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avec une impatience qu'on peut comprendre , arrivèrent sur les bords du Saint-Sacrement le 13 au soir, et se mirent dès lendemain au travail qu'ils poussèrent avec activé. En même temps, les Sauvages s’éparpillaient dans les bois.
Ils y rencontrèrent 30 ou 40 soldats Anglais, mais ils n’osèrent les attaquer malgré les prières et les menaces de M. de Langis qui avertit aussitôt Louvion. Louvion prit avec lui quelques soldats, courut sur les Anglais et les fit prisonniers, sauf trois qui furent tués après le combat par les Sauvages, malgré la protection et sauvegarde des Francais.
Les Sauvages, comme honteux de leur lâcheté, revinrent à Carillon, et nos soldats furent obligés d'en faire autant.
Cependant, en trois ou quatre heures, on avait pu couler à fond et au large une grande barque ; on avait brûlé quantité de rames et d’affuts; pris 50 berges, 20 pierriers, beancoup de fer et d'acier ; brisé les tourillons d’un canon de 12; enfin causé du dommage aux Anglais pour plus de 40 mille livres.
Mais, les nouvelles que les prisonniers donnèrent n'étaient nullement rassurantes, pour le sort futur de Carillon et de la Colonie.
« Les prisonniers faits par Louvion rapportent « que les levées sont cette année de 40,000 hommes « dans la Nouvelle - Angleterre ; que de 7,000 « hommes qu'a fournis la province de la baie de « Massachusset, on en a pris que 1,500 pour les
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destiner à venir de ce côté-cy ; le reste a été envoyé pour s’embarquer pour Loüisbourg. Il est arrivé dix vaisseaux de ligne depuis peu, outre ceux qui ont hyverné dans leurs ports : ils ont apporté des troupes réglées d'Europe. Il n'est repassé personne dans la Vieille-Angleterre depuis l’année dernière ; au contraire à la fin de la campagne, il est encore arrivé quelques troupes réglées. Toute la province d'Orange est pleine de soldats et de miliciens prêts à marcher : on dit qu'ils ont dû se mettre en marche le 13 de ce mois. Il y a deux mille bateaux prêts à être montés à Lydius. Il y a beaucoup d'artillerie de toute espèce, et de vivres pour plus de 10,000 hommes pendaut un an, sans ceux qu'on va faire monter. Il n’y a que le régiment de lord How (1), partie de celuy de Royal-Ecossois, et cinq compagnies de Roger, à Lydius, ce qui ne forme guère de 1,500 hommes. On dit qu'Hammerst est à Albany, et doit venir à Carillon, avec la plus grande partie des forces. Breadstreac va par la rivière de
« Chouaguen, avec 5,000 hommes. Point de nou-
velles d'Europe. »
Avec quelle rage et quel désespoir, nos soldats
devaient entendre ces prisonniers parler des secours qui leur venaient chaque jour d’Angleterre, et faire étalage de leurs forces : tandis que
(1) On avait sans doute conservé au régiment le nom de
son ancien colonel, #ylord How, tué l'an dernier.
eux, n'ayant, depuis trois ans, reçu de France ni un vaisseau de guerre, ni un soldat, voyaient chaque jour leur nombre diminuer!
Pendant cette expédition de Louvion, était arrivé le colonel de Bourlamaque qui prit immédiatement le commandement de Carillon. Il fut suivi peu de jours après par le bataillon de la Reine, les deux bataillons de Berry, 200 soldats de la Colonie et Canadiens, et par quelques marins et ouvriers du génie.
Sa présence donna une nouvelle activité aux travaux. Dès le lendemain de son arrivée, il alla, avec le capitaine Desandroüins, visiter les retranchements exécutés l’année précédente, et les trouva détériorés par l'hiver, et fort incomplets.
C'est pourquoi, dès le 17, les ateliers furent organisés, et tous les bataillons même les miliciens fournirent des travailleurs.
Alors recommençca la vie du fort ; vie monotone et laborieuse pour le présent, vie pleine d’appréhensions et de périls pour l'avenir.
L'une des plus cruelles souffrances de nos soldats était l'isolement et le manque de nouvelles de France, ce qui doublait pour eux les douleurs de l’exile.
Depuis trois mois, en effet, on n’en avait reçu aucune, sauf les plus mauvaises qui arrivaient, on ne sait comment ; sur l'aile des vents sans doute ; rien! « Rien de nouveau », dit, avec découragement, le capitaine Desandroüins !
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Enfin un courrier de Montréal a débarqué à Carillon : il rapporte que Bougainville est revenu de France où il avait été envoyé par Montcalm et qu'il a « des lettres pour tout le monde. »
Cette nouvelle court la garnison comme une traînée de poudre ; et le lendemain, 22 mai, à 11 heures 1/2 du matin, les lettres arrivent.
Que d’espérances, et que de craintes; que de joies et, que d’angoisses avant de les recevoir ! Que de surprises heureuses ; que de cruelles déceptions elles enveloppen” ins leurs plis ! Que de doux souvenirs qui se fortitient, que de réalités poignantes qui s’affirment ! Un ami annonce à Montcalm la mort de l’une de ses deux filles ; et Montcalm se demande la quelle... L'infortuné, il ne le saura jamais !
Désandroüins n’a que trois lignes pour raconter cet évènement : « M. de Bougainville est arrivé à « Montréal chargé des lettres de France et des « grâces de la Cour pour les troupes de terre et « de la Colonie. Mr le marquis de Montcalm est
« nommé lieutenant-général, Mr le chevalier de « Lévis maréchal de camp, Mr de Bourlamaque « brigadier, etc. Mille et mille éloges donnés de « France à nos braves bataillons. Un Te Deum « a été chanté à Paris pour notre victoire du « 8 Juillet. La défense de Loüisbourg est blimée : « les principaux officiers au conseil de guerre. »
Mais le brave et modeste capitaine s’oublie cette fois encore ! Il oublie de nous dire que Montcalm
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a chargé Bougainville de faire son éloge à la Cour de France ; que sa belle conduite à la bataille de Carillon y a été fort appréciée ; et que le même Bougaiïnville lui a rapporté la croix de chevalier de Saint-Louis.
Voici la lettre d'avis qu'ii en reçut de M. de Crémille, par le courrier du 22 mai :
Versailles, le 22 Février 1759.
« D'après les témoignages qui ont été donnés, « Monsieur, par M. de Montcalm, de la distinction « avec laquelle vous vous êtes comporté à l'affaire « du 8 Juillet dernier, le Roy vous a accordé la « croix de Saint-Louis. Je vous annonce cette « grâce avec d'autant plus de plaisir que je suis « persuadé qu’elle vous excitera à redoubler de « zèle pour le service.
Le brevet de chevalier, donné par le Roi, accompagnait cette lettre :
« Mons. Jean-Nicolas Desandroüins, la satis- « faction que j'ay de vos services m’ayant convié « à vous associer à l'ordre militaire de Saint- « Louis, je vous écris cette lettre pour dire que « j'ay commis le S. Mis de Montcalm, lieutenant- « général en mes armées, commandant mes « trouppes en Canada et commandeur dudit ordre, « pour, en mon nom, vous recevoir et admettre à « la dignité de chevalier de Saint-Louis ; et mon « intention est que vous vous adressies à lui pour « prêter en ses mains le serment que vous êtes « tenu de faire en ladite qualité de chevalier
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« dudit ordre, et recevoir de lui l’accollade et la « croix que vous devés doresnavant porter sur « l'estomac attachée d’un petit ruban couleur de « feu; voulant, qu'après cette réception faite, « vous teniés rang entre les autres chevaliers « dudit ordre, et jouissiés des honoraires qui y « sont attachés.
« Et la présente n'étant pour autre fin. Je prie « Dieu qu'il vous ait Mons. Jean-Nicolas Desan- « droüins en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, « le 17 Février 1759.
Loürs.
Desandroüins fût heureux de cette récompense qu'il avait si vaillamment gagnée. La croix de Saint- Louis était d’un grand prix aux yeux de tous. Il fallait l'avoir méritée pour l'obtenir (1).
Il y eut encore quelques promotions parmi les troupes de Carillon, car « M. de la Colombière « apporta, trois jours après, les nouvelles croix « pour les nouveaux chevaliers. »
C'étaient, depuis trois années, les seules récompenses données à ces héroïques bataillons!
« Qu'ai-je fait, dit Desandroüins, pour être plus « heureux que les autres ? »
(1) Ordre purement militaire de Saint-Louis, institué par édit de Louis XIV au mois d'Avril 1693.
Fat supprimé en 1790 ; rétabli en 1815 ; puis supprimé en 1830.