‹ Le maréchal Davout, prince d'Eckmühl; correspondance inédite, 179O-1815. Pologne--Russie--HambourgChapitre 27 sur 55 · DÉPÊCHE DU GÉNÉRAL BEKER AU MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE DU GÉNÉRAL BEKER AU MINISTRE DE LA GUERRE

A la Malmaison, le 26 juin 1815.

Monseigneur,

D'après les ordres de Votre Altesse, je me suis rendu hier soir à la Malmaison pour y prendre le commandement delagarde de TErapereur. Sa Majesté, sans paraître étonnée de l'objet de ma mission, m*a seulement fait observer qu^on aurait dû Vinformer officiellement de cette disposition^ attendu qu^ elle la regardait comme une affaire de former et non comme une mesure de surveillance, à laquelle il était inutile de l'assujettir y puisqu'elle n'avait pas r intention d'enfreindre ses engagements.

Après m* avoir questionné sur la marche du Gouvernement provisoire, sur les dispositions des deux Chambres et sur Tesprit de la capitale, Napoléon répliqua à mes réponses, opposées à ses espérances : Qu'on me domie les deux frégates que j'ai demandées, et je pars à l'instant pour Rochefort; encore faut-il que je puisse

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me rendre convenablement à ma destination^ sans tomber au pouvoir de mes ennemis.

J*ai remarqué^ dans la longue conversation que j'ai eue avec lui, qu*il appréhende les prétentions de Tennemi sur sa personne. C'est pourquoi il lui tarde de sortir de France, afin d'échapper à cette catastrophe, dont r odieux j m'a-t-il dit, retomberait sur la nation.

Mon installation n'a pas souffert la moindi*e difficulté. Il n'y a ici que trois cents hommes de la garde impériale, tout compris. Je prie Votre Altesse de me transmettre les ordres du Gouvernement sur ma conduite ultérieure, quand l'Empereur partira.

Le Lieutenant général, Comte Beker.

Après avoir prononcé, dans le parc, les paroles qui annonçaient sa résignation à un exil volontaire, Napoléon, suivi du général, rentra dans les appartements, où beaucoup d'anciens serviteurs l'attendaient, les uns pour lui rendre un dernier hommage, d'autres pour protester de leur dévouement inaltérable à sa personne, en le conjurant de ne pas abandonner l'armée, qui le réclamait avec chaleur; quelques-uns même ne rougirent pas de solliciter des secours, des récompenses, lorsqu'il n'était plus en son pouvoir d'en accorder.

Ces mouvements avaient duré toute la nuit du 25 au 26, quoique l'Empereur ne fût plus accès-

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sible jusqu'au lendemain matin. Les allées et les venues se prolongèrent pendant cette journée. C'étaient des enquêtes perpétuelles sur les résolutions prises par Sa Majesté, ou qu'elle prendrait, d'après les différents rapports qui arrivaient sans cesse sur l'état des affaires. La tâche imposée au dévouement du général Beker n'était pas facile.

Il lui fallait veiller, observer, se tenir en garde contre toutes les tentatives qui pouvaient compromettre la sûreté de l'Empereur, ou favoriser son enlèvement de la Malmaison. Quelques officiers avaient agité la question de le rendre malgré lui-même à l'armée, impatiente de lui voir défendre la cause qu'elle avait embrassée avec tant d'ardeur, pendant les trois mois où il avait gouverné la France.

Napoléon connaissait les démonstrations de ses ' troupes, et l'influence de son nom sur leur esprit. Il était également informé des dispositions du Gouvernement provisoire et des manœuvres des royalistes. Mais, soit par respect pour ses engagements, ou par conviction de l'inutilité de la lutte, soit par faiblesse dans une circonstance qui exigeait de l'énergie et surtout une prompte résolution , il ne voulut rien entreprendre sans l'assentiment de la Commission executive à laquelle il fit, tant par l'organe du comte Beker que par d'autres voies, diverses propositions.

Ces démarches restèrent sans effet, parce que la Commission, les deux Chambres et la capi- 4t|le, séduites par les proclamations des étrangers annonçant qu'ils ne faisaient la guerre qu'à Napoléon, se flattaient qu'une heureuse transition du gouvernement de Bonaparte à celui des Bourbons accomplirait les destinées de la France, et replacerait l'État dans la position où il était avant le retour de l'île d'Elbe. IjCS promesses fallacieuses des souverains alliés avaient favorisé leur marche à travers nos provinces , plus que le succès de leurs armes.

L'Empereur, àson arrivée à la Malmaison, avait été reçu par la princesse Hortense et ses enfants.

Tout, dans ce séjour, devait lui retracer le souvenir des jours prospères qu'il y avait passés avec Joséphine. La reine de Hollande l'entourait constamment de sa tendresse filiale ; son dévouement pour l'Empereur était sans bornes.

Napoléon dînait seul, et dans ces tristes circonstances qui ne permettaient plus ni faste, ni représentation, le général Beker avait l'honneur d'être admis à la table de famille de la princesse.

La préoccupation dans laquelle les sombres événements, dont le dénouement approchait à grands pas, avaient jeté les habitants du château, imposait silence aux questions et aux entretiens.

Néanmoins la reine épanchait souvent sa dou

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leur auprès du comte Beker; dans un de ces moments d'intimité dont elle l'honorait, elle lui confia qu'elle avait remis à Napoléon tous ses diamants, comme ressource extrême, dans ces temps critiques.

Tel était, à la Malmaison , durant ces journées décliirantes, le spectacle auquel avait été associé le général Beker.

Les difficultés de sa mission croissaient à chaque instant. Dans le principe, elle n'avait pour objet que de veiller à la sûreté de l'Empereur ; mais, dès le 26, le Gouvernement avait jugé son éloignement nécessaire au succès des négociations entamées près des puissances.

Le comte Beker fut rappelé à Paris pour prendre connaissance des modifications que ses premières instructions allaient subir. Il descendit à l'hôtel du prince d'Eckmiihl; le ministre lui donna aussitôt communication de l'arrêté du Gouvernement provisoire, qui lui enjoignait d'accompagner Napoléon Bonaparte à l'île d'Aix et de rester auprès de sa personne jusqu'à l'arrivée des passeports demandés à l'Angleterre. Il y était dit en outre que deux frégates seraient mises à sa disposition pour le transporter en Amérique.

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