‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 15 sur 109 · RAS | COOL VIRE · texte numérisé non relu

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« arriva à la pointe du jour. Deux barques « ennemies sortirent presqu'en même temps, mais « trop tard, pour leur couper le chemin (1) ».

Cependant, cette tentative avortée des Anglais avait augmenté l'espèce d'inquiétude qui régnait au camp français, et que Desandroïüins ressentait peut-être plus que tout autre, parce qu'il avait sa part de responsabilité dans l’entreprise.

« Nous connaissions, dit-il, la force de la « garnison ; notre faiblesse ; la modicité de nos « approvisionnements de bouche qui ne devoient « nous mener que jusqu'au 28 tout au plus ; la « supériorité des barques ennemies sur le lac qui « nous devoient naturellement empêcher Ja com- « munication avec Niouré et Frontenac. Nous « faisions peu ou point de fonds sur les Canadiens et Sauvages pour un siège. Je restois seul « d'Ingénieur quoique secouru par M. Pouchot (2) « qui devoit être le guide des attaques ; et on « savoit que jamais je n’avois fait de siège comme « tel. Les ennemis pouvoient être secourus par « des forces que l’on ne connaissoit point assez « pour ne pas craindre beaucoup. Enfin toute « l’armée, sans exception, étoit dans une cruelle « perplexité ; et tel, qui n'osoit le dire ouverte- « ment, s’attendoit à déguerpir bientôt à travers

(1) Recueil et Journal, etc.

(2) M. Pouchot, capitaine du Béarn, qui avait fortifié Niagara.

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les bois, abandonnant artillerie, munitions, blessés.

« L'on avoit tant jasé sur les différentes actions « où s’étoient trouvés les Sauvages et les Cana- « diens de M. de Villiers, qui s’étoit vu plus d’une « fois abandonné des trois quarts de son monde, « qu'on s’attendoit à les voir faire usage, au « premier choc un peu vif, de ce jarret, tant « vanté aux François, non pour courir plus vite « que nous à la rencontre de l’ennemy, mais pour « se sauver plus rapidement (1) ».

Cependant une circonstance insignifiante, en distrayant les officiers et les soldats, fit oublier ces préoccupations.

Dans la nuit du 11 au 12, les plus valeureux des Canadiens et quelques Sauvages étaient allés, selon leur coutume, d'arbres en arbres et de souches en souches, fusiller contre le fort Ontario, le plus rapproché du camp français. Toute la

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journée , ils brülèrent ainsi leur poudre. « Mais « quoique leur fusillade ne tuât pas une âme, elle L . « resserra l’ennemy, craintif pour sa chevelure, EL o

« et donna grande confiance à nos soldats ».

D'un autre côté, l'espérance revint au cœur des

officiers : c'est une dépêche anglaise qui la leur f. rendit. Quelques Sauvages, que l’on avait envoyés 0 à la découverte le long de la rivière, se saisirent n de deux Iroquois, porteurs de lettres du comman- cl

dant anglais dans lesquelles il paraissait avoir (1) Recueil et Journal, etc,

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grande opinion des forces françaises, et très peu de confiance dans les moyens de défense dont il disposait.

Bailottés par ces diverses impressions, on n’en pressait pas moins avec ardeur les préparatifs du sièse.

Le 11 et le 12, on avait achevé le chemin qui conduisait de l’anse du débarquement jusqu’au pied du coteau sur lequel est placé le fort Ontario, et l’on avait fait une quantité prodigieuse de gabions, fascines, saucissons, qui permit de déterminer l'ouverture de la tranchée pour la nuit suivante, c'est-à-dire pour celle du 12 au 13.

M. de Bourlamaque fut chargé par Montcalm de la direction de tout le siège. Il ne devait pas quitter d’un instant la tranchée, et il ne la quitta pas. C'était un rude officier, continuellement blessé au feu, mais toujours debout.

On commanda les compagnies de grenadiers de la Sarre et de Guyenne et trois piquets armés pour la première garde de tranchée, et sir: piquets de travailleurs pour en faire l'ouverture qui devait avoir lieu à dix heures.

Le capitaine Mercier et Desandroüins devaient faire prendre au dépôt, pour sept heures, tous les outils nécessaires ; mais quand ils = rrivèrent, il n'y en avait pas ! Ils furent obligés de les envoyer chercher au parc, ce qui les retarda jusqu’à minuit, de sorte qu'on mit en question si on l'ouvrirait cette nuit-là même. Le colonel

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Bourlamaque et Desandroüins furent d'avis de commencer au plus vite, le soldat ne dût-il être couvert qu'à mi-corps au point du jour. « Mais « une autre question non moins embarrassante « survint, et elle ne fut pas si aisée à résoudre.

« J'avois reconnu le terrain en plein jour, « pendant que les Canadiens et les Sauvages « fusilloient avec le fort, et j'avois pris mon point « de vue pour conduire une parallèls sur la crète « du coteau, de manière qu’elle s’opposa direc- « tement au front qui nous faisoit face.

« M. Pouchot, qui avoit pareillemerc reconnu « en plein jour, ne fut pas du même avis, jugeant, « en grand militaire, qu’il valoit beaucoup mieux « appuyer sa droite au lac.

« J'eus beau étaler pour raisons qu’ainsi on « laisseroiïit le fort entièrement sur sa gauche, et « que la batterie, qu'on devoit commencer dès le « lendemain matin, ne pourroit battre le fort que « très obliquement, ce qui n'étoit pas dans les « règles du métier ; que d’ailleurs les pieux « de 18 pieds, que tout le monde croyoit à « l'épreuve du boulet de 12 qui étoit notre plus « fort, resisteroient bien plus aisément étant pris « de biais, et qu'il seroit bien plus difficile d’y « faire une trouée.

« On me prit pour un écolier qui ne savoit que « suivre scrupuleusement les règles de V2uban : « on me rit au nez. Et comme j'insstois, on

« m'ordonna d'appuyer la gauche à un certain

vis de il être « Mais issante soudre.

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insi on che, et dès le ort que ans les pieux byoit à re plus ant pris ile d'y

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« arbre que j'avois pris pour laisser un jalon « sur ma droite.

« Comme j'en ruminois encore en partant du dépôt, M. de Bourlamaque craignit que je

« n’exécutasse point ses ordres, et m’envoya un « sergent pour me les réitérer, comme je posois

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le premier gabion. J'avoue que vingt fois, je fus sur le point de lui demander un ordre par écrit. Mais, me représentant ma jeunesse, mon peu d'expérience, l'aventure de la reconnaissance de l’anse du débarquement, j'appréhenday de me tromper et de me faire huer et mépriser de toute l'armée comme un homme entêté et ignorant.

« J'exécutay donc l'ordre à la lettre, non sans avoir lieu de m'en répentir, car tous les curieux du camp étant venus le matin dire leur avis, les moins intelligents n’avoient pas besoin d'ouvrir Vauban pour s’apercevoir que nous étions exposés au feu des deux forts, sans pouvoir en battre aucun.

« Ceux qui avoient quelques bontés pour moi, crurent me rendre service en m'’avertissant. Je ne les laissay pas ignorer les ordres précis que javois reçus et mes représentations inutiles. Bougainville ne put s’empècher d’en témoigner son sentiment à M. de Bourlamaque qui dit n’y avoir aucune part : puis avouant pourtant les ordres qu’il m'avoit donné, en rejeta la faute sur Pouchot. Ce qui prouve assez, ce que j'ay

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toujours soutenu depuis, qu'il falloit à l’armée un Ingénieur d'assez grande expérience et autorité pour enlever la confiance, et faire « exécuter son avis.

« Un autre inconvénient auquel je n'’avois « pas songé, non plus que les autres, c’est « que les barques angloises vinrent croiser, « et s’arrêtèrent même quelque temps dans « l’enfilade de notre parallèle, le 13, au matin. « Et comme le coteau alloit un peu en pente « depuis la gauche de la tranchée, en sorte « que son alignement sembloit plonger au pied « des barques, un boulet, qui auroit été tiré à « propos, eut enfilé le boyau d’un bout à l’autre. « Heureusement l'idée ne vint pas aux barques « angloises de nous canonner. Mais cette idée « n’avoit échappé à aucuns de nos grenadiers « dont un capitaine me demanda s’il n’y avoit « point de remède à cet inconvénient. Les tra- « verses n’y eussent fait que peu de chose, à « cause de la pente du terrain (1) ».

Enfin, la parallèle fut établie tant bien que mal : elle était à 89 toises du fort Ontario, et elle avait une longueur de 70 toises. On avait fait ce travail ë en peu de temps, dans un terrain peu favorable ; où il avait fallu cheminer à travers les troncs à | d'arbres et les souches ; et il faisait un magnifique Hi clair de lune. Cette circonstance avait aidé nos k travailleurs, qui voyaient clair à leur besogne ;

| (1) Recueil et Journal, ete.

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