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« que les officiers ennemis lui avoient dit : — Nous « avons attaqué avec intrépidité. Vous vous êtes « encore mieux déiendus. Nous nous disposions à « avoir pour vos troupes réglées toutes sortes « d'égards. Mais point de quartier par représailles « pour les autres. Nous nous souvenons du fort « Georges, et nous avons les noms des officiers et « interprètes canadiens qui nous ont fait massacrer « par les Sauvages, malgré la capitulation. Rendez- « nous justice ; nous vous la rendons. »
Le lendemain 10 juillet, les huit compagnies de
grenadiers, les volontaires et 50 Canadiens, sous le commandement du chevalier de Lévis, allèrent en découverte à la Chute et jusqu'au Portage. Ils y trouvèrent une douzaine d'arbres abattus, que les Anglais avaient placés, les uns derrière les autres, en forme de retranchements, pour gêner la poursuite des Sauvages, si nous en avions eu : mais, pas un seul ennemi.
« Il y avoit aussi le long du chemin un grand nombre de quarts de farinne brisés, et 152 autres jetés à l’eau qui furent retirés et sauvés. La « terreur des ennemis leur avoit fait laisser, dans « un bourbier de terre glaise, plus de 40 paires de souliers avec leurs boucles, des haches, pelles, pioches et mantelets de cuir piqué pour la sappe. » Cette journée du 10 fut, pour l’armée délivrée de toute crainte, un jour de repos complet.
Le 11, elle quitta ses retranchements, en y laissant seulement trois grands-gardes, et vint
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prendre, un peu en arrière près du fort, une position où elle était plus commodément installée.
« Le même jour, arrivée de MM. Rigaud, du « Mas, Marin et de quelques autres officiers, avec « une vingtaine de batteaux ou canots d’écorce « chargés de Canadiens et Sauvages, à neuf heures « du soir. Moularde après diner. »
Le 12, on chanta un Te Deum d'actions de grâces pour remercier Dieu de la victoire. Aux fracas de la bataille, au cliquetis des armes, aux crépitements de la fusillade, aux cris des combattants, aux plaintes des blessés, succédèrent, pour un instant, dans ces grandes solitudes, le bruit des chants religieux. Puis, les échos de Carillon se rendormirent. Je ne sais, si depuis, ils ont été réveillés par des batailles ou par des chants religieux.
Et vraiment, la victoire des Français semblait tellement extraordinaire, tellement impossible, qu'aux yeux du soldat elle tenait du prodige.
Le capitaine Desandroüins raconte, à ce sujet, le fait suivant d'un grenadier de Béarn : « Un « grenadier de Béarn dit à son camarade : — S'il se trouvoit un Huguenot parmi nous, il faudroit le traiter comme un Anglois, après un miracle comme celui-là. — Et pourquoi cela ? dit l’autre : le miracle est au bout de nos fusils avec lesquels nous avons tuéles Anglois ! — Comment, répliqua le premier : mais je maniois des arbres dont je « ne puis remuer les branches aujourd'hui! —TI
PJ
« avoit raison, ajoute Desandroüins ; le doigt de Dieu s’y est fait sentir visiblement. Il nous a fait vaincre malgré toutes nos sottises. Et comme le disoit le bonhomme la Valterie : — Une petite armée combattoit sûrement là-haut pour les François ». Un modeste monument, qui n’a pas bravé les années ou que n'ont pas respecté les hommes, fut élevé sur le champ de bataille de Carillon, par les soins de l'abbé Piquet, aumôûnier de l’armée, afin de rappeler le souvenir de cette victoire. Il consistait en deux poteaux, placés de chaque côté d’une croix portant les armes de France. Sur ces poteaux et sur cette croix étaient de belles inscriptions latines tirées de l’Ecriture Sainte, sauf celle-ci qui était des plus fières : — « NON PLUS ULTRA QUI JAM A « GALLIS CŒSI VICTI FUGATIQUE FUISTIS ANGLI « ANNO 1758 DIE VERO 8 JULII SEPTEM CONTRA € UNUM. — Vous n’irez pas plus loin, Anglois qui, « étant sept contre un, avez été battus, vaincus, « mis en déroute, par les François, le 8 juillet de « l’année 1758 ».
Hélas ! ils sont allés plus loin !
N'importe : nous n’avons guère de faits d'armes, pa ls à celui de Carillon, dans notre histoire militaire, si riche pourtant en glorieuses actions.