‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 154 sur 334 · A L'OCCASION ET EN PRÉSENCE DE FABERT · texte numérisé non relu

A L'OCCASION ET EN PRÉSENCE DE FABERT

rompit à plusieurs reprises pour le railler sur sa manière de voir. Froissé de tant de fatuité, le roi interpella vivement Cinq-Mars en ces termes : « Vous avez sans doute passé la nuit à visiter les travaux, que vous en parlez si savamment. » Sur la réponse négative du grand écuyer, il ajouta avec emportement : « Allez, vous m'êtes insupportable ; vous voulez qu'on croie que vous employez les nuits à régler avec moi les grandes aflaires de mon royaume, et vous les passez dans ma garde-robe à lire VArioste avec mes valets de chambre; allez, orgueilleux, il y a six mois que je vous vomis. » Là-dessus, Cinq-Mars se hâta de quitter l'appartement royal ; en passant devant Fabert, il lui dit à voix basse, l'œil étincelant de raa;e :

« Monsieur, je vous remercie. )^ — « Je crois qu'il vous menace, » s'écria le roi. — « Non, Sire, répondit Fabert ; on n'ose faire de menaces en votre présence, et ailleurs on n'en souffre pas. »

Cette scène violente, bientôt ébruitée, eut pour effet de répandre la panique parmi les amis de Cinq- Mars. Les chances commençaient à tourner en faveur de Richelieu. Cependant Louis XIII hésitait encore à sacrifier son favori à son ministre. La présomption de celui-là l'irritait, et il ne lui ménageait pas les affronts; le joug de l'autre lui semblait intolérable, et il songeait par moments à le secouer. Peut-être n'eut-il réellement conscience de la situation et des devoirs qu'elle lui imposait, que lorsqu'il sentit trop lourde pour lui la responsabilité des affaires d'État, dont l'éloignement et la maladie du cardinal lui ren-

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