‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 30 sur 109 · RAR À AR À · texte numérisé non relu

RAR À AR À

À À À ÆÀ

donnent ordre d'employer la vive force s'il le faut. Interprètes, officiers, missionnaires, Canadiens, tous sont mis en œuvre, et chacun s'efforce de son mieux à sauver les malheureux Anglois, en les arrachant à leurs bourreaux.

« Ceux-ci, enyvrés de sang et de carnage, n’étoient plus capables d'écouter personne.

Plusieurs assomment leurs prisonniers, plutôt que de les abandonner ; un grand nombre les entraînent dans leurs canots et s’échappent.

« M. de Montcalm, au désespoir de ne plus faire aucune impression sur les Sauvages, s'écria en se découvrant la poitrine : — Puisque vous êtes des enfants rebelles qui manquez à la promesse que vous avez faite à votre Père, et qui ne voulez plus écouter sa voix, tuez-le le premier. — Cette véhémence extraordinaire du général parut en imposer un peu : ils se dirent : — Notre Père est fâché. — Mais le mal étoit fait. « Ce ne fut pas sans peine et sans se donner beaucoup de mouvement, que les officiers, habi-

« tués avec eux, les interprètes et surtout les « missionnaires, parvinrent à retirer environ 300 « malheureux qu'ils emmenoient. Plus de 400 « furent emportés par les Sauvages du Haut-

Canada, avec tant de précipitation qu'ils échappèrent à toutes les poursuites. Ils descendirent rapidement les lacs Georges (Saint-Sacrement) et Champli n, et passèrent à Montréal où le marquis de Vaudreuil, ne pouvant employer la

force qu'il n’avoit pas, eut bien de la peine à obtenir d'eux la délivrance de quelques-uns de leurs prisonniers, plutôt encore par l’appas des liqueurs fortes, que par égard ou persuasion.

« Ces Sauvages poussèrent même l’atrocité, jusqu'à brûler une de leurs victimes..... Je n'ay pas scu que, de ceux qu'ils emmenèrent au de là de Montréal, aucun ait jamais trouvé le moyen de regagner sa patrie.

« Ceux des Anglois, qui avoient pu regagner les retranchements, s’y trouvèrent protégés par

« l’escoris et par les gardes qu'on y ajouta le

plustôt. que l’on püût. On y mit en sûreté les prisonniers qu'on délivra : les principaux furent

« emmenés par nos officiers et revêtus de nos

propres vêtemens, et vécurent dans nos tentes avec nous.

« Nous n'épargnâmes rien pour adoucir leur triste sort, et les convaincre que nous n'avions eu aucune part à ces horreurs. D’après les démonstrations de leur reconnaissance, nous avons lieu de croire qu’ils sont restés convaincus de notre innocence. D'ailleurs, combien de fois, depuis lors, n’auroient-ils pas eu l'occasion d’user de représailles à notre égard, s’il leur fût resté quelques ressentimens contre nous ?

« Rien n’est comparable au désespoir dont nous

« fûmes pénétrés au spectacle de cette bou- « cherie !... J'ai vu des soldats jeter de hauts

cris d’indigration....,»

Desandroüins s'étonne ensuite, avec raison, que les Anglais, qui avaient conservé leurs armes, dont les fusils étaient chargés, et qui étaient plus nombreux que les Sauvages, se soient laissés intimider et désarmer par eux ! Ils avaient outre cela leurs cartouchières garnies ; ils avaient des baïonnettes au bout de leurs fusils ; et ils ne s’en sont pas servi ! Une épée nue, dit-il, fait peur aux Sauvages. Présenter ses armes avec vigueur et fermeté à ces barbares, et on obtient du respect ; par une contenance timide, au contraire, on en devient toujours le jouet et souvent la victime.

On n’a pas une idée de l'impression d’effroi que cause, à des Européens nouvellement venus dans le pays, la vue d'un Sauvage en fureur : c’est un tigre déchaîné. Les plus braves pälissent et tremblent en sa présence. À ce propos, Desandroüins rapporte une anecdote racontée par le Maréchal de Saxe dans ses Mémoires. Après la bataille de Denain, les mêmes soldats français, qu’on avait vus la veille braver mille morts, et escalader des retranchements garnis de canons, se sont sauvés, pris d’une terreur panique, à la vue d’un ours furieux läché dans les rues de la ville !

« Quelques jours après la catastrophe, continue- « t-il, le colonel Munro et tous les officiers et « soldats que nous avions pu rassembler, partirent « en ordre et défilèrent en notre présence, trainant « à leur suite la pièce de canon qui leur étoit LB ss csesauss

« Tel est ce malheureux évènement dont je n'ai rien déguisé, et que je raconte comme je l'ai vu et entendu. Si je me permets maintenant de rapporter ce qui m'arriva de particulier, je le ferai avec la même simplicité.

« Accablé des veilles et des fatigues précédentes, je dormois profondément, lorsque les cris et le tumulte se firent entendre à notre camp « qui étoit à près d'une lieue, et me réveillèrent. « J'endossay alors ja première casaque d'infanterie « qu'on voulut bien me prèter, pour ne pas être « pris pour un Anglois, à cause de mon habit

ms me eme nC arte a pttand EE - À À

fs « bleu ; et je me mis à courir pour arriver à { 1! « temps, et sauver si c'étoit possible quelques-uns ’ i ‘ « de ces malheureux, et principalement l'ingénieur À 1l « et les officiers d'artillerie que j'avois vus la the « veille.

RRE « À trois ou quatre cents pas du camp, j'aperçus Î fl « un Sauvage qui conduisoit tranquilement un 4 Li « Anglois, en suivant notre tranchée : il cherchoit JE « sans doute un coin pour le dépouiller et peut- $ « être même le massacrer. J’allay hardiment à sa ; « rencontre, et, l'ayant joint, je lui saisis les 4 « deux poignets avant qu'il se fût défié de moi. % « Le tenant ainsi, je criois à l'Anglois effrayé, et « lui faisois signe de s'enfuir vers notre camp. à

« Mais, cet homme, plus haut que moi de quatre « pouces, qui n'avoit pas eu la vigueur de se « débarasser de son ravisseur dont pourtant je « venois à bout, demeuroit immobile et comme

pétrifié ! Mes forces à la fin s'épuisoient, lorsque

« j'appelay un officier qui passoit par là... L'An-

Page 1