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« On a tout lieu de croire, ajoute Desandroüins, « que tous ces désordres pourroient être arrêtés par
« les Interprètes et par les officiers attachés aux « Sauvages... »
D'ailleurs, « on ne sauroit douter que les
« Interprètes n’'entrent pour beaucoup en tout « cela... »
Aussi, il en est presqu'à regretter qu’on ne les traite pas comme autrefois. « Autrefois les officiers « dans un poste donnoient du bâton à l’Interprète, « quand les Sauvages du district ne faisoient « point à leur volonté : et dans ce temps là, on « jouissoit des Sauvages. Du reste, Marin prétend « hautement qu'avec la fermeté et de l’intelli- « gence, on peut faire tout ce qu'on veut de ces « gens là. » Marin avait vécu longtemps au milieu d'eux, dans les pays d’En Haut.
Cependant, à cette époque (13 août), on fit un
exemple qui du reste ne servit peut-être qu’à hâter leur départ.
Sept Sauvages, Sauteurs ou Folles-Avoines , avaient été livrés par leurs Nations, et condamnés à mort, pour avoir assassiné deux Français. On en fusilla trois à Montréal. Les quatre autres subirent la même peine à Carillon, où on les avait amenés afin qu'ils « livrassent leurs corps « à la mort pour expier leur crime. Cette acte « d'autorité, ajoute Desandroüins, prouve qu'on « peut la pousser aussi loin qu’on veut vis-à-vis
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« des Sauvages. Ces sortes d'exemples sont bons « quelque fois ; mais qu'ils soient rares. »
Toujours est-il que 60 à 80 Sauvages seulement restèrent à Carillon. Cependant deux peuplades nous furent fidèles, celle des Algonquins et celle des Nipissings. € Le bruit ayant couru qu’une « armée prodigieuse d’Anglois devoit venir nous « attaquer et s'emparer du Canada; ils avoient « tenu Conseil, et avoient résolu, si elle réusissoit, « de faire leurs paquets, de les mettre dans leurs « canots d’écorce, et de gagner la Louisiane (1) par « les pays d’En Haut, tant ces deux Nations nous « sont attachées. »
Rien du reste dans cette défection des Sauvages ne doit nous étonner. L'étoile de la France pâlissait, et ces peuples enfants, qu'elle ne guidait plus, s’en allaient vers d’autres plus brillantes. Nous l'avons déjà dit, depuis 15 ans, notre administration civile était malhonnête avec eux. D'autre part, le bruit de nos revers en Europe, exagérés et exploités par les Anglais, était parvenu à leurs oreilles ; et puis, ils voyaient que nous ne nous soutenions au milieu d'eux qu'à force de courage, et que nos soldats étaient pour ainsi dire abandonnés de la mère-Patrie en ces lointains pays. Chaque jour donc, nous perdions sur eux notre influence ; nous perdions même
(1) Magnifique Colonie Française, au Sud-Ouest du
Canada, sur les bords du Missisipi, et allant jusqu’au golfe Mexique. Elle fnt encore perdue pour la France en 1768.
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notreprestige militaire; tandisque chaque jour grandissaient le prestige et l'influence de l’Angleterre.
Vers la même époque, Bougaïnville fut envoyé par Montcalm au camp Anglais du fort William- Henry, porteur de lettres à lord Abercromby, relativement à un échange de prisonniers. Il revint le 16 Août, vers cinq heures du soir, avec la réponse du général Anglais. Desandroüins donne quelques détails, qu'il tenait de Bougainville même, sur son court séjour parmi les Anglais.
« Les Anglois, dont il connaissoit les principaux,
« l'ont accablé de politesses. Ils prétendoient que « Loüisbourg doit être pris. Bougainville a parié « avec eux deux paniers de vin de Champagne, « contre deux de bière de Londres qu'il ne le « seroit pas pour le 15 de ce mois inclusivement. « Ils l’ont retenu un jour de plus, non pas par « force, mais pour lui faire fête, et l’on reconduit « jusqu’à une île, vers le milieu du lac St-Sacre- « ment, où on lui a fait une halte superbe.
« Lord Abercromby lui a dit : — Attendezvous à entendre demain le canon de mon camp : « ce sera pour la prise de Loüisbourg. Je n’en « feroi point tirer avant la nouvelle. »
Du reste, la prise de Louisbourg amènerait peutêtre entre les deux gouvernements, la paix si désirée de part et d'autre. On en parlait entre ces hommes qui devaient se couper la gorge le lendemain ; on s’en réjouissait à l'avance, et l’on faisait des projets de fête !
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