‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 15 sur 334 · PREMIÈRES ANNÉES D'ÉPREUVES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES D'ÉPREUVES

de la reine mère, Marie de Médicis. Depuis la mort de Henri IV, il n'y avait eu de prises d'armes que celles des seigneurs ligués contre la régente pour lui arracher des faveurs, de l'argent et des places. Il en était de la discipline et de l'esprit militaire comme avant Sully : la licence des soldats égalait la violence des chefs, « entre lesquels, a dit Montesquieu, était larépublique, tandis que le despotisme était pour tout le reste ». Mais la conviclion bien arrêtée dans l'esprit de Fabert qu'il ne saurait mieux servir le roi que dans ses armées, et l'attrait de la gloire déjà puissant sur son ardente imagination, lui firent oublier ce que le métier de soldat avait parfois de rebutant. Cinq années durant (1613-1018), malgré une complexion délicate, il resta volontairement ei courageusement soumis à loulcs les épreuves de celte condition de servitude et de misère, dont la vie militaire de notre temps, même aux derniers degrés de la hiérarchie, ne peut plus donner l'idée. Du moins, dans cette position infime, apprit-il à connaître les hommes et à les juger. Ennemi de l'inaction, cet écueil des âmes vuloaires, il usa de tous les loisirs de la vie de garnison pour étendre ses connaissances,

Ions qu'il ne voulut profiter d'aucua des avantages que lui promettait l'amilié du duc d'Épernon. Avant tout, soucieux de remplir les devoirs de son humble position, il s'assujettit de lui-même aux obligations imposées aux autres soldats.

Nous rapportons à ïAiipendice (111) une discussion assez curieuse qui s'éleva, un peu plus d'un siècle après la mort de Fabert, entre le rédacteur du journal les Affiches des Evéchés et Lorraine, et M. L'Huillier, curé c^e Moulins, sur la question de savoir s'il avait été ou non simple soldat.

ENSEIGNE DANS PIÉMONT. — EN BÉAlîN. 13

surtout celles qui convenaient à sa profession, véritable modèle à otlVii-, sous ce rapport, à la jeunesse militaire. Ce pénible apprentissage de la carrière qu'il avait librement choisie fut pour lui un bénéfice d'avenir, et, en réalité, la première pierre qu'il apporta à l'édifice de sa fortune.

Quand les compagnies des gardes françaises en garnison à Metz revinrent à Paris, Fabert les y suivit. Plus tard (fin 1017), il fit partie du détachement qui escorta Louis XIII dans son voyage et pendant son séjour à Houen, à l'occasion de la réunion des notables dans cette ville.

En 1618, il laissait enfin la hallebarde pour une enseigne que le duc d'Epernon lui donnait dans le régiment de Piémont, un des six vieux corps de l'infanterie. Si le duc ne l'avait pas relevé plus tôt de son emploi de cadet, c'est sans doute qu'il n'avait pu le faire au milieu des troubles de la minorité, malgré les pouvoirs étendus dont il jouissait comme colonelgénéral de l'infanterie française. La jeunesse de Fabert et son désir passionné de s'instruire avant de chercher à s'élever, avaient dû également contribuer à retarder son avancement.

Au mois de mars de l'année suivante (1619), le chevalier de la Valette, fils naturel du duc d'Fipernon, délivra à Fabert une commission de capitaine dans un des régiments d'infanterie levés pour le service de Marie de Médicis. Appuyée sur le duc qui l'avait arrachée à sa prison du château de Blois, la reine mère était alors en guerre ouverte avec son fils, tenu

14 CAI'ITAINE AU SERVICE DE MAIllE DE MÉDICIS

en tutelle par le sieur de Luynes. Le régiment où Fabert entra comme capitaine fut de ceux que d'Epernon jeta dans Metz, non sans rencontrer de la paît des habitants, aussi dévoués à la cause de Louis XIII qu'ils l'avaient été à celle de Henri lY, une énergique résistance à ses projets *. La guerre civile menaçait : un accommodement ménagé par Richelieu en conjura réclat. Les régiments levés par le duc d'Epernon furent licenciés, et Fabert retourna remplir dans Piémont les fonctions d'enseigne. Mais une nouvelle rupture entre Marie de Médicis et son fils, survenue au commencement de 1620, ramena une seconde fois Fabert à Metz sous les ordres du chevalier de la Valette. A la suite d'un conflit armé des partis, Richelieu, préludant par un coup de maître à la po-

1. La lutte engagée par les bourgeois messins contre le duc d'Epernon est connue sous le nom de guerre des parpaillos. On sait que le duc ordonna le désarmement des haiiitants. Il est probable qu'à cette occasion Abraham Fabert seconda ses vues; c'est du moins ce qui semble résulter d'une sorte d'acte d'accusation dressé contre lui sous le titre de Jugement de Fabert, pièce de vers en onze strophes, sans noms de ville et d'imprimeur, que Ton trouve à la stiite d'un petit livre in-S" de 30 pages, également rimé, et intitulé : Remousliance faite au Roij sur le désarmement des Messeins, faict et exécuté es années 1619 et 16:20. Comparaison d'Aman et de sa conspiration contre les fideUes : et se chante sur le chant : MoY qui suis knfant DE Salin, etc. Ensemble aussi quelque sonnet et vers, louchant les tragédies louées par ceux qui ont faict les menées. M.DG.XX.

L'unique exemplaire que nous connaissions de ce rarissime opuscule appartient à M. Chartener, à Lessy, près Metz.

Dans le chapitre V, l'auteur du Jugement de Fabert s'exprimo de la manière suivante :

Aussi t'es-tu mépris, Desmoulins infîdelle. Tu t'es mépris. Fabert, en ta prospérité. Et foulant à tes pieds de ton Roy la bonté. Tu n'as point recogneu sa grâce paternelle.

KEFUS DU ROI DE L'AGllÉEr. COMME CAPITAINE. lô

lilique qui allait lui rouvrir l'eDlrée du Conseil, réussit à réconcilier définitivement Louis XIII et sa mère. En même temps, une déclaration royale stij)ula la réintégration dans leurs biens et charges de tous ceux qui avaient embrassé le parti de Marie de Médicis. Au mépris de cette déclaration, de Luynes fit casser les officiers entrés au service de la reine. Fabert fut atteint par cette mesure, mais d'Épernon lui rendit bientôt une enseigne dans Piémont (10::^I). Quand, peu de temps après, Fabert demanda à être agréé comme capitaine au régiment de Normandie, où il trouvait une place à acheter, le roi, cédant aux coupables suggestions de son favori encore animé d'un vif ressentiment contre tous ceux qui avaient suivi la fortune de la reine mère, le faible roi lui répondit par un refus, motivé c: sur ce qu'il n'était pas assez bien fait pour être capitaine dans un vieux corps » \

Quelque offensantes que fussent ces paroles pour l'amour-propre de Fabert, elles le trouvèrent noblement résigné à attendre l'heure de la justice. Il ne tarda pas à se signaler à l'armée de Béarn. Les réformés de cette province, rebelles à l'autorité royale et déterminés d'abord à se défendre, s'élant mis à fuir tout à coup, comme saisis d'une terreur panique, devant les soldats du duc d'Épernon, Fabert donna

1. « M. de Fabert était tellement dénué de ce qui s'appelle bonne mine, que le roi ne l'avait pas plutôt vu qu'il avait dit à celui qui se voulait défaire de sa compagnie, qu'il eût à la garder s'il n'avait point d'autre niarclianden main pour l'acheter. » (G. Courtilz de Sandras, dans les mémoires de M. d'Arlagnan, t. V, Amsterdam, 171 L)

If. AUX SIÈC.ES DE SAINT-JEAN D'ANGE LY ET DE ROYAN.

la vraie mesure de son tact et de sa modération, en ramenant la contiance, par la seule voie de la persuasion, au milieu de ces populations dominées parla crainte d'un châtiment exemplaire.

La même année (10:21), il se distingue par son intrépidité au siège de Saint-Jean d'Angely, où il accompagne le marquis de la Valette. Après la capitulation de celle place, il suit le duc d'Épcrnon devant la Rochelle, dont il a levé préalablement les fortifications et sondé les habitants dans une reconnaissance secrète. Par ses conseils, le siège projeté est converti provisoirement on blocus. Il prend part ensuite à l'attaque et à la prise du poste fortifié de la Moulinette, voisin de la place.

En mai 102:2, Fabert assiste, sous les ordres du duc d'Épernon, au siège de la petite forteresse de Rovan, où il est blessé sur la brèche à la tète des Enfants perdus, en sauvant la vie au marquis de la Valette. La même année, au siège de Montpellier, combattant à pied, il fait prisonnier dans une sorlie des assiégés un capitaine de cavalerie; le duc d'Epernon présente le jeune vainqueur au roi, qui le complimente sur ce fait d'armes.

Mais les plus rudes combats sont ceux que l'homme de cœur soutient contre l'injustice. Fabert s'était déjà trouvé aux prises avec ce redoutable ennemi. Une nouvelle épreuve l'attendait. Le duc de la Valette, après Ini avoir promis la compagnie, devenue vacante, du régiment où il servait comme enseigne, en avait donné la commission à l'éciiycr de

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