‹ Le maréchal Davout, prince d'Eckmühl; correspondance inédite, 179O-1815. Pologne--Russie--HambourgChapitre 35 sur 55 · MARITIME · texte numérisé non relu

MARITIME

Paris, 6 jumet 1815.

Monsieur le Préfet maritime,

Il est de la plus haute importance que l'Empereur quitte le plus tôt possible le sol de la France.

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L'intérêt de TÉtat et la sûreté de sa personne l'exigent impérieusement. Si les circonstances ne permettent pas qu'il parte sur les frégates, il sera peut-être possible à un aviso de tromper les croisières anglaises, et dans le cas où ce moyen lui conviendrait, il ne faut pas hésiter à en mettre un à sa disposition, pourvu qu'il puisse partir dans les vingt-quatre heures.

Si ce moyeu ne lui convient pas^ et qu'il préfère se rendre à bord des bâtiments de la croisière anglaise^ il est invité à vous en adresser la demande formelle et positive par écrit, et, dans ce cas, vous mettrez sur le champ un parlementaire à sa disposition pour suivre celle des deux destinations qu'il aura demandée.

Il est indispensable qu'il ne débarque pas sur le territoire français, et c'est ce que vous ne pourrez trop prescrire au commandant du bâtiment sur lequel il se trouve ou sur lequel il passera. Je vous adresse un arrêté du Gouvernement qui vient d'être prisa ce sujet, et je l'adresse en même temps au général Beker.

Les dispositions qu'il contient sont telles que je n'ai rien à y ajouter.

Au surplus, je vous recommande de lever, en ce qui dépendra de vous, toutes les difficultés sur son départ. Je ne puis trop vous répéter que ce départ est delà plus grande urgence.

Cependant il ne devra partir sur un aviso, pour les États-Unis, ou par un parlementaire pour la croisière anglaise ou l'Angleterre même à son choix, qu'autant qu'il en fera la demande la plus positive par écrit, et cette restriction, dont le général Beker lui donnera connaissance, lui fera assez sentir qu'un des grands motifs de l'urgence de son départ se fonde sur Tintérêt de sa sûreté pers3nnelle.

S38 LE MARECHAL DAYOUT

Si le parlementaire est envoyé, vous rédigerez l'ordre de son expédition suivant Tusage.

Je joins ici un extrait de l'arrêté de la Commission, que vous joindrez aux instructions dudit parlementaire pour lui servir de règle de conduite.

Cet extrait, vous le remettrez au commandant de l'aviso qui devra aller aux États-Unis, si l'Empereur choisissait ce parti.

Vous aurez soin de désigner, pour commander ces bâtiments, un bon officier qui sache allier la fermeté aux procédés les plus délicats.

Signé : Duc Degrés.

P. S. 11 est bien entendu que si le départ des deux frégates est possible, il n'est rien changé aux ordres précédemment donnés pour le conduire aux État-Uiiis par cette voie.

Paraphé : D. D.

EXTRAIT DES MINUTES DE LA SECRET AIRERK d'ÉTAT. ARRÊTÉ DU GOU^'ERNEMENT PROVISOIRE

Paris, 6 juillet 1815.

Vu l'urgence des circonstances elle haut intérêt attaché à ce que Napoléon Bonaparte quitte sur-le-champ je territoire français, tant sous les rapports de sa sûreté personnelle que sous ceux de la raison d'État,

Arrête :

Art. 1*'. Le Ministre delà marine réitérera les ordres qu'il a donnés pour rembarquement et le départ immédiat de Napoléon sur les deux frégates destinées à cette mission.

Art. 2. Si, par la contrariété des vents, la présence

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de Tennemi, ou par toute autre cause quelconque, le départ immédiat des deux frégates était empêché, et qu'il fût probable qu'on réussirait à effectuer le transport de Napoléon par un aviso, le Ministre de la marine donnera des ordres pour qu'il en soit mis un sans délai à sa disposition, sous condition que ledit aviso partirait dans vingt-quatre heures au plus tard.

Art. 3. Mais si, par les contrariétés que ce transport peut éprouver sur un aviso, Napoléon préférait être conduit immédiatement soit à bord d'une croisière anglaise, soit en Angleterre, le préfet maritime du cinquième arrondissement lui en donnera les moyens sur sa demande écrite, et, dans ce cas, il sera mis sur-lechamp à sa disposition un parlementaire.

Art. 4. Dans tous les cas, le commandant du bâtiment destiné à porter Napoléon ne pourra, sous peine de haute trahison, le débarquer sur aucun point du territoire français.

Art. 5. Si le commandant du bâtiment était forcé de relâcher sur les côtes de France, il prendrait toutes les mesures de sûreté nécessaires pour que Napoléon ne pût débarquer. Au besoin il requerrait les autorités civiles et militaires pour lui prêter main-forte.

Art. 6. Le général Beker, sous la responsabilité duquel ont été mises la garde et la personne de Napoléon, ne devra le quitter qu'en dehors des pertuis ; et si Napoléon a demandé à être transporté à bord de la croisière anglaise ou en Angleterre, il né devra le quitter qu'après qu'il l'aura remis à bord de ladite croisière ou débarqué en Angleterre.

Art. 7. Tant que le général Beker sera à bord du bâtiment destiné au transport de Napoléon, le commandant dudit bâtiment sera à ses ordres et déférera à

toutes réquisitions qui lui seront faites par ledit général relativement à Tobjet de sa mission, et dans le sens du présent arrêté.

Art. 8. Le Ministre de la marine est chargé de l'exécution du présent arrêté et de sa transmission au général Beker, qui devra se conformer, en ce qui le concerne, aux dispositions qu'il renferme.

Signé : Le duc d'ÛTRANTE président, coriite Grenier, Caulaincourt, duc de Vicence, Carnot.

Par la Commission du Gouvernement, pour le secrétaire-adjoint au ministre secrétaire d'État,

Signé : Quinette.

Pour copie conforme :

Le Ministre de la marine et des colonies,

Signé : Duc Degrés.

Cet arrêté traçait minutieusement au comte Beker la ligne de ses devoirs.

Tous les pouvoirs étaient concentrés dans ses mains ; sur lui seul allait peser la responsabilité des mesures importantes auxquelles étaient attachées les destinées de l'Empereur et peut-être celles delà France.

Mais, dans cette dernière période comme dans les circonstances précédentes. Napoléon fut seul l'auteur de sa perte, par ses incertitudes et ses hésitations.

D'après les injonctions de ces dépêches qui ne permettaient plus de compter sur l'arrivée des

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passe-ports, qui intordisaient toute proposition contraire aux instructions qu'elles contenaient, une péniche fut expédiée pour l'île de Rhé, afin de connaître, par le résultat des signaux, le nombre des bâtiments anglais ainsi que les points de station dans les pertuis Breton. et d'Antioche.

Sans arrêter aucune mesure, Napoléon, n'envisageant qu'avec une secrète aversion tout projet qui devait lui faire abandonner la terre de France en fugitif, croyant plus digne de lui d'aller réclamer l'hospitalité sur une plage ennemie, voulut s'assurer de l'accueil que lui feraient les Anglais, et résolut d'envoyer un parlementaire à bord de leur escadre.

L'arrêté du Gouvernement exigeant une demande par écrit, le Grand Maréchal adressa dans ce sens, au nom de l'Empereur, la lettre suivante:

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