‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 100 sur 109 · ARR RR À À À · texte numérisé non relu

ARR RR À À À

même temps le patron du canot et un matelot vers l'Ouest, tant pour chercher des secours de ce côté que des vivres pour les canotiers : je leur donnai de l’argent. Nous primes avec nous un matelot, nommé Bureau, qui parloit provençal et un peu l'espagnol.

« Après une 1/2 heure de marche sur la plage, où on voyoit quelques traces de pieds nuds, nous trouvâmes un sentier qui entroit dans le bois ; nous le suivimes, marchant à grand pas, autant que nos forces pouvoient le permettre ; et, une heure après, commençant à être fort inquiets de ne rien apercevoir qui nous indiquât la moindre habitation, un soldat espagnol se trouva devant nous, venant à l'encontre.

« Nous l’interrogeâmes et nous apprimes que nous étions à la pointe d'Ubéro, sur la côte de Coro, à 40 ou 50 lieues de Porto-Cabello, sans espérance de trouver d'ici là la moindre embarcation propre à la mer, non plus qu’en arrière. Nous ne devions trouver d’autres habitations qu'une pauvre case à Nègres, à 6 lieues plus loin ; et, à 5 lieues au-delà, une habitation un peu moins mauvaise, où l'on pourroit nous donner deux mauvais chevaux.

« Nous engageâmes ce soldat à suspendre sa mission qui étoit de courir la côte, et à nous servir de guide. Il s’appeloit Juan Thomas Ostoz, et étoit métis, c'est-à-dire d’un sang mêlé d'’Espagnol et d’Indienne.

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« Nous arrivâämes, épuisés de fatigues et de faim, à la case à Nègres, où en effet on ne put nous donner à chacun qu'un épis de maïs grillé, avec de l’eau.

« Nous étions résolu de poursuivre plus loin, au hasard de tomber d’épuisement, lorsque

« j'aperçus deux méchantes bourriques avec leurs

charges, et deux négrillons. A force d'argent, nous obtinmes les deux bourriques. Mais le matelot déclara qu'il n’étoit point en état de nous suivre, si on ne lui en donnoit une ; c’étoit un homme de 30 ans, fort et vigoureux, de 5 pieds 4 à 5 pouces! M. de Pinsun s'offrit d'aller à pied, et fit en effet les trois quarts de la route de cette manière.

« À l'entrée de la nuit, nous arrivèimes à la seconde habitation, chez don Félis qui nous reçut de son mieux. Il fit cuire pour nous du pain de maïs que je dévorai, mais que M. Pinsun ni même le matelot ne pouvoient avaler. En revanche, ils mangèrent avidement de la viande

« boucanée dont mes vieilles dents ne pûrent venir

à bout.

« Lorsque nous fûmes parvenus à ratrapper les deux chevaux, nous primes un guide Indien, après avoir bien payé le premier. Don Félis, lui, ne vouloit rien : nous ne pûmes lui faire

accepter quelque chose qu’en lui représentant que si plusieurs des François naufragés suivoient la même route que nous, il seroit bientôt ruiné

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