‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 65 sur 109 · ARR ARR RAR R À À À · texte numérisé non relu

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« Pourtant ne nous rebutons pas; et s’il faut « succomber, que ce ne soit qu'après avoir fait « les efforts dont nous sommes capables et épuisé « toutes les ressources que la prudence humaine « peut nous dicter. Si nous ne pouvons sauver « nos biens ou notre vie, nous sauverons au moins « notre honneur, le plus précieux de tous les « biens. Et que sait-on? Peut-être un heureux « hazard peut nous servir dans cette campagne « comme il nous a servi dans la précédente, et « retarder notre perte jusqu’à ce que la paix vienne « «

nous délivrer. Mais, songeons que le hazard ne favorise jamais à la guerre que la valeur qui- « dée par la sagesse et la prévoyance » (1).

(1) A la même époque Montcalm exprimait les mêmes sentiments, Il écrivait à sa mère le 12 avril : « — Nous « avons sauvé la Colonie, l’année dernière, par un succès « qui tient du prodige. Faut-il en espérer le pareil? Il « faudra au moins le tenter! »

Au ministre, même « 2: « Si la guerre dure, le Canada «€ sera aux Anglois, dès cette campagne, ou la prochaine. »

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Axiôme que tous les chefs d'armée feront bien de méater !

« On ne parvient, ajoute Desandroüins, dans « une défensive, à empêcher l'effet des forces de « de l’ennemy, qu'autant : 1° qu’on juge sainement « tous les mouvemens qu'il peut faire : 2° qu'on « oppose à ces mouvemens tout ce qu'il est en « notre pouvoir d'y opposer : 3° qu'on distingue « tous les points d'attaque les plus essentiels, « d'avec ceux qui n’entrainent pas sur le champ « la ruine du pays, pour faire les plus grands « efforts en conséquence, sans craindre de perdre « un membre pour sauver le reste du corps :

« 4° que lorsqu'on est obligé d'abandonner « quelques parties à la fortune, on choisit celles « où l’on a le plus lieu d'espérer du hazard et « des obstacles naturels.

« Voilà à peu près les principes sur lesquels il « faut se régler pour la disposition des forces de « la Colonie à l’entrée de la campagne. Ainsi en « partant des différents points d'attaque que la « nature du pays offre à l’ennemy, nous distri- « buerons dans chacun d’eux une partie de nos « forces en conséquence de ces principes ; puis « nous discuterons les moyens de les soutenir, et « la conduite à tenir dans le cours de la « campagne. »

Ces conseils, si simples à première vue qu'ils semblent inspirés par le seul bon sens, ont-ils toujours été suivis dans les guerres défensives ?

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Après cette espèce d'entrée en matière ; il aborde la question.

Les Anglais peuvent attaquer le Canada :

1° Par Québec : 2° par la Belle-Rivière, le lac Erié, ce qu'on appelle les pays d'En-Haut : 3° par le lac Ontario et le haut du fleuve Saint- Laurent : 4 par Carillon et le lac Champlain. Ils peuvent même l’attaquer par tous ces endroits à la fois.

De la défense de Québec :

« Québec, dit-il, est le point de nos frontières où on peut accourir le plus promptement tant « de l’intérieur de la Colonie que des autres points ; « c’est le seul où les vents, les hazards de la mer « et le manque de bons pilotes puisse faire échouer « et même détruire l’ennemy. C’est presqu'aussi « le seul où une escadre de France puisse nous « être de quelque utilité. Or, s’il reste encore à la « Cour quelques bonnes intentions pour nous, « et que la conservation de ce pays-cy entre pour « quelque chose dans ses projets, il ne faut pas « douter qu’elle n’envoye, pour la fonte des « glaces, une forte escadre en rivière, ou qu’elle «ne tente une diversion sur les côtes de la « Nouvelle-Angleterre, ce qui peut produire le « même effet. »

Pour ces raisons, on ne doit pas d’abord garnir Québec d'une masse de troupes. Les vaisseaux ennemis mettront un mois pour remonter en flotte le Saint-Laurent. Qu'on envoie cinq ou six goëlettes,

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fines voilières, croiser à l'entrée du fleuve, et qu'elles préviennent de l'approche. Des signaux sont aussi placés le long du fleuve.

L'ennemi entre ex rivière. Alors qu'on réunisse toutes les troupes de la Colonie et qu'on fasse tenir prête l’armée de Carillon. On aura le temps de la faire descendre : il ne faut à la rigueur que six jours pour venir de Carillon à Québec; et quatre jours en naviguant jours et nuits, sans arrêt. Pendant ce temps, l’escadre française ; on conservait toujours l'espérance de voir une escadre française! l’escadre française disputera le fleuve aux Anglais.

« Cependant, malgré toute la valeur et la bonne « conduite possibles, les Anglois arrivent à mettre « le siège devant Québec, place trop mauvaise « pour être laissée à ses propres forces. »

Alors sur le champ, ?Ÿ faut abandonner Carillon qu'on ferait sauter, le Champlain et l'Ontario ; il faut réunir tous les hommes capables de porter un fusil; tous « jusqu'aux enfants de 14 « ans, pour hazarder tout ce que le courage et « l'intrépidité, ou pour mieux dire le désespoir « pourront suggérer de plus hardi. Ce n'est que « par des remèdes violents, qui souvent feroient « périr un homme sain, qu'on parvient parfois à « se délivrer d’une maladie mortelle. »

Toutes nos forces sont rassemblées ; l'armée de sécoutrs ést proche. On se préparera alors à une attaque de nuit, en se concertant avec le com-

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mandant de Québec, afin qu'il fasse à la même heure, une furieuse sortie par toutes les portes de la ville « au hazard d'y périr et d'être emporté, « si on ne réussit pas. »

Cette attaque de nuit, Pisandroüins la veut impétueuse, terrible et unique nent à la baïonnette. On fera préparer aux Trois-Rivières une masse « de bayonnettes, piques, pertuisanes, hallebardes « pour en distribuer aux Canadiens et aux « Sauvages. Il ne faut pas croire qu'ils manquent « d'impétuosité dans le choc : on peut les « comparer aux Turcs qui, quoique sans ordre, « sans discipline et mal armés, ne laissent pas « d'être terribles dans les coups de main. »

Le brave capitaine est partisan des attaques de nuit, qui du reste sont le plus à craindre à la guerre. « Nous profiterons, dit-il, du moment où « l’ennemy n'aura encore fait aucune disposition « définitive ; il sera surpris par cette brusque « attaque. Alors le trouble, l’effroy, la terreur « s'emparent souvent des esprits, et font fuire « les armées les plus nombreuse IL n'est que le « temps de la nuit qui fourn%se de pareils « événements. Il faut donc laisser le scidat se « jetter à corps perdu sur l’ennemy et le pousser « partout la bayonnette dans les reins, saas luy « laisser le temps de se former, ni d'accourir d’un « côté au secours de l’autre. »

Après cela, si on ne réussit pas, et que Québec soit pris, c’est la ruine entière du Canada : « il

«n'y à plus qu'à règler une capitulation géné- « rale. »

De la défense des Pays d'En-Haut.

Il faut retenir les Sauvages par tous moyens ; abandonner les petits forts ; maintenir à Niagara 300 hommes, et même au besoin savoir sacrifier ce fort ; et ne laisser partir pour le trafic que le moins de voyageurs possible. On perdra les Sauvages, le comrerce et la richesse du pays ; mais cette perte est moindre que celle de la Colonie.

Au cas où le siège serait mis devant Niagara, le commandant, après une défense raisonnable, car le fort n’est pas assez bon pour pouvoir résister très longtemps, s'échappera par le lac Ontario pendant la nuit et se repliera sur la source du Saint-Laurent. Pour cela il doit être muni d’un nombre suffisant de canots d’écorce.

De la défense du lac Ontario et du haut Saint-Laurent.

L'ennemi fait, dit-on, de grands préparatifs au fort de Bull qui ont pour objectif ou Niagara, ou la Galette sur le Saint-Laurent, et Montréal.

La première chose à faire, c’est d'envoyer deux grandes barques nouvellement construites, avec chacune 50 hommes d'équipage, croiser à l’embouchure de la rivière Chouaguen, avec ordre de faire feu sur toutes les berges qui voudront en sortir.

Si les berges passent ; il faut les poursuivre et

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gêner par tous les moyens leur entrée dans le Saint-Laurent.

Mais l'ennemi est sur ce fleuve. Alors on occupera toutes les iles; on défendra l'un après l'autre chacun des nombreux Æapides qui font obstacle à la navigation ; on s'embusquera derrière les arbres, dans le creux d'un rocher ; on sèmera la route d'abatis; enfin on ne cèdera le terrain que pied à pied, Un millier de Canadiens, qui excellent dans ce genre de guerre, sufliront amplement à la besogne.

« On peut juger de l'embarras où se trouvera « l'ennemy, si l’on fait attention qu'il ne peut « sauter les Æapides que de jour, autrement il « court risque d'être submergé.

« Si au contraire, il prend le parti de faire parlage de toutes ses berges à chaque Sault ou Rapide, toute la Colonie aura le temps d'accourir « au secours, et de l’attendre aux Cèdres, aux « Buisons, ou au Trou, et de s'y retrancicr (1). »

En résumé, les obstacles matériels que la nature des lieux présente à chaque pas aux Anglais ; ceux non moins grands que leur opposeront nos soldats, soit sur le iieuve, soit à terre ; les difficultés qu'ils auront de communiquer entre eux ; l'impossibilité de se servir du canon : et la prodigieuse quantité de vivres et de munitions de toutes sortes dont il faudra charger chacune de leurs berges, font douter qu'ils aient réellement

(1) Nom de divers Rapides du haut Saint-Laurent.

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dessein de nous attaquer par là. S'ils sont battus, ils n'ont plus de retraite à espérer.

Cependant il faut tout prévoir. Si l'ennemi se présente en forces considérables ; si nos bateaux et nos soldats ne peuvent lui barrer le passage ; s’il franchit les Rapides les uns après les autres ; alors il faut appeler 3.000 hommes de Carillon, les porter vivement sur un ÆRapide non encore occupé, et les y retrancher. Il faudra du canon pour les déloger. Cela fera perdre aux Anglais du ‘emps, et usera leurs vivres et leurs munitions.

Si enfin, malgré ces mesures et toute la résistance possible, les ennemis atteignent Montréal, alors il faudra faire un appel aux armes de tous les Canadiens, dévaster le pays, les poursuivre, les harceler sans relâche , et s'inspirer du désespoir !

De la défense de Carillon.

Carillon est le point où les Anglais arrivent le plus rapidement, dès la fonte de neiges, et pour lequel leurs communications peuvent être le moins interrompues; c’est celui d’où ils peuvent, une fois qu'ils y seront établis, le plus aisément se rendre maitres du Champlain, en nous en reponssant peu à peu, et en établissant sur ses rives, au fur et à mesure qu'ils avanceront, une chaîne de forts dont nous ne pourrons les déloger.

On a discuté la position de Carillon ; mais à la guerre, on n'a que le choix entre des positions plus où moins bonnes. Si l’on en trouvait une

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Et Desandroüins indique les travaux qui restent à faire pour rendre Carillon une place de résistance. Il veut aussi des barques sur le lac Champlain, au pied du fort... Puis il ajonte :

« Quel regret n’aurions-nous pas, d'être forcés « d'abandonner à l’ennemy, sans nulle défense, « un terrein consacré par une victoire éclatante, dont le seul souvenir doit le décourager, autant qu'il doit faire renaitre en nous la confiance. — Quoy ! dira-t-il en frémissant d'horreur, est-ce parcequ'ils nous y ont exterminés l'année dernière, que les François nous l’abandonnent aujourd'hui? — Puis, se félicitant de se trouver maitre , contre son attente, d’un poste si redoutable pour luy, il ne mettra plus de bornes à ses desseins ambitieux ; et (ce que sans doute il n'eut osé faire), il se promettra de pénétrer par là, en une seule campagne, dans l'intérieur de la Colonie, et de la soumettre entièrement... » C'est qu'en réalité les conséquences de la prise de Carillon sont très graves, quoique Carillon soit un point extrême du Canada.

« Partout ailleurs, les progrès de l'ennemy ne « sont rien, s'ils ne sont décisifs. » En effet s'il échoue dans son entreprise soit sur Québec, soit

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sur Montréal, il aura beau avoir conquis tout le plat pays; l'hiver venu, il devra le quitter toutà-fait, et rentrer chez lui sans garder un pouce de terre. Dès lors, au printemps de l'année suivante, tout sera à recommencer ; et il retrouvera la même résistance chez les habitants, les mêmes obstacles encore agrandis par la main des hommes, et les mêmes difficultés pour transporter ses vivres et ses munitions.

Mais à Carillon, les plus médiocres succès des Aaglais sont d'une très grande importance pour l'avenir.

« Sans doute la prise de ce fort n’entraine pas « immédiatement la ruine du pays. Mais une fois « qu'il sera abandonné, plus moyen d’y retourner, « L'armée Angloise, conduite avec une prudence « ordinaire et, même si on veut timide, s’empar- « rera du Canada pied-à-pied ; et l’'ennemy, qui « en est sûr, ne fera la paix en aucun temps, que « comme s’en étant déjà emparé. Bientôt chassés « du lac Champlain, nous n’aurons plus de partis « à envoyer, plus de communication à infer- « cepter... »

« C'est d'après ce raisonnement , dit en « terminant le capitaine Desandroüins, que je me « suis décidé à faire passer de grandes forces à « Ca illon, afin que s’il arrivoit que l’'ennemy ne « fit que menacer les autres parties, ou que les « obstacles l’'empêchassent de s’y porter, il « rencontrât à Carillon toutes difficultés possibles

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« à prendre avantage sur nous; et que j'ay « ensuite conseillé de tout abandonner sur le lac « Champlain pour voler au secours des frontières « s’il s'y présentoit en force (1). »

« Ce Mémoire de M. Desandroüins est très bon « et militaire », a écrit, au bas, le colonel de Pont-le-Roy, auquel il fut présenté le deuxième jour d'avril. Cependant il a ajouté quelques notes rectificatives, quelques observations et quelques remarques. Desandroüins y répond et en reconnaît en partie la vérité. « Mais jamais, ajoute-t-il, mes « remarques n'ont été communiquées à personne, « car elles n'eussent servi qu'à interrompre la « bonne harmonie qui régnoit entre nous tous. »

C'est le fait d'un bon camarade.

(1) Papiers du général Desandroüins. — HWémoire sur l'état actuel de la Colonie,avec un plan d'opérations relatives à la campagne prochaine.

Dix pages assez bien écrites et en bon état.

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