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« sement pour aller harceler l'ennemy sur ses « derrières. Le seule brave Outchick, Nipissing, « est resté dans le fort avec M. d'Hébecourt.
« Les Sauvages d'En Haut iroient assez, disent « les officiers à eux attachés, si les domiciliés, « vouloient leur montrer le chemin, comme « cela est juste puisque c’est icy chez eux. Mais « ceux-cy passent leur temps en beaux discours « et en conseils, et craignent pour leur vie. »
Du reste tous « avaient leur cœur malade et « l'esprit préoccupé, » comme leur reprochaïit le colonel de Bourlamaque quelques jours après la scène que nous venons de raconter. Peut-être même les Iroquois avaient-ils déjà chargé un des leurs d'aller de leur part porter les paroles de paix aux Anglais.
Mais revenons à Carillon dont le siège est raconté avec détail par Desandroüins : car il partait tous les jours de la Barbue un officier en canot armé de Français pour en rapporter des nouvelles.
Des redoutes, des retranchements qu'ils occupaient, les Anglais avaient poussé leurs tranchées, à travers le plateau, vers le fort.
« M. d’Hébecourt est très content de son « artillerie et des bombes. M. de Louvion, com- « mandantde l'artillerie, travaille continuellement, « et court d’un lieu à l’autre pour faire exécuter « ses ordres avec plus de diligence et de succès.
« Notre artillerie continue à faire merveille, on « a tué un ingénieur qui piquetoit la tranchée. »
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Mais des berges ennemies commençaient à paraître sur le Champlain : rien n’empêchait plus les Anglais d’en faire le portage. Si on laissait occuper le lac, la petite garnison de Carillon, enfermée par eau et par terre, serait bientôt forcée de se rendre. Le commandant d’Hébecourt prévint ce moment fatal ; et suivant l’ordre qu'il en avait reçu, il abandonna à son tour le fort.
Le 27, à 10 heures du soir, la garnison avec ses armes, ses bagages, ses canons, était prête à partir. Mais il y eut confusion et désordre au moment de l’embarquement : « tous les soldats « étaient yvres! » Plusieurs poussèrent au large avant que tout le monde ne fut embarqué ; et sans un bateau, qu'on trouva par hasard au parc de l'artillerie, plus de 40 hommes restaient sur la grève. Il en déserta cinq ou six. Une vingtaine craignant de ne pas trouver de places sur les bateaux, rejoignirent le lendemain, par terre, le camp de la Barbue. Le commandant du fort, d'Hébecourt, et le commandant de l'artillerie. de Louvion, ne quittèrent Carillon que les derniers.
Il était minuit ou une heure du matin. A peine leur embarcation avait-elle pris le large, qu’une épouvantable détonation retentit. Le sol en trembla : les flots du lac furent secoués. Un épais nuage de poussière, mélangé d'une grêle de pierres, de bcis et de débris de toutes sortes, tourbillonna un instant dans les airs, au-dessus du fort, rendant plus sombres et plus lugubres les
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ténèbres de la nuit, puis s’abattit sur tous les environs.
Quand il fut dissipé, on vit, à la place où avait été Carillon, des amoncellements de ruines.
Aiusi finit ce fort, naguère témoin de tant de vaillance et de tant de souffrance. De Carillon, qui eut il y a cent ans, son heure de célébrité, il ne reste plus de traces : il en reste à peine le nom!
La garnison en retraite arriva à Saint-Frédéric où tv lui avait donné rendez-vous, le 28, vers 6 heures du matin. Les Anglais apprirent le départ de la garnison, par la destruction du fort.
Dans la matinée du même jour, Desandroüins reçut l'ordre de partir, avec les ouvriers, pour aller miner Saïat-Frédéric et un poste voisin appelé le Moulin-à-Vent.
Le lendemain l’armée décampa de la Barbue, et vint à St-Frédéric. On ne devait point y séjourper, et on ne débarqua ni artillerie, ni matériel. Desandroüins fit charger les fourneaux de mines.
Le 31 au matin, tous les bateaux, berges, et barques, étant réunis au port, l'armée se rangea en bataille sur le rivage. À 7 heures, on commença à s’embarquer dans l’ordre suivant : la colonie, c'est-à-dire toutes les femmes, les enfants, les ouvriers civils, les commerçants qui s’attachent toujours aux armées, fut placée à l'avant-garde où il n'existait aucun danger ; puis vinrent les bateaux chargés de vivres; puis les ambulances avec les blessés et les malades; puis les bateaux
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chargés de poudre; puis les ouvriers de la fortification ; puis les deux bataillons de Berry, celui de la Reine, les volontaires et les Canadiens ; puis enfin les trois compagnies de grenadiers qui fermaient la marche, avec M. de Bourlamaque.
M. de Louvion, en sa qualité d'officier d'’artillerie, mit le feu aux mines. Après quoi, il sauta dans une piroque et s'éloigna à toutes rames.
Le Moulin sauta, une heure après le départ de l'armée; mais, vers 10 heures, voyant que le fort restait toujours debout, un brave canonnier s’y fit ramener, et trouva que la secousse du moulin, quoiqu'éloigné de 150 toises, avait fait tomber la dernière lance à feu qui restait à prendre. Le canonnier la replaca et y mit le feu assez imprudemment ; car il était à peine éloigné d’une cinquantaine de pas, que le fort Saint-Frédéric sautait dans les airs, et retombait en lambeaux, l’enveloppant de fumée, de poussière, de décombres et d’éclats de toutes sortes, dont pas un heureusement ne l’atteignit.
C’en était fait ! Nous n'avions plus un pouce de terre sur les bords du haut Champlain.
Toute l’armée était restée en panne, à une lieue ou deux de la pointe Saint-Frédéric, pour être témoin de l'explosion. On recueillit le canonnier, et l’on partit tristement ; car on savait que les épreuves n'étaient pas finies, et que la victoire n'en serait pas le couronnement.
On a‘riva le 2 août en vue de l'Ile-aux-Noix