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colonel. Cependant, peut-être eussent-ils succombé sans le secours de la France. D'abord on les aida clandestinement de vaisseaux, d'hommes et d'argent. Le gouvernement de Louis XVI laissait faire ce qu'il ne pouvait empêcher. Mais, dans les premiers mois de l'année 1778, un traité d'alliance fut conclu entre la France et les Etats-Unis, et la rupture avec l'Angleterre fut officielle.
Cette rupture, suivant de près la proclamation de l'Indépendance Américaine, fit tressaillir de joie une certaine portion de la Société Française. Soit haine contre l'ennemi hérédilaire, soir plutôt sympathie pour la jeune Amérique, on salua, dans l’Acte du 6 Juillet 1776, l'aurore de la liberté politique et de l'égalité civile. On y vit la réalisation
des idées et des désirs répandus dans les œuvres
des philosophes du XVIILe siècle ; on crut que des jours nouveaux allaient se lever sur le monde!
Le colonel Desandroüins fut-il entraîné par cet élan vers la Liberté et l'Egalité qui fit alors battre tant de nobles cœurs ? Fut-il repris, malgré son âge, par cet esprit d'aventures et ce besoin de courir le monde qui déjà l'avaient mené au Canada et à Malte? Où bien, dans sa haine des Anglais, voulut-il aller les combattre de rechef en Amérique, sur le théâtre de leurs victoires passées ? Nul ne le sait.
Toujours est-il qu'il partit de France, à la fin de mai 1780, comme colonel du génie dans la petite armée que le comte de Rochambeau conduisait au
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secours des Américains ; mais qu'il devait mettre sous les ordres supérieurs de Washington ayant du Roi de France brevet de lieutenant-général,
Cette armée, forte de 5.000 hc'aues, faisait deux brigades d'infanterie qui portaient le nom des deux premiers régiments de chaque brigade, Bourbonnais et Soissonnais. La brigade de Bourbonnais était formée du régiment de ce nom, d'Angoumois et de Saintonge ; celle de Soëssonnais, de Soissonnais, de Deux-Ponts et de la Légion de Lauzun. Un détachement considérable d'Auxonne-artillerie l’accompagnait ; ainsi qu'un certain nombre d'ouvriers mineurs du génie aux ordres de Desandroüins.
La traversée fut heureuse. Nous avions à présent des vaisseaux de ligne et des chefs d'escadre qui faisaient respecter notre pavillon, même aux Anglais.
Le 14 juillet, nos soldats débarquèrent à New- Port, dans l'ile de Rhode-Island qui donne son nom à l’un des Treize Etats de l'Amérique. Longue avait été l'attente ; enthousiaste fut l'accueil.
Le, aier ouvrage de Desandroüins, en arrivant, fut de fortifier New-Port du côté de terre et de mer. Au mois de septembre, l'amiral Rodney vint avec 22 vaisseaux, croiser en vue de la ville qu'il jugea inattaquable.
L'hiver et le printemps de 1781 se passèrent dans une inaction relative. Enfin, le 12 juin, notre armée quitta New-Port, et mit le cap sur Provi-
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dence, ville de terre ferme de l'Etat de Rhode- Island. Elle devait de là marcher en Virginie.
De Providence, onalla parétapes ; «à Watterman « petit hameau; » à Plainfield, autre hameau ; à « Wendham, petite ville ; à Bolton, petite bour- « gade; » à Hartefort « grande ville fort com- « merçante, sur la rivière de Connutieut; » à Farmington « grand et beau bourg ; » à Baron'stavern ou Salington, beau village ; à Break-Neck mauvais hameau ; à Newton, « ville éparse et « très étendue ; » à Riche-Bury; à Norcotte, « grand village de l'Etat de New-York ; » et à Philipps-Burg où on arriva le 6 juillet (1).
Ce fut dans les environs de Philipps-Burg que s'opéra la jonction de l’armée de Rochambeau, avec l’armée américaine de Washington.
Qu'allaient faire les deux armées réunies ? Ou s'arrêter dans l'Etat de New-York et assiéger cette ville : ou marcher immédiatement en Virginie au secours dela Fayette, qui luttait contre Cornwallis, nouvellement renforcé de 3.000 hommes.
Rochambeau voulait prendre ce dernier parti : Washington tenait pour le premier.
Desandroüins parle avec détahs de cette contestation entre les deux généraux.
(1) Papiers du générai Desondroüins. — Légende relative à la marche de l’armée dans le continent de l'Amérique. Cinq pages in-8°, presqu'illisibles.
Ces localités, qui étaient des villages du temps de
Desandroüins, sont sans doute aujourd’hui de grandes villes,
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« Quelques jours avant la jonction des deux
« armées à Philipps-Burg, dit-il, le comte de « Rochambeau commenca à être vivement inquiété « dans son projet d'opérer contre Cornewallis (en
Virginie), plutôt que contre Clinton (en New- York).
€ Washington lui manda, dans la nuit, qu'il
« ailoit attaquer le fort Washington ; qu'il étoit « presqu'assuré de le surprendre; qu'il se faisoit
précéder par le général Lincoln avec 2.000 hommes, et qu'il le requerroit de l’appuyer dans son mouvement.
« M. de Rochambeau se mit en marche au milieu de la nuit, mais il annonça au général américain qu'il s’y casseroit le nez; qu'il avoit eu avis que Clinton avoit retiré le camp qu'il
avoit dans Long-Island pour se porter derrière « le fort Washington, et qu'il ne surprendroit rien « du tout.
« Tout cela se vérifia. Mais le général Washington avoit la tête si remplie de la
« réduction de New-York qu'il ne voulut jamais « consentir à faire faire aucun mouvement à son « armée ni à celle de M. de Rochambeau.…
« Bien plus, lorsque M. de Rochambeau reçut, par la Concorde, l'avis que l’amiral Grasse alloit à la baie de Chesapeak, Washington désolé voulut envoyer à cet amiral, M. du Portail pour l’'engager à revenir contre New-York. Mais le général françois lui représenta que les Angloiïs,
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venant de recevoir 3.000 hommes de renfort, étoient inattaquables dans cette place ; que les armées Françoises et Américaines ne dépassoient pas 8.000 hommes ; que M. de Saint-Simon n'en amenoit que 3.000, ce qui nous porteroit seulement au même nombre que l'ennemi, lequel étoit retranché et environné de rivières ou de criques ; et qu'enfin ce seroit une imprudence impardonnable de tenter une expédition aussi contraire au bon sens.
« Washington répondoit que Cornewallis ne nous attendroit pas et s'échapperoit.
« M. de Rochambeau lui répliqua que ce seroit toujours ne pas avoir perdu son temps que de délivrer la Virginie. A la fin, il fut obligé de lui siguifier qu'il étoit à la vérité sous ses ordres ; mais que M. de Grasse n'y étoit pas, et que lui ne ;pouvoit abandonner ,$0n amiral venu sur sa propre demande, ni l'obliger à changer de dessein ; et que par cette raison il ne pouvoit se dispenser de se mettre en marche incontinent avec le corps françois. Mais qu'il ne crut point pourtant que ce fut pour se soustraire à ses ordres ; au contraire, qu'il l'invitoit même à se mettre à notre tête, et à se faire suivre de telle partie de son armée qu'il jugeroit pouvoir ‘irer de devant New-York.
« Washington allégua que ses troupes avoient une si grande répugnance à aller au Sud vers
la Virginie, qu'elles se révolteroient peut-être plutôt que d’y aller.
« M. de Rochambeau répondit que tout au moins les soldats de Rhode-Island, le régiment de Canadiens commandé par le colonel Tigen, et la plus part des troupes du Congrès suivroient les François ; et il ajouta que s’il falloit partager l'argent de notre armée pour mettre la sienne en mouvement, il étoit prêt à le faire.
« En effet il lui prêta 50 mille écus.
« Enfin, Washington se laissa aller. Mais rien
ne le toucha d'avantage que la proposition que
lui fit notre général de se mettre à ses ordres.
« On voit par là que l'opération la plus décisive
de toute la guerre est due à l’obstination et à la
bonne judiciaire de M. de Rochambeau.
« Je tiens toutes ces circonstances de Ini-même ;
et je les écris le moment d’après que je les ai
entendues de sa bouche (1). »
Ainsi, c'est le général français, c’est Rochambeau qui a conçu le projet de marcher sur la Virginie, et l’a exécuté, malgré la résistance de Washington. C’est lui qui a combiné avec l'amiral Grasse le blacns de la baie de Chesapeake, blocus qui a amené la chute d’York-Town dont nous reparlerons, la conquête de la Virginie et celle des provinces du Sud.
Jusqu'alors, tous les historiens avaient reporté
(1) Papiers du général Desandroüins, — Sans titre : Nous en reparlerons.
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sur le héros américain la gloire de cette entreprise.
Toutefois le désaccord entre les deux généraux dura peu. L'esprit si juste de Washington se rendit à la. fin aux raisons du général français.
Cependant l'armée n'en resta pas moins trois semaines en vue de New-York. Desandroïüins traca ses campements à trois lieues de Ia ville, la droite appuyée sur la rivière du Nord et la gauche sur celle de la Brunck ; et l’on perdit son temps à faire des reconnaissances sur les positions ennemies : dans l’une d'elles, on employa jusqu'à 5.000 hommes.
Enfin, la frégade la Concorde ayant mandé à Rochambeau que les vaisseaux de l'amiral Grasse étaient arrivés à la baie de Chesapeake, le général français déclara qu'il partait l'y rejoindre.
Washington le suivit.
L'armée combinée se met en marche le 19 août ; passe par Newcastle, Crampon, Verplam ; entre, le 25, dans l'Etat de New-Jersey, et arrive le ler septembre à Trenton, ville considérable sur la Delaware. Le 2, elle franchit cette rivière, et va à Philadelphie, siège du Congrès, grande ville industrielle et commercante de Pensylvanie puis à Chester; à Wilmington dans l'Etat de Delaware ; et à Headof-Elk, petite ville en Maryland, où l'on est le 8.
À Headof-Elk passe une rivière, l'EIk, qui a son embouchure dans le fond de la grande baie de Chesapeake. Les grenadiers et les chasseurs ,
formant l'avant-garde aux ordres du comte de Custine, l’une des futures victimes de la Révolution française, s'y embarquent, le 11, sur des bateaux du pays. Le reste de l’armée, continuant sa route par terre jusqu'à Baltimore, y arriva le 18, et s’y embarqua à son tour, sur des frégates et des transports de l'amiral Grasse.
La baie de Chseapeake était libre. La flotte française en gardait l'entrée.
Grasse avait en effet exécuté le mouvement projeté avec Rochambeau, et ant pour but d'attaquer ensemble lord Cornwalus dans York- Town.
Parti le 5 août de Saint-Domingue, avec un corps de débarquement de 3.300 hommes commandés par le marquis de Saint-Simon, il était allé mouiller, le 30, à l'entrée de la baie de Chesapeake, sans avoir rencontré la flotte ennemie.
Le Glorieux, l'Aïgrette et la Diligente, qui chassaient en avant de notre escadre, trouvèrent, dans la baie, la frégate la Guadeloupe et la corvette le Loyaliste, qu'ils poursuivèrent jusque dans la rivière d'York dont ils bloquèrent ‘’embouchure, y enfermant les vaisseaux anglais.
Le lendemain, d’autres navires français allèrent aussi s'emparer de la rivière James qui se jette également dans la baie de Chesapeake, à 4 lieues plus au Sud que celle d'York.
Le 3, les canots et les chaloupes de l’escadre remontèrent la rivière James, et mirent à terre les
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3.300 hommes du marquis de Saint-Simon qui rejoignirent à Williamsburg la petite armée de la Fayette.
Or, notre flotte attendait, au mouillage de Linhenven, le retour de ses chaloupes et de ses canots, quand le 5 septembre, à 8 heures du matin, la frégate de découverte signala 27 vaisseaux à l'Est, se dirigeant vers la baie de Chesapeake. On crut d’abord que c'était l'escadre attendue du comte de Barras qui arrivait. Mais l'erreur ne fut pas longue : on reconnut bientôt les Anglais ; ils forcaient de voiles.
Immédiatement, le branle-bas de combat est commandé à bord des navires français. Cependant, les vents contraires empêchèrent des deux côtés toute la ligne de s'engager. Les avant-gardes seules se purent prendre corps à corps. L’Anglaise était commandée par le commodore Hood, et la Française par Bougainville un des héros de la guerre du Canada, devenu un habile marin après avoir été un brave capitaine de dragons. Bougainville forca Hood à quitter le combat, et à brûler un de ses propres vaisseaux, le Terrible de 74 canons, qui désamparé ne pouvait plus tenir la mer.
Après cet échec, les Anglais, aux ordres de l'amiral Graves, ayant encore manœuvré pendant quelques jours en vue de notre flotte, sans toute fois lui donner l’occasion d'une bataille, disparut dans la nuit du 9 au 10.
L'amiral français revint alors à l'entrée de la