcyle et que je vous conseille de lire : il est fort curieux et vous intéressera certainement comme il m’a intéressé moi-même. Malheureusement, ce n’est (ju’im commencement, puisqu’il s’arrête à Marengo. Il ne peut donc guère y être question du Maréchal, mais aux derniers feuillets, page 228 (édition in-12 Caïman Lévy), je trouve ce remarquable jugement : «Davout, dont on se moquait alors parce queson caractère avait des qualités (jui manquent ordinairementaux i'rançais, savoir : le sang-froid, la prudence et l’opiniàlreté, et Lassalle servaient encore dans les grades inférieurs. »

Quel malheur que Beyle n’ait pu achever son livre et parler de la campagne de Russie à laquelle il assista. 11 est probable que nous aurions eu la rectification de ([uantité de détails qui ont donné lieu aux controverses dont vous avez eu à vous occuper dans votre livre.

Ces jugenienls remarquables prouvent en ell'et ('ue Beyle avait compris mon pt're, mais laissons encore })arler M. Montégut. Le 18 mai 1883 il m’écrivait de nouveau :

J’ai récolté dans XUisloirc de Napoléon, par Stendhal, une note concernant votre père. C’est detous les petits fragments que je vous ai envoyés le plus-

( : 0 1 n < E s P 0 X I ) A N c K i xii n i t e

remanjiiabic. B«‘ylo, parlant de la Iiaiiic (pie Najioléoii, (lès les commeiiceincnts, avait vouée aux foiiniisseiirs militaires pour avoir trop vu ceux du Directoire, (icrit cette phrase : (( Dès cette épo(pie, Napoléon montre de la haine pour tout ce (pii s’occupe à l’armée de donner du ■pain aux soldats. Nous verrons jiliis tard ce sentiment peu rélléchi amener les pins grands malheurs

Cette phrase, d’une rédaction ipiehpie pisi exagérée et ipii excède la pensée (pie Beyle vent exprimer,estsnivie de cette note beaucoup pins juste : « C’est à celte haine aveugle ipie l’on jieut attrilmer en grande partie les désastres de la retraite de Moscou. Le maiéchal Davonst {grand homme, anguel on n'a jias encore rendu justice) avait parfaitement organisé son corps d’arm '“c; il en fut blâmé. C’est une des grandes fautes de Napoléon. ))

Vous le voyez, ou dirait ({ne Beyle vous a lue, tant son jugement est d’accord de tons [loints avec celui ipie vous avez exprimé. Tout le livre de Beyle est à l’avenant de ce (pie vous venez ih' lire; jilein d’observations

lisez-le.

Bien entendu, je me suis hâtée d(‘ lire ci's deux volnines. Home, Naples et Flore: ce est nn li\ ro vraiment original, nn nouveau vogage senlimental écrit par nn scepliipie fram;ais, donc lri[de-

I. C'est sans doute à celle faejon de voir de Napoléon que Desaiv fait allusion pendant la campagne d’Egypte en disant : « Je me lais t-ur nos soii/l'iance.'>, etiesne vous occuperaient pas. » fuis encore; (I .\u moins, mon Général, écoutez les deynandes que l'cn vous fai'. »

LE MAUKCIIAL DAVUUT

iiH'iit so('j)li(iU(\ Sleiidlial, don! je suis loin d(jiaiiagH'r les idét'S religieuses el même les opinions en l’ail d’arl, a le grand mérile de boire dans son verre. Jamais il ne m’esl arrivé de reneonlrer le moindre blâme du Prince Eugène de |{eauliarnais : il esl convenu (ju’il élail sans défanls; or, cependant, le Prince Eugène ne plail point à Peyle et il ledit tout sim[)lement. Voici ce(|ue je trouve pago27 : « Le PrinceEngène, véritable niaiajuis français, beau, brave et fat, lU' prisait (|ne la noblesse et aristocratisait constamment les mesures de son bean-pèi'o. L’Iioimète maia'clial Davont eût convenu à ce pays pour \ice-roi. 11 avait la prudence itali(mne. » Il est évident que la camj)agne de Russie avait donm' à Steudbal une hante idée de mon père.

Tandis (pie les (jualités cbevaleresiiues et élégantes du Pjânce Eugène cbarmaient tons ceux (|ni l’approcliaient sans leur donner d’ombrage sérieux, les facidtés supérieures du Prince d’Eckmüld froissaient la vanité de ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient l’égaler en désintér(‘ssement et en abnégation.

11 nous semble curieu.x île faire suivre l’élégant jiorirait du Prince Eugène, esiiuissé par Reyle, de la jiliotograpbie du prince d’Eckiniilil resiée vivante dans le souvenir de M. Cliennevière aju'ès [ilns de(|uarante annéi'S. « J’avoue que,

C 0 IU{ E s I’ 0 N I > A i\' G !•: 1 .N E 1) ! 1 ]•:

(|ii()i(|U(' j(‘uiu“ (‘t |»(‘u ci’aiiilir (le ma iialuia*, (|naiul je me suis Irouvé deux lois lout pri's de e(‘ terrible soldat, j’ai eu de la ])eiue à soutenir la fixitt'* <‘l la l'roidtmr d(‘ sou reg'ard ! El certt's ee u’('‘tait ])as l’eiiloura^e (jui devait intimider. Cet homme grand et rohustiu eu petite cas(|uelte plate. ar|)eutaut b'.j rues de Pontoise avec un notaire, n’avait pas besoin d’escorte, ni de décoraticuis. ni d nnit'orme pour (pi'on s’inclinât devant lui. »

« Le général comte de Boigne », ])ar AI. N'ictor de Saint-dénis. — Un ami mais avaid en- V(tV('‘ la copie d un j)arallèl(> (dabli, (mi c(* curieux volume, entre b' comte de Moigne (‘t l(‘ maiaadial Davont, nous avons voulu le lii’e tout entier alin de pouvoir jngt'r (b‘ cettt* appia'ciation, (pii nous avait parue tout d'abord assez singnlbu'e. .\on.s reconnaissons crndaines parités de génie enli'e ces deux vaillants S(d(lats, sans admettre niu' ressinnblance réelle.

Ee général de Boigne, comme le maréchal Davont, im[)osait la conliance à (pii vivait avi'C lui. et obtenait de son cor[)S d’armée nm* promjititnde de monveimmts ipii surprenait rimmuni et assurait par suite le succès de l’imtreprise. Une remaiapiable sûreté di* coup d’d'idnne bonnèti'ié audessus dnsonp(;on, une même lidélité aux maîiri's (pi’ils servaient, un grand esprit de justice, une sévérité doublée de bonté, jiropre à inspirer le

LE MAHECIIAL DAYOUT

l’ospoct; l’aiuüur do riiuiiiaaité el- des loUrcs, une exLrènic j)olilesse dans le coinmandeinenl sont choses coinnuines à DavoiiL el à de Boignc ; ils peuveal donc èire comparés comme soldais. 'J’onl deux l'nrent enviés el calomniés, mais c’esl là nn rapporl de deslinée (pii peut s’appliquer à Leanconp.

M. de Sainl-Genis nous apprend (pie Monlaigne élaii l’anleiir favori du général de Boigiiq comme il l’élail du maréchal Davoul : ce goùl semble le seul (pi’ils aïeul ou commun. Ces deux hommes élaienl bien loin d’avoir la môme façon d’aimer, el le maréchal Davonl méprisail aulanll’or que le général do Boigne Vadoraü. De l’aveu même de son ékxpienl admiralenr, M. de Boigne tenait de rhomnio d’atfaires anlanl (jue du soldat; il s’élait montré aussi habile comme commerçant que comme général. Le maréchal Davoul abandonnail à sa femme le soin de gérer leur fortune, ne se réservant (pie la Joie de donner.

Simple dans ses habitudes personnelles, le pi-ince d’Ecknhilil s’entourait de Heurs, en rapportait de Hollande, de Vienne ; il greifait lui-même ses rosiers et installait à Savigny une allée de grands orangers, préférant la Heur de l’oranger à toutes les pierres précieuses, taudis que le général de Boigne ne dédaignait ni les diamants ni la pompe orientale, peut-être [)ar instinct politi(pie,

C 0 U R E s P ( ) N D A N C h: I N K ü rr E

<;l üliii d'iniposer Ir rosporl aux ludions ; lo luxo ôliud, ossouliolloiueiit uni en leurs ca'rvcaiix à l’idée, du puuvuir.

Aucune leüre, aucun écrit du coude de lloitiiie ne nous révèle la (pialilé de sou esprit ; nous avons au coniraire la joi(“ d(! transcrire lo jugo- •>(‘iu('ut p(U'lé par un cri(i([U(î éiuineut, M. E. Aloiité»ut, sur le style* du maréchal Davout. « (tu u'a jamais mii'ux ipie votre jtère accompli les devoirs d’écrivain militaii'e, epii sont si dilliciles pom* la clarté et la l'ei-meté (pi'ils exigent, ('a* epii m’eu sur|)rend le plus, c’est la conscience* ; il y a te*l jour eiù il a ée*i'it epiatrc ‘ e)u cine| pièces à l’Eiujeereur, à llerthier, à Durex*, e'tc., élisant à e'Iiacuu el’eux ce epi’il eloit lui elire luérarclu(pie;*me-ut. (Vest un travail d’Ilercule. »

.\e)us terminereeus ce*tte eligre*ssie)n par la ceipie élu passage epii nous a fait e*ntre[)reneli*e la lecture eh* la viee élu général ele Heeigue :

Parmi les hommes ele guerre cou temporaius élu général de Bengue, celui dont il se ra[)prochclc plus et par lo caractère et par la nature de ses succès, et encore par cette sorte de retard de l’opinion à rendre justice, par ce défaut de popularité rapiele et hruyante, me paraît être le maréchal Davout, prince d’Eckmühl. Ce Bourguignon et ce Savoyard ont [)lus d’un trait de ressem-

1. Lisez vingt ou trente pièces, si vous voulez approcher Je la vérité.

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blancc : même vigourciisociicoliire, même iixlomptablc i obstination un égal souci de la discipline et, sous le- I c )rce d’une brusquerie impérieuse, un pareil respect des : droits de l’humanité. L’un et l’autre restèrent chargés de responsabilités (jui ne leur appartenaient pas; ions deux ont aujourd’hui des statues dans leurs villes natales; mais il a fallu (pie l’histoire impartiale forçât en ! (pielque sorte les caprices de la gloire, et que le temps | effaçât les préventions des partis h » !

Cette phrase de M. de Saint-Genis nous remet | en mémoii'e (piôl(|nes paroles éciâtes par le prince d’Eckintild dans une circulaire datée ; « Paris le 23 avril 1813. Les hommes les plus honnêtes et les plus habiles ne sont pas égale nent goûtés de tous ; mais s’ils sont véritablement recommandables, ils forcent l’estime de leurs ennemis mêmes. Ce sont di' tels honnnes qui doivent llxer votre attention. Aide/ de tous vos moyens à les faire connaître et choisir ; faites (pi'on les cherche dans l’obscurité et la modeslie on le vrai mérite se plaît souvent à s’envelopper. »

1-ie maréchal Davout, en traçant les mots soulignés, nous semble écrire sa propre histoire.

A l’élocpiente parole de M. Qninet, pins napoléonien qu’il ne le croyait peut-être lui-même en

1. Note (le .M . de Saint-Genis. La journée cl’AuerstaëJt, 1806, où Davout battit 70.000 Prussiens avec 14,000 Français, rappelle les batailles Je Paloùn et de Mairthab.

COiUiESPON DANCE INÉDITE

aocnsaiil le iiiai'échal Davout d’avoir t'aihli ('ii jSIo, nous nous j)laisons à réjiondia' pai- le lies nnnarquahle arliele pniilié. AnnaXo Correspandant du J" janvier 1880, par M. lIiMu i Laroiulie. L’i'sprit de riioiiuète écrivain send)l(' avoir sondé l’ànit' du Maréclial jnsipi’en S(‘S pins inliines profondeurs. et il parle de la conduite du Maréchal comme il aurait pu le faii'e Ini-mèine s’il (‘ùt daif>né rexpliijiu'r, et surtout s’il (‘ùl daipné se défendre.

|je prince d’Kcknnild ayant iminoh' ses svmjtalliies et ses souvenirs à rinlérèt de son pays, simplement, sans phrases, selon sa coutume, en paix avec sa consciimce, comjiiait sur l’avenir, jiiiis encori' et siu'tout,, comme à Thorn, il se liait à une justice snpérieuri' à toutes les jusiici's. (ie n’i'st souvent jias là on l'on devrait 4rouver admi- T'alion et reconnaissance ipie l’on est d’ahord apprécié ; un des sages de la (Irèce, en parlant d’un homme illustre, disait : « Les conlempoi'ains n’out pavé ses travaux ipu' de leiw haine. Il aura des autids dans le cienr de leurs descendauls. »

Le nom du maréchal Davout commence à devenii’ poimlaire, (d joyiMisiMnenl nous venons ih' renconli'er dans V Almanach de la police correctionnelle pour 1881 la gentillr anecdoli' ipie voici :

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