‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 146 sur 334 · DISSENTIMENTS ENTRE FABERT ET LA MEILLERAYE · texte numérisé non relu

DISSENTIMENTS ENTRE FABERT ET LA MEILLERAYE

de la Capelle, entre la Meilleraye et Fabert, se ranimèrent malheureusement, à l'occasion de propos railleurs tenus par le neveu du cardinal, en présence des principaux officiers de l'armée, sur les commodités exceptionnelles que le service à la cour procurait depuis deux ans à la compagnie de Fabert. Le maréchal laissait percer, une fois de plus, sa jalousie contre le capitaine aux gardes ^ Quoique piqué au vif, celui-ci eut le courage de garder le silence; mais le lendemain, les Espagnols étant en vue, lorsqu'il entendit la Meilleraye, auquel il venait, selon la coutume, de faire le salut de Tesponlon-au moment où il passait à hauteur de sa compagnie, lui dire d'un ton froid et hautain : « Il ne s'agit pas de cérémonie quand il faut marcher à l'ennemi », son indignation ne connut plus de bornes. L'intervention du vicomte de Turenne, lieutenant général dans l'armée, empêcha que l'affaire ne prît une mauvaise tournure ; il retint Fabert qui se précipitait au-devant de la Meilleraye comme pour lui demander raisop de l'injure qu'il croyait en avoir reçue, et parvint c calmer son amour-propre, trop facile à exalter, qui l'avait porté à voir dans l'observation inconsidérée de son général une attaque à son honneur de soldat;

I. « La Meilleraye avait cru qu'il pourrait lui marcher sur le ventre comme bon lui semblerait, parce que cet officier était d'une extraclion très médiocre, et qu'il ne croyait pas que le bâton de maréchal (le France dût jamais venir à son secours pour purger son mauvais saTig. » (Mémoires de M. d'Aiiagnan.)

il. Demi-pique portée par les mousquetaires et les officiers d'infanterie.

AU SIÈGE DE COLLiOlRE. — DEVANT PERPIGNAN. ISr.

enlin, il l'amena à se prêter à une réconciliation dont le maréchal eut la bonne grâce de faire les avances. Cet incident terminé, Fabert prit avec lui plusieurs compagnies des gardes, suivies de près par les autres, et, sur l'ordre de la Meilleraye, s'élança à l'assaut d'une colline d'un accès difficile, où deux à trois mille Espagnols s'étaient massés pour défendre les approches de Collioure. L'ennemi, débusqué des hauteurs, fut poursuivi, l'épée dans les reins, jusqu'aux portes de la place. Après un combat où l'armée royale se rendit maîtresse d'un important ouvrage extérieur, les assiégés sollicitèrent une suspension d'armes pour enterrer leurs morts; elle leur fut accordée. Fabert en profita pour demander à servir d'otage; en celte qualité, il pénétra dans le château et reconnut l'emplacement du seul puits qui fournissait de l'eau douce à l'ennemi. La trêve expirée, les assiégeants s'emparèrent du corps de place, puis, selon les indications de Fabert, des travaux de mine furent conduits sous le puits, dont on fit sauter les murs de soutènement. Le succès de cette entreprise fut si complet qu'il amena la capitulation du château (10 avril), signée par le marquis de j\]ortara, capitaine -général de la cavalerie de Roussillon '.

Pendant les quelques jours de repos accordés à l'armée après la chute de Collioure, Fabert, s'élant mis à battre la campagne avec un petit détachement, aux environs de Perpignan, sui'prit deux commis-

I. Articles de la copiliihilioyi de Collioure. iMin.. Arch. D. G., t. LXXI.

Page 1