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« Je me contentay de demander le plan du fort et des retranchements à l'ingénieur en chef appelé Williamson, et par une sorte de réserve je ne voulus rien accepter autre chose qu'il m'offrit fort honnêtement.
« On avoit d'abord résolu de faire partir les Anglois dans le milieu de la nuit, en silence, pour mieux échapper aux Sauvages. On espéroit, leur coutume n'étant pas de rôder la nuit, qu'ils n’auroient aucune connaissance du départ, et que les Anglois seroient rendus à l’armée de Webb, qui était au fort Lydius, à 5 ou 6 lieues de là, avant d’avoir été rejoints par ces barbares. Aussi, hors d'inquiétude à leur sujet, on n'assigna pour les escorter que 200 hommes qui furent tirés de la Reine et de Languedoc, et commandés par M. de Laas, capitaine au premier de ces deux régiments, et maintenant major de la citadelle de Bayonne. Le colonel Yung fut remis en otage pour la sûreté de notre escorte.
« On paraissoit en pleine sécurité, et on attendoit minuit pour partir, lorsqu'un bruit se répandit, et obtint croyance trop légèrement, que les Sauvages instruits qu'on se préparoit à s'évader furtivement, s’étoient embusqués dans les bois, le long du chemin.
« Cette fausse allarme suspendit le départ. On délibéra avec les officiers canadiens et les interprètes : ils s’accordèrent à conseiller d'attendre le jour, promettant d'aller engager les barbares
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à se retirer, et s'obligeant de les contenir. « En conséquence, ils quittèrent le camp anglois pour les'aller joindre ; mais ils les trouvèrent tranquiles, ne songeant qu'à dormir. Dès lors, ils crurent pouvoir eux-mêmes se livrer au r'epos.
« Quand il fut jour, on entreprit enfin de se mettre en route. M. de Laas fit précéder la colonne par un détachement de son escorte, et recommanda aux Anglois de se tenir tcujours serrés, et de suivre sans intervalles. Lui-même se tint à la porte du camp pour faire filer.
« Toutes ces précautions, ces variations dans les arrangements du départ, ces faux avis, et les cérémonies que nous observions pour traiter avec des Sauvages, et surtout cette manière timide et circonspecte d’agir avec eux, avoient tout naturellement inspiré aux Anglois une grande appréhension de ces barbares pour le moment où ils se trouveroient en raze campagne, exposés à leurs insultes. Aussi se troublèrent-ils, dès qu'ils aperçurent quelques-uns de ces Sauvages, au nombre peut-être d’une cinquantaine, que la curiosité, encore plus que l'envie de butiner, avoit attirés dans ce moment-là aux retranchements. Ils étoient même sans armes.
« Voyant la colonne qui commençoit à défiler,
ils coururent pour la voir. La tête se serra
rapidement sur le petit détachement qui la précédoit. Ceux des Anglois qui n’étoient pas sortis
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« se retinrent, et parurent balancer. Il se ‘° une
éclaircie dans l'intervalle. On envoya ordre à
« la tête de ralentir sa marche.
« Les Sauvages s’approchèrent : le trouble aug-
« menta, et le flottement, qui s'en suivit, les « enhardit jusqu'à faire quelques gestes mena- « cants. Les soldats anglois, un peu écartés, se
crurent trop heureux de livrer leurs sacs ou leurs armes, pour rejoindre le gros de la troupe. D'autres Sauvages pillèrent dans le camp quelques effets abandonnés. Les Nôgres, qu'ils purent saisir, furent enlevés sans scrupule, et peut-être aussi quelques blancs de la suite de l’armée, dans ce premier moment de confusion. « Il étoit encore possible de rétablir l’ordre, et les officiers de l’escorte s’y employèrent de leur mieux. Mais ceux des Sauvages, qui ramassoient quelque chose, couroient à mesure au camp, chacun vers ceux de sa Nation, pour en faire trophée à leur manière. Les autres, jaloux de ne pas paraitre en leur pays avec moins de
« gloire que leurs frères, partirent dans l'instant, « et accoururent tumultuensement pour tàâcher
d'avoir leur part du butin : quelques-uns même
« firent le cri de guerre.
« Ce fut alors que les têtes se troublèrent. Le commandant anglois sur l'avis, à ce qu'il a prétendu, d'un François qui n’a pas été connu, ordonna à sa troupe de mettre les fusils la crosse en l'air, sous prétexte que la manière ordinaire
ne
« de le porter avoit un air menaçant qui irritoit « les Sauvages.
« Cette manœuvre pusillanime acheva d’abattre « le courage du soldat, et enhardit les Sauvages « dont quelques-uns se hazardèrent à empoigner « des fusils, faisant signe aux soldats de les leur « livrer ; ce qui fut fait avec tous les signes de la « terreur. Le Sauvage, peu satisfait d'un fusil de « munition trop pesant pour lui, tenta bientôt de « l'échanger contre celui de l'officier ; ce qui « montre par quelle progression s’accrut l’inso- « lence d’un côté, et la peur de l’autre.
« Le colonel Munro crut que, pour faire cesser « le désordre, il ne s’agissoit que d’assouvir la « cupidité de ces barbares, et commanda de jeter « les sacs et autres effets à leurs pieds, disant « que le Roy d'Angleterre étoit assez puissant « pour en dédommager. Ceux des Anglois, qui se « trouvèrent à portée de l’escorte, jetèrent les « leurs aux soldats françois : ceux-ci eurent la « faiblesse d’en ramasser. Ils eurent bien l'occasion « de les leur rendre.
« Les Sauvages trouvèrent, dans la plupart de « ces paquets, du rhum et autres liqueurs fortes « dont ils s’ennyvrèrent. Alors, ce fut de véri- « tables tigres en fureur. Le casse-tête à la main, « ils tombèrent impitoyablement sur les Anglois « qui, remplis d’effroi, achevèrent de se disperser, « se croyant à la fin véritablement sacrifiés par « les François.
« Aucun d’entre eux ne songea à chercher son salut ailleurs que dans la fuite. Notre escorte, trop peu nombreuse, protégea autant qu'elle put, principalement les officiers. Mais forcée de garder les rangs, pour se faire respecter, il ne lui fut possible que de mettre à l'abri ceux qui se trouvoient à sa portée.
« Les Sauvages s’attachèrent aux fuyards. Ceux qui les premiers étoient revenus dans leur campement, fort contens des dépouilles prises d'abord , retournèrent à toute course faire des prisonniers, ou des chevelures : chacun vouloit
« en avoir : tout autre trophée n’est rien à leurs « yeux en comparaison d’une chevelure. Les
femmes, les enfants, rien ne fut épargné. Ceux auxquels ils conservoient la vie furent mis nuds comme la main, et outragés à leur manière.
Etant entrés à l'hôpital, où étoient nombre de malades et de blessés trop impotens pour avoir pu suivre la colonne, ils les massacrèrent tous inhumainement pour profiter de leurs chevelures.
« Il ne se trouva pas malheureusement, pendant tout ce désordre, aucun officier canadien, ny interprètes, qui ont généralement du pouvoir sur l'esprit des Sauvages. On avoit essuyé beau-
« coup de fatigues durant le siège ; tout le monde
reposoit tranquilement.
« A la fin M. de Montcalm, M. de Lévis, M. de Bourlamaque sont avertis. Ils accourent et
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