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Le 8, à la pointe du jour, on battit la générale. Chacun se porta à son poste ; et, en attendant que les Anglais parussent, car on prévoyait être attaqué ce jour-là, on acheva « de perfectionner les retran- « chemens », la redoute et les batteries.
Maintenant que se passait-il au camp anglais, pendant cette journée du 7 ? Lord Abercromby y préparait son attaque avec le même soin que ie marquis de Montcalm, du côté des Français, apportait à la défense.
Il avait, dans cette journée, réuni tout ses troupes sur les bords de la Chute, et les y avait fait camper. Elles échangèrent quelques coups de fusil avec nos volontaires.
Dans cette journée aussi, il fit transporter, du lac Saint-Sacrement à la baie de la Chute, quelques berges et deux où trois pontons armés d’une pièce de canon.
Le 8, au matin, il envoya plusieurs détachements sur une montagne qui domine la baie de la Chute, et fit tirailler, sans succès, d'un bord à l’autre sur nos travailleurs de la batterie de 6 pièces, qui n’y répondirent pas : les balles tombaient dans l’eau, « C'étoit sans doute pour reconnoître notre posi- « tion ». C'était aussi peut-être pour détourner notre attention de la marche en avant de son armée.
Tout à coup, en effet, vers midi et demi, on voit les colonnes anglaises se diriger en masses profondes, vers nos retranchements à peine achevés.
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Ce dut être un quart d'heure solennel que celui où la poignée de soldats, que commandait Montcalm, sentit venir à elle les régiments anglais, six fois plus nombreux. Chacun prit sa place et prépara ses armes : point de précipitation, mais point de lenteur. Puis, un silence presqu’absolu, que troublaient seuls quelques brefs commandements des chefs, s’étendit, comme un voile, sur nos bataillons. Pourtant, ou voyait à la mine de ces hommes, que ce silence n'était point celui de la peur, mais celui de gens qui se recueillent pour mieux mourir, résolus qu'ils sont à faire bravement leur devoir, et à vendre chèrement leur vie.
Que de cœurs alcrs battirent à de chers souvenirs ! Que de pensées et de regrets furent envoyés à la France !
D'abord nos grands-gardes et nos compagnies de grenadiers, qui se trouvaient hors des retranchements, furent ramenées vivement, à coup de fusil, par les avant-gardes ennemies. Elles rentrèrent néanmoins en bon ordre par les barrières qui furent aussitôt refermées. Une seule, la grandgarde de droite, qui s'était attardée à faire le coup de feu, fut obligée de sauter par-dessus le parapet.
C'était le prologue de la bataille.
Les Anglais dessinèrent leur attaque, et se divisèrent en quatre colonnes.
Deux appuyèrent d'abord sur notre gauche (droite des Anglais) : la première marcha à la
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Sarre et Languedoc, la seconde à Berry et aux piquets arrivés la veille. Peu après parurent les deux autres qui, se portant un peu à droite, attaquèrent, l’une Royal-Roussillon et Guyenne, et l’autre Béarn et la Reine.
« Une très grande quantité de très bons tireurs, « Ecossois et Américains, cachés derrière les « souches et les troncs d'arbres, /arcissoient « l’entre-deux et les ailes de ces colonnes. »
Toutes ces colonnes approchaient de nos retranchements au pas, fièrement, se tenant presque toujours à la même hauteur, malgré les obstacles de toutes sortas qui gênaient leur marche.
A une grande distance, elles ouvrirent le feu ; mais leurs balles arrivaient à peine ; pas une ne portait dans nos rangs.
Les retranchements français restaient silencieux. On les aurait rx croire abandonnés. Montcalm avait ordonné aux soldats de ne tirer qu’à coups sûrs, afin de faire plus de mal à l'ennemi, tout en ménageant les cartouches dont le transport était difficile. Mais, l’activité que le 2 bataillon de Berry mit à traîner sur des charrettes et à porter à bras les munitions de guerre sur toute la ligne, fit cesser la crainte d'en manquer.
Aussi, lorsque les Anglais furent à bonne portée, trois mille fusils s’abaissèrent tout à coup, comme à un commandement unique, et une terrible décharge fit rouler à terre les premiers rangs ennemis.
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Sous cet ouragan de plomb, les têtes de colonnes vacillèrent un instant, puis elles reprirent leur marche en faisant feu. Mais elles étaient gênées par les arbres semés çà et là sous leurs pas, et par les souches restées debout dans le désert. A chaque instant, elles se rompaient pour se reformer ensuite.
La nuée de tirailleurs qui se trouvaient sur les ailes et dans les intervalles de chaque colonne, plus hardis ou plus adroits, avaient aussi ouvert sur nos soldats un feu très vif. Cachés derrière les arbres et les souches, ils nous tuaient beaucoup de monde. Cependant, cet avantage était loin de compenser, pour l'ennemi, les difficultés de la marche, et le désordre qui en résultait.
A ce feu des Anglais, les Français répondent victorieusement. Ils tirent comme s'ils étaient à la manœuvre, vivement et sûrement. « Impossible, raconte le capitaine Desandroüins, de trouver plus de sang-froid et de bravoure qu’on en vit ce jour-là dans le soldat. J’ay été témoin qu'aucun ne tiroit son coup sans viser son homme, et que la pluspart attendoient, souvent un assez longtemps, de voir paroître un tirailleur, posté derrière une souche. pour ne pas le manquer, quoique les balles pleuvassent dru comme grêle. » La colonne anglaise de droite (gauche des Français), se détournant un peu de son point d'attaque, tenta plusieurs fois inutilement de pénétrer par la trouée, que gardaient les volon-
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taires Bernard et du Prat, avec la compagnie de grenadiers qui avait été envoyée à leur secours. Mais les volontaires et les grenadiers se défendirent à merveille ; et le feu vif et bien conduit que la Sarre et Guyenne firent sur elle du haut de l’escarpement « en émoussa toujours la tête. »
Berry, et les piquets qui le joignirent, empêchent aussi, par leurs salves répétées, celle qui les attaquait, d'approcher de leurs retranchements.
Les deux colonnes de la gauche anglaise, opposées à notre droite, ne sont pas plus heureuses. Malgré leur opiniâtreté, elles n’avancent pas d'une semelle, et se contentent de renvoyer, sans leur faire beaucoup de dégâts, dix balles pour une, à Royal-Roussillon, Guyenne, Béarn et la Reine qui, eux, leur tuaient beaucoup de monde.
Ii était à peu près deux heures, et l'attaque des Anglais n'avait encore réussi nulle part. Ils contipuaient, avec une ténacité qui est dans leur caractère, à aller et à venir, devant nos retranchements, qu'ils couvraient de leurs feux, cherchant à droite, à gauche, partout à la fois, un point faible par où les entamer, pareils à des loups affamés qui veulent forcer l'entrée d’une bergerie.
Mais dans cette bergerie n'étaient pas des moutons : c’étaient des lions ! A la ténacité, à la hardiesse des Anglais dans l'attaque, répondait l'énergie indomptable de nos soldats.
Du reste, Montcalm était là ; et il leur avait dit