‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 122 sur 334 · SA BRILLANTE CONDUITE A LA ROTA · texte numérisé non relu

SA BRILLANTE CONDUITE A LA ROTA

choc du prince Thomas sorti de Turin, et reculait en désordre. Le vicomte de Turenne marchait immédiatement après, en première ligne. Par les soins deFabert, quatre bataillons d'infanterie, dont trois des gardes françaises et un des Suisses, sont placés ventre à terre dans un chemin creux bordant le front do bataille, la gauche appuyée au ruisseau de Santena, la droite à une maison défendue par les régiments d'Alincourt (Lyonnais) et d'Auvergne. Ils attendent dans cette position abritée que l'ennemi s'approche jusqu'à portée de pistolet. Le moment venu, les soldats se démasquent soudainement, avancent de quelques pas, arrêtent court par une décharge de mousqueterie les colonnes d'attaque du prince Thomas, puis, se précipitant sur elles, la pique et l'épée en avant, les rompent de toutes parts. En même temps, la cavalerie, dont Turenne a fort habilement dérobé les escadrons, avant le commencement de l'action, derrière la ligne d'infanterie, se jette avec furie sur l'ennemi en passant dans les intervalles qui séparent les bataillons; dans cette charge, Fabert fait des prodiges de valeur à la tète de sa compagnie de chevau-légers. A l'arrière-garde, la Mothe-Houdancourt avait soutenu avec honneur lus efforts des Espagnols. La victoire s'acheva par la poursuite à outrance, menée par Fabert, avec vingt-cinq maîtres du régimenl. du cardinal de la Valette ', contre un bataillon ennemi

1. Le cardinal de Li Valette avait deux régiments, l'un de cavalerie, formé en 16^5, l'autre d'inranterie, levé au commencement de 1031). Après sa mort, le premier fut donné à Turenne, l'autre à Fabert. Plu-

IL PRÉPARE AVEC RICUELIEU LA CAMPAGNE DE I6i(i. 15?

qui tentait de se retirer en bon ordre à la faveur de la nuit'. Le lendemain de ce glorieux combat, qui rehaussa le renom militaire du comte d'IIarcourt, l'armée victorieuse gagna Carignan, et, peu de jours après, Yigone, où elle s'arrêta. C'est de là que partit Fabert pour rentrer eu France, sur un ordre de Richelieu; il passa par Lyon et Metz, où il séjourna trois ou quatre jours, et arriva à Paris au commencement de décembre.

A cette époque, l'armée d'Italie et celles qui, pendant l'année 1639, avaient été opposées aux Espagnols en Artois, du côté du Luxembourg et sur la frontière de Champagne, s'étaient renfermées dans leurs quartiers d'hiver; les hostilités ne se prolongeaient qu'en Uoussillon. Déjà Richelieu s'occupait d'élaborer le plan de la campagne prochaine. Dans cette tache ardue, qui cmbrassaità la fois la politique et la stratégie, il était secondé par Fabert. Ses vues se tournèrent principalement vers la frontière du nord, sans cesse menacée par les possessions espagnoles,

sieurs fois réformé et rétabli, le régiment Fabert fut licencié en décembre H)58.

1. Relation du coinhat qui s'est donné au passage de la Route \Rota\ entre les années de France, d'Espagne et du prince TItonias, le dimanche 20 novembre 1G39.

Cette relation fut apportée à Riclielicu par le comte de Ponlcbàtcau, qui avait pris part à l'action à la tète des volontaires. Nous en avons trouvé deux expéditions, l'une dans le t. XXIX, Turin, Taulre dans le t. XCII, France, Arcliives des affaires étrangères.

Fabert nous a laissé, dans son Journal des campagnes, sons hvme de perspective cavalière, un plan topugiapbi(jue très soigné du terrain sur lequel s'est livré le combat de la Rota ; les positions des troupes françaises et ennemies y sont indiquées.

158 SIÈGE D'AUr.AS DÉCIDÉ SUR SES AVIS.

et OÙ la conquête de Hesdin et d'Yvoy n'avait pas suffi à racheter l'échec du marquis de Feuquières devant Thionville. Résolu à faire de ce côté un puissant effort, il se rendit à l'opinion de Fabert, qui lui conseillait le siège d'Arras. Toutefois , il voulut paraître laisser au roi le mérite de la détermination à prendre, et, dans ce but, invita le capitaine aux gardes à présenter lui-même à l'approbation souveraine, comme un dessein qu'il n'aurait encore révélé à personne, la proposition dont il était l'auteur. Louis XIII, ayant examiné les mémoires de Fabert sur la question, se prononça en faveur de son projet. Après que le conseil en eut à son tour décidé l'exécution, Richelieu, qui tenait à ne négliger aucun élément de succès, avisa aux moyens de se renseigner exactement sur l'état des fortifications d'Arras et sur la force et les ressources de sa garnison. Fabert, à qui il demanda de lui désigner un homme de résolution pour reconnaître la place, s'offrit à remplir lui-même cette périlleuse mission. Travesti en paysan, une hotte de légumes sur le dos, il pénétra dans la ville et en rapporta de précieuses informalions.

Un des premiers soins de Richelieu, dans la préparation de la campagne, avait été de s'assurer le concours empressé des Provinces-Unies, en joignant aux conditions du traité qui les liait à la France de nouvelles promesses. Vers le milieu d'avril 16i0, les apprêts de guerre contre les Pays-Bas espagnols étaient assez avancés pour qu'il pût annoncer au prince d'Orange l'enlrée en ("unpaguf, aux appro-

l'RÉLUDE DU SIÈGE D'AHRAS. 150

(•lies du mois de mai, de trois armées commandées, la première par le maréchal de la Meilleraye, la seconde par les maréchaux de Chaulnes et de Châlillon, et la troisième par du Hallier, gouverneur de Lorraine. Une pointe du maréchal de la Meilleraye entre Sambre et Meuse répondit aux engagements stipulés par le stathouder, d'après lesquels les Français devaient tenter une diversion sur un point très éloigné des côtes llamandes où opéreraient leurs alliés; elle eut pour effet d'obliger l'ennemi à diviser ses forces et de distraire son attention de la place d'Arras, restée l'objectif capital des opérations combinées par Richelieu et Fabert. Lorsque le roi, qui s'était rendu de bonne heure à Soissons, jugea que les Hollandais devaient être aux prises en Flandre avec les Espagnols, il rappela la Meilleraye des bords de la Meuse. Une démonstration sur Béthune, exécutée aussitôt après par l'armée de Ghâtillon et de Chaulnes partie d'Amiens , acheva de donner le changea l'ennemi, et laissa à l'armée du grand maître le temps d'arriver sur la Scarpe. Enfin, le 13 juin, les trois maréchaux parurent, presque à la même heure, sous les remparts d'Arras ^

Leurs forces réunies s'élevaient à vingt-cinq mille hommes de pied et neuf mille chevaux. Un colonel irlandais commandait dans la ])laee avec deux mille liommes. Leioine larda pasàse traiispoi'Ier à Aiiiii'ns.

1. Voir à ï Appendice {\IU) une iioto rclalivi' ù la résolulioii juiso jiar lîiuiielieu d'assiéger Aiimï.

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