‹ Le maréchal Davout, prince d'Eckmühl; correspondance inédite, 179O-1815. Pologne--Russie--HambourgChapitre 28 sur 55 · EXTRAIT DBS MINUTES DE LA SEGRÉTAIBEBIE D^ÉTAT · texte numérisé non relu

EXTRAIT DBS MINUTES DE LA SEGRÉTAIBEBIE D^ÉTAT

Arrêté du Gouvernement provisoire.

Paria, le 27 juin 18io.

La Commission du Gouvernement arrête ce qui suit :

Art. 1®'.

Le ministre de la marine donnera des ordres pour que deux frégates du port de Rochefort soient armées pour transporter Napoléon Bonaparte aux États-Unis.

Art. 2.

Il lui sera fourni, jusqu'au point de l'embarquement, s'il le désire, une escorte suffisante sous les ordres du lieutenant-général Beker, qui est chargé de pourvoir à sa sûreté.

Art. 3.

Le directeur général des postes donnera de son côté tous les ordres relatifs au service des relais.

Art. 4.

Le ministre de la marine donnera les ordres nécessaires pour assurer le retour immédiat des frégates aussitôt après le débarquement.

Art. 5.

Les frégates ne quitteront pas la rade de Rochefort avant que les saufs-conduits demandés ne soient arrivés.

Art. 6.

Les ministres de la marine, de la guerre et des finan-

ces sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de Texécution du présent arrêté.

Signé : Le duc d'Otrante, comte Grenier, QuiNETTE, Caulaincourt, duc de

ViCENCE, CaRNOT.

Par la Commission du Gouvernement :

Le secrétaire adjoint au ministre, secrétaire d'état,

Signé ;T. Berlier.

Son Excellence, devant joindre à la copie de ces pièces ses propres instructions, traça rapidement, sous les yeux du général, sur une simple feuille sans en-tête imprimé, une lettre qu'il écrivit toute entière de sa main, et qui était conçue dans les termes suivants :

LB MINISTRE DR LA GUERRE AU GÉNÉRAL BEKER

Paris, 26 juin 1815.

Monsieur le Général,

Je vous transmets copie d'un arrêté de la Commission du Gouvernement qui vous charge d'accompagner l'Empereur Napoléon.

Votre caractère connu est une garantie que vous aurez et que vous ferez rendre à ce prince les égards et le respect que Ton doit au malheur, et à un homme qui a gouverné pendant plusieurs années notre nation. L'honneur de la France est intéressé à sa sûreté.

Ainsi vous trouverez dans chaque autorité civile et militaire, dans l'àme de chaque citoyen, les secours que

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VOUS pourrez être dans le cas de réclamer pour la sûreté de sa personne.

Il vous sera suffisant de montrer l'arrêté de la Commission du Gouvernement ; je ne vous donne pas d'autres instructions.

Le Maréchal, ministre de la guerre, Prince d'Eckmuhl.

Le général s'empressa de communiquer ces dépêches à l'Empereur, qui ne songea pas néanmoins à effectuer son départ. Chaque heure lui apportait des avis différents sur la marche des événements; il se flattait toujours de quelque heureuse diversion.

A mesure que se discutait la question d'un exil, à mesure que s'évanouissaient les chances favorables, les restes de la Cour impériale se dispersaient rapidement. Dans les rangs éclaircis, on distinguait toujours l'honorable Grand Maréchal comte Bertrand, qui continuait à donner toutes les preuves d'une noble fidélité par les soins qu'il consacrait à la personne et aux derniers intérêts de l'Empereur.

27 jain.

Cet état d'incertitude se prolongeait, lorsque, le 27, le général Beker fut mandé à la Commission du Gouvernement.il recevait en même temps les trois dépêches suivantes : les deux premières prescrivaient les mesures dont le Gouvernement

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cliargoait, dans cette circonstance, le ministre de la marine et lui ; la troisième en ordonnait la notification à l'Empereur.

LE MINISTRE DE LA GURRRE AU GÉNÉRAL BBRER

Paris, 27 juin i8i5.

Monsieur le Général,

J'ai riionneur de vous donner copie de la lettre que la Commission du Gouvernement a écrite au ministre de la guerre, relativement à l'Empereur Napoléon.

La lecture de cette lettre vous fera sentir, Monsieur le général, qu'il est de la plus haute importance pour le bien de l'Etat et la sûreté personnelle de Sa Majesté que vous ne vous sépariez pas de sa personne tant qu'elle restera en rade de l'île d'Aix, ce qui devra durer jusqu'à l'arrivée des passe-ports.

Le Maréchal, ministre de la guerre,

Prince d'Eckhuhl.

Paris, le 27 jain 1815.

LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DU GOUVERNEMENT AU MINISTRE DE LA MARINE.

Monsieur le Duc,

La Commission vous rappelle les instructions qu'elle vous a transmises il y a une heure. Il faut faire exécuter l'arrêté tel que la Commission l'avait pris hier et d'après lequel Napoléon Bonaparte restera en rade de l'île d'Aix jusqu'à l'arrivée des passe-ports. Il importe pour le bien de TÉtat, qui ne-saurait lui être indifférent, qu'il y reste jusqu'à ce que son sort et

celui de sa famille aient été réglés d*une façon définitive. Tous les moyens seront employés pour que cette négociation tourne à sa satisfaction.

L'honneur français y est intéressé; mais en attendant on doit prendre toutes les précautions pour la sûreté personnelle de Napoléon et pour qu'il ne quitte point le séjour qui lui est momentanément assigné.

Signé : Le duc d'Otrante.

Pour copie :

Prince d'EcKMUHL.

AUTRE DÉPÊCHE DU MINISTRE DE LA GUERRE AU GÉNÉRAL BEKER

Paris, 27 juin 1815.

Monsieur le Général,

J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint un arrêté* que la Commission du gouvernement vous charge de notifier à l'Empereur Napoléon, en faisant observer à Sa Majesté que les circonstances sont devenues tellement impérieuses qu'il devient indispensable qu'elle se décide à partir pour se rendre à llle d'Aix. Cet arrêté est pris autant pour la sûreté de sa personne que dans l'intérêt de l'État, qui doit toujours lui être cher. Si l'Empereur ne prenait point une résolution à la notification que vous lui ferez de cet arrêté, vous exercerez la plus active surveillance, soit pour que Sa Majesté ne puisse sortir de la Malmaison, soit pour

1. Cet arrêté dont il est fait mention est le même que celui du 26 juin.

prévenir toute tentative contre sa personne. Vous feriez alors garder toutes les avenues qui aboutissent de tous les côtés vers la Malmaison. J'écris au premier inspecteur général de la gendarmerie et au commandant de la place de Paris de mettre à votre disposition la gendarmerie et les troupes que vous pourriez lut demander.

Je vous reitère, Monsieur le général, que cet arrêté a été entièrement pris pour l'intérêt de l'État et la sûreté personnelle de l'Bmpereur ; sa prompte exécution est indispensable. J^e sort futur de Sa Majesté et de sa famille en dépend. Je n'ai pas besoin de vous dire, Monsieur le général, que toutes ces mesures doivent être prises dans le plus grand secret possible.

Le Maréchal, ministre de la guerre ,

Prince d'Ecrmuhl.

Pour se conformer au message qui venait de lui être tranmis avec ces dépêcHesj le comte Beker se rendit de nouveau à Paris. Introduit dans le cabinet du comte Berlier, secrétaire adjoint au ministre secrétaire d'État, il apprit que la Commission lui intimait Tordre de partir le soir même incognito avec l'Empereur, et de l'accompagner à Rochefort. En mêmetemp8,le comte Berlier lui remit un passe-port par lequel la Commission executive autorisait le général Beker à se diriger vers cette ville, suivi de son secrétaire et d'un domestique. Ce secrétaire devait être l'Empereur.

Le Gouvernement, dit le comte Berlier, a trop

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à cœur le salut de Napoléon pour n'avoir pas songé à tous les moyens propres à favoriser son départ; il a pensé que dans son voyage un strict incognito, sous vot7^e nom et sous votre protection^ serait le moyen le plus simple da le faire arriver sans danger à sa destination^

Ce document est trop précieux pour l'histoire pour ne pas trouver ici sa place.

La Commission du gouvernement ordonne à tous les officiers civils et militaires de laisser passer librement Monsieur le comte Beker, lieutenant-général, député à la Chambre des représentants, se rendant à Rochefort, accompagné de son secrétaire et d*un domestique ; leur enjoint expressément de ne pas souffrir qu'il soit apporté aucun obstacle, ni mis aucun retard à la marche de Monsieur le comte Beker, et de lui prêter au contraire, en cas de besoin, aide et assistance.

Fait à Paris, le vingt- six du mois de juin de Tan dixhuit-cent-quiuze.

Le secrétaire-adjoint aa ministre, secrétaire d'État.

T. Berlier.

Au bas de ce passe-port, entièrement tracé à la main, était imprimé en cire rouge le cachet du ministre secrétaire d'État.

Chaque jour venait donc agrandir l'étendue, accroître l'urgence des services réclamés du comte Beker ; à chaque instant , son patriotisme

et son dévouement désintéressé recevaient un nouveau et douloureux appel.

Dans ce court trajet qui le séparait de la Malmaison, sa sollicitude s'appesantissait sur la gravite des obligations devant lesquelles la ligne de ses devoirs et l'accueil affectueux qu'il avait reçu de l'Empereur ne lui permettaient plus de reculer.

Devant ses yeux se manifestait l'exemple le plus étrange des vicissitudes humaines, puisque celui qui avait commandé à tant de Rois allait être obligé de s'abriter sous le manteau d'un de ses généraux pour s'éloigner à jamais de sa patrie. Quand il prit entre ses mains les pièces qui lui annonçaient un exil, l'Empereur, lisant les termes du passe-port, dit en souriant : « Me voilà donc votre secrétaire? — Non^ Sire^ répondit le général, vous serez toujours mon Souverain, »

Napoléon ne joignit pas d'autres réflexions à la lecture de ces dépêches qui l'avaient étonné un instant, et bientôt s'effaça sur ses traits l'impression qu'elles avaient produite.

Tous ces messages révélaient de la part de la Commission du Gouvernemenl des dispositions irrévocables. Malgré ces pressantes notifications. Napoléon restait irrésolu. Sa répugnance à quitter la Malmaison se fortifiait de plus en plus ; le lendemain matin, 28 juin, il fit appeler le comte

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Beker, et l'informa des considérations qui suspendaient son départ, n'ayant obtenu ni saufconduit, ni garanties suffisantes pour sa sûreté. Il le chargea d'écrire dans ce sens au Maréchal, ministre de la guerre, et ce fut presque entièrement sous sa dictée que fut tracée cette dépêche :

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