‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 9 sur 109 · ZA RAR À R À · texte numérisé non relu

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« Il était temps, car notre frégate la Sirène, écrivait Desandroüins à un de ses cousins, faisoit eau de toutes paris : il y en à trois et quatre pieds dans la cale. Elle est un peu surannée, je doute qu’elle retourne en France. On pourra la raccomoder, dit-on ; mais, Dieu merci, j'en suis dehors depuis hier.

« Nous avons eu la traversée la plus heureuse : point d’Anglois, et pas de mauvais temps. Très bonne santé, au point d’avoir été exempt .de payer le tribut ordinaire, et de faire envie à plusieurs marins qui se sont trouvés incommodés du mal de mer. Tous les vaisseaux de notre convoi sont dans le fleuve Saint-Laurent : ains; les Anglois ne peuvent plus leur couper le chemin.

« M. de Montcalm, qui est arrivé deux ou trois jours avant nous, m'a donné ordre de partir, le 22 de ce mois, pour Montréal : il partira luimême ce jour-là. M. de Vaudreuil y est (1); nous ne tarderons pas à faire de la besogne.

M. de Montcalm m'a remis ma commission de capitaine (2) ».

De Québec à Montréal, on remonte le fleuve

Saint-Laurent. Le bateau, qui emportait Montcalm,

(1) M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada.

(2) Papiers du général Desandroüins, — Copie d’une

lettre à son cousin.

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emportait aussi ses équipages, de sorte que Desandroüins, qui l’accompagnait, n'ayant pu se faire suivre de ses effets, n'avait pour la nuit « ni « couverture, ni matelas » : il dut coucher sur le pont, à la belle étoile.

Ils arrivèrent à Montréal le 29, après six jours d'une navigation fréquemment interrompue. Il y a à peu près 90 lieues de distance entre les deux villes.

Dès son arrivée, on présenta à Desandroüins les

plans des forts français et anglais qui, placés en face les uns des autres, le long de la frontière, se surveillaient mutuellement comme des sentinelles ennemies, et servaient de défense à leur propre pays, en même temps qu'ils étaient une menace pour celui qu'ils regardaient.

« Mais la plus part de ces forts n’avoient pas le sens commun. On disoit autrefois de M. de Vauban que les premières fortifications qu'il avoit vues, quoique bien éloignées de la perfection, l’avoient rendu ingénieur : il seroit difficile « que celles de ce pays en fissent autant (1) ».

Le séjour de Desandroüins à Montréal ne fut point long. Dès le 4 juin, il reçut ordre de se rendre au fort de Frontenac.

Frontenac est au moins à 95 lieues au-delà de Montréal, sur le lac Ontario, à la source même du Saint-Laurent et sur sa rive gauche (2). Sa position

(1) Recueil et Journal, etc.

(2) La ville de Kingston s'élève aujourd’hui sur l’emplacement du fort de Frontenac.

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est bien choisie : il occupe une pointe de terre qui entre dans le fleuve et forme en se recourbant, la baie de Cataracouy.

C'était le premier voyage que faisait le jeune capitaine, seul et pour son propre compte, sur cet immense et solitaire Saint-Laurent : jusqu'alors, il avait voyagé en compagnie de ses camarades ou de ses chefs. Aussi, ignorait-il les précautions qu'il fallait prendre, et les approvisionnements de toutes sortes dont il fallait se munir, lorsqu'on partait pour ces postes lointains, où l’on manquait souvent du nécessaire, où l'on ne trouvait rien, et où l’on restait parfois des semaines, et en hiver des mois entiers, sans communication avec aucun centre habité. Il se contenta donc de quelques provisions qu'on voulut bien lui donner, et il partit.

« Mais en revanche, dit-il, j'étais muni d’une « longue et belle instruction, que je conserve avec « soin (1), pour retrancher Frontenac qu'on crai- « gnoit de voir attaqué dans peu. Elle consistoit, « à conserver l’ancien fort, tel mauvais qu'il pût « être, à cause des bâtiments qui s’y trouvoient ; « à couvrir le fort par de nouveaux retranche- « ments ; à les faire de facon à pouvoir devenir « une fortification régulière quand on voudrait y « donner la dernière main, et être défendus par

(1) Manuscrit peu lisible de quatre pages, intitulé :

Projet d'instruction pour l'ingénieur qui sera envoyé, par M. le marquis de Vaudreuil, au fort de Frontenac.

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« une garnison de six cents hommes (1) ».

Léger de bagages, Desandroüins arriva le 16 à Frontenac, après avoir fait, tantôt par eau, tantôt par terre pour éviter les rapides du fleuve, un voyage très accidenté, mais excessivement intéressant.

A Frontenac, il trouva le bataillon de Guyenne et quatre compagnies de Béarn (2), que la Sarre, nouvellement arrivé de France, vint rejoindre huit ou dix jours après.

Les ofliciers de Guyenne et de Béarn reçurent fort bien le capitaine Desandroüins et lui firent une foule d’honnêtetés : l'un d’eux lui donna une chambre, un autre un matelas. Mais il fut moins bien accueilli par la troupe, car il apportait l’ordre du général et du gouverneur de réduire de un franc à quinze sous, le prix de la journée des soldats qui seraient employés au travail.

Immédiatement, il se mit à la besogne. Le fort, tel qu'il existait, n'avait ni fossés, ni chemins couverts, ses murailles n'étaient point terrassées, et les premiers boulets pouvaient les abattre en

(1) Recueil et Journal, etc.

(2; Guyenne, régiment créé en 1684. à un bataillon ayant 40 officiers, 500 soldats, avec trois drapeaux, dont un blanc colonel et deux d'ordonnance, verts et isabelles, et croix blanches.

Béarn, régiment créé en 1684, à un bataillon ayant 40 officiers, 500 soldats, avec trois drapeaux, dont un blane

colonel et deux d’ordonnance, isabelles et rouges, et croix blanches.

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les frappant au pied. Desandroüins, qui avait ordre de le conserver, en tira tout le parti possible, creusant des fossés, élevant des épaulements, plantant des palissades, ménageant des chemins couverts, et construisant des bastions et des redoutes. Il traça aussi un ouvrage à cornes fort étendu, dont les branches s’appuyaient à la baie de Cataracouy.

Mais, au lieu de 300 ouvriers qu’exigeaient ces travaux et sur lesquels il comptait, on ne put lui en donner que 120, rarement 150, à cause des gardes et des corvées trop nombreuses. On manquait aussi d'outils, et surtout de brouettes que l'on avait prises pour le service de l'artillerie.

Le 24 juin, arriva M. de Combles, capitaine commandant du génie. Desandroüins lui fit part de ce qu'il avait fait déjà, et de ce qui lui restait à faire. « J’étois charmé, dit-il, de luy communiquer « mes projets, afin que sa critique m'évitât celle « de gens de la part de qui j'aurois été très « fâché d’en essuyer. Il eut la bonté de me donner « son approbation, et d’en écrire en bons termes à « nos généraux (1) ».

Le colonel de Bourlamaque, qui vint quelques jours après prendre le commandement du fort, approuva aussi les plans de Desandroüins. Seulement, il demanda un casernement pour 1.000 hommes, au lieu de celui projeté pour 600.

(1) Recueil et Journal, ete.

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