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Ordre fut aussi donné, à tous les postes détachés le long du fleuve et à nos grands-gardes, de se tenir constamment en éveil et de se replier à la première vue de l’ennemi.
Cependant, nos barques ne restaient pas inactives, et donnaient la chasse aux berges Anglaises sur le lac Ontario, à 60 et 89 lieues des Rapides, car les Anglais avaient abandonné Frontenac.
« Un canot et des berges, dit Desandroüins, « allèrent croiser en vue de Chouaguen et de « Niagara. Les ennemis sont au moins 4.000 au « premier de ces postes. Comme la petite flotille « étoit mouillée auprès des isles des Galots (1), « elle envoya à terre un canot et 4 Sauvages pour
« aller chercher ües herbes. A l'instant qu'il
« voulut aborder, une décharge très violente de
« terre le forca à se rendre. Le calme empècha
« nos barques de manœuvrer ; mais leur canon fit
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« berges. Mr de Langis arriva peu après. Nos
« berges sont revenues à la source du fleuve, où
« elles attendent l’ennemy. »
Elles l’attendirent jusqu'au printemps !
Ici, les Anglais n'avaient osé, avec 4.000 hommes, en attaquer 500.
Ainsi. de leurs trois invasions, l’une, celle du haut Saint-Laurent, avait complètement échoué ; et la seconde, celle du lac Champlain, s'était
(1) Les Galots sont des ilots sur la côte Est du lac Ontario, près de la baie de Niouré,.
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arrêtée à moitié chemin, devant la tenacité de Bourlamaque défendant l'Ile-aux-Noix.
Mais, hélas! la troisième, la plus importante, celle de Québec, avait malheureusement réussi !
Revenons pour quelques instants à ce siège mémorable, puis qu'aussi bien Desandroüins notait chaque nouvelle, bonne ou mauvaise, qui lui en arrivait, à Carillon et aux Rapides.
Le 29 juin, était arrivé à Carillon un courrier de Québec. Il rapportait que les travaux de fortifications y étaient achevés: que les Anglais n'étaient que 15.000 hommes de débarquement sur leur flotte; que les défenseurs de Québec étaient au nombre de 12.000 ; que les batteries sont bien garnies ; que tout le monde était dans la plus grande ardeur du combat ; que les Sauvages abondaient de toutes parts, etc.
Bonnes nouvelles : on s’en réjouit.
On se réjouit du naufrage, vrai où fax, d’un vaisseau de ligne de 90 canons, de deux frégates et de six transports qui auraient péri, corps et biens, dans le Saint-Laurent.
Malgré cela les Anglais montent toujours. Ils se trouvaient hier à l'Ile-aux-Coudres. Aujourd'hui ils se sont emparés de l'ile d'Orléans, qui est à trois ou quatre lieues au-dessous de Québec.
« On raconte qu'ils ont renvoyé poliment toutes « les femmes qu'ils ont trouvées dans les habita- «tions. 11 y en avoit de fort jolies. Ils disent
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« qu'ils ne sont que 10.000 hommes ; on ignore la « politique de ce discours.
« Ils ont renvoyé, à M. Bigot, quelques paniers « de vin, pris sur les vaisseaux François, à son « adresse. Mercier a été chargé d’une réponse « par M. de Vaudreuil. Il a été fort bien recu. On « lui a demandé si Carillon et Saint-Frédéric « étoient pris par le général Hammerst ? On a « affecté d'en être persuadé ; on a ajouté qu'il « seroit bientôt sur les derrières de Québec. A ces « fanfaronnades , Mercier a répondu par des « fanfaronnades pareilles. » Ces fanfaronnades, hélas ! n'étaient plus, de notre part, qu'une vaine satisfaction d'amour propre.
En effet quelques jours après, les Anglais s'emparaient de la Pointe de Lévis, sur la droite du Saint-Laurent, presqu'en face de Québec, s'y retranchaient fortement, et delà se préparaient à bombarder la Ville-Basse.
Mais pour atténuer sans doute l'effet de cette mauvaise nouvelle, on répand le oruit à Carillon qu'une escadre française assiège Louisbourg et Halifax ! Cette fameuse escadre qui n'existait que dans nos rêves, et qui n'était pas même une escadre fantôme ?
Enfin, le 18 juillet, on apprend que « les Anglois « ont débarqgné le 9 du même mois, au nombre « de 6.000 hommes, ax delà du Sault du Montno- « rency,» sur la gauche cette fois du Saint-Laurent,
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à moins de trois lieues de la place assiégée (1).
« Un détachement de 300 Outaouais et de « quelques Canadiens est tombé sur les 600 « premiers débarqués, et a perdu 23 Sauvages et « 3 Canadiens après en avoir tué, dit-on, aux « ennemis plus de 150 ; » mais n’a pû empêcher le débarquement.
Ainsi, les Anglais étaient maitres du fleuve jusqu'à Québec : maîtres de la rive droite par la possession de la Pointe de Lévis ; maîtres de la rive gauche, par celle de Sault du Montmorency.
Sur la rive droite du Montmorency, entre cette rivière et la ville de Québec, s'étend une large plaine appelée Beauport du nom d’un village qui y était bâti et d’un petit ruisseau qui la traversait. Cette plaine est limitée, du côté de Québec, par la rivière Saint-Charles, sur laquelle était construit un pont de bateaux qui la reliait à la ville. Ce pont de bateaux était défendu par des retranchements considérables. C’est pourquoi Desandroüins, ajoute, avec la conviction d'un homme qui a toujours besoin d'espérer :
« Les Anglois n’ont pas tout fait : ils ont encore « nos retranchemens À forcer, et la ville à « prendre; sans préjudice d’une bataille qui leur
(1) Le Montmorency, rivière au-dessous de Québec, sur la gauche du Saint-Laurent dans lequel elle tombe d’une hauteur de plus de cent pieds.
C’est cette chûte qu’on appelle le Sault du Montmorency.
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« sera livrée avec réflexion, le plus tôt possible. »
Puis avec une pointe de malicieuse bonhommie : « On tient de fréquens conseils, dit-il, chez nos « généraux. Le partage des opinions ne hâte pas « les résolutions, mais empêchera sûrement de « faire des étourderies et donnera lieu de briller « aux éloquens du siècle. »
Pourtant le sentiment dela triste réalité reprend le dessus au milieu de ces folles et patriotiques espérances, et il ajoute : « Dieu veuille nons « conduire par la main cette année comme Ja « précédente ! »
Il semble en effet que le succès revient à nos armes.
Un courrier annonce, le 7 septembre, aux soldats de Bourlamaque, à l’Ile-anux-Noix, qu'un avantage a été remporté, à Québec, sur les Anglais qui avaient essayé de faire une descente à Beauport « à la faveur de deux frégates qu'ils « avoient échouées. Ils ont été contraints de se « rembarquer avec une perte d’une centaine « d'hommes et des deux frégates. Cette affaire « s’est passée le 31 juillet. »
Mais cette affaire est plus considérable qu'on ne l'avait dit tout d’abord : C’est « 400 grenadiers « que les Anglois ont perdu le 31 juillet. Ils « construisent des casernes à l’Isle-aux-Coudres : « ils ont fait passer plus de 60 berges au-dessus « de Québec, dont on ignore les desseins. Le « général Wolf, qui les commande, refus®, dit-on,
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« le cartel, et veut garder nos prisonniers et nos « prisonnières pour user de représailles à cause « du traitement que les Sauvages font aux leurs. « Menaces de la part de ce général de ne donner « aucun quartier aux Canadiens qu'on trouvera « les armes à la main, passé le 10 août. »
Bougainville aussi a repoussé quelques jours après une autre descente des Anglais.
Vive Dieu! Il protège encore la France ! Les Anglais, maitres de la pointe Lévis, maitres du Saul de Montmorency, ne peuvent aller plus loin!
Ils ont bien le fleuve à eux, que leurs nombreux vaisseaux remontent et descendent à la marée
haute ; mais les vaisseaux n'osent approcher de Québec.
Montcalm n'est-il pas là !
Et c'était sous l'impression de ces heureuses nouvelles que, « le 13 septembre, à 9 heures « du matin, » Desandroüins écrivait, la dernière ligne de son Journal : « Il paroît que, désespérant « de prendre Québec, les Anglois se bornent à « détruire notre subsistance et nos habitations! »
Or, par une étrange coïncidence, une bataille sanglante se livrait ce jour-là, à cette heure même, sous les murs de Québec, et Québec tombait aux mains des Anglais !
Voyant son débarurement impossible au-dessous de la ville, Wolf était parvenu à faire passer devant Québec quatorze vaisseaux, qui avaient jeté l'ancre au cap Rouge, à 4 lieues au-dessus.
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