‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 6 sur 63 · L. Davoüt. j · texte numérisé non relu

L. Davoüt. j

P. S. Je ne te parle pas de mes frères. Si je suis em- j ployé, je parlerai pour eux. J’ai reçu dernièrement des / nouvelles de Levasseur qui me mandait qu’il allait se i marier à Clermont, département de l’Oise. Il devait me voir en passant, mais, ou son voyage est suspendu, ou il n’a pas tenu parole. Mes frères te donnent le baiser fraternel. /

Cette pièce porte sur le catalogue de vente la désignation suivante : « Lettre adressée à Camille Desmoidins . » Jamais Louis Davout n’a pu écrire à Camille Desmoulins, qu’il connaissait à peine, si même il le connaissait (nous croyons , avoir la certitude contraire); a- mon cher cama- ||| rade. » Desmmüins était mort d’ailleurs à la date p de cette lettre. Il serait intéressant de savoir à qui cette lettre a été vraiment adressée. Au bas de

i. On lit clans l’original le mot de républi . barré, par un ins¬

tinctif amour de la vérité, afin d'écrire patriotisme.

COIUtESPONDANCE INÉÜITE

la page, une main ferme, sans doute celle de l’un des possesseurs de cet autographe, a tracé ces mots:» Herzog von Auerstaëdt, Fürst v. Eckmühl. » A peine l’avions-nous achetée, que nous recevions la lettre suivante :

Paris, le 11 juin 1884.

Madame,

Depuis (piehjue années je m’occupe d’une biographie du général Louis-Nicolas-Hyacinthe Chérin (cousin germain de mon aïeul, le comte Jean Pacquement de froDz, etc., jils de Bernard Chérin, écuyer généalogiste des ordres du Roi), né à Paris, en 1762, aussi général des ordres du Roi, conseiller à la cour des Aides, engagé volontaire en 92, employé à l’armée du Nord sous Dutnouriez, etc..., chef de l’état-major général de Hoche en Vendée, en Irlande, sur le Rhin, etc. . . , mort en Suisse de ses blessures, eu juin 1799, étant général de divi- 'SioUjChef de l’état-major général de l’armée du Danube sous Masséna.

Sur un point, non élucidé, de la vie de Chérin> je désirerais. Madame, avoir l’honneur de vous consulter.

Un fait est bien connu : le lieutenant-colonel en second du S""* bataillon des volontaires de l’Yonne fit tirer sur Dumouriez en juin 1793. Or, prcs(pie tous les l)iographcs s’accordent à mêler Chérin à cette affaire; Jcs uns disent : « à la tête d’un bataillon de l’Yonne» au « à la tête de (juehpies volontaires de l’Yonne »; les lutres disent : «obéissant aux ordres de Davout»; un iLitre encore dit : « à la tête d’un bataillon de Seine- 't-Oise ; » etc...

Dans l’ouvrage d’un si haut intérêt que vous avez consacré, Madame, à votre illustre père, je trouve (tome hf; la curieuse relation do « la poursuite et de la lusilladc de Duniouriez » ; mais Cliérin accompagnait-il le futur maréchal ? Ce dernier n’en dit rien.

La quasi-unanimité des biographes et une précieuse < lettre de Louis Davout (datée de Ravières, 1®*' octobre 1704) le font penser pourtant.

Après la mort de Cliérin, cette lettre fut donnée par , sa veuve à mon aïeul, avec une foule d’autres documents et un sabre de Hoche.

Me permettez-vous. Madame, de réclamer le secours i de vos lumières et de vous demander si, dans les papiers de Monsieur le maréchal Davout, vous avez trouvé des pièces provenant de, ou mentionnant Chérin, et pouvant fixer définitivement son rôle dans cette action?

Dans l’espoir d’un accueil bienveillant, je vous prie d’agréer, Madame, avec mes remerciements anticipés, l’assurance de mon plus profond respect.

G. Pacquemeinï de Trooz, ‘

119, rue Lafayette.

A cette lettre je n’ai pu rien répondre de certain.

L’iiistoire a ses énigmes que le temps éclaircit parfois.Dans le premier volume de notre Maréchal v Davout nous avions émis l’idée que Daoud-Pacha, I le terrible batailleur, pourrait avoir quelques | rapports d’origine “avec notre famille. Le monde est cependant si embrouillé, quoique si petit, nous ignorons tant des choses que nous devrions ^ le mieux savoir, nous rencontrons tant de gens |

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inconnus qui se trouvenl être les inliines de nos amis, que je donnerai une courte généalogie (peutêtre inexacte, certainement incomplète) trouvée en nos papiers, uniquement parce qu’elle indi(jue un lien possible entre Daoud et les Davout, et qu’elle conlirme ainsi les renseignements suivants, qui nous furent communiqués par un docte ami, intéressé à une assertion émise par nous sans preuves, mais par intuition.

Les d’Avout ou de Davol, par leur alliance avec les comtes de Chàlons, ont pu s’allier à la maison de Lhyprc et de Lusignan ; enlin, depuis 1393, que mourut à Paris prince arménien,-

de nouveaux liens ont pu se former. « Gabaret Artin Davoud-Oglou est né à Constantinople en 1816. Catholique arménien, il a fait au collège français de Smyrne de bonnes études, àen juger par les travaux qui l’ont fait recevoir « doctor utriusque juvis » par l’Académie des sciences d’iéna et lui ont fait obtenir une médaille de l’Académie des sciences de Derlin en 1838. Davoud a étudié la médecine et la peinture. Davoud laisse dire qu’il descend de Léon Yl, de la maison de Lusignan, de Chypre. L’Arménie, envahie par les Turcs Seldjoucides, fut réduite à une principauté cachée dans les gorges du Taurus et défendue contre Gengis-Klian par lloupen, prince arménien, dont les descendants s’allièrent aux princes

LE MARECHAL DAVÜUÏ

(rAnlioclie, do Chypre et d’autres pays de l’Orient et de rOccident. Les descendants de Roupen ré- “■nèront dans la Cilicie pendant environ quatre siècles. Le dernier, LéonVI, de la maison de Lnsignan, de Chypre, fut emmené par les Égypliens, puis se réfugia en Europe et mourut à Paris, où il s’était fixé, en 1793. Ce dernier fait est exact. Davoud descendrait donc de Roupen et de Léon YI. »

La similitude de nom, les probabilités d’alliances ne donnent-elles pas à notre « peut-être » pins de fondement (jue nous ne le pensions en le prononçant d’abord?

GÉNÉALOGIE DU MARÉCHAL d’ A V O U T COMMENÇANT PAR LUI.

Maréchal d’Avout, Louis-Nicolas, duc d’Auerstaëdt, prince d’Eckmübl, lils de Louis-François d’Avout, ([ui épousa M"® Minard deVelars.

Louis-François d’Avout, seigneur de Vignes, (jui épousa en 1641 Edmée de Sainte-Maure.

Nicolas d’Avout, deuxième du nom, lils de Nicolas Pc seigneur en partie de Domocy-sur-Levault, qui épousa en 1598 Françoise de Yaussier.

Nicolas P’’, fils de Pierre II, qui épousa en 1573 Marguerite de Cbappe.

Pierre II, fils de Claude P'", seigneur de Tor-

CORRESPONDANCE INÉDITE

niassin, Yillers-Dompierre cl Domecy, qui épousa Barbe de Marry.

Claude B'", fils de Pierre P’', qui épousa Claude Labesire. C/est à lui que fut donné le fief de Vig'nes en 1”)22.

Jean III, qui épousa : i“ Marguerite de Crécy, — 2“ Marguerite de Saint-Père, — 3“ Pevrette de Châlons.

Jean II, fils d’Itliier, qui épousa en 14 10 Jeanne de Flavigny.

Ilbier, fils de Jacques II, qui épousa Jehanne d’Etables.

Jaccjues TI, fils de Jehan II, qui épousa : 1“ Hélène de Balot, dame de Brion-sur-Ource, — 2“ Marguerite de Bar.

Jehan II, fils de Iluguenin d’Avot.

Huguenin d’Avot, fils de Miles.

Miles, fils de Jehan d’Avou ( I2o9),

Jehan d’Avout, d’Avou, P’’ du nom, seigneur de Cussey-sur-Loire, vivait vers l’an 1240.

Cette généalogie, tracée par une main inconnue, a de visibles lacunes et sa parfaite exactitude serait à prouver, mais nous avons voulu la donner, au moins à titre d'indice.

C’est à un tout autre titre que nous donnons le document de curieuse sottise que voici.

Un cerlain Sergonl, marie à Einira Marceau, et (jui avait ajouté à sou nom le nom de son illus- Ire beau-frère, dans un ridicule opuscule accuse « Davout, chef d'une 'police secrète^ de l’avoir fait expulser de Paris en disant à Bonaparte qu’il était dangereux par son influence. »

Dangereux, en vérité, je ne saurais le croire, après avoir lu son burlesque « Hommage de V amour à lavertu » : mais je pense (jue ce Sergent s’est vanté en écrivant les lignes suivantes, qui conliennent d’ailleurs d’autres erreurs: « Le général Davout, lieutenant de cavalerie au commencement de la révolution, avait été enfemné, par une lettre de cachet, au secret pour la vie. J'avais fait cesser cet ordre par un décret de la constituante, qui le fd rentrer dans son grade! Cette justice, je l’avais sollicitée au nom des habitants de Paris, avec éclat. Deux ministres du roi durent par-là perdre leur portefeuille. Davout s'était depuis lié avec Marceau et voulait lui

faire épouser sa sœur . »

Nous avons fait allusion à ce projet de mariage, dont ma tante, la comtesse de Beaumont, parlait quelquefois ; nous avons donné une lettre du frère de Marceau adressée au frère de Louis Davout, lettre qui n’a d’autre intérêt que d’attester la noble amitié qui unissait ces deux jeunes généraux, mais nous devons à la vérité do dire

CORRESPONDANCE INÉDITE

que Sergent n’est pas toujours aussi bien informé. Ne lui en déplaise, ce n’est point au secret à vie, mais liien à être passé par les armes que Louis Davout se vit condamné. Le danger était si pressant, que le brave commandant de la citadelle d’Arras, pris d’intérêt pour le sympallii(}ue oflicier de Royal-Cbampagne, toucbé des larmes de sa mère, se préparait à le faire évader sous des babits de femme, secrètement apportés })ar sa tante, M™® de Cissey , (juand un décret de la Convention vint rendre Louis Davout à une liberté, dont il ne voulut d’abord point. En insistant sur ces détails, si nous avions, en notre premier récit, omis de parler du costume féminin (pie la jeunesse et le visage du prisonnier ne rendront incroyable jiour aucun de ceux qui auront vu le portrait de Louis Davout à l’heure de ses prisons, c’est ({lie nous avions redouté de donner un air de roman à une véridicpie histoire.

Nous avons encore une observation à faire sur le récit de Sergent: Comment est-il parvenu à émouvoir le peuple de Paris en faveur d’un jeune Bourguignon de race noble?... C’est-là chose aussi improbable que l’accusation de policier secret portée contre le maréchal Davout, dont nous avons lu les lettres de cette époipie adressées à sa femme. Enfin M'"® Emira Sergent-Marceau, plus encore que le prince d’Eckmübl , aurait eu le droit de se

plaindre des singuliers Irails d'esprit que lui prête son mari.

Avant de croire le mal et (raccuser un innocent, il conviendrait de savoir se renseigner. La lettre suivante nous dira de quel grand soldat une erreur fatale a failli priver la France.

Celui dont les plus violentes inimitiés n’ont jamais osé attaquer la rigide probité, dans sa lière délicatesse n’admettait pas le soupçon.

Au GÉNÉRAL DE DIVISION ReYNIER , A OfFENBURG.

Oberkirch, le 19 Prairial, an V de la République.

J’ai reçu hier soir. Général, votre lettre et la copie de celle du général en chef qui y était jointe. 11 m’est impossible de vous rendre jusqu'à quel point le contenu m'en a affecté. Il me devient impossible de continuer le service, puisque mon général en chef a de telles idées démon caractère et de ma délicatesse ; je fais trop de cas de son estime pour n’étre pas très peiné du simple soupçon de ne pas avoir la sienne.

La publicité que moi-môme j’ai, dès les premiers jours, donnée à toutes ces affaires, suffirait seule pour prouver que je ne croyais point avoir commis des actions qui blessaient la délicatesse. Tout ce que je vous ai dit à ce sujet est de la plus exacte vérité, nonobstant les procès-verbaux dont j’ignore le contenu.

Je ne veux pas. Général, abuser plus longtemps de vos moments, en entrant de nouveau dans des détails sur cette affaire dont je ne vous ai déjà que trop entretenu. Je me borne à vous faire part du parti que la lettre du général en chef me force de prendre.

CORRESPONDANCE INÉDITE

Je VOUS prierai d'attendre qiielijues jours, pendant lesquels je vendrai mes chevaux pour parfaire les sommes (lui ont été touchées dans les endroits où je commandais, malgré (prune partie de cet argent ait été donnée à d’autres personnes; je vous enverrai cet argent en vous priant de le faire tenir au trésorier de l’armée : à cet envoi je joindrai celui de ma démission.

Je dois vous réitérer, Général, la déclaration (pie je vous ai déjà faite, que les aides-de-camp Gobreck et Malivoire ne sont pour rien dans cette affaire, (pi’elle me regarde seul. Je vous serai donc obligé de les mettre hors de cause.

Si le généralen chef avait désiré, auparavantde former son opinion sur cette affaire, avoir quehpies explications do moi, j’ose croire qu’elle n’aurait pas eu cette issue de me forcera quitter un état où toutes mes idées étaient tournées depuis ma jeunesse, état (pie j’ai toujours aimé avec passion. Quoi qu’il en soit, si la Répiihliipic n’est pas privée en moi d’un bon officier, vous. Général, vous y perdez quehju’uu (jui vous est sincèrement attaché.

J’ai encore, malgré la nuit, la tête et les idées bouleversées de la lettre du général en chef qui, par malheur pour moi, ne connaît pas mon caractère.

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