‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 36 sur 109 · À RAR À À À · texte numérisé non relu

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« Autres faits aussi vrays :

« Il est fait par un seul commandant, dont je tais le nom, pour 800 mille francs de certificats. Le Gouverneur général hésite longtemps de les viser. A la fin, on trouve un moment favorable ; mais il s’en répentit le quart d'heure d’après, et envoya sur le champ un courrier à Québec, à l'Intendant, qui répondit que tout avoit été payé par le trésorier.

« Le sieur Morin n'ayant fait dans un poste que pour 10 mille écus de certificats en fut grandement repris par celui avec qui il faisoit de moitié. On le contraignit d'en faire encore autant. Le pauvre diable dit à tout le monde qu'il a la conscience bourrelée de mille remords depuis ce temps-là.... »

Pour un qui avait des remords, cent autres

s'étaient entouré la conscience d’un triple airain. Ecoutons Desandroüins citer encore d’autres exemples :

« Il s’est fait cette année pour onze cent mille francs de certificats dans le poste de Michillimakinach. On ne se contente pas des profits que produit le commerce exclusif avec les Sauvages. On vend les présens que leur accorde le Roy, sous prétexte que la guerre a obligé le commandant de poste, à en faire de plus considérables encore. Il fait des certificats au nom des voyageurs desquels il suppose qu'il a tiré des marchandises, pour ces présens imaginaires.

« Le sieur Couterot, commandant pour M. de « Rigaud au poste de la Baye, en avoit fait pour « 500 mille francs, signés par M. de Vaudreuil. « Mais l’Intendant n'en a voulu passer que pour « 200 mille, attendu que ce poste n'étant point « un entrepôt, comme celui de Michillimakinach, « il seroit maladroit de présenter un tel compte « à la Cour, qui ne pourroit s'empêcher d'ouvrte- « les yeux sur des dépenses aussi énormes, : surtout que le poste appartenoit au frère du « gouverneur général.

« Remarquez que les frais du poste n’ont pas « excédé 10 mille écus, et que les profits ont « monté à 59 mille écus! Mais c'étoit trop peu « pour ces sangsues. Il leur falloit 500 mille francs « que le Roy auroit payés ! Par accomodement, Aussi, le vol au certificat était-il reconnu, par les honnètes fonctionnaires de la Colonie, comme le plus facile, peut-être parcequ'il couvrait leurs déprédations d'un semblant de légalité. Ceux de la Louisianne voulurent, à leur tour, employer ce moyen :

« Notre Intendant dit qu'à la Louisianne on va « se mettre, comme icy, sur le pied de faire des « ordonnances, et de payer tout sur les certificats « des officiers particuliers. Méthode admirable « d'accélérer une fortune immense à quelques < particuliers; de ruiner le Roy ; de donner du « dégoût à son conseil pour le soutien des colonies

« qu'on abandonnera peut-être un jour tout-à-fait ; « et de payer toutes marchandises et mains « d'œuvre au-delà de triple de la valeur.... »

Mais faire de faux certificats n'était point la seule manière de voler. Continuons ce triste tableau :

« On n’apportera jamais le moindre remède à « tant de maux, dit encore Desandroüins, si on « ne commence par changer les principales têtes. « L'Intendant est le premier à aire son profit ; et celui de sa sociélé, aux dépens des intérêts de l'Etat et de ceux des particuliers. Il est visiblement de part dans toutes les entreprises ; favorise ses créatures, au point de leur faire faire des fortunes immenses d’un trait de plume. « En voicy un exemple :

« Le Roy a besoin de quantité de marchandises pour l'équipement des troupes, et pour les présens que l’on fait aux Sauvages. L’Intendant dit à un de ses favoris d'acheter un ou plusieurs magazins chez les négocians. Ceux-ci vendent tout l’assortiment à cent cent de bénéfice, quoiqu'il y ait quan‘ sebuts et d'articles inutiles au Roy. F -otendant vend le tout en donnant 60 à 70 pour cent de bénéfice à celui qu'il favorise ! Le profit est honnète pour un courtier !

« Aussi des fortunes prodigieuses deviennent- ! « elles communes depuis sept ou huit ans....... 1

« On ne voit que de gens parler de repasser en

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