‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 68 sur 109 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les Anglais menacent Québec. — Préparatifs de défense. — Vie à Carillon. — Les reconnaissances. — Encore les Sauvages. — 1759.

Mais, qu'étaient-ce pour nos exilés que ces joies isolées? Un rayon de soleil dans un ciel obscur, Et voici que l'horizon s’assombrit chaque jour davantage.

« Le 27 mai, on nous dit que le général < Hammerst est à Albany, avec 15,000 hommes ; « qu’il doit venir attaquer Carillon, vers le 20 « Juin; qu'il aura 50 pièces de canon, sans « compter les mortiers ; que 25,000 hommes d’un « autre côté doivent faire une descente à « Québec.

« Le 29, un bateau nous apporte la nouvelle « que la flotte Angloise avait paru à l'entrée du « fleuve Saint-Laurent ; que tous les bataillons du « gouvernement de Montréal et des Trois-Rivières, « avec les milices, étoient partis au plus vite ; « que le chevalier de Lévis, M. de Vaudreuil et « M. de Montcalm s’étoient aussi rendus à « Québec...

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« On annônce du 1°" Juin à Québec qu'il y a « 14 vaisseaux Anglois mouillés à l’'Isle-aux- « Coudres (1), scavoir : un de 90 canons, 5 de « 60 à 64, une frégate de 30 canons, et le reste « brigantins... »

Mais, quelques jours après, arrivèrent, de Québec à Carillon, de moins mauvaises nouvelles.

On disait : que 22 vaisseaux, première division d'un grand convoi envoyé de France, étaient arrivés à Québec; que ces vaisseaux pouvaient fournir à la place 5,000 défenseurs ; qu'avec le reste des troupes et les Canadiens nous en avions 20,000 ; que tous les habitants, depuis l’âge de 10 ans jusqu'à 80, les ont aidés, volontairement et tour-à-tour, à débarquer leurs cargaisons ; que la flotte Anglaise n'était pas aussi forte, qu'on le croyait d’abord, à l'entrée du fleuve Saint-Laurent ; que 5,000 Anglais doivent bien encore venir par la rivière Saint-Jean, près de Québec, mais qu'il suffit des seuls habitants du pays pour les détruire tous dans les bois ; que le chef d'escadre français leur a pris trois vaisseaux, trois frégates et 32 transports destinés aux Colonies de la Nouvelle-Angleterre; qu'on a à Boston une frayeur énorme de cette escadre; et qu’enfin on ne devait être attaqué, à Carillon, que par des Morahigans, des Nègres et des miliciens, tous fort mauvais

(1) L'Ile-aux-Coudres, à une trentaine de lieues do Québec.

soldats, mais au nombre de 15,000, ce qui était loin d’effrayer les soldats de Bourlamaque.

« Dieu semble donc nous continuer son secours ! » s’écrie Desandroüins, dans la joie que lui causent ces nouvelles dont presque toutes étaient fausses!

Ainsi, il était faux qu'une flotte française eut apporté à Québec un renfort de 5.000 hommes, et qu'on eut fait une telle prise sur les Anglais. Mais, l’on est si heureux, dans certaines circonstances. d'accueillir tous les on dit, même les plus invraisemblables !.. On espère, alors qu'on désespère : nous en savons quelque chose !

Ces décevantes nouvelles avaient donc jeté comme une lueur d'espoir dans les âmes attristées si non découragées des défenseurs de Carillon ; car là, si l’on songeait à sa propre situation, on se préoccupait non moins vivement de ce qui allait advenir à Québec.

Mais, bientôt tombèrent les illusions devant la marche en avant des Anglais, remontant le Saint- Laurent. Alors il ne fut plus possible de douter du siège prochain de cette place.

Jusqu'à l’arrivée de la flotte ennemie en rivière, le marquis de Vaudreuil en avait douté ; et nuls préparatifs de défense n'avaient été faits. Depuis une année Montcalm n'avait cessé de les réclamer; et Vaudreuil n'avait cessé de répondre : « Nous avons le temps! » Mais, à présent que le péril menaçait, le Gouverneur laissa faire le Général! Sous l'œil donc de Montcalm, la population tout

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entière, soldats et bourgeois rivalisant de zèle, se mit à la besogne avec une fiévreuse activité.

On construisit des batteries, à la Ville-Haute, à la Ville-Basse, partout, sur des bateaux, sur des pontons, sur des vaisseaux coulés et épontillés (1) ; dans la rivière Saint-Charles où on en placa une flottante de 18 pièces de 12, et une de 6 pièces de 18. On posa des palissades aux portes, des pieux devant les remparts, et on éleva des retranchements sur tous les points où la ville était ouverte.

Vers Beauport, petite ville située au-delà de la rivière Saint-Charles en aval de Québec, on bâtit des redoutes auxquelles on fit travailler les cinq compagnies de grenadiers que commandait Bougainville. On arma 3 ou 400 cavaliers sous les ordres de Rochebeaucourt. On réunit, des pays environnants, quelques centaines de Sauvages qui paraissaient bien disposés à faire leur devoir. On fit remonter à Trois-Rivières, après avoir pris leurs équipages, les vaisseaux marchands qui se trouvaient à Québec. Enfin, on tenta l'impossible pour mettre la ville en état de se défendre.

Et comme le sentiment du danger, mêlé à

(1) Epontillé terme de marine. Les épontilles sont des madriers longs de trois pieds qu’on met le long des bords du vaisseau, en dedans du pont. Ces madriers servent à différentes choses. Mais ils peuvent aussi servir à garantir les artilleurs qui sont sur le pont. Ils servent alors à pavier, à mettre à couvert,

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