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évènements de La campagne de 1757, en la nouvelle France,
« Le fort forme un quarré irrégulier dont le plus large côté est de 60 toises. Le lac aboutit
« au pied du front nord-est. Le front sud-est est
bordé par un marais impraticable ; et les deux autres fronts sont entourés d'un bon fossé palissadé. On avait pratiqué, à 4 ou 500 toises de distance, un désert dont les arbres, à demi brûlés et couchés l’un sur l'autre, offraient, ainsi que leurs souches, un obstacle presqu'inconnu dans les approches des places d'Europe. « Le camp retranché, séparé du fort par le grand marais dont nous avons parlé, était placé sur une hauteur très avantageuse qui domine le fort, et qui est encore bordée par un marais du côté de l’est. Les retranchements en étaient faits de troncs d'arbres posés les uns sur les autres. Ils avoient peu d’étendue, beaucoup de flancs munis d'artillerie, et pouvoient être facilement bordés par les ennemis qui étoient au nombre de 2.400 dans le fort et dans les retranchements.
« On communiquoit, du fort au camp retranché, par une chaussée le long du rivage du lac (1) ». Le résultat de cette reconnaissance fut de
décider le point d'attaque sur le front nord-ouest. Il y avait d'abord à proximité une anse propre au débarquement de l'artillerie, puis un ravin pouvant servir de dépôt : l’un et l’autre se trou-
(1) Papiers du général Desandroüins. — Précis des
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vaient à 350 toises de la place. Le seul désavantage de cette attaque, était un petit marais qu'il fallait traverser à 90 toises du front attaqué : pourtant il n’y avait que 12 toises de ce marais qui fussent parfaitement vues de la place et à portée de son canon.
Aussitôt, Bourlamaque et Desandroüins rentrés au camp, et le point d'attaque fixé, c’est-à-dire vers onze heures du matin, l'armée se mit en mouvement pour occuper les sommets des montagnes, qui forment comme une ceinture autour du fort William-Henry, à 6 ou 700 toises de distance.
Le chevalier de Lévis fut porté sur le chemin de Lydius, de manière à prévenir tout secours qui pourrait venir de ce côté aux Anglais. Mais sa position fut reconnue dangereuse à cause de la grande difficulté des communications d’un corps à l’autre, difficulté occasionnée par la quantité et la profondeur des ravins dont ces montagnes sont remplies. Deux jours après, il fut replié un peu en arrière, et remplacé par les Canadiens et les Sauvages commandés par de Rigaud. M. de Rigaud avait ordre de pousser des reconnaissances du côté de Lydius, mais de se tenir toujours à portée d'être secouru par l'infanterie régulière, et de conserver les hauteurs des montagnes dans ses campements.
Mais, malgré tout, l'investissement de la place était loin d'être complet. La configuration du
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terrain empêchait les corps de se donner la main.
Avant de tirer le premier coup de canon, Montcalm fit sommer le commandant du fort. La réponse fut ce qu'elle devait être : un refus énergique. On s’y attendait.
L'ouverture de la tranchée fut résolue pour la nuit suivante, celle du 4 au 5 août. Toute la journée du 4, les troupes réglées et les milices furent occupées à faire des fascines, gabions et saucissons. Montcalm alla reconnaitre lui-même les points d'attaque, et 200 travailleurs furent employés à déblayer l'emplacement du dépôt près de l’anse du débarquement.
M. de Roquemaure, lieutenant-colonel, fut commandé, avec six piquets, pour la garde de tranchée. Les troupes restées au camp devaient passer la nuit au bivouac, afin d'être à portée de secourir la garde de tranchée en cas de besoin. On continua, le reste du siège, à prendre les mêmes précautions.
La nuit venue, 500 travailleurs ouvrirent la tranchée à 200 toises de la place, en face de la capitale du bastion nord-est (1), et préparèrent le terrain pour une batterie de 7 pièces de canon, un obusier et un mortier, devant battre les flancs qui défendaient cette capitale, et écharper les deux fronts du nord-ouest et du nord-est.
On creusa aussi, cette nuit, un boyau qui communiquait du dépôt à cette batterie, et l'on
(1) Capitale, ligne tirée depuis le centre du bastion jusqu’à la pointe,
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commença une parallèle. Enfin, on profita de l'obscurité de la nuit pour faire arriver au dépôt les barques chargées de l'artillerie et des munitions.
Au jour, autant de travailleurs, remplaçant ceux 4 de la nuit, perfectionnèrent le travail de la tranchée et continuèrent la batterie. Mais les Anglais, auxquels on avait dérobé l'ouvrage de la première É. nuit, firent alors sur nos travaux un feu assez vif ‘1 qui pourtant ne les ralentit point. On était au 5. |
Revint la nuit. La garde de tranchée fut relevée, ‘4 et le lieutenant-colonel de Fonbonne la remplaca Fe. avec 3 compagnies de grenadiers et 3 piquets ; et 0 700 hommes continuèrent la première parallèle, et commencèrent à son extrémité une nouvelle batterie de 9 pièces de canon, un mortier et un obusier qui devaient battre directement le front attaqué. En même temps, ils achevaient la première * batterie et y traînaient les pièces, de sorte qu'elle de se trouva en état, au point du jour, de saluer "71 vivement l'ennemi.
Ces premiers coups de canon animèrent tellement les Sauvages, qu'ils quittèrent presque tous, pour un moment, leur manière de combattre. Jusque-là, ils avaient fusillé le fort et les retranchements hors de portée, cachés derrière un arbre, ou une souche. On les vit alors, et pendant tout le jour, se glisser, comme des couleuvres à travers les broussailles, jusqu’au petit marais qui était entre la place et le camp français ; et là, couchés à
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plat ventre, faire un feu, si bien nourri et si bien dirigé dans les embrasures, que les ennemis eurent peine à servir leur artillerie.
Pendant la journée du 6, on resta sous les armes : et 300 travailleurs perfectionnèrent la parallèle et continuèrent la batterie de droite.
Le même jour, nos éclaireurs saisirent un courrier, porteur d’une lettre du général Webb, commandant le camp de Lydius, par laquelle il promettait de secourir le fort William-Henry, au cas où il pourrait rassembler à temps les milices du pays. En attendant, il exhortait le Gouverneur à se bien défendre : mais, il insinuait néanmoins qu'il ne devait pas attendre la dernière extrémité, afin qu'il pût ob “ir des conditions plus honorables.
La nuit du 6 au 7, M. de Privat, lieutenantcolonel, avec 3 compagnies de grenadiers et 7 piquets, vint relever la garde de tranchée ; et 500 hommes furent envoyés au travail. Ils furent occupés à continuer les approches, à faire les réparations convenables à la batterie de gauche, à perfectionner celle de droite, et à y trainer l'artillerie, afin qu'elle se trouvât en état de tirer au jour. Cette dernière avait un avantage énorme : elle portait, sur les retranchements du camp, tous les boulets qui passaient par-dessus les défenses du fort.
Le jour, 200 hommes remplacent aux travaux les 500 de la nuit.
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Le même jour 7, vers neuf heures du matin, le marquis de Montcalm envoya, au commandant anglais, la dépêche interceptée du général Webb. Il y joignit une lettre par laquelle il l’engageait
à ne point se défendre à outrance, pour ne pas
exciter la fureur des Sauvages.
La nuit du 7 au 8, la garde de tranchée fut
relevée par le lieutenant-colonel de Sénezerque, avec pareil nombre de compagnies et de piquets d'infanterie. Puis 300 nouveaux travailleurs poussèrent jusqu'au marais dont nous avons parlé et qui défendait au nord-ouest le front attaqué. On commença à ouvrir le passage dans la partie qui était en vue, et l’on fit un logement sur ses bords, de notre côté, pour protéger notre travail. Ce lieu ayant été jugé favorable pour l’emplacement d’une batterie; on en commença une troisième Li de 6 pièces de canon. La nuit fut employée à ces 4 divers travaux.
Au jour, pareil nombre de travailleurs perfectionnèrent l'ouvrage de la nuit, achevèrent le : passage du marais, en s'épaulant, dans la partie ie en vue de la place, de fascines et de sacs à terre. 14 Tout fut achevé pour le soir, malgré la vivacité 4 du feu de l'ennemi, principalement dirigé sur la partie du passage qu'il voyait. Cependant nous n’eûmes qu’un homme de tué et quelques blessés.
La nuit du 8 au 9, le chevalier de Bernetz, lieutenant-colonel de Royal-Roussillon, prit la garde de tranchée avec les grenadiers de ZLan-
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guedoc, Guyenne et Béarn, et six piquets. Il soutenait 500 travailleurs qui creusèrent une parallèle, embrassant tout le front d'attaque, audelà du marais, à 60 toises du fort. En avant de cette parallèle, on devait construire deux batteries : l’une, de brèche, aurait battu « la berme (1) sur « laquelle le revêtement étoit assis ; l’autre auroit « aidé la première en enfilant la même brèche, et « auroit pu battre les retranchemens et leur com- « munication avec la place. »
Le travail fut fort inquiété dès le commencement par la mousqueterie des Anglais et par leurs canons chargés à balles. Mais la terre étant très aisée à remuer ; nos travailleurs furent bientôt à couvert. Au point du jour, la tranchée se trouvait en fort bon état et les batteries prêtes à tirer.
Au jour, 300 travailleurs remplacèrent ceux de la nuit.
N'est-ce pas chose admirable que ces vaillants hommes, que ces obscurs soldats français qui quittent et reprennent tour à tour le mousquet du fantassin et l'outil de l’ouvrier ; qui savent au besoin, non seulement se battre, mais être bûcherons ou terrassiers, conduire la brouette et manier la pelle, la pioche ou la hache ? Et cela sans trêve et sans relâche. Ainsi nous les avons vus depuis
(1) La berme est un petit espace de 8 ou 4 pieds dans certains endroits devant le rempart, qui empêche le fossé de se combler.
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l'ouverture de la campagne ; ainsi nous les verrons “4 jusqu’à la fin ! à
Tous ces travaux, poussés avec autant de pru- | dence que d'activité, se faisaient sous le feu de De l'ennemi, qui devenait plus meurtrier à mesure : que l'on approchait de la place. Le capitaine ‘4 Desandroüins, dont nous n’avons pas cité le nom parce qu'il serait revenu à chaque ligne, le capitaine Desandroüins, qui les dirigeait, avait à peine 4 quatre heures de sommeil par jour. Le reste du temps, il était à la tranchée.
Cependant, les approches de la place se trouvaient terminés. Trente ou quarante pièces de canon allaient, le jour même, vomir la mort sur ses remparts. Le fort pris, et il le serait, on aurait vite raison du camp, car il était trop étroit pour contenir la garnison tout entière.
Les Anglais prirent peur, et n’osèrent attendre É l'assaut. 4
Le 9 août, vers huit heures du matin, ils arbo- “à rèrent le drapeau blanc. Immédiatement le feu cessa de notre côté, comme il avait cessé du leu
M. Fesch, capitaine au régiment Royal-Américain, se présenta aux avant-postes français, demandant, au nom du colonel Munro, à traiter des conditions de la capitulation.
« Ce capitaine nous aborda à la tranchée d’un A « air délibéré, raconte Desandroüins, comme si ; « nous eussions été d’une garnison voisine.
« Quelques-uns d’entre nous lui parlant de l’ex-
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D Présenté à Montcalm, qui fut charmé de sa | trou- 3 belle tournure et de sa joyeuse humeur, il obtint ces de “4 les conditions suivantes :
rt sur ci La garnison anglaise abandonneraït le fort, le aurait a camp, les vivres, les munitions de guerre et tout t pour le matériel renfermé dans le camp et le fort.
Elle sortirait avec les honneurs de la guerre ;
tendre emporterait ses armes, avec un certain nombre
j de cartouches à balle ; et emmènerait une pièce de arbo-
canon en fonte : cette dernière clause fut introduite par Montcalm, en considération du commandant anglais qui ne l’avait point demandée. Elle ne servirait pas, de dix-huit mois, contre la France, ni contre ses alliés. Mais, d'ici à dix-huit
le feu leu méri- 1çais , raiter (1) Allusion à l’habitude que les Sauvages avaient de scalper leurs ennemis vaincus, c’est-à-dire de leur arracher la peau du crâne. Voilà ce qu'ils appelaient faire une chevelure.
Papiers du général Desandroüins. — Motes sur le voyage de M, Jonathau Carver, déjà cité,
d'un ne Si isine.
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mois cependant, autant de prisonniers français ou ; canadiens faits dans l'Amérique Septentrionale les Anglais renverraient, autant de soldats de la garnison auraient le droit de servir.
Le général français aurait bien voulu imposer
à l'ennemi des conditions plus dures. Mais il craignait que ces conditions ne retardassent de quelques jours la capitulation. Or, les Sauvages commençaient à s'ennuyer ; les Canadiens songeaient à aller faire leurs moissons ; et, chose plus à redouter encore, des secours pouvaient venir de Lydius aux Anglais. ‘ Ce fut M. de Bougainville, aide de camp de Montcalm, qui fut chargé de porter au colonel Munro les articles de la capitulation ; articles qui furent acceptés sur-le-champ.
Les Sauvages surtout inquiétaient les Anglais. Le capitaine Fesch demanda qu’on les garantit de toute insulte de leur part.
Montcalm le promit. Il réunit les chefs des -trente-deux Nations ; leur fit donner connaissance de la capitulation ; leur demanda s'ils l’approuvaient ; leur dit que leur refus pousserait les Anglais au désespoir : et que le sang coulerait. Or, « comme ils sont très avares de leur sang », dit à ce propos Desandroüins, ils approuvèrent la conduite de leur père, promirent de laisser passer tranquillement les Anglais, et acceptèrent les colliers, ce qui, nous l’avons dit, équivaut de leur part à un serment solennel.
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Les conditions de la capitulation acceptées de part et d'autre, et même ratifiées par les Sauvages, les Anglais sortirent du fort vers deux heures de l'après-midi, et allèrent rejoindre leurs camarades dans l'enceinte du camp retranché, duquel ils devaient partir au milieu de la nuit prochaine, pour Lydius.
Le dernier Anglais sorti du fort, le colonel de Bourlamaque en prit immédiatement possession, avec le chevalier de Bernetz et sa garde de tranchée.
Nous avions perdu, pendant ces six jours de siège, une vingtaine d'hommes tués, et une quarantaine avaient été blessés. Les ennemis avaient eu environ 80 tués et 120 blessés, dont un officier.
On trouva dans le fort et dans le camp retranché, 29 pièces de canon, 3 mortiers, un obusier, 17 pierriers, 36.000 livres de poudre, 2.522 boulets, 545 bombes, 1.400 livres de balles, une caisse de grenades, 6 caisses d'artifices, et une quantité énorme de lard et de farines.
Tout ce matériel, avec les vivres, fut transporté immédiatement à bord des embarcations françaises.
Les troupes ne prirent aucun repos. Outre celles qui furent employées au déblaiement du fort et à l'embarquement de toutes les prises, 1.500 travailleurs commencèrent la démolition du fort lui-même et du camp. À cette démolition, on apporta une prodigieuse activité. Pour le 15 au soir, toutes les casemates étaient comblées ou éventrées, tous les