‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 21 sur 109 · LS · texte numérisé non relu

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Or, faut revenir à nostre principale matière, dirai-je avec Commines, à cet hiver de 1756 à 1757, qui devait être, avons-nous dit, un temps de repos pour nos soldats ; mais qui fut marqué par quelques expéditions, généralement heureuses, contre les Anglais. L'une de ces expéditions est jugée d'une incroyable audace. Elle fut organisée et commandée par M. de Rigaud, dont nous avons déjà souvent parlé, et qui était l’un des officiers les plus énergiques de la petite armée du Canada.

Desandroüins la mentionne avec éloge dans les fragments qui nous restent de ses Mémoires (1).

Elle était composée de 50 grenadiers tirés des compagnies de la Sarre, Royal-Roussillon, Lanquedoce et Béarn, de 200 volontaires des mêmes régiments, de 250 soldats des troupes régulières de la colonie, de 600 Canadiens et de 300 Sauvages, en tout 1.400 hommes. Tous ces hommes étaient aussi robustes que braves.

Ils partirent, le 23 février 1757, de Saint-Jean, le second de nos forts sur le lac Champlain, du côté de Montréal.

Is firent 60 lieues, en plein hiver, courant et glissant, la raquette aux pieds (2), sur les neiges

(1) Papiers du général Desandroüins, — Deux pages intitulées : Précis des évènements de l’'hyver 1756 à 1757, en Canada.

(2) Raquette, espèce de petites planchettes que les Canadiens se mettaient aux pieds, pour marcher sur la neige sans enfoncer, ni glisser ; les Anglais l’appellent « chaussure à neige ».

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et les glaces du Champlain et du Saint-Sacrement ; couchant dans ces neiges et sur cette glace, sans autre abri que les peaux d'ours dont ils s’enveloppaient ; emmenant avec eux leurs vivres sur de légers traineaux faits d'écorce d'arbres qu'ils tiraient tour à tour ; traversant des plaines immenses qui hier étaient les eaux des lacs, et n'y rencontrant que des castors étonnés qu'on vint troubler leur silencieuse solitude (1) ; enfin bravant des difficultés inouïes, des dangers inconnus, et surmontant tous les obstacles avec une surhumaine énergie.

Ils arrivèrent, le 18 mars, en vue du fort William-Henry. Les Anglais, que le froid renfermait chez eux, ignoraient leur approche ; elle ne leur fut connue que par les incendies qu'ils allumèrent.

Du 18 au 22, ils détruisirent ou brülèrent tout ce qui était en dehors du fort, savoir : les grosses barques, environ 300 bateaux, une douzaine de baraques en bois et en pierres entourées de palissades où l'ennemi avait quelques troupes et ses malades, deux magasins pleins de vivres et autres effets, un moulin, et tous les bois de construction et de chauffage dont l'approvisionnement était considérable. Peu même s’en fallut que le fort ne

(1) Le long des grands flenves du Canada et dans ses lacs, on rencontrait autrefois très grand nombre de castors, de la peau desquels les Sauvages faisaient un commerce très considérable,

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tombât en leur pouvoir, car ils poussèrent l'audace jusqu'à lui faire sommation, afin de voir si le commandant était homme à se rendre !

L'œuvre de destruction accomplie, ils abandonnèrent ces rivages désolés, n’y laissant derrière eux que des cendres et des ruines.

Nous avions perdu, en divers petits combats, 5 soldats tués, et nous avions 6 blessés qu'on ramena.

En revenant, M. de Rigaud laissa à Carillon

quelques piquets de volontaires, afin de renforcer ce poste. Et le 5 avril, le reste de la troupe rentra à Saint-Jean « après 40 jours d'absence, fort « harassée de fatigues et de misères. »

« Il ne fait pas doute, ajoute Desandroüins, que cette expédition ne retarde beaucoup les entreprises de l'ennemy, dont nous n'avons pas grande chose à craindre, tant qu'il n'aura pas reconstruit de nouveaux bateaux. »

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