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Guyenne, dont les flammes vertes et isabelles attiraient ainsi les Anglais, fusilla de front, et Royal-Roussillon de flanc, « ces pauvres gens « qui s'imaginoient que les drapeaux flottans « étoient, de notre part, un signe qu'on se rendoit. »
Pendant que ceci se passait à notre droite, « Berry, qui était aux trois quarts composé de « jeunes soldats, faiblit au centre et abandonna « même le parapet : — Vite les compagnies de « grenadiers ! — Les officiers de ce bataillon les « ramenèrent si promptement que l'ennemy ne « s'en aperçut pas..... La gauche, de même que « notre droite et notre centre, se soutint avec la « dernière fermeté, malgré les attaques réitérées « et successives des ennemis. »
La chaleur était accablante, et l’on était aux plus longs jours de l’année. On rapporte que Montcalm, au commencement de l’action, entr’ouvrant son habit, avait dit à ses soldats : « Mes « amis, il fera chaud aujourd’hui ! »
Quatre heures d’une lutte acharnée et sans résultats heureux n'avaient point lassé l'ennemi. Et pourtant, il avait déjà semé de plus de 2.000 cadavres l’étroit champ de bataille où se jouaient les destinées du Canada !
Le général Abercromby, la rage au cœur, voyait ses soldats s’épuiser en vains efforts pour entamer les chétives et misérables défenses derrière lesquelles 3.000 Français tenaient sa nombreuse armée en échec.
De désespoir, il réunit en une les deux colonnes qui attaquaient notre droite ; et, pendant que les deux autres continuent le combat avec notre gauche, il les lance comme un bélier à l'assaut de nos positions. Lui-même commande cette attaque. Il était cinq heures du soir.
Le choc fut terrible. Elles allèrent d'abord heurter le saillant où Guyenne appuyait sa droite, et Béarn sa gauche.
Devant cette furieuse attaque, le chevalier de Lévis fit aussitôt renforcer le point attaqué par le bataillon de la Reine, et ordonna aux Canadiens de sortir de leurs retranchements, et de prendre les Anglais en flanc.
Mais les Canadiens, qui ne tenaient pas à s’exposer en plaine, mirent de la mauvaise volonté à exécuter sette sortie En vain, des officiers de la Reine se mirent à leur tête : il n’y en eut que quelques-uns qui fusillèrent les Anglais à travers les arbres (1).
Malgré cette espèce de défection, les trois bataillons, par leurs feux vifs et réguliers, n’en repoussèrent pas moins les Anglais, qui laissèrent encore quelques centaines de morts sur place.
(1) « Nigon, brave officier de la Colonie, dit Desandroüins, « offrit au commencement de l’action de prendre 100 « hommes pour tomber sur la colonne qui attaquoit notre « droite. Mais il fut abandonné en chemin par les Canadiens. « Il s’avança seul dans le bois, fut blessé et eut bien de la « peine à se tirer tout seul, »
olonnes C'était un curieux et terrible spectacle que celui que les de ces 20.000 hommes s’acharnant contre nos notre retranchements que protégeait un mur de feu et saut de de plomb, et desquels ils ne purent approcher ttaque. d'assez près pour y donner un assaut. Du reste
fussent-ils montés à l'assaut, qu'ils auraient trouvé d'abord derrière 3.000 poitrines françaises qui les eussent droite, repoussés (1).
Ce fut l'effort suprême des Anglais « leur dernier lier de « coup de collier », comme dit le capitaine ÿ par le Desandroüins !
nadiens « Enfin la grande ardeur des ennemis se ralentit prendre « tout-à-coup, vers six heures et demie du soir. »
Bientôt on les vit, ramassant leurs blessés, se
pas à retirer lentement et disparaitre derrière les bois, volonté comme se retire et disparaît le flot qui est venu se iers de briser contre les rochers. Mais comme lui aussi, en ut que : se retirant, les Anglais semblaient encore être à travers : craindre. On n'’osa les poursuivre. Du reste ils | laissaient, en arrière-garde, de nombreux tirailleurs
s (trois dont le feu inquiéta nos soldats jusqu’à la nuit. se se Cependant quinze à vingt soldats de Béarn, vers
sept heures du soir, sautèrent, sans officiers, pardessus le retranchement, et aux cris de: Tue, tue ! attaquèrent des tirailleurs cachés derrière des arbres, les mirent en fuite, firent quelques prison-
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(1) Il n’y eut pas d’assaut à nos retranchements. Les Anglais n’en approchèrent jamais.
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niers, dépouillèrent quelques morts et rentrèrent aussitôt (1).
Les Français n'’osaient croire à leur victoire. Une si nombreuse armée reculer devant une poignée de soldats ! C’est impossible ! La retraite des Anglais est une feinte. Ils reviendront le lendemain, la nuit même, après quelques heures de repos, rendus plus furienx par leur échec. Aussi notre petite et vaillante armée, ayant pris quelque nourriture, passa la nuit sous les armes et dans le rang bordant les retranchements, comme si l'ennemi eût été là.
Et pourtant, autour de ces retranchements, gisaient 4 ou 5.000 uniformes rouges. Au fracas de la fusillade, aux mille bruits de la bataille avait succédé, sur ce champ de carnage, comme un immense murmure sourd et confus, fait de cris faiblissants, de courtes vociférations, de paroles inachevées, de plaintes douloureuses, de gémissements étouffés, auxquels répondaient les appels lugubres des oiseaux de proie. Parfois, dans le crépuscule de cette magnifique nuit de juillet, des ombres se soulevaient de terre, faisaient quelques pas, puis retombaient, poussant un cri plaintif ! Oh ! c'était bien fini !
(1) « Il n’y eut pas de vrayes sorties, dit le capitaine « Desandroüins. Le chevalier de Lévis a voulu se faire « honneur d’une prétendue sortie qui n’a jamais eu lieu ; et « l’ayant débité à tout le monde, a jeté en grande erreur « tous ceux qui n’étoient pas précisément avec lui. »
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Le 9, quand le soleil se leva radieux, nos soldats étaient déjà, depuis plus d’une heure, « occupés « à réparer l’abatis dans les endroits imparfaits ou « dérangés par le feu ». Ils étaient gais et de joyeuse humeur, et se montraient « impatients de « revoir l’ennemy ».
Mais l'ennemi ne revint pas.
Après quelques moments donnés à l'ivresse de la victoire, on songea aux nobles victimes qui l'avaient payée de leur sang.
Nous avions 14 officiers tués ou blessés à mort, et 19 blessés plus ou moins grièvement ; 92 soldats tués et 248 blessés.
Parmi les officiers blessés sr trouvaient le colonel de Bourlamaque et de Bougan.. ille nommé, trois jours auparavant, « aide-maréchal-des-logis de « l'armée aux ordres de Montcalm (1) ».
(1) Voici par bataillons les noms des officiers tnés ou blessés et le nombre de soldats.
Etat-major : de Bourlamaque, de Bougainville,
La Reine : Dodin, lieutenant de grenadiers, tué ; d’Hébecourt, capitaine, Le Comte, capitaine, de Massia, lieutenant, blessés ; 7 hommes tués et 45 blessés.
La Sarre : de Moran, capitaine, Mineraye, aide-major, Champredon, capitaine, tués ; de Bauclair, capitaine, de Forret, lieutenant, blessés ; 7 hommes tués et 31 blessés.
Royal-Roussillon : Ducoin, capitaine, tué ; chevalier d’Azenne, nommé officier, blessé ; 2 hommes tués et 18 blessés.
Languedoc : de Fréville, capitaine, Parsourut, lieutenant, tués ; de Marillac, capitaine, Duglas, capitaine, Basserode, capitaine, blessés ; 9 hommes tués et 35 blessés.
Guyenne : Patrice, capitaine, tué, et de Saint-Vincent,
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Les Anglais avaient perdu 4 à 5.000 hommes et la fleur de leurs officiers. Chiffre énorme et qui fait pour eux, de cette affaire, une sanglante bataille. Et cependant, il n’y eut ni assaut, ni mêlée ; et nos soldats n'étaient pas 3.600 ! Mais de notre côté les feux étaient si bien ménagés et le tir si juste que presque chaque coup portait.
« Les François sont tout fusils ! » disaient les Sauvages le lendemain de la bataille, exprimant leur enthousiasme par ce mot pittoresque.
En effet, chaque soldat avait tiré de 70 à 80 coups, au dire de Desandroüins : et à cette époque on ne tirait pas 10 coups à la minute. « Aussi on a « été obligé de changer quantité de fusils pendant « l’action. »
capitaine, mort de ses blessures quelques jours après ; La Bretèche, capitaine, Restaurant, lieutenant, blessés ; 24 hommes tués et 86 blessés.
Berry : 1° bataillon: La Brême, capitaine, Emeric, souslieutenant, tués et Châteauneuf, mort de ses blessures ; Castan, aide-major, et Chermont, sous-lieutenant, blessés ; 16 hommes tués et 28 blessés. — 2° bataillon, portant les munitions : 6 hommes tués et 8 blessés.
Béarn : Pons, lieutenant, Douay, enseigne, tués; de Mongay, capitaine, Malartic, capitaine, blessés ; 11 hommes tués et 36 blessés.
Canadiens et Miliciens : de Nigon, lieutenant, de Langis, lieutenant, tous deux blessés, le dernier à côté du chevalier de Lévis ; 10 hommes tués et 11 blessés,
« 22 août : Le pauvre Saint-Vincent, capitaine de « Guyenne, est mort la nuit de ses blessures, en vray héros « chrétien, »
Du reste, les Anglais étaient à découvert, et les Français abrités par leurs retranchements. Cinq ou six cents Ecossais, aux jambes nues, étaient tombés au pied du redan qu'ils avaient attaqué (1).
« Officiers et soldats ont montré une valeur « semblable à celle des Romains aux plus beaux « jours de la République. Les Anglois disent que « c'est l'affaire de l’Assiette renouvelée » ; mais à cette différence près, que cette fois ce sont les Français qui ont été vainqueurs (2).
Malgré ce terrible échec des Anglais, on n’osa cependant les poursuivre par une prudence qui fut approuvée de tous : on n’osa même pas se porter ce jour-là jusque sur la rivière la Chute, crainte de compromettre notre petite armée victorieuse.
Le soir même rentra au camp français un brave officier, appelé Wolf, envoyé quelques jours auparavant en mission chez les Anglais, et retenu par eux sous un prétexte quelconque. « Il rapporta
(1) Ces chiffres furent donnés par des déserteurs anglais, quatre ou cinq jours après la bataille. « L’un d’eux, dit « Desandroüins, portoit le nombre des morts à 4 ou 5.000, « et les blessés en proportion. » Les Anglais avouèrent 3.000 tués ou blessés. Mais, « par tous leurs discours, ajoute « le capitaine, on pourroit présumer que leur perte a été « plus considérable que nous le pensons. »
(2) « L'affaire de l’Assiette » avait eu lieu le 19 juillet 1747, il y avait vingt-et-un ans presque jour pour jour. Desandroüins, lieutenant au régiment de Beauce, s’y trouvait,
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