‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 43 sur 109 · AE · texte numérisé non relu

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Le lendemain, 2 juillet, les deux ingénieurs allèrent commencer le tracé et le piquetage des retranchements. Desandroüins « releva tout à la « boussole. »

Le jour même et lessuivants arrivèrent à Carillon 400 Canadiens, ou volontaires, et une centaine de Sauvages. On les dirigea immédiatement vers le camp du Portage où ils pouvaient rendre de grands

services pour les reconnaissances et les coups de main.

On commença aussi à construire, sur deux bateaux solidement liés ensemble, de hautes plates-formes capables de porter des canons, des pierriers et des tirailleurs : « c'étaient des espèces « de tours flottantes ». Sur d'autres grands bateaux, on placa une pièce de canon à la proue. Des bastingages y mettaient à l'abri les artilleurs, les fusiliers et les rameurs. Ces vaisseaux de guerre improvisés étaient destinés à disputer le lac aux berges anglaises.

À Carillon donc et sur le lac on travaillait ferme ; car la nouvelle arrivait de tous côtés que les ennemis se concentraient au fort Georges, et qu'ils étaient, disait-on, près de 25.000,

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journée du 4, non loin du camp du Portage ; et l'on apprit bientôt qu'ils étaient partis du fort William-Henry, ou Georges, le 5, et qu'ils se dirigeaient sur Carillon.

Carillon pris : ils descendront sans résistance le lac Champlain ; les petits forts qui bordent ce lac ne sont pas capables de les arrêter ; ils pénétreront dans la rivière Richelieu qui débouche dans Je Saint-Laurent, un peu au-dessous de Montréal qui ne peut soutenir un siège ! Voilà le plan des Anglais.

Montcalm donc avait vu juste : c'était bien par Carillon qu'ils voulaient envahir le Canada.

A la nouvelle de la marche en avant des Anglais, nouvelle qu'il recut le premier, le 5 au matin, Bourlamaque envoya 350 homimes, commandés par M. de Trépézé, capitaine de Béarn, et conduits par M. de Langis, oflicier de la Colonie, prendre position sur la Montagne Pelée, à 3 lieues de son camp, sur la rive gauche du Saint-Sacrement, avec ordre de l'informer de tous les mouvements de l'ennemi. Puis il disposa plusieurs grands-gardes des deux côtés sur les hauteurs qui dominent le lac, afin d'éviter toute surprise.

En même temps, le marquis de Montcalm, aussitôt prévenu, « donna l'ordre de renvoyer à « Carillon toutes espèces d'équipages ; et, à toutes « les troupes, de passer la nuit au bivouac et en « éveil ». Ordre fut aussi donné aux bataillons du Portage de signaler la présence de l'ennemi à ceux

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de la Chute, par trois décharges de coups de fusil. À ce signal, le 2e bataillon de Berry, qui se trouve à Carillon, marchera en avant ; et, de sa compagnie de grenadiers, d’un piquet (1) et de 150 Canadiens arrivés le même jour, tous déployés en tirailleurs, il couronnera les hauteurs qui dominent le fort, de manière à veiller d'abord à la sûreté du fort lui-même, et ensuite à protéger la retraite de nos gens, s'ils sont poussés de trop près. « Précautions « inutiles, mais très louables », dit Desandroüins. Inutiles, car les ennemis ne fournirent pas aux Français l’occasion de s’en servir.

En effet, le 6 juillet au matin, *"rès une nuit pleine d'alertes, « on vit, sur 1e lac Saint- « Sacrement, un nombre innombré de berges, qui « allèrent faire leur descente à la côte de l’Est et « de l'Ouest, en même temps. Elles eurent quelques « décharges à essuyer de plusieurs piquets des « bataillons du Portage », qui se trouvaient détachés sur les rives du lac.

Les Anglais étaient passés au travers des détachements de Bourlamaque, comme le poisson au travers des mailles d’un filet.

Le colonel, furieux de voir les ennemis lui débarquer pour ainsi dire sous le nez, aurait bien voulu les jeter à l’eau. Mais la rapidité avec laquelle ils

(1) Le mot piquet, que nous avons déjà souvent employé et que nous emploierons encore, servait à désigner un nombre de fantassins inférieur à la compagnie, comme on dit à présent une section,

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exécutèrent leur débarquement ne lui donna pas le temps de rappeler les 350 hommes de M. de Trépézé. Du reste, les Anglais étaient trop nombreux pour songer à leur disputer le terrain : c'eût été mener à la défaite ce qui lui restait de ses trois bataillons.

C’est pourquoi, après avoir brûlé son camp, il se replia sur la Chute où était le marquis de Montcalm avec Royal-Roussillon et le 2e de Berry. Puis, tous ensemble, ils passèrent sur la gauche de cette rivière, et se réunirent à la Sarre et Languedoc qui y campaient.

Les sept bataillons réunis, c'était une force. Montcalm aussitôt les rangea en bataille sur les hauteurs voisines, afin de donner le temps aux

volontaires et aux piquets épars de se rallier.

Pendant ce temps, les Anglais, débarqués sur les bords du Saint-Sacrement, s'étaient mis en devoir de pousser en avant.

Sans s'embarrasser du gros matériel, dont le Portage se devait faire le lendemain, ils franchirent, aussi rapidement que le permirent les obstacles naturels, l’espace d’une petite lieue qui sépare le lac Saint-Sacrement du Champlain. Et vers cinq heures du soir, leurs têtes de colonne parurent sur la rivière Bernetz, laquelle descend des montagnes et se jette dans celle de la Chute, rive gauche, à 1/4 de lieue en avant de la position occupée par notre petite armée. Immédiatement,

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