VOYAGE DE FABERT ENTRE LA COUR
Vers la fin de juin, avant l'achèvement des travaux de circonvallation, on apprit que le cardinal infant se préparait à secourir Arras. Fabert, que le roi retenait auprès de sa personne, proposa de se rendre devant la place, pour s'entendre avec les maréchaux sur les mesures à adopter relativement aux convois d'approvisionnements qu'on leur destinait. Son offre ayant été acceptée, il partit accompagné d'un sergent de sa compagnie aux gardes, nommé Basseville, réputé pour son sang-froid, et, après une marche de nuit des plus périlleuses, pénétra jusqu'au quartier du maréchal de Cliàlillon. Dans le conseil de guerre qui fut rassemblé incontinent, les commandants en chef ne parvinrent pas à se mettre d'accord. Le maréchal de la Meilleraye opinait pour sortir des lignes et attaquer les Espagnols, et le maréchal de Chàtillon refusait de prendre l'offensive sans un ordre exprès du roi. Fabert alla trouver Richelieu à Doullens, non sans courir de nouveaux dangers, et, après lui avoir rendu compte du différend dont il avait été le témoin, l'engagea à ne donner raison ni à l'an ni à l'autre des commandants en chef, mais à leur enjoindre de continuer le siège. Le cardinal suivit ce conseil. Fabert, renvoyé à Arras, apporta pour toute réponse aux généraux en conflit un billet de Richelieu ainsi conçu : « Je ne suis point homme de guerre ni capable de donner avis sur ce sujet. II est vrai que j'ai beaucoup lu, mais je n'ai pas trouvé que l'on soit sorti des lignes pour combattre les ennemis, après avoir demeuré dix-huit jours entiers à