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et je suis venu établir ma cabane dans la baie de Niouré, pour me trouver sur ton passage, mon Père. Voilà une branche de porcelaine pour assurer cette parole, et la faire passer par ton oreille, mon Père.
« Tu as passé à côté de ma cabare, mon Père ;
j'ai été sur ton chemin ; je t'ai présenté le
calumet ; j'ai voulu te faire reposer sur ma natte... Tu as poursuivi ton chemin, mon Père, me faisant signe que tu repasserois dans une lune. Voilà une branche de porcelaine pour assurer cette parole, et la faire passer par ton oreille, mon Père
« Voilà trois lunes que je t'attends, mon Père. J'ai dit : Mon père m'a secoué de dessus sa couverte, comme un moustique ; mon sang s’est figé ; ce n’est plus qu'une vapeur noire qui m'anime. Voilà une branche de porcelaine pour assurer cette parole, et la faire passer par ton oreille, mon Père.
« J'avois pensé te faire joyeux, en me montrant à toi : ton visage est resté le même. Tu n’as pas frappé dans ma main. Aussitôt le serpent de la tristesse s’est logé dans mon cœur. Si tu étois venu, selon ta parole, au bout d’une lune, il étoit temps encore ; il étoit menu comme une alène, et la fumée de ton calumet l’auroit chassé. Maintenant il est de la grosseur d’un serpent à sonnettes ; il a rongé mon cœur et mes
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entrailles ; il n’en reste plus. Voilà une branche de porcelaine pour assurer cette parole, et la faire passer par ton oreille, mon Pêre. —
« On s'efforca de consoler ce Sauvage : on s'excusa sur ce qu'on avoit été pressé : on dit qu'on repasseroit à la première occasion : on l'invita à venir l’hyver à Québec voir son Père qui lui donneroit des habillemens françois, du lait de ses mamelles, et à tout cela il repondit : « — Mon Père, il ne falloit qu'un moment pour allumer le calumet : et quand tu te serois assis sur ma natte, tu n’aurois pas retardé tes guérriers. Je t'aurois donné mon canot, et tu les aurois rejoints à l& <.nière chaudière (au premier campement,. 'avois couvert mon feu, et quitté mon village, pour venir établir ma cabane sur ton passage, et t’offrir de mon bouillon. J'ai dit : — Mon Père verra que je lui livre me corps. — Mais tu n'as pas voulu accepter non calumet, mon Père ! Tu dis que tu reviendras à la première occasion : si on ne donne du lait à l'enfant qui crie, il languit, puis il meurt, mon Père. Tu dis que tu souffres beaucoup de me voir dans la douleur : je n'ai jamais eu la volonté de faire souffrir mon Père. Tu as commencé par rejeter mon corps ; et ma douleur étoit dans sa force, que tu n’en ressentois encore aucune. Tu dis que tu ne peux pas t'arrêter chez tous tes enfants : un si bon Père aura autant d'enfants qu’il voudra en adopter,
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et il no perdra rien en me perdant ; mais je n'ai plus de père ; je n'ai plus de vie!
e Tu dis que j'aille à Québec ; que tu me feras des présens : j'y serois allé pour t'en remercier : je n'iroi pas pour ‘ n demander.
« Mon Père, je souhaite que le Maitre de la vie t'accorde de voir trente neiges sur cette terre, pour le Fien de tes enfants. — « Il dit, et sortit à l'instant. On n’en entendit plus jamais parler ».
Il y a des larmes dans les naïves paroles de ce Sauvage. Elles ne sont point inventées par Desandroüins ; elles ont une saveur particulière, un goût de terroir qui n’est pas commun. Sontelles une preuve de cette vénération sans pareille, de ce dévouement sans borne que Montcalm inspirait aux Peaux-Rouges ; de ce charme infini qu'il exerçait sur eux ? Ces peuples enfants étaient-ils réellement subjugués, magnétisés, par ce grand homme qu'ils appelaient leur Père ; qui au besoin savait vivre de leur vie, fumer avec eux le calumet, s'asseoir sur leurs nattes, coucher sous leurs cabanes, partager leurs fatigues, goûter à leur chétive nourriture, et toujours rester à leurs yeux la personnification la plus complète de la force et de la justice unies à la bonté : ce qui, du reste, fait le véritable homme de guerre.
Voilà peut-être la raison de cette « excitation de cœur », poussée au paroxisme, chez ce fils des forêts et des lacs du Canada.
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