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« rien d'assez cher, d'assez rare pour luy. Il se « marie ; il donne deux mille écus d’épingles à la « future, avant de passer les articles. On prétend « qu’il est riche à cent mille écus. 11 lui reconnait « quarante mille écus par son contrat.....
« Un sieur, de la Milice, piqueur depuis trois « ans à Carillon, y a ait une fortune dont son « ambition doit être satisfaite, et il repasse en « France... »
Faire fortune au plus vite, à tout prix, par tous les moyens, et puis repasser en France pour y jouir en repos du fruit de ses rapines : telle était donc l’unique pensée, la seule préoccupation de tous les fonctionnaires grands et petits, depuis l'Intendant jusqu’au dernier employé, qui s'étaient abattus sur le Canada comme une nuée de sauterelles malfaisantes et dévorantes.
« Car elle est insatiable, et prévaut sur tout, « la soif ardente de s’enrichir par tous les moyens « et promptement », s'écrie avec douleur le capitaine Desandroüins.
Aussi, les conséquences d’un tel désordre sontelles désastreuses pour la Colonie.
L'une de ces conséquences, la plus immédiate et la plus funeste, dont les Anglais savaient du reste très bien profiter, était de nous aliéner les Sauvages. Desandroüins le remarque à diverses reprises.
« Grande agitation, dit-il, dans l'esprit des « Sauvages des Pays d’en Haut. Tous ces peuples, « ayans descendus l’année dernière pour le siège
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« du fort Georges, ont rapporté la petite vérole « dans leur pays qui y a fait des ravages étonnans. « Ces peuples soupconneux ont imaginé que les « François ne les avoient attirés que pour les « faire périr par la maladie. Joignez à cela, beaucoup de mauvaise foy de la part de ceux «qui font avec eux la traite des pelleteries, et la « dureté des commandans des postes qui sont dans « l'impossibilité de leur faire les présens ordi- « naires. Il est fort à craindre qu'ils ne se jettent « entre les bras de l’Anglois. Ils ont même « massacré 10 ou 12 voyageurs...
« C'est sur la rivière des Ouisconsing que les « Poutéauatamis ou les Folles-Avoines ont détruit « ces voyageurs et pillé leurs marchandises...
« On ne sauroit trop se plaindre que certains « postes se trouvent gouvernés par des gens plus « occupés de leurs intérêts que du bien du service ; « et que d'autres, très agréables aux Nations « Sauvages, aient été rappelés et remplacés par « des ineptes et des avares, yvrognes comme « Ligneris, durs et hautains comme Vassan, qui « n’ont pas scu jusqu’à présent se concilier l'esprit « léger de nos alliés qui redemandent du Mas et « Pouchot, à cor et à cris, bons et excellents « officiers, surtout Pouchot....
« Les Cinq Nations, jusqu'alors fidèles à la « France, excitées par les discours des Anglois, « ont fait des plaintes de ce que nous paraissons, « (disent-ils) prendre des mesures pour les détruire,
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« en présentant la hache contre eux aux Nations « d'en Haut. C'est un grand malheur que nous « soyons hors d'état de leur envoyer un détache- « ment un peu considérable. Il est vraysemblable « qu'ils se joindroient à nous pour tomber sur les « Anglois, surtout si on les animoit par des « présens et des colliers... »
Ce souhait se retrouve en divers endroits de son Journal :
« On ne fait pas les présens ordinaires aux « Sauvages. Les Chactas, nation puissante, en « paraissent très mécontens... »
Et encore : « Nous pourrions, avec un bon com- « mandant dans ce pays-là, imposer aux Sauvages « par nos forces, et les contenir par de riches « présens... »
Ou bien : « Les Sauvages de la Baye remuent « toujours. On aurroit besoin d'y avoir un bon « commandant, de même qu’au Détroit et qu'ail- « leurs... »
Ainsi, on donnait le commandement, des divers postes détachés chez les Sauvages, à des hommes plus occupés de soigner leurs intérêts que de remplir leurs devoirs ; à des intrigants ou à des incapables qui savaient plaire sans doute à l’Intendant ou au Gouverneur général, mais qui, en revanche, s’attiraient le mépris ou la haine des Nations, et laissaient amoindrir parmi elles, au profit de l'Angleterre, l'influence et le prestige de la France.
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