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Pendant toute cette journée du 23, « nous vimes, dit Desandroüins, une épaisse fumée du côté de Carillon ; c’étaient les deux hôpitaux, les hangards de la Haute et de la Basse-Ville, et les baraques du camp qu'on incendiait. La garnison s’est occupée de détruire sur le champ tous les bâtiments du fort, ou au moins d’en enlever toutes les toitures..... »
« Cependant les Sauvages sembloient honteux de n'avoir rien voulu faire la veille contre l’Anglois. Ils étoient d’une surprise étonnante de nous voir abandonner ces retranchemens si célèbres par notre victoire de l’année précédente, et par nos travaux pour les perfectionner. Ils n’en vouloient rien croire, lorsqu'on le leur annonça pour qu'ils pourvussent eux-mêmes à leur retraite, et disoient : — Quoy, le François abandonneroit la maison, la cabane où il a tant travaillé ? Non, cela ne peut être. — Et le
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à l'armée.
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« François répondoit : — On voit que vous avez « peur de l’Anglois, que vous n'osez vous montrer « devant luy pas plus que des femmes, et que vous « comptez pour rien la volonté de votre Père. »
Ils furent sensibles à ces reproches et voulant réparer leur honneur, ils demandèrent tous à retourner à Carillon. Il en partit effectivement plusieurs canots à l'entrée de la nuit.
L’ennemi, à Carillon, ne s'était aperçu du départ de l’armée qu'à 8 heures du matin. Il avait aussitôt occupé les retranchements hors du fort, et essayé d'ouvrir la tranchée. Alors on lui envoya des boulets et des bombes « qui firent un « merveilleux effet, et divertirent bien les Sau- « vages, qui avoient eu soin de boire un coup « d’eau-de-vie, en arrivant à Carillon. »
Le 24, Desandroüins fut envoyé, par son général, à Saint-Frédéric pour y étudier la position d’un camp plus commode que celui de la Barbue, et prendre à l'avance les moyens de faire sauter le fort. À 5 heures du soir, il était de retour....
A la même heure, revenaient les Sauvages de Carillon.
Craignant d'y être renfermés, ils étaient vite remontés dans leurs canots, et avaient rejoint l'armée de Bourlamaque.
Alors les Iroquois, les plus nombreux, tinrent, la nuit même de leur retour, un grand conseil qui se prolongea jusqu'à 9 heures du matin.
« Les Sauvages d’En Haut y ont été appelés.
« Mais, comme ils sont moins grands ves-biageurs « que nos domiciliés, ils se sont ennuyés, et les « ont quittés pour aller dormir. Vers 10 heures, « les Iroquois ont parlé à leur Père, et lui ont dit :
« — Mon Père, tu nous a envoyés à Carillon « par le lac; nous ne pouvons rien faire. Tu aurois « pourtant besoin d’une parole vivante, et, nous « voudrions te la rapporter.... M. de Montcalm « avait coutume de lier toutes les Nations par un « collier, mais toi, tu ne nous en a pas encore « donné : comment veux tu que nous n’ayons qu’un « même esprit, et que nous nous souvenions de tes « paroles qui disparaissent aussitôt, et qui s’ou- « blient presqu'aussi vite ? Ne nous gronde pas, « Mon Père, si nous ne faisons pas ta volonté et « si nous l’oublions. Nous avons tenu conseil toute « la nuit, Mon Père, et nous avons beaucoup « parlé; nous avons le gosier sec et la langue « épaisse; tu devrois presser tes mamelles, et « nous donner une goutte de ton lait.
« M. de Bourlamaque leur a répondu :
« — Mes Enfants, je vous aime beaucoup, et je « vous laisse libre d'aller en guerre, ou de rester. « Je n’ay pas besoin de parole vivante; vous « pouvez remarquer que je cherche à vous « conserver, puisque je vous ay averti de ne plus « aller à Carillon par eau, dans la crainte des « berges que les Anglois pourroient avoir trans- « portées dans le lac. Je ne vous demande même « pas d’y aller d'aucune manière : j'enverroy des
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« François lorsque je voudroy savoir des nouvelles. « Je suis très surpris que Mes Enfants demandent « un collier pour les lier les uns aux autres, « puisqu'ils ont refusé de le recevoir à Carillon, « lorsqu'il étoit nécessaire que toutes les Nations « eussent un même esprit. Mais aujourd'hui je « veux laisser chacun libre d'aller à l’ennemy, ou « de rester icy : je le garderay bien et il ne lui « arrivera aucun accident. Je ne vous demande « qu'une petite découverte, sur la rivière la « Barbue, de 5 ou 6 hommes ; et encore ne vous la « demanderois-je pas si les François connaissoient « les pistes dans les bois. Mais vous n’y trouverez « pas l’armée Angloise ; elle est devant Carillon. C'est une découverte pour reconnaître notre position ; je donneray des François pour soutenir vos découvreurs. Vous continuerez d’avoir un coup d’eau-de-vie tous les matins pour vous réveiller, et un coup un peu plus fort en revenant de la découverte. Je ne puis être accusé de vous avoir desséché le gosier : ce n’est pas moy qui vous ay dit de tenir conseil : si vous êtes venus me parler, je ne vous ay point appelés, et vous n'aurez point d’eau -de- vie aujourd'huy — . »
« Les Sauvages sont partis sentans combien peu on paraissoit faire cas de leur valeur et de leur bonne volonté dans ce discours. Ils ont fourni une quinzaine d'hommes à M. de Langis pour sa découverte, et n'ont fait paraître aucun empres-