‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 37 sur 109 · TOSDT IT TUE ENS E · texte numérisé non relu

TOSDT IT TUE ENS E

« France, avec des biens immenses..,.,,,,,,....

« Encore si les talens, l'industrie, et d'autres « moyens dont l'utilité fut reconnue, les procu- « roient seuls, tout le monde pourroit y prétendre : « on s’animeroit au bien général : le pays se « peupleroit et deviendroit florissant.

« Mais, soyez parent ou amy de quelqu'un des « membres de la haute société, et votre fortune « est faite ! On armera de préférence vos vaisseaux « quoiqu'ils soient en mauvais état et condamnés ; « on les frêtera pour le compte du Roy ; et on « risquera dessus de braves hommes et des mar- « chandises. S'ils périssent, vous serez dédommagés « au centuple. Ou bien, on vous donnera entreprises « et sous entreprises à gagner prodigieusement, « même sans soins, ny intelligence, comme nous « le voyons tous les jours.

« Il ne s’agit que de faire taire votre conscience, « et intéresser avec vous quelqu'un des associés. « Ou bien encore on vous enverra commander dans « un poste ; et c’est alors que vous verrez pleuvoir « les richesses, si vous savez prendre la bonne « tournure. Vous ne serez qu’un homme ordinaire, « si aans trois ans vous ne rappo, ez que 50 mille « Écus.

« Comment se fait-il que des gens, qui font « profession de sacrifier leur vie pour acquérir de « l'honneur , l’abandonnent ainsi honteusement « pour un vil intérêt ? »

Cette question, combien de fois l’honnête capi-

taine a-t-il dû se la poser en face de pareils faits ! Combien de fois il a dû sentir son noble cœur se soulever de dégoût et de colère, et sa plume lui tomber des mains, en racontant de telles infamies ? Mais il n’a pas fini : vingt fois, dans son Journal, il revient sur ces honteux abus, à p. »os de rien et à propos de tout, jetant ses réflexions, sans ordre, sans suite, <omme elles lui viennent. Cela ressemble à des eoups de fouet qu'il cingle de temps à autre, à tout hasard, au visage des fonctionnaires pillards du Canada.

« Il y a un moyen, dit-il, de faire des économies sans mettre aucun impôt dans le pays. Les seules pilleries de la pluspart de ceux entre les mains desquels passent les effets du Roy (1), forment un article des plus considérables. On n'apporte pas le moindre soin à prévenir les abus. À peine si à chaque mutation de garde-magazin dans les postes, se fait-il, à la hâte, un inventaire peu exact des effets du Roy, qu'il n’est jamais difficile de faire signer au commandant. Aussi s'enrichissent-ils prodigieusement. Les fausses consommations passent sur le compte des Sauvages, qui fournissent toujours un prétexte sur lequel on ne conteste jamais.

(1) Les effets du Roy, c’est-à-dire tous les objets appartenant à l'Etat. Voler le Roy ou voler l'Etat, c'était la même chose. À cette époque, et pour Desandroüins, tout ce qui était à l'Etat était au Roy, et tout ce qui était au Roy, étair à l'Etat. « L'Etat, c'est moi », avait dit Louis XIV.

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« On a cependant fait arrêter l'hyver dernier, « peut-être pour la première fois depuis l’établis- « sement de la Colonie, trois gardes-magazins de « Saint-Jean, Chambly et Sainte-Thérèze, qu'on a « convaincu d’avoir fait pour 60 mille francs de « friponneries. Bagatelle ! Ils avoient eu la mala- « dresse de ne pas sauver les apparences sur « quelques articles. Seront-ils pendus ? Celui qui « le croiroit, connaitroit bien peu le pays. »

Ailleurs Desandroüins parle « d’une sédition « qui s’éleva dans la garnison de Carillon, au « commencement de l’hyver, à propos de l’équi- « pement que le défaut d’approvisionnements dans « le fort, avoit empêché de donner complet. Les « soldats exaspérés avoient résolu de tuer leurs « officiers et de livrer le fort aux Anglois.

« Ils commençoient à s’assembler tumultueuse- « ment. M. d'Hébecourt sortit avec ses officiers, et « leur demanda à quel sujet il: faisoient du bruit ? « Après quelques propos dans lesquels le comman- « dant fit sentir de la fermeté, un soldat cria : « — Aux armes ! — Chassigno!, capitaine de « Guyenne, le saisit, le conduisit au corps de garde « et dit au sentinelle : — Vous me répondrez de « cet homme-là. — Je n’ay d'ordre à recevoir de « personne, répliqua le sentinelle. — Chassignol « lui arracha sur le champ son fusil armé de sa « bayonnette ; et comme il alloit lui plonger dans « le ventre, le soldat reconnut humblement sa « faute, et cria mercy !

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