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marine ; mais ses ordres restaient, et on les suivit. Grâce à lui, de fortes escadres croisaient sur les côtes d'Amérique. Aux premiers mouvements des Anglais, 17 vaisseaux de ligne étaient venus s’embosser dans la rade de Louisbourg. Les Anglais, surpris d'y trouver une telle force, n'osèrent en entreprendre le siège, et se retirèrent au plus vite devant notre flotte.
Ce fut là le dernier effort, fait par le gouvernement français, pour sauver le Canada.
Pendant ce temps, Montcalm se préparait à reprendre l'offensive sur la frontière du côté d’Albany, et à attaquer le fort William-Henry, appelé par les Français fort Georges, situé sur le lac Saint-Sacrement.
Mais, avant de suivre Montcalm, il nous faut donner une idée du terrain sur lequel il va se battre, et décrire brièvement les lacs Champlain et Saint-Sacrement, théâtres des glorieuses campagnes de 1757 et 1758.
Ces deux lacs forment une longue et large bande d’eau, à peine interrompue par une lieue de terre ferme.
A gauche, c’est-à-dire à l'ouest, cette bande d'eau est parallèle au fleuve Saint-Laurent dans une partie de son cours, au moment où il sort de l'Ontario : elle en est éloignée d’une trentaine de lieues. À droite, c'est-à-dire à l'est, une distance de près de 80 lieues la sépare de l'Océan.
Le lac Champlain , ainsi appelé en souvenir du
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célèbre navigateur, Samuel de Champlain, qui en prit possession au nom de la France, a 45 lieues de long sur une moyenne de 6 à 8 lieues de largeur. Il déverse ses eaux dans le Saint-Laurent qu'il rejoint un peu au-dessous de Montréal, par une rivière qu'on nomme soit le Richelieu, soit le Chambly.
Sur ses bords, on rencontrait, en venant de Montréal et en remontant le lac (1) :
le Le petit fort de Chambly sur la droite. Ce fort, si ses fossés eussent :‘: pleins d’eau, eût ressemblé à un vieux château féodal du moyenâge, en Europe.
20 À 4 lieues plus loin, mais sur la gauche du lac, le fort Saint-Jean où les bateaux un peu considérables commencent à naviguer. Ce fort pouvait résister à un coup de mains.
3° Le fort Saint-Frédéric, éloigné de 35 lieues du précédent, sur la droite cette fois, à un point où le lac se rétrécit brusquement pour reprendre ensuite sa largeur ordinaire. Ce fort ne pouvait soutenir une attaque sérieuse.
4e Enfin, à 5 lieues plus loin, toujours sur la droite du lac et à son extrémité, le fort de Carillon, dont nous reparlerons.
(1) En remontant le lac. Nous disons: à gauche ce qui serait à droite, et à droite ce qui serait à gauche, si nous le descendions, pour aller à Montréal.
La droite et la gauche d’un lac sont la droite et la gauche de la rivière qui en sort.
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En face de Carillon, se trouve une baïe appelée la Chute. Dans cette baie, tombe une rivière qui porte le même nom. Par cette rivière, qui est plutôt un torrent impétueux se précipitant de rochers en rochers, le Champlain est relié au lac Saint- Sacrement, et recoit le trop plein de ses eaux.
Le Saint-Sacrement est petit relativement aux autres lacs qui couvrent le sol du Canada : 10 à 11 lieues de longueur, sur une largeur moyenne de une lieue. Mais ses eaux sont si belles, si limpides, si transparentes, elles reflètent tellement bien les grands arbres de ses bords, que les Français lui ont donné le nom le plus radieux sans doute qu'ils ont pu trouver : le Saint-Sacrement ! Les Anglais l’appellent lac Georges, et les Sauvages, lac Horican.
Ce lac n’est éloigné du Champlain que d’une petite lieue. Mais, comme la rivière la Chute, qui les relie, n’est nullement navigable, et qu'un bateau sur ses eaux tumultueuses, soit en remontant, soit en descendant, serait emporté, comme une plume, par le courant tant il est violent, on était alors obligé de faire le portage. C'est-à-dire, qu'il fallait transporter le long de cette rivière, par traîineaux, à dos de bêtes de somme, ou à bras d'hommes, les bateaux, les marchandises et autres objets que l'on voulait faire passer d’un lac dans l’autre (1). Or, ce portage était excessi-
(1) Maintenant on rétablit le niveau des eaux au moyen des Ecluses.
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vement difficile à cause des bois épais, des ravins profonds, des coteaux abrupts, des fondrières et des marais qui séparent les deux lacs et bordent les deux côtés de la rivière.
Le Saint-Sacrement et les forêts voisines appartenaient aux Anglais. Ils avaient construit à l'extrémité méridionale du lac, de leur côté, le fort William-Henry, ou fort Georges, qui les rendait maîtres de ses eaux. Plus loin, à 7 ou 8 lieues au milieu de leurs terres, était le grand fort Lydius ou Edouard, sur la rivière d'Orange ou d'Hudson, qui mène à Albany. Le chemin, qui relait l’un à l’autre ces deux forts, était très beau et très praticable. Mais, malgré sa proximité et ce beau chemin, Lydius n’avait pas à cette heure assez de garnison pour secourir efficacement William- Henry.
Montcalm, jugeant qu'il importait au plus haut point de saisir le moment où l'attention et les priucipales forces des Anglais se portaient vers Louisbourg, pour délivrer notre frontière d’un voisinage incommode, et mettre l'ennemi dans l'impossibilité de rien entreprendre de sitôt contre la Colonie, résolut d’assaillir et de détruire le fort William-Henry.
Vers les premiers jours de mai, le colonel de Bourlamaque reçut l’ordre de se rendre à Carillon.
Il devait emmener avec lui le capitaine Desandroüins, les deux bataillons de Royal- Roussillon et de Béarn venant de Québec, trois ou quatre cents hommes du régiment de la
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marine (1), et un grand nombre d'ouvriers de toutes espèces, afin de continuer les travaux du fort qui étaient loin d’être complets. Immédiatement, il fit occuper, par des postes importants, les environs de la rivière la Chute et l'entrée du lac Saint-Sacrement.
Puis, dans les premiers jours de juillet, le chevalier de Lévis, brigadier des armées du Roi, s’y rendit avec les bataillons de la Sarre venant de Saint-Jean, de Guyenne venant de Chambly, de la Reine et de Languedoc venant de Montréal.
Aussitôt arrivés, on occupa ces bataillons au portage.
Nous n'avions sur le lac Saint-Sacrement que quelques petits canots d'écorce servant pour la découverte. Il fallait y transporter d’abord près de 300 bateaux qui se trouvaient sur le Champlain, puis toute l'artillerie, les munitions, le matériel de guerre et les vivres.
On commença par le portage des bateaux, qui
(1) Il n’y avait qu’un régiment de marine qui servit à terre dans les colonies, c'était le régiment Suisse de Karrer.
Karrer, du nom de son colonel, propriétaire du régiment, créé en 1719, composé d’un bataillon à 4 compagnies, dont l’une, la colonelle, était de 350 hommes, et les autres de 200. Avec 4 drapeaux, dont un blanc, colonel, semé de fleurs de 1ys d’or, et 3 d'ordonnance à flammes rouges, bleues et jaunes. Tous ces drapeaux portaient des croix blanches, avec la devise: Fidelitate et Honore Terræ et Mari.
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s'exécuta avec une extrême vivacité. Puis ce fut le tour de l'artillerie, de ses munitions, et enfin des vivres et de tout le matériel. On n'avait ni bœufs, ni chevaux, ni attelages quelconques : tout cela fut traîïné ou transporté, dans l'espace de près d’une lieue, à bras ou à dos d'hommes, au prix des difficultés les plus grandes, des fatigues les plus intolérables, à travers les rochers, les coteaux, les ravins, par des chemins qui n'étaient que des sentiers presque impraticables.
Les Anglais en furent avertis lorsque tout était fait.
Le capitaine Desandroüins, seul ingénieur de l’armée, fut en grande partie chargé d'’organiser les travaux du portage et d'en surveiller l'exécution.
Le 15 juillet, le marquis de Montcalm arriva de sa personne, accompagné de M. de Rigaud. Il amenait avec lui, outre une centaine de soldats de la marine,environ 3.000 les miliciens de la colonie, et près de 1.600 Sauvages. Jamais on n’avait vu les Sauvages aussi nombreux. La réputation de Montcalm avait pénétré jusque dans les peuplades les plus reculées. Trente-deux Nations avaient répondu à son appel, et envoyé leurs guerriers au camp français. Il y en avait des pays d'En-Haut et des pays d'En-Bas. Mais ceux des pays d'En-Haut étaient les plus féroces . « Nous « voulons essayer sur les Anglais le tomahawack « de nos pères, afin de voir s’il coupe bien », dit
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à Montcalm un Sauvage à la plume d'aigle, en le saluant (1).
Et, afin de leur faire « essayer le tomahawack « de leurs pères », Montcalm envoya d’abord un parti de 200 d’entre eux et de 150 Canadiens, du côté du fort Lydius. Ils devaient reconnaitre les forces de l'ennemi aux alentours de ce fort, et lui donner le change en lui faisant craindre d’y être attaqué. Ce détachement poussa jusqu’au camp qui est proche de Lydius, et rapporta à Montcalm qu'il n'y avait là que 4.009 hommes.
En même temps, sur l'avis qui lui fut donné, par quelques éclaireurs, que les Anglais couraient le lac Saint-Sacrement, il envoya à leur recherche une centaine de Canadiens et 300 Sauvages. Il y eut là un petit combat naval où chacun fit bravement son devoir. Mais les Anglais furent battus, leurs 25 berges ou barques furent prises, ou coulées, ou dispersées ; ils perdirent 180 prisonniers et presqu'autant de tués, noyés ou blessés.
(1) Voici les noms bizarres de quelques-unes de ces Nations :
Nations du Haut Canada, au-delà du lac Ontsrio :
Têtes de Boule, Sauteurs, Ontaouais, Amis de Saint- Joseph, Puants de la Baye, Chéruamigons, Folles-Avoines, Foutaountamis, Renards du Missisipi, Sakis, Goyongoumis, Ayoais de la mer d'Ouest qui n'avaient pas encore paru dans le pays, Chaouanons, Illinois, Miamis, Sioux, etc.
Nations du Bas Canada :
Mic-Mac, Abénakis, Hurons, Algonkins, Nipissings, Iroquois, Amuléates, etc.
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Dans l'intervalle, Montcalm organisa son armée, surtout les Canadiens, comme il avait déjà commencé à le faire avant Chouaguen.
Il forma trois brigades d'infanterie avec ses troupes régulières. La première composée de la Reine, de Languedoc et du bataillon de la marine, à 8 compagnies de 50 hommes chacune ; la deuxième, de la Sarre et de Guyenne ; la troisième, de Royal-Roussillon et de Béarn. Le reste des troupes, miliciens et Canadiens, fut partagé en six corps d'env'ron 500 hommes.
Les Sauvages, rebelles à toute organisation, furent laissés à leur rôle de coureurs.
Enfin, le 29 juillet, le portage étant achevé après beaucoup de fatigues, et toutes les troupes étant réunies à l'entrée du Saint-Sacrement, Montcalm détacha le chevalier de Lévis en avantgarde, avec les 6 compagnies de grenadiers »
commandées par le colonel de Sénezerque, de la Sarre, 8 piquets d'infanterie, 1.300 Canadiens et 500 Sauvages. Il avait ordre de marcher en suivant la rive ouest du lac, et de s'arrêter à la baie de Ganouské, à 3 lieues du fort William- Henry.
Cette marche par terre avait pour but d'éclairer le mouvement en avant de l’armée, et de diminuer en même temps le nombre d'hommes à embarquer, car on n'avait qu’un nombre restreint de bateaux.
Montcalm devait suivre le lendemain par eau, et le rejoindre à la baie.
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