‹ Le maréchal Davout, prince d'Eckmühl; correspondance inédite, 179O-1815. Pologne--Russie--HambourgChapitre 47 sur 55 · LE GÉNÉRAL DONZELOT AU GÉNÉRAL DAVOUT · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL DONZELOT AU GÉNÉRAL DAVOUT

Girgé, le 9 floréal an vn.

J'ai reçu, mon cher Général, votre lettre du l**" de ce mois. Je vous félicite de bon cœur de vos succès. Sans doute que vous avez actuellement détruit le rassemblement des environs de MelaouL Vous aurez profité des offres deMahamout /^«ic^ pour le combattre avec vous, et probablement vous aurez eu le temps de prévenir d'Estrée pour qu'il soit de la partie. Avec toutes ces forces réunies vous aurez dû détruire, dans ce village qui fait 3e Rodomont, tous les révoltés,[tous les Arabes et prendre fleurs chameaux et équipages. Quant aux Mamelucks, je présume qu'à leur coutume, ils feront battre les autres et ne s'engageront pas.

Que vous feriez de plaisir au général Desaix si vous pouviez achever cesmauditsMéquinsetleurchef Hassan!

Quoi qu'il en soit, nous attendons de vos nouvelles avec impatience. Depuis quelques jours, on n'a pas reçu de vos nouvelles. Demain nous nous mettons en marche pour aller à Siout. Nous irons seulement pour ramasser en passant un peu d'argent.

Avez-vous des nouvelles de la Basse-Egypte? Si la communication avec d'Estrée est libre, vous pourrez en avoir, du moins je le pense.

Vous en recevrez du général Zayonschek.

LB MARÉCHAL PRINCE d'eCKMUHL AU LIEUTENANT GÉNÉRAL COMTE DOMZELOT, GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE LA MARTINIQUE

Paris, le 25 septembre 1817.

Mon cher Général^ J'ai eu le' plaisir de vous recommander de vive voix

GOaRESPONDANGE INÉDITE 281

les intérêts de mon cousin, M. Davout de la Martinique, et vous ai promis de vous donner quelques détails sur les affaires de ce pays.

Il est dû à mon cousin, par diverses personnes, environ trois cent millesjivres coloniales; depuissixans qu'il a quitté cette île, il n'en a pas encore reçu un sol, malgré les efforts de M. Desfourneaux, son fondé de pouvoir, pour effectuer la rentrée de ces fonds.

J'ai appris que cela vient de l'insuffisance des lois qui régissent cette colonie et que les sentences des tribunaux y demeurent sans effets, la saisie réelle et partielle n'y ayant pas lieu, mais seulement la saisie des denrées fabriquées. J'ai aussi appris que le débiteur de mauvaise foi vend clandestinement ses sucres ou cafés et que, lorsque les créanciers veulent le faire saisir, ils se trouvent ne plus lui appartenir. Je sais aussi que quand on parvient à saisir des denrées, les localités forcent les saisissants à établir gardien de la saisie le propriétaire des objets saisis et que très, souvent celui-ci ne les représente jamais, et qu'alors il intervient une sentence par corps, mais qu'il n'y a pas d'exemple qu'on en ait mis une à exécution, de sorte que le créancier reste toujours dans la dépendance de son débiteur, auquel il faut quelquefois qu'il aille faire la cour pour en obtenir de quoi subsister.

Mon parent ayant perdu ses biens d'Europe n'a pour subsister et élever sa famille que ce qu'il possède à la Martinique. En conséquence, Je vous prie aussi, mon cher Général, de seconder de tout votre pouvoir les arrêts ou sentences des tribunaux pour contraindre de payer et de mander devant vous les débiteurs, et de tirer d'eux leur parole de satisfaire à leur engagement dans le plus bref délai.

Je VOUS prie aussi, mon cher Général, de vouloir bien accorder toute confiance à M. Desfourneaux, représen" tant mon parent à la Martinique, ainsi qu'à M. Le Merle, son avoué près les tribunaux, qui pourra mieux vous indiquer les moyens d*appuyer les lois.

Je ne puis trop vous recommander, moncherGénéral, les intérêts de mon cousin qui mérite, par ses qualités personnelles, les malheurs qu'il a éprouvés et supportés avec toute la modération et le bon exemple possible, qui mérite, dis-je, toute votre bienveillance. Tous les services que vous lui rendrez seront de véritables preuves d'attachement que vous me donnerez.

Je vous prie, mon cher Général, de disposer de moi sur le continent, je ferai avec plaisir tout ce que vous désirerez. Je vous souhaite une parfaite santé, un prompt retour, et vous réitère l'assurance de mon vieil attachement et de mon entière estime.

Tout à vous,

Le Maréchal, Prince d'Egkmuhl.

Il est évident que le Maréchal, en servant son parent, désirait également servir la colonie française et éclairer le Gouvernement.

Savigny, le 28 novembre 1818

Mon cher Général,

La personne qui vous remettra cette lettre est M. Davout de Curly, mon cousin germain, que je vous ai déjà présenté auparavant votre départ de Paris pour votre gouvernement, et pour lequel je vous avais remis

une note pour réclamer votre justice si le cas se présentait. Il a des intérêts à la Martinique, ou pour mieux dire il y a la presque totalité de la fortune de ses enfants, ayant perdu la sienne, qui était fort considérable, par reflfet de la Révolution : il est impossible d'avoir supporté cette perte avec plus de fermeté et de sagesse.

Il est venu il y a déjà assez longtemps en France pour l'éducation de ses enfants et pour sauver quelques débris de sa fortune, après avoir laissé toutefois sa procuration pour gouverner la fortune qu'il laissait à la Martinique. Il paraîtrait qu'il n'aurait pas trop à se louer de la personne en qui il a placé sa confiance. Il est sans aucune nouvelle depuis plus d'un an ; il n'a écouté que sa tendresse et les intérêts de ses enfants; il prend par ces motifs le parti de faire ce voyage, ce qui est très pénible, arrivant à l'âge où l'on doit aspirer après le repos. Il est plus que vraisemblable qu'il pourra avoir recours à votre intervention ; je la réclame de votre amitié, mon cher Général, et je ne doute pas que vous ferez pour mon excellent parent tout ce qui dépendra de vous, d'autant plus que, par le caractère que je lui connais, il est incapable de faire des réclamations injustes. Je ne vous recommanderais pas avec plus d'intérêt mon propre frère que je ne vous recommande mon cousin. Je regarderai comme des preuves de votre amitié tout ce que vous pourrez faire pour lui.

J'ai eu de vos nouvelles indirectement, mais elles

m'ont fait d'autant plus de plaisir que j'ai entendu votre

éloge sortir de la bouche de personnes avec qui je suis

quelquefois en dissidence d'opinion.

J'ai prié mon parent de me donner de vos nouvelles.

' Il vous parlera de nous et d'un malheur domestique

Î8i LE MARECHAL DAVOUT

que nous venons d'éprouver, qui nous est bien sensible «.

Je vous félicite de ne pas être exposé à ces sortes de malheurs, car ils sont bien pénibles et désenchantent h vie.

Adieu, mon cher Général, jouissez d'une bonne santë et revenez-nous avec la récompense de vos honorables et bons services et de votre beau caractère. Voilà ?es vœux que forme un de vos plus anciens et meilleurs amis.

Le Maréchal, Prince d'Egkmuhl.

A coup sûr, de tels amis sont aussi rares que de tels parents !

Le cœur du Maréchal est toujours ouvert aux nobles affections. L'homme qui parle ainsi en faveur d'un parent arrivé au déclin de l'âge lest bien le même que celui qui écrivait, en pleine gloire, en plein triomphe, à sa mère malade : « Vous conserver, vivre entre mes enfants et ma femme, voilà en quoi je fais consister mon bonheur. » Une autre fois, parlant d'un jeune cousin, il écrit à M"™® d'Avout : « Je suis on ne peut plus satisfait de Henry , qui se livre à l'étude. J'écrirai, ces jours-ci, à mon oncle. » Cette lettre est du 22 novembre 1807, mais en voici une plus touchante encore.

1. Le Maréchal fait aUusion à la mort de sa fille, la comtesse Joséphine Vigier.

CORRESrONDAMCE INEDITE 285

Hambourg, le 31 juillet.

« Mon cher frère, voussavez quenousavons deux cousins au collège d'Auxerre. J'ai écrit au préfet de T Yonne, il y a quelque temps, à leur sujet ; on en est très satisfait. M. de la Bergerie ajoute que nos deux parents désirent vivement d'aller en vacances. S'ils n'y vont pas, ils resteront seuls^ ce qui les ferait mourir de chagrin et de honte. Ils auraient l'air d'être abandonnés. Cela ne serait pas convenable.

Ma femme n'est pas à Paris, ils ne peuvent en conséquence y aller passer le temps de leurs vacances. Je trouve en outre ce séjour mauvais pour la jeunesse, lorsqu'elle n'y est pas très surveillée. Je vous prie donc, mon cher Alexandre, deles envoyer chercher à l'époque des vacances : elles ont lieu cette année depuis le 15 août jusqu'au 10 octobre. Ainsi, vous aurez la complaisance de les garder chez vous pendant ce temps. Vous leur ferez donner quelques leçons afin qu'ds n'oublient pas ce qu'ils ont appris ; ils ont, à ce que l'on m'a dit, un bon caractère, et j'espère qu'ils ne vous seront pas gênants.

N'oublions pas que cette lettre est écrite de Hambourg, alors que mille soins absorbaient les heures du Maréchal, qui ne négligeait jamais rien ni personne.

Armée de la Loire.

LETTHK I)K S. A. M. LE MAhÉCUAL PRINCE D'eCKMUHL, GÉNÉRALE! ClIKK DE l'aH.MÉE DE LA LOIRE, A M. LE LIEUTENANT GÉNÉBAL BA- RON HAMÉLLNAYE, COMMANDANT LA 22* DIMSION MILITAIRE, 1 TOURS.

Orléans^ le il juillet 1815.

Monsieur le Général,

L'année, en (fuittant Paris et se retirant derrière h Loire, aux termes de la convention du 3 juillet, avait laissé, auprès du Gouvernement provisoire, des commissaires chargés de lui demander des Instructions.

Ces commissaires, eu rendant compte à l'armée des derniers événements de la capitale, et de l'entrée da Roi à Paris, m'ont fait part des ouvertures qui leur avaient été faites pour engager l'armée à reconnaître que son union au système du Gouvernement peut seule empêcher la dissolution de l'État. Les commissaires, dans leurs communications, donnent l'assurance que, sous un Gouvernement constitutionnel, aucune réaction ne sera à craindre; que les passions seront neutralisées; que le iMinistère sera seul responsable ; que les hommes et les principes seront respectés ; que les destitutions arbitraires n'auront lieu, ni dans l'armée, ni dans les autres états de la société, et, qu'enfin , l'armée sera traitée conformément à son honneur. Ce sont les propres termes transmis par les commissaires.

Pour gage et pour preuve de ce qu'ils avancent, ils donnent comme certain que le maréchal Saint-Cyr est nommé Ministre de la guerre ; que le duc d'Otrante est Ministre de la police, et qu'il n'accepte qu'avec l'assurance que le Gouvernement marchera dans un esprit demo-

COKRESPONDANGE INÉDITE 287

dératioiietde sagesse, dont lui-même a toujours donné Texemple.

Les sentiments de Tarraée sont bien connus : elle a combattu vingt-cinq ans toujours pour la France, souvent pour des opinions contestées : le seul prix qu'elle demande du sang qu'elle a versé, c'est qu'aucun citoyen ne puisse être poursuivi pour aucune de ses opinions, dans lesquelles il a pu être de bonne foi.

A ces conditions, l'intérêt national doit réunir fran- • chement l'armée au Roi. Cet intérêt exige des sacrifices : ils doivent être faits de bonne grâce, avec une énergie modeste L'armée subsistante, l'armée unie et ensemble, deviendra, si nos malheurs s'aggravent, le centre et îe point de ralliement de tous les Français et des royalistes même les plus exagérés.

Tous ne tarderont pas à sentir que l'union et l'oubli de tous dissentiments pourront seuls opérer le salut de la France, qui devient impossible, si l'hésitation, les dissidences d'opinion, les considérations particulières amènent la dissolution de l'armée, soit par elle-même, soit par la force étrangère.

Unissons-nous donc, serrons-nous, ne nous séparons jamais.

Les Vendéens nous donnent un touchant exemple : ils nous ont écrit pour nous offrir de déposer tout ressentiment et de s'unir à nous, dans la vue patriotique de prévenir tous déchirements, tous démembrements de la patrie. Soyons Français : ce fut toujours, vous le savez, ce sentiment qui domina exclusivement dans mon âme. Il ne me quittera qu'au dernier soupir,..

A ce titre, je vous demande votre confiance : je suis sur de la mériter et de l'obtenir.

Signé : Maréchal Prince d'Eckmuhl.

tAi LE MABÉGHÂL DAVOUT

Pour copie conforme, le Maréchal de camp, commandant le département de la Sarthe :

MOCQUERT.

Page 1