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« pensions.
désir de Mr Desandroïüins, maréchal de camp, qu'en mettant sous vos yeux la copie de ses réclamations relatives au traitement qui lui à été attribué en pension lorsque, par suite de l’organisation du corps du génie, il a cessé d'en faire partie. Elles me paroissent de nature à mériter toute considération.
« Et, en effet, cet officier général, né sans fortune, s’est acquis en tout tems une réputation bien méritée, autant par la distinction de ses services, que par le fond d'honneur et de probité dont il ne s’est jamais écarté. Il a perdu, dans la dernière guerre de l'Amérique Septentrionale, par un naufrage désastreux, tout ce qu'il pouvoit posséder. Il commandoit le corps ; et à son retour on lui avoit accordé une pension de 1,500 fr., moins à la vérité pour compenser la perte qu'il avoit essuyée, que pour reconnoître les services utiles qu'il avoit rendus.
« Aujourd’hui, qu’il se trouve, par l'effet d’une loi générale, arrêté dans son avancement qu'il étoit au moment d'obtenir, une autre loile prive de ses pensions ; et il ne lui reste qne celle de 4,800 fr., somme qui fait l'objet unique de sa fortune, dans un âge si avancé, et après plus de 50 années de services.
« Cet officier général pourroit vous paroître avoir droit au bénéfice de l'Art. 12 du Titre 3 de la loi du 22 Août 1790 concernant les
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« Je désire que sa cause puisse vous inspirer un « intérêt égal à celui que j'y prends, et lui pro- « curer la justice dont il me paroit susceptible. »
Cette lettre de M. de Narbonne, si sympathique et si cordiale, resta sans effet. Du reste, la Monarchie, à la veille de sa chute, pas plus que la République du lendemain, n'avait pas de fonds pour récompenser un brave soldat de ses nombreuses campagnes, l'indemniser d’une ruine totale,
. et lui témoigner sa reconnaissance de l’inappré-
ciable service rendu à l'Etat lors du naufrage de la Bourgogne \ Et puis, la vie de 354 hommes d'équipage, sauvés par Desandroüins, ne valait peutêtre pas 1,500 francs !
Rome lui aurait décerné une couronne d'or !
Voici quelle fut la réponse du Comité :
« Extrait du Logographe, n° 190 :
« Séance du samedi 7 Avril 1792.
« Rapport de M. Ramel, au nom du Comité de « Liquidation. Art. XII.
« Sur la réclamation de M. Desandroüins, « maréchal de camp, qui demande une gratifica- « tion pour l'indemniser de 2,077 fr. 10 sols de « peusion qui se trouvent supprimés par la loi « du 22 Août 1790, l’Assemblée nationale, consi- « dérant que, par le décret du 28 Septembre 1791, «il a été accordé au sieur Desandroüins une « pension de retraite de 4,800 fr. décrète qu'il « n’y a pas lieu de délibérer » !
Le général Desandroüins, depuis qu'il avait été
sde. n°15
mis à la retraite, habitait, à Paris, un petit logement, rue Caumartin.
Sa société s'y trouvait fort restreinte. Son cousin Walter-Neurbourg, aussi maréchal de camp, avec lequel il n’avait cessé d'entretenir des relations de bonne amitié, et quelques vieux camarades, anciens officiers de l’armée, formaient seuls le cercle de ses relations ; cercle d'autant plus intime qu'il était plus étroit.
Ces vieux soldats y parlaient beaucoup du temps passé. Desandroüins entre tous était intéressant, lorsqu'il racontait ses campagnes au Canada et la guerre d'Amérique.
Ils y parlaient aussi quelquefois. mais discrètement, car les murs pouvaient avoir des oreilles, du temps présent, des évènements qui se précipitaient, des hommes qui passaient. Pourtant l'on espérait toujours que les évènements finiraient par s'arrêter, parcequ'il viendrait un homme fort qui
saurait et pour” ; dominer !
Mais tor -, pour la royauté, fut perdu lorsqu'on 16, dans la solitude de la rue Cau-
martin, et la journée du 10 Août; et la suspension du pouvoir royal par l’Assemblée nationale ; et l’entrée des Prussiens en France; et les atroces massacres de Septembre; et la prise de Verdun que Desandroïüins eut peut-être mieux défendu ; et Valmy ; et la proclamation de la République ; et la retraite honteuse des Prussiens ; et la famille
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royale prisonnière au Temple ; et le procès de Louis XVI commencé !
Nous avons dit : tout espoir pour la royauté fut perdu. Mais on ne désespérait pas de la France autour de Desandroüins. Car ils étaient restés Françcais, ces braves vieux soldats, malgré les folies qui déshonoraient la France ! Et ils ne purent s'empêcher d’applaudir aux efforts que fit la Nation pour rejeter le dernier Prussien, comme l'estomac rejette une nourriture malsaine.
Aussi bien, je crois qu'il y avait dans leur cœur, comme dans celui de beaucoup d'honnêtes gens à cette époque, un douloureux combat entre ces deux sentiments : l'amour du Roi, et l'amour de la Patrie. Oui, ils aimaient le Roi : mais la France, mais la Patrie était en danger ! Et on quittait le Roi, pour, se:'vir la Patrie (1).
Desandroüins donc oubliait tout, ses ennuis, ses infirmités, ses douleurs et l'injustice dont il avait été victime de la part du Gouvernement, pour ne songer qu'aux malheurs de la Patrie. Sûrement qu'alors il regretta, et la lettre qu'après sa mort il recevra du ministre de !. guerre en est la preuve, il regretta de n'être plus en activité, et de ne pouvoir mettre son épée au service, non pas du
Gouvernement, mais de la France qui faisait alors un suprême appel à tous ses enfants. Toujours
(1) Bien entendu, nous ne parlons pas des amis de la
famille royale. Ceux-là devaient la suivre partout, dans le malheur comme dans la prospérité.
est-il que le Ministre de la guerre savait qu'il pouvait compter sur lui.
Mais, hélas ! il ne s'était jamais remis tout-à-fait des fatigues excessives, rs privations et des souffrances de toutes sortes qu'il avait endurées dans la terrible catastrophe qui avait marqué le naufrage du vaisseau la Bourgogne.
Malgré que son âge fut peu avancé, sa constitution, pourtant robuste, avait été tout-à-fait ébranlée, et sa santé complètement perdue. S'il n'avait pas comme d’autres rapporté, des campagnes du Canada et d'Amérique, de glorieuses blessures, son corps n’en était pas moins criblé de douleurs qui avaient une origine aussi honorable.
Ainsi donc, Desandroüins avait passé les sombres jours de 92. Etranger, mais non indifférent, aux tristes choses qu'il voyait autour de lui ; entouré de l’estime de tous et de l'amitié de quelques-uns ; fidèle, malgré tout, à ses devoirs religieux qu'il n'avait jamais du reste abandonnés, il menait la vie modeste et retirée d'un sage, d’un chrétien, et un peu d'un dégoûté ; mais il ne songeait nullement que son heure dernière fut si proche.
Elle était plus proche, en effet, que ne le pouvait faire supposer le nombre de ses années.
Il mourut le 11 Décembre 1792.
Nous n'avons pas de détails sur ses derniers moments. Il est probable qu'il fut enlevé après quelques heures d'une courte maladie. Mais,
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habitué à regarder, depuis 50 ans, la mort en face, il 1e trembla pas lorsqu'il la vit inopinément s'approcher : il était prêt !
On peut écrire de lui ce qu'il disait autrefois d'un de ses camarades au Canada : « Sa mort fut « celle d’un vray héros chrétien ! »
Il n’était âgé que de 63 ans.
Le lendemain, il fut inhumé dans le cimetière de l’église Ste-Madeleine-la-Ville-l'Evêque, à Paris.
Sa maladie et sa mort furent si instantannées, qu’au ministère de la guerre on ne les connut que sept jours après !
On se souvient que la retraite, à laquelle le maréchal de camp Desandroüins avait été forcé, ne lui enlevait pas tout espoir d’être un jour rendu à l’activité, dans un poste ou dans un autre.
En effet, le Ministre de la guerre lui écrivit la lettre suivante datée de :
« Paris, le 16 Lécembre 1792, l'an Ier de la « République.
« Le Ministre de la guerre, au citoyen Desan- « droùüins, maréchal de camp, rue Caumartin.
« La loi du 10 Juillet 1791 ayant prescrit, « Citoyen, qu'il sera annuellement établi à Paris un Comité des fortifications pour y être assemblé « du premier du mois de Janvier au ler Avril « suivant, je vous préviens que le Conseil exécutif « provisoire vous a désigné pour être un des Membres de ce Comité, et que son intention est, qu’aussitôt que ma lettre vous sera parvenue,
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« vous ne perdiez pas de temps à vous rendre « dans cette Capitale.